Roms : la stigmatisation

  La situation des Roms, une question européenne
Depuis le début du mois d’août, la France procède à des expulsions de Roms, sous l’oeil des caméras. Mais ces retours officiellement volontaires, la France les organisait aussi avant. La seule différence, c’est qu’ils se faisaient sans publicité. La France n’est pas le seul pays en Europe à rapatrier les Roms en situation illégale, ses partenaires de l’Union le font aussi, loin des médias. Preuve que l’intégration des Roms est bel et bien une question à l’échelle européenne. Et qui engage une responsabilité conjointe.

Une définition complexe…

Selon la définition du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne, le terme « Rom » désigne l’ensemble des populations immigrées de Nord-Ouest de l’Inde au premier millénnaire. Il regroupe donc les Roms, les Sintés, les Kalés, les Gens du voyage et les groupes de populations apparentés en Europe.
En France, le terme « Rom » désigne uniquement les Tziganes originaires des pays d’Europe de l’Est, Roumanie et Bulgarie principalement. Si on s’en tient à cette définition, alors les Roms seraient quelque 15.000 en France.

pour une population européenne

Toujours selon les données fournies par le Conseil de l’Europe, la communauté rom compte 10 à 12 millions de personnes dans toute l’Europe. La plupart sont d’ailleurs des citoyens européens.
Dans certains Etats membres, le pourcentage de la population rom avoisine même les 10 %. Les Roms sont la plus importante minorité en Europe, ils sont aussi la plus importante minorité sans territoire compact. De ce fait, ils ne bénéficient pas de l’assistance d’un Etat parent, comme c’est le cas pour les minorités nationales. Dans certains pays, la minorité rom n’est pas reconnue en tant que telle alors qu’elle y est implantée depuis des siècles.
Comme le montrent les cartes ci-dessous, les Roms, selon la définition des instances européennes, sont présents dans toute l’Europe.

A NOTER : Les chiffres émanent du Conseil de l’Europe et concernent donc les populations roms selon la définition ci-dessus. Ces chiffres révèlent des fourchettes assez larges. Plusieurs explications à cela : les données fournies par les Etats sont basés sur des recencements, donc sur des déclarations volontaires des populations et, par peur des discriminations ou des mesures policières, certains hésitent à dire qu’ils sont roms. D’autres données sont communiquées par les communautés roms elles-mêmes.

En Europe, les Roms ne reçoivent pas toujours le même accueil

La France rapatrie les Roms, officiellement sur la base de retours volontaires, mais elle n’est pas le seul pays d’Europe à le faire. L’Italie s’est particulièrement illustrée pour sa politique particulièrement répressive. La Belgique et même le Danemark ou la Finlande procèdent à des démantèlements de camps et/ou des expulsions.
Discriminations, chômage, exclusion sociale voire agressions physiques, c’est ce qui semble caractériser la situation des Roms partout en Europe. Selon une enquête de l’Union européenne, 1 Rom sur 2 dit avoir été victime de discrimination dans les 12 mois précédents, 1 Rom sur 5 avoue avoir été victime de violence physique pour ses origines. Une réalité auxquelles les Etats apportent des réponses qui vont de la fermeté à des projets favorisant l’intégration…avec des résultats difficiles à vérifier.

