ELENA – un fichier national des « mauvais salariés »

par StephanM (son site) lundi 18 janvier 2010

En 2008 le fichier nommé ELENA gagne le prix BigBrotherAward dans la catégorie politique pour l’enregistrement des salaires et ressources de tous les salariés en Allemagne. Une année plus tard on découvre encore d’autres « qualités » à ELENA : c’est aussi une base -nt), par ex.: les gens disent, elles prennent. » class= »ver »>de données qui fiche tous les grévistes avec le temps de grève, la légitimité de la grève, mais aussi les salariés licenciés avec la raison du licenciement et d’autres informations sensibles. Le besoin de l’État que le citoyen soit transparent est symptomatique de nos jours.

Postface à la conférence pour l’attribution du BigBrotherAward 2008 dans la catégorie politique. Ce qui ressemble à un mauvais rêve, ou disons-le franchement, à un cauchemar, est la réalité : un fichier national qui recense le temps de grève de tous les salariés d’Allemagne, la légitimité ou non-légitimité d’une grève, les rappels à l’ordre à l’égard des employés, des temps de lock-out et, accrochez-vous, les raisons d’un licenciement (faute grave, refus de suivi d’ordre, inadaptation, incompétence etc.). C’est le fichier des « bons » et des « mauvais » salariés. Il est important de savoir (surtout pour un employeur) si un postulant a un jour dans sa vie participé à une grève estimée « non légitime ». Pas de ceux-là dans notre entreprise ! Théoriquement, l’entreprise n’a pas accès à ces données hautement confidentielles. Théoriquement. Et théoriquement, une démocratie digne de ce nom n’a pas besoin d’un tel fichier.
La justification de ce beau fichier est (non, cette fois-ci ce n’est ni le terrorisme ni la pédophilie) une « simplification » des démarches administratives, un gain de temps et d’argent, une sécurité contre la fameuse fraude dans la demande de prestations sociales et un « avantage » pour les salariés qui auraient rapidement besoin d’une attestation de travail que l’employeur refuserait de leur fournir (dans les temps). C’est pour ces raisons prétextées qu’un fichier central national de salaire est introduit sous le doux nom d’une jolie dame : ELENA. (Elektronischer Einkommensnachweis que l’on pourrait traduire par « preuve électronique de revenus »). Et par la même occasion, on enregistre d’autres données comme celles sur des grévistes et autres péchés anticapitalistes tant qu’on y est.
Le fichier était si « bien fichu » et si peu respectueux de la vie privée qu’il a gagné le BigBrotherAwards (BBA) de 2008 les doigts dans le nez, mais à ce moment c’était uniquement (et c’était largement suffisant) pour le stockage central national des salaires de tous les salariés d’Allemagne, ce qui est déjà en soi un abus de fichage. Mais quand l’anti-prix BBA fut attribué par Foebud – l’association qui organise les BBA – l’intention que d’autres données hautement sensibles comme le temps de grève, la raison du licenciement etc. devraient aussi être enregistrées dans ce fichier n’était pas encore connue. Le BBA est donc doublement mérité. Le quotidien Frankfurter Rundschau titre le 14 janvier 2010 : Qui fait la grève sera fiché.
La Bundesagentur für Arbeit (BA, agence fédéral pour l’emploi) essaie de se justifier : on aurait besoin de connaître le temps de grève non légitime pour punir – pardon – déduire ce temps de l’allocation de chômage auquel un licencié a droit. Quand les chômeurs font la queue devant l’Anpe, les salariés ont intérêt à se tenir tranquilles. Quand la BA ne peut plus faire semblant d’ignorer les critiques qui pleuvent, elle publie un communiqué de presse : « ELENA décharge les salariés1 ». Dans ce communiqué de presse, la BA voudrait calmer l’inquiétude et la colère des salariés et des différentes organisations qui s’engagent pour la protection de la vie privée : « Il n’est pas obligatoire de recenser les temps de grève ». Oui, c’est très rassurant et ça nous fait une belle jambe. Ce n’est pas obligatoire mais pas interdit non plus. La ministre pour le travail et les affaires sociales, Ursula von der Leyen, continue son valium verbal : « Je vais proposer que les représentants des salariés ont un droit d’être écoutés lors de la prise de décision quel contenu sera enregistré. » Nous connaissons la capacité d’écoute de nos gouvernants : cause toujours. Ursula von der Leyen est d’ailleurs l’initiatrice d’un filtrage d’internet dans son combat contre la pédopornographie. Au lieu d’effacer des contenus qui peuvent intéresser un pédophile, elle préfère afficher un panneau : stop, veuillez ne pas regarder. Ici se trouvent des images pédopornographiques. Pour sa politique de cache-sexe et de construction de toute une infrastructure de censure sur internet, la ministre a gagné le BigBrotherAward de 2009 dans la catégorie politique2. Comme quoi, les abonnés aux BigBrotherAwards se retrouvent.
Stephan M.
[1]ELENA entlastet Arbeitnehmer – 5 janvier 2010
[2]BBA 2009 catégorie politique : Dr. Ursula von der Leyen, ministre pour la Famille, les séniors, les femmes et la jeunesse
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