Ce que la censure réserve aux Russes en 2016

Source : https://fr.globalvoices.org/2016/01/02/193414/

02 Jan 2016

Alexander Zharov n’est généralement pas considéré comme faisant partie des plus influents représentants de l’Etat russe, mais il est à la tête de Roskomnadzor, l’agence gouvernementale chargée de réguler et de censurer les médias (internet y compris). Par le passé, Zharov était supplanté dans les médias par son propre représentant, Maxim Ksenzov, qui a fait les Unes des journaux après diverses plaintes et accusations controversées, comme une remarque faite en mai 2014, lorsque Ksenzov a affirmé que les régulateurs pouvaient bloquer Twitter ou Facebook “en quelques minutes”.

Le 25 décembre, toutefois, Ksenzov a annoncé officieusement qu’il quitterait son poste au début du mois de janvier. Quatre jours plus tard, Zharov s’est lancé sous les feux des projecteurs en accordant un long entretien au site d’information Gazeta.ru, donnant ainsi aux Russes un avant-goût de ce qui les attend en 2016 de la part de leur censeur national d’internet.

L’interview couvre tous les domaines. Zharov évoque les frictions entre Roskomnadzor et Wikipédia (qui a résisté aux efforts déployés par le gouvernement russe pour censurer des articles sur les drogues illégales), les proxys anonymiseurs, l’emploi des mots “ISIL” et “Daesh”, et la nomination de German Klimenko, nouveau conseiller internet de Vladimir Poutine. Ci-dessous, nous vous fournissons un résumé détaillé des trois sujets abordés par Zharov avec Gazeta.ru : évaluer la normalité de la censure médiatique russe, mesurer le succès de la censure russe et réguler le marché russe des applications de messagerie pour téléphones.

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Lanceurs d’alerte : coupables ou héros ?

Realisation James Spione
2014

Source : http://www.arte.tv


À travers l’histoire de trois lanceurs d’alerte américains, ce documentaire illustre la férocité des États-Unis contre ceux qui osent dénoncer le pouvoir. Un éclairage stupéfiant sur les méthodes des administrations Bush et Obama.

Connaissez-vous John Kiriakou, Thomas Drake et Jesselyn Radack ? Certainement pas. Et pourtant, ces trois Américains ont pris d’énormes risques, au nom de leurs valeurs, pour révéler au monde les pratiques de leur nation dans sa « guerre contre le terrorisme ». Le premier travailla durant quinze ans pour la CIA ; il confirma l’utilisation de la torture par les agents américains. Le deuxième est un ancien de la NSA, la National Security Agency ; il révéla dès 2006 le nébuleux projet Trailblazer, un système de surveillance généralisée des télécommunications – une affaire Snowden avant l’heure. La troisième, aujourd’hui avocate du même Edward Snowden, occupa un poste important au département de la Justice ; elle dénonça en 2002 les conditions de détention de John Walker Lindh, un Américain affilié à al-Qaida, capturé lors de l’intervention en Afghanistan. Du jour au lendemain, Kiriakou, Drake et Radack virent leur existence bouleversée. Ils étaient devenus des ennemis de l’Amérique…

Les sept d’Obama

James Spione a suivi les trois lanceurs d’alerte pendant plusieurs mois tout en revenant sur la façon dont l’administration américaine s’est employée à détruire leur vie : licenciement, difficulté à retrouver du travail, ruine liée aux frais d’avocat, harcèlement par des agents du FBI, menaces envers la famille… John Kiriakou a connu pire. Il est derrière les barreaux depuis janvier 2013 après une condamnation à trente mois de prison. « Autrefois, les lanceurs d’alerte devaient choisir entre leur conscience et leur carrière, explique Jesselyn Radack. Aujourd’hui, ils risquent leur liberté… Et leur vie. »

Le parallèle avec l’État orwellien – dépeint dans le roman dystopique 1984 – s’avère inexorable. Il y a soixante-cinq ans, l’écrivain britannique prophétisait : « Aux moments de crise, ce n’est pas contre un ennemi extérieur qu’on lutte, mais toujours contre son propre corps. » Aux États-Unis, la crise a pour origine les attentats du 11 septembre 2001. Depuis, parler est devenu un crime ; le secret, une norme. Place désormais à un régime sécuritaire symbolisé par l’utilisation de plus en plus fréquente de l’Espionage Act, une loi floue et liberticide datant de 1917. Dans toute l’histoire des États-Unis, seulement dix personnes furent inculpées pour avoir divulgué des informations confidentielles, en vertu de cet Espionage Act. Sept l’ont été sous la présidence d’Obama.

 

James Spione, Réalisateur, Monteur, Producteur

Le candidat aux Oscars James Spione est un réalisateur de films indépendants base à New York. Son œuvre la plus récente, Incident in New Baghdad, un film de guerre puissant nominé  aux Oscars, a été projeté en avant-première au festival du film de Tribeca. Il y a remporté le prix du meilleur court-métrage documentaire. En février 2012, Incident in New Baghdad a été nominé aux Oscars dans la catégorie court-métrage documentaire.

Parmi les documentaires précédents de Spione figure le long-métrage American Farm, qui relate la disparition de l’exploitation qui appartenait à sa famille depuis cinq générations, dans le centre de l’état de New York. Ont peut également citer Our Island Home, un portrait poignant des derniers habitants encore en vie d’une zone désertée située au large des côtes de Virginie. Celui-ci fait partie d’une série de trois court-métrages, dont Spirit of the Bird, sorti l’année dernière, et Watermen, qui sortira bientôt, qui explorent l’histoire et la culture très particulières d’une des dernières régions côtières rurales des Etats-Unis.

Spione a également écrit et réalisé un certain nombre de films de fiction. Son œuvre la plus connue est peut-être Garden, un drame étrange et plein de suspense avec Melissa Leo, récompensée aux Oscars (Fighter) et Matt Malloy (Six pieds sous terre) dans le rôle d’un vétéran. Le film avait rencontré un franc succès au festival de Sundance. Spione a également réalisé The Playroom, avec Pamela Stewart (The Reception) dans le rôle principal. Le film a été projeté pour la première fois au Walter Reade Theatre, à New York, dans le cadre d’une série de « nuits des films indépendants », et a été diffusé dans l’émission Reel Street, sur une chaîne câblée américaine.

