Leucémies des enfants : leur augmentation autour des centrales nucléaires est confirmée

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr

07/09/2014

Il s’agit des centrales nucléaires en fonctionnement normal.

Ian Fairlie, un biologiste anglais a rassemblé les résultats de plusieurs études internationales. Il nous fait ici un résumé de son étude.

(Traduction par «vivre après fukushima» avec l’aimable autorisation de l’auteur.)

Leucémies des enfants à proximité des centrales nucléaires:

Un article de Ian Fairlie publié le‭ ‬25‭ ‬Juillet‭ ‬2014.

En Mars‭ ‬2014,‭ ‬mon rapport sur l‭’‬augmentation des taux de leucémies infantiles à proximité des centrales nucléaires a été publié dans le‭ «‬Journal of Environmental Radioactivity‭»‬ (JENR‭)‬.‭ ‬Un précédent‭ ‬article‭ ‬traitait de sa création et du grand nombre de ses lecteurs‭, celui-ci décrit le contenu du rapport en termes simples.

Rappelons d’abord certaines notions qui permettront de mieux comprendre l’importance de ce rapport.‭ ‬Beaucoup de lecteurs ignorent peut-être que l’augmentation des leucémies infantiles à proximité des centrales nucléaires a fait l’objet de controverses depuis plusieurs décennies.

Ce fut le cas par exemple au Royaume Uni dans les années‭ ‬1980‭ ‬et au début des années‭ ‬1990‭ ‬où le sujet donna lieu à de nombreuses émissions de télévision,‭ ‬des commissions gouvernementales,‭ ‬des comités gouvernementaux,‭ ‬une grande conférence internationale,‭ ‬des rapports gouvernementaux,‭ ‬au moins deux affaires judiciaires et probablement plus d‭’‬une centaine d‭’‬articles scientifiques.
‬Elle a été relancée en‭ ‬1990‭ ‬par la publication du fameux rapport Gardner‭ (‬Gardner et al,‭ ‬1990‭) ‬qui a constaté une augmentation très importante‭ (‬d’un facteur‭ ‬7‭) ‬des leucémies de l‭’‬enfant auprès‭ ‬de la tristement célèbre centrale nucléaire de Sellafield dans le comté de Cumbria.

La controverse semble avoir diminué au Royaume-Uni,‭ ‬mais elle est encore vive dans la plupart des autres pays européens, ‬spécialement l‭’‬Allemagne.

Le problème est que sur plus de‭ ‬60‭ ‬études épidémiologiques effectuées dans le monde entier portant sur l’incidence du cancer infantile à proximité des centrales nucléaires,‭ ‬une majorité‭ (‬> 70‭ ‬%‭) ‬fait apparaître une augmentation du nombre de leucémies.‭ ‬À ma connaissance,‭ ‬aucun autre domaine de la toxicologie‭ (‬par exemple l’amiante,‭ ‬le plomb ou le tabagisme‭) ‬n’a fait l’objet d’autant d’études,‭ ‬et jamais association n’a été aussi clairement‭ ‬établie que celle entre les centrales nucléaires et la leucémie infantile.‭
‬Pourtant de nombreux gouvernements favorables au nucléaire et l’industrie nucléaire réfutent ces conclusions et refusent d’en tirer les conséquences.‭ ‬Même attitude de leur part que pour le‭ ‬tabagisme dans les années‭ ‬60‭ ‬et l’origine humaine du réchauffement climatique aujourd’hui.

Début‭ ‬2009,‭ ‬le débat a été en partie ravivé par la célèbre étude KIKK‭ (‬Kaatsch et al,‭ ‬2008‭) ‬commandée par le gouvernement allemand‭; ‬elle a constaté une augmentation totale des cancers de‭ ‬60%‭ ‬et une augmentation de‭ ‬120%‭ ‬des leucémies chez les enfants de moins de‭ ‬5‭ ‬ans vivant à moins de‭ ‬5‭ ‬km de toutes les centrales allemandes.‭ ‬A la suite de ces résultats surprenants,‭ ‬les gouvernements de France,‭ ‬Suisse et du Royaume Uni ont en hâte mis en place des études auprès de leurs propres centrales nucléaires.‭ ‬Toutes ont trouvé que les cas de leucémie augmentent,‭ ‬mais du fait du petit nombre de cas elles n‭’‬ont pas atteint‭ ‬le niveau de la‭ «‬signification statistique‭»‬.‭ ‬Autrement dit,‭ ‬vous ne pouvez pas être certain à‭ ‬95%‭ ‬que les résultats n‭e sont pas dus au hasard.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu d’augmentation‭ ; ‬et il est évident que si les calculs statistiques avaient été moins stricts,‭ ‬les résultats auraient été‭ « ‬statistiquement significatifs‭ »‬.

