La lutte contre la production de cocaïne en Bolivie, en Colombie et au Pérou

Par Pablo Andres Rivero · Traduit par Anna Gueye
31 Aout 2012
pour http://fr.globalvoicesonline.org

TraductionsLire cet article en d’autres langues: english , spanish , arab

[Liens en espagnol et en anglais] La coca est une plante de la Cordillère des Andes. Elle est traditionnellement cultivée et consommée par les populations locales depuis des siècles. De nombreux produits dérivés et les feuilles elles-mêmes peuvent être légalement achetées au Pérou et en Bolivie.

Toutefois, les feuilles de coca sont aussi la matière première de la cocaïne. Le Pérou, la Colombie et la Bolivie sont donc les trois plus grands pays producteurs de cocaïne illicite du monde.

D’après le Rapport mondial sur les drogues 2012, on note une baisse globale de la production mondiale de cocaïne entre 2006 et 2010. Cela est en partie dû à la réduction de la culture de la coca en Colombie. Mais le rapport souligne également que durant la même période la culture de la coca et la production de cocaïne ont augmenté en Bolivie et au Pérou.

Destroying coca plants in the lush mountains in Medellin, Colombia. Photo by Viewpress. Copyright Demotix (05/30/2012)

Destruction des plantations de coca dans les montagnes autour de  Medellin, en Colombie. Photo de Viewpress. Droits d’auteur Demotix (30/05/2012)

La production et le trafic de drogue sont des problèmes majeurs en Amérique latine, que les gouvernements ne cessent de traiter. Et lors du dernier Sommet des Amériques [anglais] au mois d’avril beaucoup étaient d’avis que la guerre contre la drogue menée par les Etats-Unis est un échec.

Plan Colombie

Ricardo Vargas, chercheur au TNI [espagnol] et expert de premier plan pour le trafic de drogue en Colombie, déclare que le Plan Colombie – la stratégie anti-drogue financée par les Etats-Unis – a dépensé plus de 8 milliards de dollars américains pour renforcer l’armée et mener des actions militaires contre les groupes rebelles liés au trafic.

Ricardo Vargas a fait valoir, dans une interview, qu’au-delà de la violence :

El gran problema es que la oferta y el tráfico son los grandes temas ausentes en estos debates. Y Colombia es un país básicamente de producción, de procesamiento y de tráfico. Lo que quiere decir que el país aún no ha entrado a analizar a fondo la dimensión más importante que le compete. Con el agravante de que la dimensión de la oferta y el tráfico termina siendo reemplazado por un tema de seguridad.

Le gros problème est que les questions de l’offre et le trafic sont les grands absents de ces débats. La Colombie est essentiellement un pays qui produit, traite et fait de la contrebande, ce qui signifie que le pays n’a toujours pas commencé à analyser en profondeur la dimension la plus importante de sa responsabilité  Avec la dimension supplémentaire que l’offre et le trafic finissent par être remplacés par des préoccupations sécuritaires.

Bolivie : le nouveau bataillon écologique

Le président bolivien Evo Morales déclarait récemment que le trafic de drogue est l’un des défis majeurs et a également annoncé un nouveau “bataillon écologique” : un groupe de travail visant à empêcher la culture illégale de la coca dans les parcs nationaux.
Cependant, le journaliste et blogueur de La Paz  Andres Gomez remarque une importante contradiction [espagnol] dans le discours du président :

la ONU alertó que el 93 por ciento de la hoja de coca del Chapare se va al mercado ilegal (por no decir narcotráfico), e informó que en el país hay más de 30 mil hectáreas.
Recientemente, una investigación del Centro Latinoamericano de Investigación (CELIN) certificó que el país apenas requiere alrededor de 8 mil hectáreas para el consumo tradicional (acullicu y uso medicinal) de la hoja de coca. Según la Ley 1008, que todavía rige, en el país debiera haber apenas 12 mil hectáreas, pero hay más de 30 mil.
el presidente Morales reconoce que el narcotráfico es un problema para el gobierno de Bolivia, pero el presidente de las federaciones cocaleras, que es la misma persona, defiende la producción de sus bases, cuyo destino principal es el mercado ilegal.

L’ONU a prévenu que 93 pour cent des feuilles de coca de la région du Chapare vont au marché illégal (pour ne pas dire de la drogue), et a indiqué que le pays compte plus de 30 milles hectares de plantation.Récemment, une enquête latino-américaine (CELIN)  a conclu que le pays n’a besoin que d’environ 8 milles hectares pour la consommation traditionnelle (« mastication » et utilisation médicinale) de la feuille de coca. Conformément à la loi 1008 encore en vigueur, le pays ne devrait avoir que 12 milles hectares, mais il y en a plus de 30 000.Le président Morales reconnaît que le trafic de drogue est un problème pour le gouvernement bolivien, mais le président de la Fédération des producteurs de coca – il s’agit de la même personne – défend la production de son syndicat (de la coca), dont le principal débouché est le marché illicite.

Pérou : un couloir de contrebande

Depuis 2010, le Pérou est le plus grand producteur de cocaïne pure du monde. L’un des défis majeurs des autorités péruviennes est le nombre croissant de routes qu’emprunte le trafic de cocaïne.
Selon l’analyste Alfredo Palacios Dongo, ancien commandant en chef de l’armée péruvienne et blogueur sur Planteamientos Peru [espagnol] :

Las rutas internacionales de la cocaína desde el Perú, además de hacia el corredor entre Centroamérica y México hasta EE UU, está aumentando sus envíos hacia Brasil, Argentina, Chile y Bolivia. […] Brasil, país con gran demanda de droga –segundo consumidor mundial con 11 millones de consumidores, después de EE UU, con 22,6 millones–, y que además tiene una epidemia de “crack”

Les itinéraires internationaux de la cocaïne en provenance du Pérou, en plus du corridor entre l’Amérique centrale et le Mexique menant aux États-Unis, augmentent leurs expéditions vers le Brésil, l’Argentine, le Chili et la Bolivie […] Le Brésil, un pays ayant une forte demande de drogue – le second, avec 11 millions de consommateurs après les Etats-Unis et leurs 22,6 millions – souffre également d’une épidémie de « crack ».

Communauté andine et initiatives conjointes

La Communauté andine [anglais] met actuellement en oeuvre le Programme de lutte contre les drogues illégales (PRADICAN) [espagnol], un projet financé par l’Europe qui a pour but la standardisation des informations statistiques sur la production, le trafic et la consommation de drogues dans les Andes, ainsi que de coordonner les réponses des Etats membres.

La Communauté andine stipule [espagnol] qu’une approche globale est nécessaire, en ciblant principalement les mesures suivantes :

  • en priorité, bloquer la route empruntée par les trafiquants de drogue,
  • la « phase [du trafic] qui génère le plus de valeur ajoutée dans le prix final de la drogue »,
  • réduire l’accès aux fournitures et précurseurs de drogues,
  • s’attaquer au problème de la drogue comme un problème de santé publique et non pas seulement comme une guerre violente,
  • des actions conjointes pour à la fois couper les sources de financement illégales et se doter de systèmes de surveillance et d’alerte précoce contre les réseaux de trafic de drogue.

Ce billet fait partie de notre dossier central sur les relations internationales et la sécurité 

ISN logoCe billet, ainsi que ses traductions en français, arabe et espagnol ont été commandés par l’International Security Network (ISN) dans le but de faire entendre les points de vue des citoyens sur les questions de relations internationales et de sécurité. Le billet a été d’abord publié sur le blog de l’ISN, d’autres articles sont disponibles ici.
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