 

Thomas Drake, Intervenant

En 2006, après avoir lancé des alertes pendant des années, tant en interne qu’auprès du Congrès, Thomas Drake, qui à l’époque était un haut responsable à la NSA (Agence national de sécurité), a révélé des informations classifiées à un journaliste du Baltimore Sun. Celles-ci concernaient l’existence d’une alternative légale, efficace et bien moins coûteuse aux programmes d’écoutes à grande échelle, extrêmement chers et probablement illégaux. Ce programme alternatif, dénommé « ThinThread », avait été écarté à la hâte par la NSA. Par la suite, le FBI fit une descente au domicile de Drake et le gouvernement Obama engagea des poursuites contre lui en s’appuyant sur l’Espionage Act. Cependant, les poursuites ont fini par être abandonnées et les accusations initiales ont été levées.

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Mort du patron de Total : hagiographies médiatiques

Par Julien Salingue

22/10/2014

Source : http://www.acrimed.org

Christophe de Margerie, le patron du groupe Total, est décédé dans un accident d’avion dans la nuit du lundi 20 octobre. Quelques heures plus tard, l’ensemble des grands médias faisaient leur « une » sur cet événement, et le moins que l’on puisse dire est que le traitement de la mort de Margerie est révélateur de bien des travers et biais médiatiques. Faute de temps, nous nous sommes intéressés aux trois principaux Journaux télévisés de la mi-journée : ceux de TF1, France 2 et France 3. Disons-le immédiatement : le soir, ce fut encore pire.

Les trois grandes chaines ont consacré l’ouverture et une large part de leur JT de 13 h au décès du patron de Total : 10’20 (sur 41’16) pour TF1 ; 9’50 (sur 44’40) pour France 2 ; 9’20 (sur 26’28) pour France 3. Une durée à la mesure de l’événement ? Encore aurait-il fallu que la déploration ne l’emporte pas sur l’information. Or les trois JT, qu’il s’agisse du contenu des reportages, du ton employé ou… des notables « absences », ont présenté de consternantes similitudes que ne peut justifier le respect dû à la mort d’un homme et à la douleur de sa famille et de ses proches. Quant à l’accumulation des témoignages émus et des hommages, elle peut certes constituer une part de l’information, mais à condition de ne pas se substituer totalement à elle.

« Un patron très apprécié, très respecté »

Les trois grandes chaines ont dépêché des envoyés spéciaux devant le siège du groupe Total, à La Défense, et devant certaines unités de production (Grandpuits pour France 2 et France 3, Feyzin pour TF1), pour y recueillir les réactions des salariés. On apprend ainsi sur France 2 que « les salariés sont unanimes pour saluer les qualités de dirigeant de Christophe de Margerie », tandis que sur France 3 on découvre que « les salariés du groupe pétrolier sont bien sûr sous le choc » et que « les employés, les cadres dirigeants, tous ont une pensée, un mot pour ce patron décrit comme un homme très humain » (sic). Sur TF1, on évoque des salariés « émus, sonnés, tristes ou tout simplement silencieux, (…) unis dans la tristesse comme on peut l’être dans une PME familiale » et « remplis de tendresse pour un homme que la plupart ne connaissaient pourtant pas personnellement mais qu’ils croisaient souvent dans l’ascenseur ».

Les témoignages « micro-trottoir » de salariés se succèdent. Ainsi sur France 2 : « c’était vraiment un grand homme, au-delà d’être un grand PDG c’était un grand homme » ; « c’était un grand patron et il va beaucoup nous manquer » ; « j’ai mangé avec lui il y a quelques mois lors d’un séminaire, c’était très sympathique, un homme très ouvert, il vous mettait à l’aise tout de suite » ; « c’était une image, c’est un homme qui a pratiquement passé toute sa vie au groupe » ; « c’était une grande figure paternelle au sein de Total » ; etc. N’en jetez plus : comme le résume l’envoyé spécial de France 2 à La Défense, « Christophe de Margerie était un patron très apprécié, très respecté, alors évidemment il y a beaucoup de peine ici ce matin ». Il faut dire que « Christophe de Margerie avait beau diriger une des plus grandes sociétés françaises, il souhaitait être proche de ses salariés » (toujours sur France 2).

« Hommage unanime au plus grand patron français »

Chaque JT y va aussi de sa recension des hommages rendus à Christophe de Margerie par des dirigeants politiques et par des personnalités du secteur privé. Sur les trois chaines, on a ainsi pu voir la même déclaration de Thierry Desmarets, prédécesseur de Margerie : « [C’était] une personnalité d’une richesse exceptionnelle, très attachante, et je dois dire que je perds à la fois un ami et la société perd un dirigeant qui était d’une qualité exceptionnelle ». Présent sur les trois chaines également, Manuel Valls : « un grand capitaine d’industrie » (France 2 et France 3), « un homme atypique, (…) différent par son humour, son franc parler » (France 3), « un ami », « un homme qui aimait profondément son pays », « un patriote », « un grand chef d’entreprise » (TF1). Omniprésent également, Emmanuel Macron : « un ami », « un grand patron », « un grand capitaine d’industrie », « un citoyen engagé et un interlocuteur de confiance pour les pouvoirs publics » (France 2), « un ami », « un grand capitaine d’industrie », « un de nos plus grands dirigeants français » (France 3).

Rachida Dati se remémore sur France 2 « un grand ami, un ami très personnel », « quelqu’un de très ouvert, très chaleureux, très discret dans sa générosité », tandis que Jean-Louis Borloo évoque, toujours sur France 2, « un petit frère », « un président incroyable », « un grand patron », « un être humain pétri de joie de vivre ». TF1 ouvre son micro à Laurence Parisot : « Nous venons de perdre un immense français, un chef d’entreprise exceptionnel, un homme rabelaisien qui aimait la vie, qui aimait les autres, qui était sensible, attentif, et quelqu’un qui était porteur d’une vision, non seulement pour son entreprise mais aussi pour son pays la France ». Enfin, on rappelle sur les trois chaines que François Hollande a lui aussi rendu hommage à Christophe de Margerie, comme sur France 2 où l’on précise que l’Élysée a salué « un grand patron qui défendait l’excellence de l’entreprise Total ». Fermez le ban.

Des médias au garde-à-vous ?

Que des dirigeants politiques ou d’autres grands patrons tressent des lauriers au numéro 1 de la plus puissante entreprise française n’est guère surprenant. Que des salariés du groupe Total soient choqués par la mort de leur patron et souhaitent lui rendre hommage est évidemment compréhensible. Ce qui l’est beaucoup moins est le choix fait par les différents JT de construire et de mettre en scène cette « unanimité » et de surenchérir sur les déclarations et témoignages des protagonistes que nous venons de citer. Jean-Pierre Pernaut, évidemment, ne peut pas s’empêcher de déclarer sobrement que le patron de Total « restait très proche de ses 100.000 salariés dans 130 pays ». « Très proche de ses 100.000 salariés ». Bigre.

