Union européenne : un président pour quoi faire ?

par Anne-Cécile Robert
vendredi 20 novembre 2009
PERMALINK

Le Conseil européen a désigné, jeudi 19 novembre, son président pour deux ans et demi. Il s’agit du Belge Herman Van Rompuy. Les Vingt-sept ont nommé, en outre, le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. C’est la Britannique Catherine Ashton qui a été choisie. Elle succède à M. Javier Solana, ancien secrétaire général de l’OTAN qui occupait un poste équivalent à Bruxelles. Cette décision confirme le choix atlantiste de l’Union européenne. Or, comme l’a souligné l’ancien ministre français des affaires étrangères, Hubert Vedrine, l’Europe peut-elle affirmer une identité propre si elle se fond dans le bloc occidental ?

Beaucoup déplorent l’absence de transparence des désignations qui viennent d’avoir lieu et le manque d’envergure des personnalités nommées. Si cela correspond à la volonté des grands Etats, notamment l’Allemagne, de conserver le contrôle sur l’évolution des événements, on peut aussi s’interroger sur le sens même de ces innovations institutionnelles.

Initialement, les Vingt-Sept voulaient donner un visage à l’Union et coordonner son action internationale. Cependant, la présidence permanente du Conseil européen, qui vient d’être lancée, ne supprime pas l’actuelle présidence tournante de six mois ; elle s’y ajoute. La répartition des tâches entre les deux reste à fixer. En outre, les rapports entre ces instances, le Haut représentant, et le président de la Commission, qui conserve ses compétences en matière d’aide au développement et de coopération, sont encore flous. En l’absence d’une hiérarchie claire entre ces quatre fonctions, la direction de l’action extérieure de l’Union est potentiellement quadricéphale…

Facteur aggravant : tout cela se développe loin des peuples. Depuis que les chefs d’Etat et de gouvernement ont choisi de faire ratifier le traité de Lisbonne en écartant la tenue de référendums – à l’exception de l’Irlande, obligée d’y recourir par sa Constitution –, l’Union européenne semble renoncer sciemment à combler le fameux « déficit démocratique » dénoncé par la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe.

La sophistication du mécano institutionnel européen ressemble à une fuite en avant devant la nécessité de penser une Europe politique et démocratique. Moins les Vingt-Sept ont de vision commune du monde, plus ils multiplient les procédures, se donnant ainsi l’air d’agir sans résoudre les problèmes de fond, et en particulier celui de la légitimité démocratique de la construction européenne.

Dans le Monde diplomatique :

  • « Où l’on reparle du “déficit démocratique” », par Anne-Cécile Robert, septembre 2009.
    Marqué par le péché originel — le dédain du suffrage universel —, le traité de Lisbonne a essuyé un nouveau revers inattendu. Après le « non » irlandais du 12 juin 2008, c’est la Cour constitutionnelle allemande qui tire la sonnette d’alarme, dans un arrêt rendu le 30 juin dernier.
  • « Le Parlement européen revient de loin mais va-t-il quelque part ? » (A.-C. R.), La valise diplomatique, 29 mai 2009.
    Les prérogatives du Parlement européen ne suffisent pas à en faire une véritable assemblée législative. Parent pauvre de la construction européenne, tous ses pouvoirs lui sont chichement comptés. En effet, depuis l’origine, sa légitimité est contestée.
  • « Anniversaire en demi-teinte pour l’euro », par Laurent Jacque, février 2009.
    La crise financière révèle tout autant les faiblesses que les atouts de cette devise née il y a dix ans. Secouée dans ses fondements économiques, l’union monétaire se lézarde.
  • « Gentils étudiants sous influence », par Ornella Guyet, Maxime Sauvêtre et Eric Scavennec, octobre 2008.
    Soutenu par les pouvoirs publics, des personnalités politiques et des entreprises, le Parlement européen des jeunes professe une curieuse vision du monde, entre business et bons sentiments.
  • « Si tu veux l’Europe, prépare la guerre », par Pierre Rimbert, octobre 2008.
    Un demi-siècle après le traité de Rome, il ne s’agirait plus de faire l’Europe pour faire la paix. Mais de faire la guerre pour faire l’Europe.
  • « Irlande », par Serge Halimi, juillet 2008.
    Peu après le rejet par une large majorité d’Irlandais du traité de Lisbonne, la plupart des dirigeants européens firent savoir que le processus de ratification continuait… Que ses élites attentent à la souveraineté populaire, l’« Europe » en a l’habitude ; cela devient sa marque de fabrique.
  • « L’Union européenne d’une crise à l’autre » (A.-C. R.), la valise diplomatique, juin 2008.
    Après le « non » irlandais au traité de Lisbonne, l’embarras règne dans les capitales européennes. Réunis à Bruxelles, le 16 juin, les ministres des affaires étrangères ont suggéré… d’attendre.

  • « Le meilleur de l’Europe pour les femmes », par Violaine Lucas et Barbara Vilain et une carte de Philippe Rekacewicz, mai 2008.
    L’association française Choisir la cause des femmes s’est lancée depuis 2005 dans un pari : ébaucher une Europe où l’harmonisation se ferait par le haut plutôt que par le bas, et qui accroîtrait le bien-être de ses citoyens — ou, en l’occurrence, de ses citoyennes.
  • « Résurrection de la « Constitution » européenne » (B. C.), décembre 2007.
    En optant pour la ratification parlementaire d’un traité pratiquement identique à celui qui avait été rejeté par référendum en 2005, Nicolas Sarkozy élargit la fracture entre les citoyens et l’appareil institutionnel de l’Union européenne.
  • « Quelles frontières et quel projet pour l’Union ? », par Michel Foucher, mai 2007.
    Comment s’affirmer comme sujet politique, via l’approbation d’un texte présenté comme constituant, dans une situation marquée par l’insécurité économique et géopolitique ?
  • « Un Parlement trop sensible aux pressions », par Françoise Castex, janvier 2007.
    Peu d’analyses remettent en cause le fonctionnement de l’Union européenne et, par voie de conséquence, peu de propositions émergent pour combler ledit déficit.
  • « Pour une Europe de l’innovation démocratique » (B. C.), juillet 2005.
    Loin d’être accidentel, le rejet de l’Europe libérale traduit une coupure philosophique entre dirigeants et citoyens. C’est seulement de ces derniers que pourra naître une refondation démocratique de l’Union.
  • « De la rébellion à la reconstruction » (A.-C. R.), juin 2005.
    En disant « non » au traité constitutionnel, la majorité des Français ont aussi dit « oui » à des changements profonds, dans leur pays comme à l’échelle de toute l’Europe.
  • « Rêve américain, rêve européen », par Jeremy Rifkin, avril 2005.
    Vue d’outre-Atlantique, l’Europe apparaît à une partie de la gauche américaine comme un immense espoir. Face au rêve mortifère du gouvernement des Etats-Unis, le Vieux Continent aurait tracé une carte routière visionnaire pour rejoindre une nouvelle terre promise, vouée à la réaffirmation de l’instinct de vie et de l’indivisibilité de la planète. Un point de vue surprenant…
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s