Netizen Report : Edition spéciale transparence

Par Rebecca MacKinnon · Traduit par Octavie Anne Perlembou
 
pour http://fr.globalvoicesonline.org

Lire ce billet en d’autres langues:

Español · Netizen Report: Edición « Transparencia »
Magyar · The Netizen Report: Átláthatósági kiadás
English · Netizen Report: Transparency Edition

A Global Voices Advocacy, nous croyons que la transparence des gouvernements et des entreprises, ainsi que les réponses aux questions “quand” et “comment” à propos de la censure et de la surveillance, sont une exigence de base si l’on parle d’Internet, réseau compatible depuis toujours avec la libre expression, la dissidence, et le droit des citoyens à s’organiser et à se rassembler. Ainsi, nous accueillons avec enthousiasme le dernier rapport “Transparence” de Google – la quatrième publication de la firme sous forme d’un rapport détaillé sur les demandes que lui adressent les gouvernements sur  les données des utilisateurs ou la suppression de contenus, ainsi que sur les flux de trafic (ou leur absence), pour les sites web de Google à travers le monde depuis juillet 2009. Les nouvelles données couvrant la période de janvier à juin 2011 révèlent plus de détails que précédemment, et notamment, des informations sur la façon dont Google a répondu aux demandes et si elles ont été honorées. Ces informations sont accompagnées d’une série de mises en garde : en particulier, le fait que la suppression automatisée de contenu n’est pas enregistrée, et qu’il peut arriver, en raison de lois locales, que certaines données ne puissent être utilisées.

Néanmoins, nous espérons que les données publiées par Google donneront un aperçu intéressant de l’état des problèmes autour d’Internet et que celles-ci pourront être utilisées pour rappeler leurs responsabilités aux gouvernements exerçant la censure. Nous croyons vraiment que si toutes les entreprises présentes sur Internet rendaient publiques des données similaires, nous serions sur la voie d’un monde Internet meilleur. De nombreux articles ont analysé ces données. Parmi eux :
L’Open Net Initiative a ajouté aux données publiques de la censure dans le monde la publication des résultats de ses recherches sur le filtrage mondial d’Internet [en anglais], couvrant 74 pays.
 

Répression : tenez-vous informé sur notre site Advocacy des dernières nouvelles des blogueurs emprisonnés en Egypte, en Syrie et au Koweït, et merci de diffuser ces informations (les traductions en français sont disponibles via l’onglet situé sous le titre).

Surveillance : comme GBA et d’autres l’ont récemment rapporté, 13 appareils de filtrage d’Internet produits par la société californienne Blue Coat ont été livrés en Syrie. Selon le Wall Street Journal, les dirigeants de Blue Coat ont assuré que la compagnie ne vendrait pas les appareils à des pays sous embargo vers lesquels le Département du commerce américain interdit les exportations, et que les appareils trouvés en Syrie avaient été cédés à un revendeur ayant affirmé qu’ils étaient destinés à l’Irak .