François Lenglet, journaliste de France 2 amateur de « ménages », n’y va pas non plus par quatre chemins : « C’était un peu un OVNI, Christophe de Margerie, c’est à dire dans ce monde de l’establishment des grands patrons, il avait une forme d’expression tout à fait inhabituelle, d’abord parce qu’elle était chaleureuse, et ensuite parce qu’elle était directe ». Les voix off qui illustrent les différents reportages sont à l’unisson : on évoque « la figure charismatique de Christophe de Margerie » (France 2), « son franc parler » (France 3), « une carrière exemplaire » (France 3), « un enfant du groupe » (France 2), « un style direct, fleuri et sans langue de bois » (TF1), « un patron hors norme » (France 2), « un patron accessible, jovial, chaleureux » (TF1), sans oublier, sur France 2, cette information de première importance : « Christophe de Margerie maniait l’humour ».

Le travail du journaliste consiste-t-il à se tenir dans les limites de la pure et simple hagiographe ? De toute évidence, pour certains, la réponse est positive. Or, le moins que l’on puisse dire est que l’entreprise Total et son patron ont, au cours des dernières années, essuyé de nombreux reproches, au sujet des normes environnementales et sociales, de leur complaisance à l’égard du régime birman ou des montages leur permettant de ne payer aucun impôt en France [1].

Ces sujets n’ont été abordés dans aucun des JT, ou alors très succinctement et sous un angle… particulier. Sur France 3, la question du gaz de schiste est évoquée comme suit : « L’homme a aussi son franc parler, n’hésitant pas à tenir tête au gouvernement sur l’épineux dossier du gaz de schiste ». C’est tout ? C’est tout. La question des impôts a, quant à elle, été effleurée sur TF1 : « Dans un style direct, fleuri et sans langue de bois, il disait vouloir changer l’image de Total et à la question pourquoi son groupe ne paie pas d’impôts en France, il répondait inlassablement [image d’archive de Margerie] : « Nos 12 milliards [de bénéfices], on les fait à 100% à l’étranger, 100%. Pourquoi ? Parce qu’on fait des pertes en France, globalement » ». C’est tout ? C’est tout. Mention spéciale, une fois encore, à Jean-Pierre Pernaut qui, après un sujet sur les activités pétrolières du groupe Total, tient à préciser : « [et aussi] d’énormes activités dans la recherche et les énergies nouvelles, faut pas l’oublier ».

***
Une seule note discordante durant ces 30 minutes à la gloire de Christophe de Margerie, avec ces propos d’un salarié du groupe entendus sur France 2 : « Il avait son caractère, qui tranchait par rapport au patronat français, c’est ce qui faisait peut-être son côté sympathique. Après il avait son côté arrogant, son côté grand patron, l’environnement c’était peut-être pas forcément sa première priorité ». Quelques secondes de critique (modérée) au milieu d’hommages « unanimes » et appuyés, qui ne méritent ni reprise, ni commentaire, ni approfondissement de la part des journalistes, qu’il s’agisse de ceux qui ont réalisé les reportages ou des présentateurs-trices en plateau. Mais ces quelques secondes sont révélatrices puisqu’elles indiquent que les journalistes auraient pu ne pas ignorer les voix discordantes et les critiques, et les donner à entendre. Dès lors qu’il s’agissait, comme quelques « sujets » se sont proposés de le faire, d’informer, à travers l’évocation d’un homme, non seulement sur son caractère, mais sur le groupe Total et le rôle de son patron, le parti-pris hagiographique devient insoutenable.

Le comble de l’hypocrisie a été atteint sur France 3, où l’on a en effet appris, au tout début du JT, ceci : « Christophe de Margerie se démarquait dans le monde des grands patrons. On parle de son humour, de son franc-parler, et surtout de son attachement personnel à Total. Il y avait fait toute sa carrière et il voulait à tout prix redorer le blason de cette entreprise mal-aimée des Français ». « Mal-aimée des français ? ». Information intéressante. Mais rien, dans les 9 minutes de reportages, ne permet de comprendre pourquoi et ce n’est que lors du dernier retour plateau que la question sera de nouveau évoquée. Va-t-on enfin en savoir plus ? Non. Car il s’agit de lancer, non pas un ultime reportage mais un… pseudo-sondage : « On l’a dit, l’image du groupe Total n’était pas forcément bonne aux yeux des Français. Alors qu’en pensez-vous ? ». La question posée était pourtant sensiblement différente.

Pourquoi poser la question ? Il semble que les JT aient déjà répondu…

Julien Salingue

Annexe : quand Libération rend hommage aux grands patrons disparus tragiquement

Dans un article titré « Crashs, naufrages, chutes… Quand les patrons meurent accidentellement », publié dans la rubrique « Chronologie », Libération propose de revenir « sur sept morts brutales d’hommes (et de femmes) d’affaires ». Un souci de mise en perspective louable, dont on ne voit pas bien l’intérêt, mais qui permet d’être dans le flux médiatique du moment… Dans ce papier assez indigent sont rappelées en quelques lignes les circonstances de la mort de Michel Baroin, de Diane Barrière-Desseigne, de Lionel Poilâne, de Paul-Louis Halley, d’Edouard Michelin, de Jimi Heselden, de Karl Slym, et… c’est tout !

On le voit, les grands patrons ne sont pas épargnés par les faits divers tragiques qui peuvent frapper tout un chacun… À ceci près que les accidents qui semblent les toucher le plus souvent ne concernent pas vraiment tous les habitants et les salariés de ce pays : sur les sept décès relatés, trois sont consécutifs à un accident d’avion privé, un d’hélicoptère et un de bateau… Des accidents d’exception donc, qui justifient sans doute que Libération y consacre un article. À l’avenir, il serait néanmoins judicieux que le quotidien de Rothschild s’intéresse à des tragédies plus ordinaires, et qu’à chaque accident du travail mortel en France, ou concernant un Français (tous les jours, donc), Libération se fende d’une « chronologie » rappelant les précédents dans le secteur d’activité concerné…

Blaise Magnin

Notes

[1] Voir aussi ce récapitulatif du Monde : « Christophe de Margerie, Total et les affaires ».