Mais la plupart des gens se font facilement berner par les statistiques,‭ ‬y compris les scientifiques qui devraient faire preuve de plus de discernement.‭ ‬Les gouvernements qui veulent ignorer des conclusions gênantes se sont précipités sur les résultats des calculs à‭ ‬95‭ ‬%,‭ ‬sachant que‭ ‬dans ce domaine le niveau actuellement utilisé dans de nombreuses études est de‭ ‬90‭ ‬%.

Dans cette situation,‭ ‬il faut combiner des ensembles de données et constituer une méta étude,‭ ‬ce qui permet d’obtenir des chiffres plus élevés et donc un meilleur niveau de‭ « ‬signification statistique‭ »‬.‭

Les quatre gouvernements concernés se sont bien gardés de le faire car ils connaissaient d’avance la réponse,‭ ‬à savoir une augmentation statistiquement significative‭ ‬à proximité de presque toutes les centrales nucléaires dans les‭ ‬4‭ ‬pays.
‬Korblein et Fairlie ont donc fait le travail pour eux‭ (‬Korblein and Fairlie,‭ ‬2012‭)‬,‭ ‬et le résultat fut sans surprise: des augmentations significatives‭ furent enregistrées ‬à proximité de toutes les centrales nucléaires.

‭Voici leurs constatations:

Nombre de leucémies observées (O) et attendues (A)
dans un rayon de 5 km autour de centrales nucléaires
O A O/A IC 90% valeur de p
Allemagne 34 24,1 1,41 1,04-1,88 0,0328
Grande Bretagne 20 15,4 1,30 0,86-1,89 0,1464
Suisse 11 7,9 (a) 1,40 0,78-2,31 0,1711
France (b) 14 10,2 1,37 0,83-2,15 0,1506
TOTAL 79 57,5 1,37 1,13-1,66 0,0042

(a)Tiré des données de Spycher et al. (2011).
(b)leucémies aigues

Ce tableau révèle une augmentation statistiquement significative de‭ ‬37%‭ ‬du nombre de leucémies‭ ‬infantiles dans un rayon de‭ ‬5‭ ‬km de presque toutes les centrales nucléaires au Royaume-Uni,‭ ‬en Allemagne,‭ ‬en France et en Suisse.‭ ‬Il n‭’‬est peut-être pas étonnant que ces‭ ‬3‭ ‬derniers pays aient annoncé l‭’‬élimination progressive et l‭’‬arrêt du nucléaire.‭ ‬Seul le gouvernement du Royaume-Uni persiste dans le déni.

Donc le doute n‭’‬est plus de mise:‭ ‬il y a une association très nette entre l‭’‬augmentation du nombre de leucémies‭ ‬de l‭’‬enfant et la proximité des Centrales nucléaires.
Reste la question de la ou des cause(s‭) ‬de cette augmentation.

La plupart des gens se soucient des émissions radioactives et du rayonnement direct des centrales nucléaires‭; ‬mais lorsqu’on parle de rayonnements,‭ ‬le grand problème est d’expliquer l’énorme différence‭ (‬d’un facteur‭ ~‬10.000‭ ) ‬que l’on constate entre l’estimation officielle des doses émises par les centrales nucléaires et l’augmentation clairement constatée des risques.

Mon explication‭ ‬met en cause les rayonnements:
‭- ‬Elle repose sur la principale constatation de l‭’‬étude KIKK:‭ ‬la multiplication des cas de leucémies des nourrissons et des enfants est étroitement associée avec la proximité des cheminées des‭ ‬centrales nucléaires.
– Elle repose aussi sur l‭’‬observation du KIKK que les cancers solides en augmentation étaient pour la plupart‭ «‬embryonnaires‭»‬; c‭’‬est à dire que les bébés naissent soit avec des‭ ‬cancers solides,‭ ‬soit avec des tissus pré-cancéreux qui,‭ ‬après la naissance,‭ ‬se développent en tumeurs à part entière‭; ‬c‭’‬est ce qui se passe également avec la leucémie.