Le Wall Street Journal fait part de nombreux éléments supplémentaires se rapportant au rôle des entreprises dans la surveillance mondiale, et notamment un rapport sur la façon dont le chinois Huawei a apporté à l’Iran son matériel de surveillance et de censure destiné  à la téléphonie mobile.
En Inde, la société Research in Motion a mis en place une structure à Mumbai afin d’aider le gouvernement indien à procéder à une surveillance légale de ses services BlackBerry, y compris le service de messagerie chat ; cependant, le Wall Street Journal affirme que l’Inde ne possède encore aucune méthode pour intercepter et décoder les courriels BlackBerry.
En Russie, l’influence des blogueurs semble avoir rendu le Kremlin assez nerveux. Reporters sans frontières a dénoncé le projet du gouvernement russe de déployer un nouveau logiciel pour suivre les contenus “extrémistes” sur le web, en insistant sur les inquiétudes liées à une définition trop large du mot “extrémiste” ainsi qu’à l’arbitraire et à la disproportion des sanctions encourues par les sites web. Pour en apprendre davantage sur l’Internet russophone, suivez le projet  Echo Runet de Global Voices.
De passage aux États-Unis, The Guardian a publié un article fascinant à l’issue de la Conférence mondiale sur les systèmes de renseignements super-secrets, tenue récemment à Washington DC, et au cours de laquelle les professionnels de la surveillance ont échangé sur les toutes dernières technologies et innovations qu’ils ne veulent pas que nous connaissions. L’hacktiviste et ami de Global Voices Advocacy, Jacob Appelbaum, est parvenu à y entrer mais en a été ensuite expulsé.
Sur une note plus positive, concernant les États-Unis, le Washington Post rapporte que, depuis 2009, de nombreuses sociétés présentes sur Internet ont défié plus ouvertement le projet des «lettres pour la sécurité nationale» du FBI, visant à obtenir des informations sur les utilisateurs.
The Guardian signale que les associations pour la défense des libertés civiles et de la vie privée au Royaume-Uni s’inquiètent du déploiement par la police métropolitaine de Londres d’une technologie “de surveillance discrète, capable d’imiter un réseau de téléphonie mobile, en transmettant un signal qui permet aux autorités d’éteindre à distance les téléphones, d’intercepter des communications et de recueillir des données sur des milliers d’utilisateurs dans une zone ciblée.”
Le site Techdirt annonce que l‘Union européenne souhaiterait avoir une “boîte noire” intégrée à des systèmes d’exploitation qui stockeraient l’enregistrement de l’ensemble de l’utilisation faite d’Internet par un ordinateur. L’UE fait valoir l’utilité de cette possibilité dans la répression de la pornographie infantile. Le système dans lequel l’UE voit un candidat potentiel à la fonction de «boîte noire» est appelé LogBox. Le concepteur de LogBox soutient que le dispositif est destiné à préserver les libertés et la vie privée des utilisateurs d’Internet ; pourtant, Techdirt souligne que ce dispositif ne contribue guère à “protéger” la vie privée des utilisateurs, et rendrait en réalité les actions anonymes sur Internet beaucoup plus difficiles en fournissant aux gouvernements et à un appareil de répression un ensemble considérable de données sur chaque internaute.

Censure : en Chine, les dirigeants des 39 plus importantes entreprises du secteur de l’Internet, des télécommunications et de l’informatique, se sont entendues pour “renforcer le contrôle de soi, la modération et une stricte autodiscipline”, afin de “contenir la tendance à la propagation de rumeurs en ligne, la pornographie, la fraude, ainsi que des informations illégales et dangereuses sur l’Internet.” Ce mouvement est concomitant d’une vaste opération de répression sur l’Internet et les médias sociaux.
En Inde, le Centre Internet et société, basé à Bangalore, a soumis une demande de droit à l’information au ministère de la technologie de l’information (DIT), en vue d’obtenir davantage de renseignements sur le blocage des sites web. S’appuyant sur la réponse du DIT, le Centre observe que “les données fournies par le gouvernement semblent en contradiction avec les données publiées par Google et d’autres.” Leur conclusion : “Soit le DIT ne nous fournit pas toutes les informations pertinentes sur le blocage, soit il ne suit pas la loi”.
Des tribunaux de Belgique et Finlande ont sommé les FAI de bloquer le site The Pirate Bay.
La Commission judiciaire de la Chambre des États-Unis a récemment proposé un projet de loi pour la propriété intellectuelle en ligne que certains décrivent comme le commencement d’une «grande muraille d’Amérique». L’Electronic Frontier Foundation, et d’autres, ont passé en revue les problèmes de ce projet de loi, notamment l’absence de procédure régulière, la quasi-certitude d’une recrudescence de blocages et d’abus, le poids d’une responsabilité excessive pesant sur les intermédiaires du réseau, la légitimation mondiale de la censure des DNS et la fragmentation potentielle de l’Internet, entre autres. Ce projet est considéré comme pire encore que son double infernal au Sénat, la loi PROTECT IP, elle aussi contestée par de nombreuses entreprises de haute technologie et associations. Malgré cette opposition, le projet de loi bénéficie d’un soutien relativement large des législateurs.
Neutralité du net : le journaliste sud-africain spécialiste des technologies, Jan Vermeulen, a conduit le test Glasnost du M-Lab sur les FAI d’Afrique du Sud afin de vérifier si leur bande passante officielle et leurs politiques d’accès au réseau correspondaient à la réalité.
La croissance des applications gourmandes en bande passante en Corée du Sud a hissé la neutralité du net au rang des questions importantes. Les FAI sud-coréens estiment qu’il est de plus en plus difficile de maintenir des pratiques neutres vis à vis des contenus. Les trois sociétés de télécommunication les plus importantes de Corée du Sud se montrent inquiètes face à la montée des Smart TV, qui utilisent désormais des connexions Internet pour acheminer leur contenu, délaissant le câble classique et les liaisons satellite. Les FAI veulent imposer aux entreprises des débits variables en fonction du type et de la quantité de contenus émise.