Effondrement de la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité

Par Stéphane Lhomme

26/08/2014

Source : http://www.passerelleco.info

 

Effondrement de la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité

On lit parfois ici où là que, malgré la catastrophe de Fukushima, l’industrie nucléaire repart du bon pied et se développe sur la planète. Cette allégations ne résistent pas à la consultation des données les plus officielles, comme par exemple la parution annuelle de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). : Key World Energy Statistics.

Le rapport le plus récent disponible est celui de 2013. Il est à noter que les chiffres sont ceux de 2011 car l’AIE met deux ans pour recueillir toutes les données précises, pays par pays. Or, c’est en mars 2011 qu’a débuté la catastrophe de Fukushima : depuis, les 54 réacteurs du Japon sont arrêtés, puis l’Allemagne a fermé 8 réacteurs, les USA 5 réacteurs [1], etc.

Aujourd’hui, la part du nucléaire est encore plus basse que ce que l’on peut voir dans ce document mais, d’ores et déjà, en page n°24, on constate que le nucléaire ne produisait en 2011 plus que 11,7% de l’électricité mondiale, les renouvelables étant déjà à plus de 20% (15,8% + 4,5%).

Depuis, la part du nucléaire est passée sous les 10% car la production nucléaire mondiale a chuté et, dans le même temps, toutes les autres énergie ont progressé : les renouvelables bien sûr, mais aussi le trio pétrole-gaz-charbon.

On peut certes le déplorer (pour ce trio) mais c’est l’implacable réalité : si toutes les autres énergies progressent sauf le nucléaire, c’est tout simplement parce que ce dernier est TROP CHER, contrairement à ce que les autorités françaises (politiques et industrielles) prétendent. Les multinationales de l’énergie n’ont que faire des risques sanitaires et environnementaux : si elles se détournent du nucléaire, c’est uniquement pour des raisons de business, et leur verdict est sans pitié pour l’atome.

Au fil des parutions des statistique annuelles, on constate de plus que la part du nucléaire dans l’électricité mondiale décline continuellement depuis 2001, bien avant Fukushima, et que cette part est passée de 17% en 2001 à 9% à ce jour. C’est donc un véritable effondrement, qui va implacablement se poursuivre au fil des fermetures de vieux réacteurs (plus de la moitié des 400 réacteurs sur Terre a dépassé 30 ans).

Il y a certes 72 réacteurs en construction dans le monde mais une bonne quinzaine sont en chantier depuis 20, 25, 30 ou même 40 ans comme à Watts Bar (USA). Pour les autres, sachant qu’il faut en moyenne 15 ans pour mettre un réacteur en service, on peut donc tabler sur 4 mises en service par an… ce qui ne compensera même pas les fermetures.

Cette chute est si prononcée que le lobby nucléaire mondial, la World Nuclear Association (WNA) a préféré censurer ses propres documents en faisant disparaître la courbe de la part du nucléaire dans l’électricité mondiale :

Notons enfin que le nucléaire représente moins de 10% l’électricité… qui représente elle-même moins de 18% de la consommation mondiale d’énergie, comme on peut le voir sur Key World Energy Statistics en page n°28. Le reste est majoritairement de la combustion de pétrole, gaz, charbon, biomasse, etc. Ce qui fait que, au final, le nucléaire couvre moins de 2% de la consommation mondiale d’énergie.

En résumé, le nucléaire impose des risques gigantesques, des problèmes dramatiques et insolubles (déchets radioactifs en particulier), des crises géopolitiques de plus en plus inquiétantes, et tout ça en échange d’une contribution dérisoire et déclinante à l’énergie mondiale. En clair : autant s’en passer au plus vite et se concentrer sur les vraies options d’avenir : économies d’énergie et énergies renouvelables.

L’Observatoire du nucléaire rétablit les données censurées par la World nuclear association

1) Diagramme « Nuclear electricity production and share of totale electricity production » (avec les chiffres de 2010, c’est à dire avant la prise en compte des conséquences de Fukushima) Mise à jour ordinaire de la WNA début 2011, avec les chiffres 2010

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2) Diagramme « Nuclear electricity production »… sans « Share of totale electricity production »- Mise à jour auto-censurée par la WNA, 20 juin 2013 Mise à jour de la WNA de juin 2013

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3) Diagramme « Nuclear electricity production and share of totale electricity production »- Mise à jour 2013 (avec les chiffres 2012) effectuée par l’Observatoire du nucléaire en réintégrant la courbe censurée par la WNA Mise à jour 2013, avec les chiffres 2012, par l’Observatoire du nucléaire.

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Notes

[1] Quatre réacteurs américains définitivement fermés en 2013 :

  • Crystal River 1 de Duke Energy,
  • San Onofre 1 et 2 de la Southern California Edison
  • Kewaunee 1 de Dominion malgré une autorisation de prolongation à 60 ans (2033). Le réacteur de Vermont Yankee sera pour sa part définitivement fermé fin 2014 malgré une autorisation de prolongation à 60 ans (2032).

Egypte: l’armée systématise les violences sexuelles pour réprimer la jeunesse

Par Claire Talon

10/05/2014

Source : http://www.mediapart.fr

Insultes, viols, tortures… L’armée et les forces de sécurité égyptiennes ont recours à une violence décuplée à quelques jours de l’élection présidentielle. Premières victimes : les jeunes, arrêtés en masse et au hasard, et tous ceux qui peuvent sembler proches de l’opposition. Des témoignages donnent l’ampleur du phénomène.

e Caire, correspondance. « Dis : je suis une femme », « Dis : je suis une pute », « Dis : je suis un pédé », « Dis que ta mère est une pute », « Dis que ton père est une pute » : voilà en substance le grand oral auquel la police et l’armée égyptiennes soumettent la jeunesse à l’heure des examens de fin d’année.

Ce programme d’humiliation a été mitonné par le ministère de l’intérieur. Il vient appuyer des travaux pratiques destinés à « casser » une jeunesse frondeuse, soupçonnée de manquer d’empathie pour le régime en place. Viols, doigts dans l’anus, électrocution des parties génitales, attouchements, « tests de virginité », tests de grossesse, séances de déshabillages collectifs, menaces de viol sur les proches et la famille : par-delà les opposants au régime désigné par le général al-Sissi, les activistes ou les journalistes, ils sont des milliers de jeunes à être livrés en pâture à ce qui apparaît de plus en plus comme une gigantesque entreprise d’humiliation sexuelle collective.

