Santé et environnement en Afrique : Areva et ONG complices ?

Areva, l’association Sherpa, regroupement de juristes souhaitant « responsabiliser les acteurs économiques en vue de prévenir et réparer les dommages sociaux et environnementaux induits par leur activité » (1) et Médecins du Monde ont annoncé qu’ils s’étaient associés pour la mise en place d’un observatoire de santé autour des sites miniers de l’entreprise au Niger et au Gabon (2). Cette association fait un peu désordre. Alors que les ONG ne cessent de critiquer la multinationale pour sa gestion douteuse des problèmes environnementaux et sanitaires liés à l’extraction du minerai radioactif (2), Areva se rapproche d’elles afin d’établir cet observatoire. Cette décision est le premier aboutissement notable d’une collaboration entamée dès 2007 (3).

Voeux louables ?
Areva déclarait qu’« en instituant un système de veille sanitaire à l’échelle mondiale et en s’appuyant sur un dispositif de réparation d’éventuels préjudices subis par les collaborateurs étrangers et français sur les sites miniers d’AREVA, cet accord marque une étape importante dans le nécessaire dialogue entre un opérateur minier responsable et la société civile. » (2) L’observatoire est constitué à parité de membres des ONG et d’Areva, incluant scientifiques, médecins, etc. Ce n’est peut-être qu’un début, mais comme on le sait, en France, où nous disposons d’un système de veille puissant (InVS), il est quasiment inutile s’il n’y a pas derrière des instances de régulations et de choix politiques. Or, comme le rappel Collectif Areva ne fera pas la loi au Niger (4), cet accord semble bien maigre et peu opérationnel compte tenu de l’impact des exploitations minières d’uranium, non seulement sur la santé des « collaborateurs étrangers et français », mais aussi sur la qualité des ressources des régions environnantes telles que, l’eau qui devrait être un point central puisqu’il touche les populations voisines. Or, cet accord permettrait d’indemniser seulement les travailleurs, s’ils en ont fait la demande et s’ils peuvent établir un lien de cause à effet entre maladies et cette activité (2)(4). Ainsi, mettre en place un système de veille de l’évolution de l’état de santé, indemniser et « faire des propositions pour l’amélioration de l’hygiène et de la sécurité sanitaires des sites miniers » semblent sans doute insuffisant aux vues des enjeux environnementaux et sociaux qui semblent eux bien plus larges que ce périmètre.

Juges et partis ?
L’association ONG / Industriel au sein d’un observatoire peut paraître plutôt séduisant sur le papier, mais l’expérience de l’amiante en France tend à montrer que des commissions à la fois juges et partis (5) – vrais pour l’industriel et les ONG – pouvaient être stériles, conduisant généralement à des non-décisions ainsi qu’à des connivences. D’autant qu’il se pose la question du financement même de cet observatoire, supposons à majorité Areva, le problème d’indépendance de cette organisation est clairement posé !

Une fructueuse opération ?
Supportant une image désastreuse, elle n’hésite pas à redorer son blason à coup de publicités hygiéniques, s’appropriant une image durable peu compatible avec la nature même de son coeur de métier. Surtout, si l’on considère cette activité d’extraction, probablement plus dangereuse que l’exploitation d’une centrale, moins encadrée et localisée dans des pays moins restrictifs. A quelques pas du creusement d’une mine à Imouraren au Niger, d’après le collectif ce modeste observatoire pourrait aider Areva à obtenir des financements de la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Son prix est réduit comparé à l’aide potentiellement consentie (4). Areva ferait alors une excellente opération.

Le plus surprenant est finalement l’accord avec deux associations qui condamnent la firme depuis plusieurs années. Certes, cet observatoire est un premier pas. Toutefois, il est semble très timide, et oublie assez volontairement la question socio-environnementale, ce qui risque d’en voiler un volet très important (nécessaire ?). La CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) pointe d’ailleurs l’ambiguïté : « Si Areva ne propose pas certaines garanties (inclusion de toutes les personnes concernées, prise en compte de toutes les pathologies incriminées, dispositifs d’indemnisation adaptés…) et ne prend pas en parallèle des dispositions pour réduire l’impact sanitaire et environnemental de ses activités, la mise en place de ces observatoires ne constituera pas un progrès réel » (6). William Bourdon de SHERPA s’en défend, l’environnement n’est pas son créneau principal : « Aux ONG environnementales de continuer leur travail d’alerte » dit-il (6). Selon lui, il faut bien répondre « aux besoins des victimes en apportant une solution concrète et pragmatique ». Si le lien entre environnement et pathologies semble pourtant établi, il semblerait que ces deux domaines pourtant imbriqués ne le soient pas encore au Niger. Avec un tel observatoire, les associations, bien qu’indépendantes et collaborant activement, auront sans doute un pouvoir restreint au sein de cet observatoire. Areva, financeur et dernier rempart aux indemnisations des victimes de son activité minière, prendra les décisions d’actions.

sources :
(1) Sherpa
(2) Sherpa
(3) Sherpa
(4) Collectif Areva ne fera pas la loi au Niger
(5) Wapedia
(6) Novethic

(7) Médecins du Monde (2007)
Dessin : Nucléaire Non Merci

mardi 7 juillet 2009 ; Frantisek Kupka

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