  • Espagne : le gouvernement a adopté en avril un « plan d’action pour le développement de la population gitane 2010-2012 », doté de 107 M EUR sur trois ans, avec des actions en matière d’éducation, de santé, de logement et pour les femmes. S’il s’agit d’étrangers en situation irrégulière, ils peuvent être expulsés.
  • Hongrie: le gouvernement avait décidé en 2009 de multiplier par trois le budget pour reloger les Roms vivant dans les bidonvilles et favoriser leur intégration dans la fonction publique. Avec la crise, Budapest a révisé ses plans et réduit les embauches prévues. En 2009, 40% des jeunes Roms hongrois n’avaient pas achevé l’enseignement primaire.
  • Italie: la population rom y est en forte hausse depuis 2007 selon l’ONG Caritas. Pas de politique systématique d’expulsions contre les Roms, mais comme en France, des aides au retour sont prévues sur une base volontaire (billet d’avion, indemnité de voyage de 400 euros et pécule pour la réintégration dans le pays d’origine de 3.000 euros au maximum).
  • Grèce: environ 300.000 Roms y vivent et ils sont souvent victimes d’expulsions arbitraires et de violences policières. Malgré des aides sociales provenant des programmes européens, leur intégration reste lettre morte. En 2008, la rapporteuse de l’ONU pour les droits des minorités, Gay McDougall, avait appelé Athènes à prendre des mesures urgentes pour améliorer leur situation « désespérée ».
  • République tchèque: plusieurs attaques d’extrémistes contre les Roms ont eu lieu ces dernières années. A la mi-mars 2010, le
    gouvernement a adopté un « plan national d’action » visant à encourager la scolarisation des enfants tziganes avec les autres.
  • Allemagne: les Roms y sont reconnus comme l’une des quatre minorités allemandes. La plupart des autres Roms sont des réfugiés du Kosovo ayant fui la guerre. L’Allemagne les encourage, comme tous les Kosovars réfugiés, à rentrer chez eux avec des aides au retour. Berlin a annoncé son intention de renvoyer « par étapes » au Kosovo quelque 10.000 Roms ne disposant pas d’autorisation de séjour formelle. (voir notre reportage)
  • Portugal: il existe une communauté tzigane d’implantation très ancienne et des « Roms » d’immigration récente mais pas de chiffres officiels. Les étrangers en situation irrégulière peuvent être expulsés, sauf s’ils sont nés au Portugal, s’ils y sont arrivés avant l’âge de dix ans ou ont des enfants mineurs à charge et scolarisés.
  • Suisse: « C’est après la 2e guerre mondiale que la vague principale de l’émigration des Roms est arrivée », a indiqué une responsable de la fondation Roma Cristina Kluck. « En Suisse, nous n’avons pas les mêmes problèmes qu’en France. Ici, la plupart des Roms ont la nationalité suisse, les autres étant des réfugiés du Kosovo », a-t-elle précisé.
  • Pologne: entre 12.855 et 50.000 personnes, selon les sources. « La situation matérielle des Roms polonais est bien meilleure qu’en Slovaquie ou en Hongrie », selon le président de l’Association des Roms en Pologne, Roman Kwiatkowski. Même si selon les autorités polonaises, 30% des enfants roms ne sont pas scolarisés.
  • Grande-Bretagne: pas de statistiques sur les Roms mais le gouvernement renforce sa législation pour donner à la police les moyens d’arrêter les occupants illégaux de terrains.

Suède: les Roms, estimés à 50.000, dont la moitié est arrivée au XVIe siècle, sont l’une des cinq minorités reconnues. Depuis le début de l’année, plus de 50 Roms ont été expulsés. Selon un rapport demandé par le gouvernement, 80% des Roms adultes sont sans emploi et une majorité d’enfants ne termine pas l’école primaire.

MF (sources Conseil de l’Europe, Le Monde, Amnesty International et AFP)

Tour de vis sécuritaire ou effet d’annonce à visée électoraliste? Nicolas Sarkozy a ordonné le démantèlement des camps illégaux de Roms et leur expulsion vers leur pays d’origine. De la parole aux actes, le 19 août, un premier charter décolle vers la Roumanie. Malgré le tollé des associations et de l’opposition, malgré les critiques qui émanent de la droite et de l’Eglise catholique en France, critiques relayées par le Pape, et même si l’Union européenne et la presse internationale ont épinglé Paris, le gouvernement va poursuivre sa politique de reconduite à la frontière. Le rythme devrait même s’accélérer.

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