Pris à partie au hasard, aux abords des manifestations, par la police ou par des hommes de main en civil, de plus en plus de jeunes, d’adolescents, voire d’enfants, sont précipités sans ménagement dans un labyrinthe de commissariats, de camps militaires, de prisons et de centres de détention secrets transformés en salles de torture. Une réalité d’autant plus répandue que, selon Reda Marhi, juriste à l’Initiative égyptienne pour les droits des personnes (EIPR), « tous les commissariats de l’Égypte se sont aujourd’hui transformés en prisons, sans compter les lieux de détention secrets. Cela fait plus d’un millier de prisons à l’échelle du pays : beaucoup plus que les 42 reconnues par les autorités ».

Une vidéo, qui circule sur les réseaux sociaux, dit montrer l’arrestation par l’armée de « manifestants contre le coup militaire », dans le quartier de Hanoville à Agami, à l’ouest d’Alexandrie : VOIR LA VIDEO

Abasourdis, relâchés après des semaines, parfois des mois, de va-et-vient entre les mains des militaires, des policiers, et de juges iniques ou débordés, ils témoignent maladroitement, à grand renfort de périphrases, les mâchoires serrées, des manies scabreuses et sadiques des services de sécurité… Au fil des témoignages, un même scénario se répète, qui indique que la violence sexuelle est pratiquée à tous les échelons de la machine policière et judiciaire : des commissariats aux antichambres des salles d’audience, elles aussi transformées en salles de torture.

Ce chemin de croix commence dans les sous-sols des commissariats de quartier, aux alentours desquels, selon les témoignages de plusieurs parents, des vendeurs ambulants, soudoyés par les policiers, sont sommés de faire du chiffre en ramenant régulièrement de la chair fraîche aux gardiens de l’ordre.

À l’ombre des immeubles cossus de Garden City, le commissariat Qasr Al Nil, à deux pas de la place Tahrir, au Caire, est, comme ceux de Mosky et de Azbakya, le théâtre d’une véritable débauche. Hany Raif, étudiant en première année d’architecture, en a fait l’expérience, le 19 novembre dernier. Blessé dans l’attaque d’une manifestation antimilitaire, il se rend à l’hôpital pour soigner sa main atteinte par une balle réelle. Dénoncé par le personnel médical, il est arrêté par la police accourue sur place, qui l’emmène à Qasr Al Nil.

« Ils m’ont jeté dans une cellule au sous-sol. Dedans, il y avait deux hommes en érection qui se dandinaient en slip, et qui se sont jetés sur moi, dit Hany, baissant les yeux, peu enclin à s’appesantir sur les détails. J’ai hurlé tellement fort qu’ils ont fini par venir me sortir de là. » Près d’une semaine plus tard, quand il recouvre la liberté, il apprend qu’au même moment, son amie Rawda, 16 ans, partageait quant à elle sa cellule avec un groupe de prostituées hilares qui l’ont humiliée pendant des heures.

« Deux jours après mon arrestation, le 21 novembre, deux écoliers de quatorze ans sont arrivés d’une école toute proche, la Ibrahimya school, ajoute Hany. Ils avaient été dénoncés par leur professeur qui avait vu des tracts « Ni Morsi ni Sissi » dans leur cartable. Ils les ont déshabillés et les ont battus à même le sol pendant une heure. Ils baignaient dans le sang. Quand leurs parents sont arrivés pour les chercher, leurs mères se sont évanouies. »

Une fois débarqués au commissariat, les détenus sont systématiquement déshabillés, aspergés d’eau froide, frappés, torturés, harcelés sexuellement, photographiés et filmés avec des armes disposées devant eux. Pour les filles, un traitement spécial est prévu : les plus chanceuses se voient imposer des « tests de grossesse », les plus récalcitrantes des « tests de virginité », pratiqués avec des spéculums ou à main nue, menottées sous l’œil des policiers. « Examen vaginal » censé protéger les militaires de toute accusation de viol ultérieure, et protéger les victimes des tentatives d’agression, cette pratique constitue un trauma indescriptible pour des jeunes femmes, souvent très jeunes et qui, pour beaucoup, ne sont jamais allées chez le gynécologue.

« Ils ont mis leurs mains partout »

Arrivés au seuil de la prison, après des heures de tabassage dans les fourgons de la Sécurité centrale (Al Amn Al Markazi), le cauchemar continue. Dénudés, affublés de prénoms féminins, garçons et filles font à nouveau l’épreuve de la veulerie scabreuse de fonctionnaires de police qui rivalisent de perversité.

« Les soldats m’ont tirée par les cheveux jusque dans leur camion et là, le harcèlement a commencé, raconte Ayat Hamada, étudiante à Al Azhar, arrêtée le 28 décembre sur le campus de son université au cours d’une manifestation « contre le coup » d’État qui a renversé Morsi. Ils ont mis leurs mains partout. Le militaire qui avait glissé des cartouches dans mon sac s’est approché de moi, il m’a dit : “Je vais faire en sorte que tu ne sois plus une fille et je vais te faire toutes les choses que tu n’as pas envie que je te fasse.” Et là, ils nous ont harcelées sexuellement, verbalement et physiquement, moi et les 14 autres filles, en nous frappant tout le long du chemin. »

« Quand on est arrivé au camp de la Sécurité centrale, ils ont aligné toutes les filles contre un mur et ont placé les garçons devant nous. Ils les ont déshabillés sous nos yeux, en ne leur laissant que leurs sous-vêtements. Toute fille qui essayait d’avoir la moindre réaction, ils l’insultaient, elle et sa mère, d’une manière que personne ne pouvait supporter, en la menaçant d’un test de virginité, d’un viol, etc. Ils se sont mis à frapper les garçons avec des ceintures et des bâtons. Ils leur ont demandé de chanter “Bénies soient tes mains, armée de mon pays”. Et puis ils leur ont dit : “Allez ! Dites que vous êtes des femmes, vous êtes des femmes ou des hommes ?” Et ils les ont insultés jusqu‘à ce que l’un d’entre eux dise : “Ok, on est des femmes.” Ils leur ont aussi demandé de dire “nous sommes des chiens et des esclaves et vous êtes nos maîtres”.

« Ensuite, on nous a jetés dans une cellule dans laquelle ils ont ouvert l’eau. Une fois à la prison de Qanater, on a été déshabillées par des gardiennes à notre tour, soumises à un test de grossesse et menacées de tests de virginité. Et ainsi de suite », achève la jeune fille qui a, en tout, passé 54 jours en prison.

