La Nouvelle-Zélande surfe sur un web bis

Publiée par Antoine Duvauchelle

Le ministère de l’Intérieur néo-zélandais vient de reconnaître que le filtre Internet était maintenant opérationnel et déjà utilisé par deux FAI locaux : Maxnet et Watchdog. Pour Thomas Beagle, porte-parole de l’association Tech Liberty, « c’est un triste jour pour la Nouvelle-Zélande ».

Pour le gouvernement, il n’y a pas matière à polémiquer. Le ministère de l’Intérieur poursuit la promotion de son système auprès des FAI, et tente de calmer le jeu en rappelant les raisons de sa décision : « Le filtre digital agit contre l’exploitation des enfants, et donne aux fournisseurs d’accès les moyens d’empêcher leurs clients d’accéder à ces sites illégaux, par inadvertance ou volontairement. Il aidera à sensibiliser au problème mondial de l’exploitation sexuelle des enfants. »

Le problème, c’est qu’il semblerait que les deux FAI n’aient pas prévenu leurs clients qu’une partie du trafic était détournée vers le système gouvernemental pour être filtrée. Le ministère de l’Intérieur refuse de dire quels autres fournisseurs d’accès adopteraient le filtre, et réclame le droit à négocier en secret. Selon Tech Liberty, Telstra Clear, Telecom et Vodafone ont annoncé rejoindre le groupe des FAI filtreurs, tandis qu’Orcon, Slingshot et Natcom s’y refusent.

David Zanetti, porte-parole de Tech Liberty pour les questions techniques, craint « que le système réduise la stabilité d’Internet en Nouvelle-Zélande. C’est un point de défaillance unique, qui introduit un objectif nouveau et tentant pour les hackers, et qui va provoquer des problèmes avec les applications Internet modernes en détournant le trafic. »

Pour l’association, le gouvernement néo-zélandais instaure un régime de censure arbitrairement en choisissant de bloquer ce qu’il veut sans référence à la loi préexistante. Pire, selon Thomas Beagle, la liste de ce qui est filtré est gardée secrète, en contradiction avec le reste de la législation sur la censure, qui prévoit que les décisions d’interdiction soient publiées.

Tech Liberty pourrait voir un espoir dans la récente annonce du gouvernement américain, par la voix d’Hillary Clinton : « Ceux qui perturbent le flux d’informations libres dans le monde sont une menace pour notre économie, notre gouvernement, et notre société civile. » Elle a ajouté que les Etats-Unis étaient prêts à aider les gens à contourner les systèmes de filtrage.

Cette actualité risque en tout cas de relancer les polémiques sur les systèmes de filtrage actifs dans le monde. L’Australie a déjà le sien depuis 2008, et la France s’y met doucement avec Loppsi. Cette loi qui concerne la gestion de la police et de la gendarmerie pour la période 2009-2013, a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale en février dernier. Elle prévoit elle aussi – entre autres – de lutter contre la pédo-pornographie sur la Toile en appliquant un système de filtre par les FAI.

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