    Mon explication comporte cinq éléments principaux:

  • Premièrement:‭ ‬L‭’‬augmentation du nombre de cancers peut être due à l‭’‬exposition aux rayonnements provenant des émissions des centrales nucléaires dans l‭’‬air.
  • Deuxièmement:‭ ‬de grands pics annuels d‭’‬ émissions peuvent entraîner une augmentation des doses pour les populations‭ ‬dans un rayon de‭ ‬5‭ ‬km autour des centrales nucléaires.
  • Troisièmement:‭ ‬les cancers observés peuvent survenir in utero chez les femmes enceintes.
  • Quatrièmement:‭ ‬les doses et leurs risques pour les embryons et foetus sont peut-être plus grands que les estimations actuelles.
  • Et Cinquièmement:‭ ‬les cellules qui forment les globules sanguins dans la moëlle osseuse(cellules hématopoïétiques) peuvent être particulièrement radiosensibles.

Mis ensembles,‭ ‬ces cinq facteurs‭ ‬peuvent expliquer l‭’‬écart entre les doses estimées des rejets des centrales nucléaires et les risques observés par l‭’‬étude KIKK.‭ ‬Ces facteurs sont étudiés en détail dans l‭’‬article complet.

Mon article montre en effet que cet écart‭ [‬NDTR‭ ‬:entre le nombre de leucémies prévus par les calculs officiels et les constatations sur le terrain‭] ‬peut être‭ ‬expliqué.‭

L‭’‬augmentation du nombre de leucémies observées par l‭’‬étude KIKK et de nombreuses autres études peut être‭ ‬dûe à‭ ‬l‭’‬exposition de‭ l‭’‬embryon ou du foetus‭ «‬in utero‭»‬ aux‭ ‬radionucléides incorporés par la mère à partir‭ des ‬émissions radioactives des centrales nucléaires.
‬De très grands pics d‭’‬émissions par les centrales nucléaires pourraient produire un clone pré-leucémique‭; ‬et après la naissance un deuxième pic de radiations pourrait transformer quelques uns de ces clones en cellules entièrement cancéreuses.
‬Les bébés concernés naissent pré-leucémiques‭ (‬ce qui est invisible‭) ‬et les leucémies complètes ne sont diagnostiquées qu‭’‬au cours des premières années après la naissance.

A ce jour l‭’‬éditeur n‭’‬a reçu aucune lettre signalant des erreurs ou omissions dans cet article.

Ian Fairlie – le‭ ‬25‭ ‬Juillet‭ ‬2014.


L‭’‬article original en anglais
http://www.ianfairlie.org/news/childhood-leukemias-near-nuclear-power-stations-new-article/

Un autre article de Ian Fairlie sur les circonstances de la publication de son étude
http://www.ianfairlie.org/news/childhood-leukemias-near-nuclear-power-stations-482-downloads/

L‭’‬étude complète en anglais- mars 2014
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0265931X13001811‭


Ian Fairlie se présente:

Ian FairlieJe suis‭ ‬consultant indépendant sur la radioactivité dans l‭’‬environnement‭; ‬je vis à Londres au Royaume-Uni.
J‭’‬ai étudié les rayonnements et la radioactivité‭ ‬depuis l‭’‬accident de Tchernobyl en‭ ‬1986.
J‭’‬ai un diplôme‭ ‬en biologie des rayonnements de l‭’‬Hôpital de BART à Londres‭; ‬mes études de doctorat à l‭’‬Imperial College de Londres et‭ (‬brièvement‭)‬ à l‭’‬Université de Priceton aux États-Unis‭ portaient sur‬ les risques radiologiques du retraitement du combustible nucléaire.
J‭’‬ai travaillé en tant que fonctionnaire‭ ‬à la réglementation des risques radiologiques‭ ‬des centrales nucléaires.
De‭ ‬2000‭ ‬à‭ ‬2004,‭ ‬j‭’‬ai‭ ‬dirigé le secrétariat de la commission CERRIE du gouvernement britannique sur les‭ ‬risques des rayonnements internes.
Après avoir quitté la fonction publique,‭ ‬j‭’‬ai été consultant en‭ ‬matière de rayonnements auprès du Parlement européen,‭ ‬de gouvernements locaux et‭ ‬régionaux,‭ ‬d‭’‬ONG‭ ‬environnementales et de particuliers.
Mes domaines d‭’‬intérêt sont les doses de radiations et les risques dus aux rejets radioactifs des installations nucléaires.