Manifestation contre les violences sexuelles à l'encontre des femmes, au Caire, le 12 février.Manifestation contre les violences sexuelles à l’encontre des femmes, au Caire, le 12 février. © (dr)

Une fois arrivé au tribunal, ce n’est pas fini : lorsque l’on n’est pas bastonné par le procureur lui-même ou son substitut, on est soumis à des fouilles au corps qui se transforment en harcèlement sexuel. Mercredi 9 avril 2014, en arrivant à une audience qui se tient au sein même de la prison de Tora, Hind Nafie est fouillée au département de sécurité :

« L’officier de police responsable de la sécurité a demandé à une gardienne de me fouiller au corps dans une pièce fermée ; elle s’est jetée sur moi et a attrapé toutes les parties sensibles de mon corps d’une manière déshonorante : une fois, deux fois, trois fois. Je me suis débattue, j’ai crié : “Tu me fouilles ou tu me harcèles ??!” Et elle m’a répondu : “Laisse-moi faire, c’est les ordres.” Cela a duré dix minutes ; dix minutes de cris et de combat. Quand il a fallu entrer dans le couloir vers la salle du tribunal, le même officier a dit : “Fouillez-la à nouveau”, et ça a recommencé. J’ai refusé de rentrer dans la pièce. Il a dit : “Si tu veux aller à l’audience, tu repasses à la fouille”, et comme je refusais, il a dit à la gardienne : “Dans ce cas, fais-lui ça ici, attrape-la par toutes les parties de son corps ici, devant tout le monde.”  L’un de mes collègues, Ahmed Hassan, est intervenu et il a dit à l’officier : “Tu aimerais qu’on fasse ça à ta fille ?” Il s’est immédiatement fait frapper par un autre policier. Ça a provoqué une bataille entre les policiers et les autres prisonniers. »

« En Égypte, la violence sexuelle est ce qu’il y a de pire pour les gens, explique Farah Shash, chercheur au centre Nadeem, l’une des plus importantes ONG de lutte contre la torture. Cela casse l’honneur de toute la famille. Les gens sont très pauvres, ils n’ont rien, pas d’argent : ils n’ont que leur honneur. On peut faire avouer n’importe quoi à quelqu’un dont on menace de violer la femme, la sœur, ou que l’on humilie sexuellement. C’est cela leur but : te casser au point où tu ne puisses pas te relever, c’est un traumatisme inimaginable. Nous savons que des filles ont affirmé avoir été violées (notamment celles arrêtées dans les rafles d’Al-Azhar et d’Alexandrie), mais on n’a pu obtenir aucune preuve : les familles refusent de parler. »

Surmontant la honte qui submerge les victimes, deux jeunes gens de 15 et 19 ans ont témoigné des viols dont ils avaient été victimes. Dans une conférence publique organisée par des ONG égyptiennes des droits de l’Homme, Fadi Samir, 15 ans, un Copte arrêté le 8 janvier, a décrit son arrivée dans les locaux de la Sécurité centrale en ces termes : « Ils nous ont fait entrer tous ensemble, ils nous ont agressé sexuellement, en nous faisant tomber par terre et en nous touchant à… des endroits que je ne peux pas nommer ici », a déclaré le jeune homme, à visage découvert, au cours d’une conférence de presse, avant d’avouer plus tard au Guardian qu’on lui avait introduit un doigt dans l’anus à deux reprises et fait subir des attouchements aux toilettes. « L’officier n’aimait pas mes réponses : il a demandé à un officier plus jeune de me mettre son majeur dans l’anus. Ce qu’il a fait à deux reprises. » Après 42 jours de détention et de torture, Fadi, accusé à tort d’appartenir aux Frères musulmans, est relâché.

Un autre étudiant, Omar Shouykh, affirme dans une lettre révélée par le Guardian, qu’il a réussi à faire passer hors de prison, avoir été violé le 24 mars, de la même manière et à deux reprises par des officiers en civil, dans un commissariat de l’est du Caire.

« C’est une répression sexuelle qui touche tout le monde : islamistes et laïcs, hommes et femmes, et même enfants et adolescents, affirme Ahmed Mefreh de l’ONG suisse Karama. Mais il est très rare que les victimes acceptent de témoigner de manière autre qu’anonyme, les familles refusent de donner les noms. Nous avons trois cas de viols documentés et des indications de dizaines d’agressions sexuelles par semaine » Il cite le cas d’une détenue arrêtée dans une manifestation hostile à l’armée à Abbasseya au Caire violée pendant son interrogatoire avec les yeux bandés : « Elle affirme que 30 femmes détenues avec elle ont été soumises au même traitement ».

Abdallah Al Fakharani, médecin de 24 ans en détention depuis le 24 août 2013et l’un des fondateurs de l’agence d’information Rassd, affirme dans un témoignage publié par Rassd le 26 avril, que l’un de ses codétenus, a été « violé avec un bâton en bois » après avoir été torturé à l’électricité et que l’on ait menacé de violer sa mère ».

« La tête collée dans les ordures sous les insultes »

Ahmed Mefreh cite le cas d’une détenue, arrêtée dans une manifestation hostile à l’armée, à Abbasseya au Caire, violée pendant son interrogatoire alors qu’elle avait les yeux bandés : « Elle affirme que 30 femmes détenues avec elle ont été soumises au même traitement. »

D’autres détenus décrivent différentes formes de torture, notamment l’électrocution au moyen d’une barre de fer sur laquelle on fait asseoir une brochette de prisonniers nus que l’on asperge d’eau. Mais tous dénoncent surtout une entreprise beaucoup plus large d’humiliation, fondée sur l’insulte obscène et qui consiste à faire ramasser les ordures aux détenus, à les faire dormir nus, à inonder les cellules avec des eaux d’égout, etc. Pour ces jeunes, dont le seul tort est d’avoir été là au mauvais moment ou d’avoir manifesté, d’avoir filmé, d’exercer leur métier de journaliste, ou seulement d’appartenir à la famille d’un Frère musulman, la pilule passe d’autant plus mal que, malgré l’incohérence des charges qui pèsent contre eux, ils ne sont pour beaucoup relâchés – pour ceux dont on ne perd pas la trace – qu’après des semaines, voire des mois de détention.

« Le sentiment que tu as quand tu es comme ça, allongé par terre, nu, la tête collée au sol dans les ordures sous une pluie d’insultes, tu as juste envie de te mettre le feu à toi-même », décrit Mohammed Ihab, élève au collège, arrêté le13 mars à Alexandrie.

