Global Learning XPrize, le défi de rupture

Par Thierry Berthier, Cyberland

04/10/2014

Source : http://echoradar.eu

 

Le défi mondialisé est devenu aujourd’hui un puissant vecteur d’innovation et de progrès. La fondation XPrize a démontré l’efficacité du processus de concours d’inventions avec des succès majeurs à la clé et parfois de véritables ruptures technologiques. Dernier défi en date : l’apprentissage automatisé de la lecture, de l’écriture et du calcul.

Ansari-X-Prize

 La fondation américaine XPrize s’est spécialisée dans le lancement de défis technologiques majeurs, d’envergure planétaire et que l’on peut qualifier « de rupture » lorsqu’ils sont relevés avec succès. Elle est ainsi la première organisation non gouvernementale ayant réussi à lancer en juin 2004 le véhicule spatial habité SpaceShipOne pour un vol suborbital. Elle a ensuite initié le projet Lunar X-Prize – Google de développement du robot lunaire Red Rover. Aujourd’hui, le nouveau défi XPrize s’intitule Global Learning XPrize. Il s’adresse aux équipes de développeurs informaticiens du monde entier pour concevoir un logiciel open source d’apprentissage sans enseignant.

Le concours Global Learning

Le défi à relever est simple : il faut construire un programme permettant d’apprendre à lire, écrire et compter à un enfant sans supervision humaine, c’est-à-dire sans professeur, le tout en 18 mois. La fondation XPrize cherche à démocratiser l’éducation auprès des populations qui ne bénéficient pas d’un accès direct aux structures d’enseignements, soit environ 250 millions d’enfants privés d’école dans le monde. L’équipe de développement gagnante du Global Learning XPrize recevra 15 millions de dollars de la fondation et 500 000 dollars en financement participatif à partir de la plate-forme de crowdfunding Indiegogo. Ce supplément sera destiné « à créer une communauté mondiale de partisans, développeurs, concepteurs et plus, pour soutenir et encourager des équipes à collaborer autour de problèmes communs, de bâtir des technologies innovantes fascinantes et de les éprouver sur le terrain avec plus d’enfants dans plus de villages et plus de pays ». La fondation Dick & Betsy DeVos versera 250 000 dollars supplémentaires pour consolider cette communauté naissante.

Les modalités du concours imposent que les codes soient développés sous licence Apache 2.0 et que les contenus du projet soient diffusés sous licence Creative Commons CC by 4.0, c’est-à-dire selon un format très ouvert. Les donateurs du projet auront accès à l’application sous Android 18 mois avant le lancement officiel prévu pour mars 2019. Les équipes candidates peuvent s’inscrire jusqu’au 31 mars 2015. Ensuite, la durée de développement du programme est réduite à 18 mois. Un premier classement désignera le groupe des finalistes en 2017. Une phase de tests en vraie grandeur débutera sur la période juin 2017 – novembre 2018. L’équipe gagnante sera désignée en mars 2019.

Les cinq équipes finalistes du concours recevront chacune un million de dollars, puis, à l’issue des tests, dix millions pour l’équipe vainqueur.

Au-delà du concours, la rupture

Si l’on consulte la composition du conseil d’administration de la célèbre Fondation XPrize, on retrouve sans surprise les poids lourds de la révolution numérique et fondateurs de la pensée singulariste transhumaniste : Larry Page, cofondateur de Google, Elon Musk, fondateur de SpaceX, Tesla et Paypal, Ratan Tata (Président fondateur du conglomérat indien Tata), Ray Kurzweil, fondateur de l’Université de la Singularité, Directeur de l’ingénierie de Google depuis 2012, le cinéaste James Cameron…

La démarche humanitaire et altruiste du Global Learning qui est au demeurant bien présente ne doit pas masquer l’envergure du projet et son inscription dans un projet plus ambitieux.

L’initiative Global Learning doit être « lue » sous les lumières du paradigme transhumaniste-singulariste. Chercher à réduire les inégalités d’accès à l’éducation, à l’échelle planétaire, c’est d’abord préparer les jeunes générations aux mutations technologiques à venir. C’est aussi concurrencer et combattre les forces de l’obscurantisme qui se nourrissent toujours d’une jeunesse non éduquée. Enfin, c’est un pas supplémentaire vers le corpus algorithmique capable de se substituer à un enseignement humain. Global Learning est bien à ce titre un défi de rupture.

Imaginons qu’une équipe relevant le défi parvienne à produire un programme efficace en 18 mois apportant la lecture, l’écriture et le calcul à un enfant sans école et sans professeur. L’expérience sera immédiatement étendue aux enfants normalement scolarisés. Il n’existe en effet aucune raison objective pour limiter le dispositif aux seuls élèves ne disposant pas d’infrastructures éducatives.

Si le programme vainqueur du prix Global Learning se révèle efficace en 18 mois pour la lecture, l’écriture et le calcul, chaque parent souhaitera profiter de cette nouvelle puissance pédagogique.

Cet événement inédit provoquera certainement une rupture (un séisme ? ) au sein de la sphère éducative. Que deviendront les instituteurs et les écoles à l’ancienne ? Faudra-t-il étendre le programme au niveau supérieur de l’enseignement ? Notons qu’il n’est pas question ici de mook tel qu’on les conçoit aujourd’hui mais d’un programme inédit bien plus interactif et immersif qui puisse capturer l’attention de l’élève sur le long terme et transmettre des savoir-faire et des compétences nouvelles selon une approche originale.

Vers la fin de l’école

Les élèves ayant appris à lire, écrire et compter via le programme Global Learning seront immédiatement compatibles avec les cyber-enseignements de niveau supérieur. Ils formeront la toute première génération « cyberéduquée » et ne manqueront pas de contribuer à leur tour au renforcement du corpus pédagogique. On peut alors imaginer la fin de l’école telle qu’on la connaît aujourd’hui avec ses forces et ses faiblesses. Global Learning peut aussi fournir la toute première réponse pertinente à l’échec scolaire en adaptant exactement l’apprentissage au profil de l’élève.

L’utopie du « un enseignant par élève » peut être atteinte et réalisée avec ce programme. Son efficacité sera certainement redoutable, reléguant les méthodes actuelles à la préhistoire de la pédagogie. L’application disposera de toutes les connaissances humaines disponibles sur l’espace numérique. Avant la phase d’apprentissage, elle devra évaluer finement les capacités d’apprentissage de chaque élève afin de personnaliser et adapter l’approche et le contenu.

S’il est efficace en 18 mois, Global Learning peut apparaître comme la première matrice éducative globale, composante collatérale d’une singularité technologique.

Thierry Berthier, Cyberland

Liens

http://learning.xprize.org/

Le dossier pdf de Global Learning XPrize :

http://learning.stage2.xprize.org/sites/default/files/global_learning_xprize_proposed_guidelines_v1.pdf

http://www.xprize.org/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ansari_X_Prize

http://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_Apache

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