Gouvernance de l’Internet : l’ICANN a tenu sa 42e réunion publique à Dakar, au Sénégal, à la fin du mois dernier. Wendy Seltzer rapporte ici sur Advocacy pourquoi les débats, en apparence obscurs, concernant les registres d’attribution des noms de domaine sont importants. Konstantinos Komaitis, un membre actif du Groupement des acteurs non-commerciaux de l’ICANN (dont Global Voices est aussi membre), décrit la lutte qui a lieu entre les gouvernements et les autres parties prenantes de l’ICANN pour déterminer si certains acteurs sont plus égaux que d’autres au sein du modèle de gouvernance multiples de l’ICANN. Kieren McCarthy, de dotNext, a également proposé un rapport et une analyse fouillés de l’affrontement entre les gouvernements et les législateurs sur l’application de la loi concernant les noms de domaine. S’appuyant sur le projet de gouvernance d’Internet, Milton Mueller analyse les politiques à l’œuvre dans le groupement des acteurs non-commerciaux, leurs sympathisants,  et le combat pour la représentation de la société civile à l’ICANN.

L’Inde a proposé officiellement de confier à l’ONU en la supervision de la gouvernance d’Internet. Pour lire les analyses différentes de trois grands experts de la gouvernance de l’Internet, voir Kieren McCarthy, Milton Mueller et Jeremy Malcolm
L’Union internationale des télécommunications a approuvé un nouveau protocole pour relayer l’information biométrique. Le protocole est destiné à permettre aux médecins de communiquer des données sur les patients en toute sécurité ; elle est destinée avant tout aux pays émergents, notamment en zones rurales, où l’accès aux soins médicaux est médiocre, et où la communication entre le centre médical et le médecin permettrait de fournir de meilleurs soins. Le communiqué de presse complet est disponible ici.

Le pouvoir des internautes : Lee Yoo Eun de Global Voices, rapporte que le 26 octobre l’élection du maire de Séoul a été influencée par Twitter. Retrouvez l’article complet ici
L’entrepreneur africain Herman Chinery-Hesse a prononcé un discours à la conférence Tech pour l’Afrique où il soulignait les bienfaits de la montée des technologies de la communication par Internet pour l’Afrique. On peut retrouver un synopsis de son discours sur le Tech4Africa.

Cyberespace : Facebook a lancé une fonctionnalité “ange gardien” afin d’aider les utilisateurs à restaurer leurs comptes verrouillés. 
Les 13e Big Brother Awards autrichiens ont eu lieu le 25 octobre à Vienne. Les “gagnants” sont le PDG de Telekom Austria, les ministres de l’Intérieur et la Justice, et le chef de l’unité de police anti-terroriste. Mark Zuckerberg a reçu le prix de la “menace permanente” et celui de “défenseur de la liberté” a été décerné aux créateurs de la campagne “L’Europe contre Facebook“.

La conférence des droits de l’homme de la Silicon Valley s’est tenue à San Francisco fin octobre (voir le rapport de l’AIG, le rapport de Jillian York, et celui de The Economist) et a donné naissance à la charte Silicon Valley Standard, un ensemble de 15 principes que les entreprises technologiques devraient suivre afin de protéger les droits de l’homme. 
Weibo Chine projette de lancer une version anglaise, en partenariat avec Flipboard et Instagram. Vont-ils accepter de suivre la charte de la Silicon Valley ?

Alerte de sécurité : le chercheur en sécurité Barnaby Jack a estimé qu’il était possible de mener une attaque sur des pompes programmables à insuline. Bien qu’il n’y ait eu aucun signalement concernant quelqu’un touché par une telle attaque, cela souligne à quel point les technologies de sécurité sont en retard quand il s’agit de dispositifs sans fil intégrés dans des infrastructures essentielles, comme les équipements médicaux.

Publications : Les appareils photo numériques limitent la corruption électorale, par Michael Callen et James Long.

Accès contesté : sécurité, identité, et résistance dans le cyberespace asiatique (Access Contested: Security, Identity, and Resistance in Asian Cyberspace), par l’OpenNet Initiative, doit être officiellement publié en décembre. La partie I du livre (qui comprend un chapitre rédigé par Rebecca MacKinnon, auteur de cet article, ndt) peut être lue en ligne ou téléchargée ici.
Événements : consultez ce calendrier pratique rassemblant les évènements liés à l’Internet partout dans le monde, publié gratuitement par Internews.

NOTE : ce numéro du Netizen Report a été établi grâce à l’aide considérable de Ted Eby et Weiping Li.

Abonnez-vous au Netizen report en anglais par email. La traduction en français du Netizen Report est publiée sur ce site.

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