Le général Abdel Fattah al-Sissi, nouvel homme fort de l'Égypte.Le général Abdel Fattah al-Sissi, nouvel homme fort de l’Égypte. © (Reuters)

Désorientés, leurs proches sont intarissables sur l’absurdité des chefs d’accusation. Ils ont réuni les preuves qui attestent que leur parent n’était pas là où on l’accuse d’avoir mené un acte « terroriste ». « On a le certificat de l’employeur qui prouve qu’il était au bureau à l’heure de la manifestation », hurle la sœur d’un détenu, venue raconter le calvaire de son frère au siège de la fondation Hisham Moubarak (une organisation de défense des droits de l’Homme), mercredi 7 mai. « Ils accusent mon fils d’avoir stocké des tanks et des avions sur notre terrasse, ricane la mère de Abdel Rahmane Sayyed Rizq. Des tanks et des avions sur la terrasse ! Vous imaginez ça ? Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce pays : comment se peut-il que des jeunes de 16, 17, 18 ans disparaissent tous de la même manière, en rentrant de l’école ou en allant chercher du pain ? » 

Le phénomène jette une lumière complexe sur le fléau du harcèlement sexuel qui plombe la vie des Égyptiens et des Égyptiennes. Il suggère que la violence sexuelle en Égypte participe d’un système général de domination, rendu possible et pratiqué au premier chef par le pouvoir et les services de sécurité et qui atteint aujourd’hui un niveau sans égal.

« Nous sommes aujourd’hui convaincus que les viols collectifs place Tahrir ont été organisés par les forces de sécurité, affirme Farah Shash, du centre Nadeem contre la torture. Les agresseurs agissent selon une méthode identique pour chaque agression, en cercles concentriques : c’est d’ailleurs très visible sur les vidéos. Ils ont une méthode très précise : des dizaines d’hommes se focalisent sur une seule fille, il peut y en avoir dix autour dans la foule mais elles ne sont pas embêtées alors qu’elles sont à côté. La femme agressée n’est jamais volée : son sac à dos et ses affaires sont intacts. L’utilisation de la violence sexuelle est une stratégie qui remonte à la montée de la contestation contre Moubarak, en 2005. »

Abdel Fattah al-Sissi, premier défenseur des « tests de virginité » et dont le programme politique se résume pour l’instant à des protestations de virilité, incarne à lui seul, de ses meetings à ses affiches électorales, cette relation de plus en plus scabreuse tissée par leurs dirigeants avec les Égyptiens.

« Arrêtez, vous allez nous faire des problèmes avec les hommes », a susurré le général, plus sirupeux que jamais, à une foule de femmes en transe, venues l’acclamer aux cris de « Toi le Père, toi le Frère, Sissi, nous t’aimons », lundi 5 mai, dans une conférence retransmise en direct.

Dans sa première interview télévisée, à l’occasion du lancement de sa campagne électorale pour l’élection présidentielle qui se tient les 26 et 27 mai, il a par ailleurs promis de « rétablir la moralité en Égypte ». De là à faire passer ses opposants pour des déviants sexuels et des sous-hommes… Il n’y a qu’un pas, que les militaires, la police et des médias aux ordres sont prêts à franchir en toute bonne conscience. Le lancement de la campagne présidentielle coïncide d’ailleurs avec une série de raids et d’arrestations dans les milieux homosexuels, menés à grand renfort de fuites vidéo.

Claire Talon est une journaliste indépendante basée au Caire. Elle a été correspondante du journal Le Monde jusqu’en juillet 2013. Depuis, elle collabore régulièrement à Mediapart. Arabisante, spécialiste du Proche-Orient, elle a publié en 2011 un livre remarqué, Al Jazeera, liberté d’expression et pétromonarchie, aux Presses universitaires de France

Censure des décès des travailleurs de Fukushima par TEPCO et le gouvernement Japonais

Par Mme ‪#‎Mako‬ ‪#‎Oshidori‬

21/03/2014

Source : https://www.facebook.com

English : Death of Fukushima Workers Covered-Up by TEPCO and Government

—– Traduction —–
IRRADIÉS : ‪#‎TEPCO‬ et le gouvernement japonais censurent les morts des travailleurs de ‪#‎Fukushima‬

NSNBC : La mort de nombreux travailleurs de Fukushima consécutivement à leur exposition à la radioactivité est censurée par TEPCO, l’opérateur de la centrale de Fukushima Daiichi, et par le gouvernement japonais, a déclaré une journaliste japonaise qui a enquêté sur les décès non déclarés, ajoutant avoir découvert une note de TEPCO donnant instruction aux responsables de « couper court à ses questions de manière appropriée » et que la police la suit de façon intimidante.

Ces inquiétantes révélations ont été faites pendant une conférence internationale sur les « effets des catastrophes nucléaires sur l’environnement naturel et la santé humaine » à proximité de la capitale financière allemande de Francfort. Selon Energy News, cette conférence du 6 Mars 2014 a été co-organisée par la section allemande de l’ « International Physicians for Prevention of Nuclear War » (= médecins internationaux pour la prévention contre la guerre nucléaire, IPPNW) et l’Eglise protestante de Hesse Nassau.

Mme ‪#‎Mako‬ ‪#‎Oshidori‬, journaliste japonaise indépendante, y était présente ainsi qu’à la conférence de presse qui s’en est suivie (enregistrée sur vidéo). Mme Mako a rapporté avoir découvert une note de TEPCO par laquelle l’opérateur de Fukushima Daiichi ordonne aux responsables de «couper court à (aux questions de) Mako-chan, de manière appropriée ». Mme Mako Oshidori a fait trois ans d’études à la Faculté de médecine de l’Université des Sciences de la Vie de Tottori.

