Les stériles uranifères : des déchets radiotoxiques très encombrants !

par CRIIRAD (son site)

La radioactivité de ces déchets méconnus générés par l’extraction du minerai d’uranium a été complètement négligée pendant plus de 50 ans
Quand la réglementation a commencé, très tardivement, à se soucier de protéger l’environnement et les riverains des mines d’uranium, elle a délibérément exclu les stériles des obligations de gestion des exploitants. Dès lors, les stériles ont été déposés à même le sol, en d’immenses verses, exposés à l’érosion éolienne et aux précipitations, utilisés pour remblayer les mines, voire même cédés à des particuliers ou à des entreprises pour la construction des cours, de routes ou de soubassements. Etre dispensé de confiner et de surveiller plus de 200 millions de tonnes de stériles issus de mines d’uranium représente une économie considérable. On comprend qu’au vu des intérêts en jeu, la désinformation ait été orchestrée à grande échelle.
Que l’extraction du minerai s’effectue à partir de mines à ciel ouvert (MCO) ou de travaux miniers souterrains (TMS), elle produit de grandes quantités de déchets appelés « stériles ».

Schématiquement, on peut distinguer deux types de stériles.
Les stériles francs qui correspondent à la roche encaissante que l’on extrait pour atteindre le gisement ;
Les stériles de sélectivité qui sont en fait du minerai mais dont la teneur en uranium est insuffisante pour que son traitement soit rentable

Un jeu de dupe
Le décret 90-222 du 9 mars 1990 du code des industries extractives fixe les mesures de protection de l’environnement contre les pollutions radioactives générées par les mines d’uranium. Cette réglementation tardive précise qu’aucun plan de gestion des matières radioactives n’est nécessaire dès lors que les teneurs en uranium sont inférieures à …300 g/t. Cette valeur correspond très exactement au seuil de coupure utilisé par les exploitants pour séparer le minerai rentable de celui qui n’est l’est pas ! Ce n’est évidemment pas une coïncidence : on ne s’occupe que de ce qui rapporte.
En dispensant les firmes d’extraction de règles de gestion prenant en compte les intérêts environnementaux et sanitaires, l’Etat leur a fait un cadeau royal…mais les populations n’ont pas fini d’en payer le prix. L’accroissement des quantités de déchets radioactifs produits, l’abondance des rebuts radiotoxiques à traiter dans un avenir proche fait plus que jamais débat. Le recyclage des déchets radioactifs dans les BTP et les objets du quotidien prévu par un arrêté publié au JO le 14 mai dernier n’est pas une solution viable pour la santé des consommateurs. En se ralliant à des méthodes tendancieuses, les autorités ministérielles laissent le champ libre aux exploitants du nucléaire pour contourner des prescriptions légales et réglementaires protectrices pour les consommateurs et respectueuses de l’environnement. Les sociétés immobilières et firmes du secteur industriel alléchées par les rebuts au rabais proposés auront dès lors tout loisir d’incorporer les déchets faiblement radiotoxiques au béton ou aux plastiques industriels. Fort du soutien populaire de milliers de courriers transmis aux autorités, la Criirad a déjà été reçue au ministère de l’écologie. En accentuant ce lobbying populaire sur les ministères de la santé et de l’économie, les consommateurs seront en position de force pour obtenir de réelles avancées.
De l’inconscience à l’incompétence
Dans ses inventaires annuels, l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANDRA) ne consacre aucune fiche aux dépôt de stériles comme « des roches contenant peu ou pas du tout d’uranium ». Tout irait pour le mieux si cette définition était exacte mais il n’en est rien.
Aucune roche n’est totalement exempte d’uranium, et certainement pas les stériles ! En effet, contrairement à ce que suggère leur nom, ils ont des teneurs en uranium supérieures (pour les stériles francs), voire très supérieures (pour les stériles de sélectivité) à la teneur moyenne de l’écorce terrestre. Si l’on compare l’activité massique moyenne en uranium de l’écorce terrestre (80 Bq/Kg) et celle d’un stérile dont la teneur en uranium est de 100 à 300 g/t (2600 à 7700 Bq/Kg) la différence est frappante. A ces niveaux d’activité, toute banalisation doit être proscrite car elle est susceptible d’entraîner pour les populations (générations actuelles et à venir) des expositions nettement supérieures aux limites réglementaires.
C’est que l’uranium n’est pas le seul élément radioactif dont il faut tenir compte. L’uranium 238 donne en effet naissance à treize descendants radioactifs et l’uranium 235 à 10. Au total, 25 radionucléides sont présents à des taux anormalement élevés. Pour des stériles dont la teneur en uranium atteint 300 g/t, l’activité massique totale est alors de 55 000 Bq/Kg.
Il faut également ajouter que les investigations de la Criirad ont souvent démontré que l’activité des stériles pouvait dépasser, et très largement, le seuil de coupure de 300 g/t, avec des activités supérieures à 100 000 Bq/Kg, voire à 200 000 Bq/Kg. L’explication est que le tri entre minerai exploitable et stériles s’effectuait de façon très grossière : les camions passaient sous un portique de détection qui effectuait une mesure globale du chargement. Rien d’étonnant à trouver des blocs de minerai riche dans des verses à stériles ou dans les remblais de routes ou de propriétés privées.
Des déchets radioactifs de catégorie TFA – VL
Les stériles de sélectivité sont :
1/ des déchets de très faible activité (TFA).Précisons que ce vocabulaire est celui des autorités et que ces « très faibles » activités correspondent à des activités comprises entre 1000 et 100 000 Bq/Kg.
2/ des déchets à vie longue (VL), et même très longue quand on considère les périodes radioactives de l’uranium 238 (4,5 milliards d’années) et de l’uranium 235 (700 millions d’années).
3/ des déchets de très forte radiotoxicité compte tenu de la présence des isotopes de l’uranium, du thorium 230, du radium 226, de l’actinium 227, du polonium 210, du plomb 210…
Il existe depuis 2003 à Morvilliers, un site de stockage dédié aux déchets TFA. Ils y sont conditionnés et stockés dans des alvéoles creusées dans une épaisse couche d’argile. Ce n’est pas parfait mais cela n’a rien à voir avec la situation d’abandon des stériles (qui sont pourtant aussi radioactifs et de bien plus longue durée de vie !).

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