« Blackstone, vous ne volerez pas nos vies ! »

Par

18/03/2015

Source : http://www.habiterlaville.fr

blackstone

Une manifestation s’est déroulée mardi à Madrid, New York et Londres, pour dénoncer ce fonds vautour qui spécule sur la crise immobilière.

De Madrid à New York, de Barcelone à Chicago, de Londres à Gérone… tous unis contre Blackstone ! Aux quatre coins de la planète, des centaines de citoyens se sont mobilisés, mardi, contre le plus grand fonds d’investissement au monde. Une manifestation transnationale lancée par la Plateforme espagnole contre les expulsions, la PAH, pour protester contre le rachat au rabais de milliers de logements dans ce pays par ce fonds vautour.

Blackstone est en passe d’acquérir 90 % des actifs immobiliers de CatalunyaCaixa, banque sauvée par les fonds publics après la crise de 2008. Cette vente, qui doit être définitivement scellée le 1er avril, permettrait à cet ogre financier de prendre possession, avec la bénédiction du gouvernement Rajoy, et à vil prix, d’un portefeuille de 90 000 emprunts hypothécaires. 90 000 dettes contractées par des familles fragilisées par le chômage de masse et l’austérité généralisée. «Parmi elles, 35 000 sont déjà en situation d’impayés, et près de 40 000 sont en difficulté», rapporte Carlos Macias, porte-parole de la PAH, qui craint une avalanche d’expulsions. Une entrevue officieuse avec les dirigeants espagnols de la firme américaine, anciens de Lehman Brothers, n’a pas rassuré ce militant pour le droit au logement. «Ils nous ont clairement dit que leur but, c’est de libérer les appartements le plus vite possible pour faire des affaires.»

Des vies entières 
hypothéquées…

« Buy it, fix it, sell it», résume en anglais la devise de la firme, qui possède déjà 85 milliards de dollars d’actifs immobiliers à travers le monde. «Acheter, réhabiliter, et vendre», donc. Et qu’importe si ces «biens immobiliers» sont encore habités. Ce n’est pas un problème, en Espagne, où la loi, particulièrement scélérate, permet de lancer une procédure d’expulsion après trois mois d’irrégularités dans le paiement d’un emprunt. Une aubaine dans un pays en crise. Une fois les familles mises à la rue, les banquiers et les financiers passent deux fois à la caisse. Ils récupèrent le bien saisi, et peuvent en outre continuer à réclamer le montant de la dette initiale aux emprunteurs. Des vies entières se retrouvent ainsi hypothéquées…

« En attendant que la vente à Blackstone soit effective, la seule chose promise aux familles concernées, explique Carlos Macias, c’est un “contrato de espera”, un répit jusqu’au mois de juin. En échange, les familles se voient imposer un loyer bien plus élevés que les mensualités de crédit. Et elles doivent s’engager à renoncer à leur droit constitutionnel de manifester.»

Vu l’argent public investi pour sauver les banques espagnoles (12 milliards d’euros uniquement pour CatalunyaCaixa), le gouvernement devrait leur imposer de louer les logements saisis avec des bas niveaux de loyers, plaide la PAH. Elle demande surtout la suspension de la vente à Blackstone. Ce serait une véritable catastrophe dans ce pays qui reste le leader mondial des procédures d’expulsions. Leur nombre a encore augmenté de 7 % en 2014. Au total, 496 049 familles ont été jetées à la rue depuis 2008, d’après les derniers chiffres publiés vendredi par le ministère espagnol de la Justice.

« Nous avons déjà vu par le passé comment Blackstone fonctionne aux États-Unis, a expliqué Rob Robinson, du mouvement Take back the land, qui a apporté son soutien aux militants espagnols dans une vidéo diffusée hier sur YouTube avant d’aller manifester devant les locaux de la firme sur Park Avenue, à New York. Aux USA, Blackstone dépense jusqu’à 100 millions de dollars par semaine pour acheter des biens saisis après la crise des subprimes. «Le même scénario, prévient l’activiste, est en train de se dérouler en Espagne.»

Blackstone n’est pas le seul à jeter son dévolu sur la péninsule Ibérique. Goldman Sachs, la plus grande banque au monde, a aussi racheté, l’an passé, 289 immeubles HLM dans la capitale espagnole. 3 000 logements publics cédés pour 200 millions d’euros par la région autonome de Madrid. Une belle affaire.

Les loups de Wall Street vont-ils racheter le pays de Gaudi ? «Logements sociaux, crédits hypothécaires, parcs immobiliers des banques restructurées, lignes de métro, les fonds vautours rachètent tout», raconte un militant de la PAH de Madrid. «On recherche de plus en plus de transactions en Europe, où il y a des affaires à faire auprès des banques en restructuration», s’était confessée Joan Solotar, cadre dirigeante de Blackstone, il y a quelques mois sur la chaîne CNBC. Elle avait aussi  avoué s’intéresser, du haut de sa tour de Manhattan, aux rues espagnoles. «Après la crise, les prix sont très, très bas», avait-elle ajouté. N’est-ce pas risqué, relance la journaliste américaine ? «Les niveaux de prix sont tellement bas que, même si ça se passe mal, vous pouvez conserver le patrimoine (…), mais nous pensons que nous allons pouvoir valoriser ce patrimoine dans quatre ou cinq ans.» C’est, concluait-elle, une «question d’offre et de demande».

Pour ça, on peut faire confiance à Blackstone et aux autres fonds vautours. Après avoir racheté à tour de bras après la crise, les fonds d’investissement décrochent aujourd’hui le jackpot. Ils ont dégagé 428 milliards de dollars de cash l’an dernier, soit un bond de 30 % en une seule année. Quant à Stephen Schwarzman, le PDG de Blackstone, il a empoché 690 millions de dollars en 2014, ridiculisant le patron de Goldman Sachs, qui doit se contenter de 30 millions de dollars par an…

Pierre DUQUESNE

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