Sahel : L’artillerie perdue de Kadhafi, une menace sur la région

Par Abdoulaye Bah
Pour http://fr.globalvoicesonline.org

Depuis l’éclatement des hostilités qui ont renversé le régime libyen, la circulation des armes de toute nature pourrait avoir approvisionné des groupes terroristes dans la vaste zone désertique du Sahel, déjà en ébullition. Cela fait peser une lourde hypothèque sur la paix dans les pays de la région dont les conséquences sont imprévisibles. Les pays du Sahel sont en général vastes et parmi les plus pauvres du monde. Le Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS), compte parmi ses membres les pays suivants : Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad.  A part le Cap-Vert qui est protégé par la mer, ils sont tous exposés à de graves risques de déstabilisation. A ces pays,  il faut aussi ajouter les pays du Maghreb, l’Égypte, les deux Soudans,  l’Éthiopie, le Nigéria et le Sénégal.
Africa Boyebi reprend sur son blog [fr] un rapport de l’AFP  dans lequel on peut lire, décrivant un des sites découverts sans surveillance:

L’arsenal compte quelque 80 bunkers de béton peints couleur sable destinés au stockage de munitions, essentiellement de fabrication russe et française.
Dans un seul de ces bunkers, l’AFP a compté environ 8.000 obus de 100 mm. Dans d’autres, des centaines de bombes de 250, 500 et 900 kg larguées par avion, sont empilées sur plusieurs mètres de haut, mais aussi des roquettes, des bombes à fragmentation, des obus d’artillerie et de mortier de tout calibre, des munitions de canon antiaérien…

Peter Bouckaert directeur Urgences HRW fournit des détails sur les armes qu’il a trouvées sans surveillance dans une installation de stockage à environ 100 km au sud de Syrte dans cette vidéo. Il y déclare que des traces de certaines de ces armes auraient été retrouvées dans le désert du Sinaï et peut-être à Gaza.

Bien avant l’éclatement des affrontements en Libye, il y avait des armes, mais légères, qui circulaient sur toute l’étendue désertique du Sahara que se partagent de nombreux pays aux armées sous-équipées qui ne contrôlent pas leurs longues frontières. Cela fait déjà des mois que l’introduction de nouvelles armes de guerre plus sophistiquées a été signalée. Dans un billet publié en mars sur le site sahel-intelligence.com, Samuel Benshimon faisait savoir que :

Des informations sûres provenant de plusieurs capitales des pays du Sahel (Tchad, Niger, Mali, Burkina Faso, Algérie, Mauritanie), font état de l’acheminement d’armes lourdes, notamment des missiles anti-aériens, récupérées en territoire libyen par des mercenaires à la solde de la nébuleuse terroristes. Selon une source militaire à Bamako, plusieurs lots de ces armes ont été déjà convoyés vers des bases d’Ami [AQMI ?] au nord du Mali, par des mercenaires africains.

Selon Samuel Benshimon, un haut responsable malien aurait confirmé l’exactitude de ces informations et aurait ajouté que :

les autorités de son pays sont « très inquiètes » pour ce surarmement d’Aqmi qui constitue « un vrai danger » pour toute la sous-région du Sahel. Il a en outre, précisé que parmi ces armes figurent des missiles anti-aériens Sam7, de fabrication russe. Les mêmes inquiétudes ont été formulées par le président tchadien Driss Deby. Les armes sont récupérés par les mercenaires africains ou par des éléments exfiltrés par Aqmi et sont convoyées de nuit jusqu’à leur destination finale. Contrôlées par les émirs algériens émirs, Mokhtar Belmokhtar et Abdelhamid Abou Zaid, les Katiba de la nébuleuse terroriste Aqmi, ont installé leurs bases-arrières au nord du Mali.

Ce qui devrait inquiéter encore plus c’est que comme l’indique un billet publié sur le blog de Thérèse Zrihen-Dvir, écrivain et blogueuse:

La révolution s’est achevée, la Libye est libérée. Mais les anciens combattants ne sont pas prêts à abandonner les armes de si tôt. Au cas où. La région n’est pas encore stabilisée, la police est composée pour moitié de bénévoles. Et aucune armée nationale n’est encore constituée. Alors les populations se sentent obligés de continuer à assurer leur sécurité -elles-mêmes et garder le fusil à portée de main.

Dans un billet publié par le blog fr.elkhabar.com, le chercheur marocain Mohamed Drif, spécialiste des mouvements islamistes, prévoit que la région du Sahel sera contrôlée par trois groupes issus de la chute du régime de Mouammar Kadhafi en Libye:

le premier groupe est constitué des partisans de Kadhafi, des tribus targuies qui ont combattu à ses cotés, et sont rentrés chez eux particulièrement dans le nord du Niger. C’est un groupe qui, selon le chercheur, a acquis une expérience dans le combat et possède des armes « ce qui lui permet d’adhérer à la lutte contre le nouveau pouvoir en Libye, et tentera de cibler les intérêts occidentaux
… Le deuxième groupe, ajoute l’analyste marocain, est constitué de nombreux africains qui étaient liés au régime Kadhafi et dont une partie a la nationalité libyenne. Ce groupe pourrait s’organiser pour ébranler la sécurité dans la région, pas pour venger Kadhafi mais pour tenter de récupérer ces pertes, sachant qu’il était soutenu financièrement par l’ancien régime libyen. Ce groupe dont les membres viennent de plusieurs pays sahélo-sahariens pourraient mener des guérillas pour obtenir des butins financiers ». …. le troisième groupe est constitué de partisans libyens de Kadhafi qu’ils soient en Libye ou dans des pays voisins, et qui seront motivés par des raisons tribales pour ébranler la sécurité de la région ».

C’est dans ce contexte que le Conseil national de transition (CNT) a confirmé avoir découvert des stocks d’armes chimiques, selon une dépêche de l’AFP publiée par le blog cafeaboki.com.  Ces armes peuvent une grande capacité d’élimination d’êtres humains et de destruction de l’environnement, elles sont faciles à transporter et à utiliser. Dans une étude intitulée”L’attentat à l’arme chimique: évaluation et probabilité” publiée par la Fondation pour la Recherche Stratégique, il observe:

D’autres caractéristiques font de ces armes des moyens particulièrement adaptés aux actions terroristes dont notamment l’absence de systèmes de détection fiable des agents chimiques et biologiques, la faible « traçabilité » de certains agents, la facilité relative avec laquelle il est possible de fabriquer de telles substances (surtout si l’on compare avec le processus de fabrication d’une arme nucléaire), leur capacité à répandre la terreur et la panique au sein de la population civile

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