Notes‭

(ces notes sont de «Vivre après Fukushima»)

1-‭ ‬Pics de pollution
Les calculs officiels utilisent la moyenne sur une année des émissions radioactives des centrales nucléaires en fonctionnement normal.
En réalité,‭ ‬ces émissions ne sont pas régulières‭; ‬en particulier les opérations d‭’‬entretien provoquent de gros‭ ‬pics de pollution.
Les autorités nucléaires qui font leurs calculs sur la moyenne annuelle des émissions radioactives,‭ ‬trouvent qu‭’‬elles sont trop faibles pour qu‭’‬il y ait un risque de provoquer des cancers.
C’est en contradiction avec les études sur le terrain des épidémiologistes qui constatent partout une augmentation nette du nombre de leucémies infantiles autour des centrales nucléaires.

Ian Fairlie pense que l‭’‬explication est dans ces pics de pollution qui entraînent des contaminations ponctuelles importantes des populations vivant autour des centrales.

2- Statistiques
Les calculs statistiques en épidémiologie sont généralement considérés comme fiables‭ ‬,‭ ‬significatifs,‭ ‬s‭’‬ils atteignent une probabilité de‭ ‬90%‭ ‬:‭ ‬il‭ ‬y a‭ ‬90‭ ‬chances sur cent que telle cause produise tel effet.Le lobby nucléaire tente d’imposer une certitude à 95%
Pour atteindre ces précisions en épidémiologie, il faut étudier des populations suffisamment nombreuses; ne pas se limiter à celles qui vivent dans les 5 km d’une seule centrale, travailler sur plusieurs sites. D’où l’intérêt de regrouper suffisamment d’études au niveau international.

‭3- Les cancers solides: ce sont les tumeurs cancéreuses, où qu’elles soient,
en oposition aux
‭Leucémies qui sont un cancer de la moëlle osseuse et du sang.


Les références données par Ian Fairlie dans l’article traduit ci-dessus:

REFERENCES

Bithell JF, M F G Murphy, C A Stiller, E Toumpakari, T Vincent and R Wakeford. (2013) Leukaemia in young children in the vicinity of British nuclear power plants: a case–control study. Br J Cancer. advance online publication, September 12, 2013; doi:10.1038/bjc.2013.560.

Bunch KJ, T J Vincent1, R J Black, M S Pearce, R J Q McNally, P A McKinney, L Parker, A W Craft and M F G Murphy (2014) Updated investigations of cancer excesses in individuals born or resident in the vicinity of Sellafield and Dounreay. British Journal of Cancer (2014), 1–10 | doi: 10.1038/bjc.2014.357

Fairlie I (2013) A hypothesis to explain childhood cancers near nuclear power plants. Journal of Environmental Radioactivity 133 (2014) 10e17

Gardner MJ, Snee MP; Hall AJ; Powell CA; Downes S; Terrell JD (1990) Results of case-control study of leukaemia and lymphoma among young people near Sellafield nuclear plant in West Cumbria. BMJ. 1990;300:423–429.

Kaatsch P, Spix C, Schulze-Rath R, Schmiedel S, Blettner M. (2008) Leukaemia in young children living in the vicinity of German nuclear power plants. Int J Cancer; 122: 721-726.

Körblein A and Fairlie I (2012) French Geocap study confirms increased leukemia risks in young children near nuclear power plants. Int J Cancer 131: 2970–2971.

Spycher BD, Feller M, Zwahlen M, Röösli M, von der Weid NX, Hengartner H, Egger M, Kuehni CE. Childhood cancer and nuclear power plants in Switzerland: A census based cohort study. International Journal of Epidemiology (2011) doi:10.1093/ije/DYR115. http://ije.oxfordjournals.org/content/early/2011/07/11/ije.dyr115.full.pdf+html


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