Mme Mako a révélé que TEPCO et le gouvernement censurent la mort des travailleurs Fukushima et que des agents ont commencé à la suivre partout après qu’elle ait commencé à enquêter sur cette ‪#‎censure‬. Mme Mako a déclaré en particulier:

– « J’en avais entendu parler par des chercheurs de mes amis ainsi que par des fonctionnaires du gouvernement. Je vais vous montrer une photo que j’ai prise à l’insu d’un agent pour que vous voyiez à quel type de surveillance je fais allusion. Quand je parle à quelqu’un, un agent de police publique du gouvernement central s’approche très près, essayant d’écouter ma conversation … »

– « Je voudrais parler de mon interview avec un infirmier qui travaillait à (la centrale nucléaire de) Fukushima Daiichi après l’accident … Il était infirmier à Fukushima Daiichi en 2012. Il a arrêté de travailler pour TEPCO en 2013 et c’est à ce moment-là que je l’ai interviewé … »

– « Jusqu’à maintenant plusieurs travailleurs de la centrale sont morts mais seuls les décès de ceux morts pendant leur travail sont rendus publics. Aucun de ceux morts brutalement alors qu’ils n’étaient pas au travail, le week-end ou la nuit par exemple, n’est rapporté … »

– « En plus de ça ils ne sont pas comptabilisés dans le nombre de décès des travailleurs. Par exemple, il y a des travailleurs qui finissent leur contrat de travail après avoir été fortement irradiés, genre 50, 60 ou 70 milli-sieverts, ils finissent par en mourir un mois plus tard mais aucun d’eux n’est ni signalé, ni pris en compte au bilan des morts. C’est ça la réalité pour les travailleurs des centrales nucléaires. »

Les révélations choquantes de Mme Mako Oshidori au cours de cette conférence de presse de IPPNW corroborent des rapports antérieurs sur le mépris criminel de TEPCO envers la sécurité et les vies humaines.

En Octobre 2013, M. Michel Chossudovsky, directeur du « Centre for Research on Globalisation » basé au Canada, avait signalé que la coordination à plusieurs milliards de dollars de l’opération de décontamination de Fukushima repose sur le crime organisé japonais, les ‪#‎Yakusas‬, activement impliqués dans le recrutement de personnel «spécialisé» dans les tâches dangereuses.

Selon de nombreux autres rapports, un des plus importants pré-requis particuliers pour obtenir un emploi à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi est d’être au chômage, pauvre et dans une situation ne laissant pas d’autre choix que d’accepter un emploi sous-payé et à haut risque.

Fin 2013, le parlement japonais a adopté une nouvelle loi visant à pénaliser la publication non autorisée d’informations sur la centrale nucléaire dévastée avec des peines allant jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Le témoignage de Mako Oshidori sur sa surveillance d’intimidation ajoute à cette loi une perspective alarmante pour la liberté de la presse et la sécurité des journalistes japonais.

Ch / L – nsnbc 21/03/2014
—–
Source : http://nsnbc.me/2014/03/21/exposed-death-of-fukushima-workers-covered-up-by-tepco-and-government/

IRRADIÉS : TEPCO et le gouvernement japonais censurent les morts des travailleurs de Fukushima (En)
nsnbc.me
The death of many Fukushima workers who die from radiation exposure is covered-up by Fukushima Daiichi power plant operator TEPCO and the Japanese government

Fauxccupy : sous les masques de Guy Fawkes de l’opposition vénézuélienne

Par Roberto Lovato

17/03/2014

Source : http://www.mondialisation.ca

English : Fauxccupy: The Selling and Buying of the Venezuelan Opposition

guy-fawkes-mask-for-vendetta-

Caracas – Les news et l’imagerie disponibles sur le Venezuela de ces dernières semaines mèneraient l’homme de la rue à conclure que les jeunes d’opposition sont des “manifestants pacifiques” dans la lignée de l’activisme global des jeunesses du “printemps arabe”, du mouvement Occupy ou d’autres pays d’Amérique Latine. Une telle conclusion serait erronée tant les informations sur le Venezuela relèvent de pratiques journalistiques très contestables, sur une échelle sans précédent.

Qu’on considère, par exemple, les personnes tuées dans les deux camps. Les médias privés (en anglais ou en espagnol) ont omis de couvrir les huit (et plus) victimes pro-chavistes des violences perpétrées par les étudiants ou par le reste de la droite. Aucun n’enquête sur les dénonciations selon lesquelles les morts sont en majorité imputables à l’opposition. Le gommage radical des victimes pro-chavistes est surprenant.

L’image ci-dessus montre, par exemple, des membres de la droite vénézuélienne tendant un fil barbelé qui a décapité un cycliste innocent, Rafael Durán de La Rosa, mort omise par la plupart des médias. Autre exemple du silence, l’assassinat de l’étudiante chilienne Gisella Rubiar le 9 mars à Mérida, tombée sous les balles de militants d’extrême droite alors qu’elle tentait de dégager une rue obstruée par leur barricade.

Un autre aspect de ce traitement très spécial des médias sur le Venezuela concerne les images des masques de Guy Fawkes, symbole des mouvements anti-capitalistes popularisé par Hollywood et, plus récemment, par les manifestations du mouvement Occupy.

La semaine dernière j’ai interviewé des membres de l’opposition, parmi lesquels des dizaines de jeunes. Presque tous ceux-ci sont des étudiants de classe moyenne et supérieure vivant dans les quartiers ultra-élitaires de Caracas, les plus riches des Amériques. Lorsque je leur demandai s’ils se définissaient comme “anarchistes” ou “marxistes” ou comme partisans d’une des idéologies qui ont caractérisé la plupart des oppositions historiques ou actuelles dans la région, ces étudiants ont uniformément répondu par la négative, certains y allant parfois d’un “para nada !” (“pas du tout !”) ou d’équivalents espagnols de “Jamais de la vie !”

Certains des interviewés m’ont dit s’identifier à des militaires tels que le Généralissime Marcos Pérez Jiménez, ancien et très répudié dictateur. Ils se sont également reconnus dans l’opposition vénézuélienne, emmenée par trois membres de l’élite du pays —Henrique Capriles, María Corina Machado et Leopoldo Lopez— tous trois impliqués dans le coup d’État de 2002 contre Hugo Chávez et possédant des liens familiaux direct avec les propriétaires ou les plus hauts dirigeants des plus importants conglomérats privés du Venezuela et du continent.

Or, si l’opposition du Venezuela est dirigée par des milliardaires dans un pays pauvre et si, au lieu de combattre les initiatives multi-millionaires de la politique des USA (comme le font la plupart des mouvements latino-américains), cette opposition reçoit des millions de dollars du département d’État, comment comprendre toutes ces images d’étudiants portant un symbole associé aux mouvements de gauche ?

La réponse est triple. La première est que l’idée de porter ce masque face aux caméras fait partie de la très sophistiquée formation aux médias que les étudiants ont reçue de OTPOR/CANVAS et d’autres consultantsloués avec les millions de dollars US. La deuxième est que des étudiants commettant des violences et qui craignent les sanctions ont besoin de se cacher. Enfin, c’est la logique du marché, il y a des personnes achetant des masques parce que c’est cool ou d’autres qui y voient une aubaine commerciale, comme j’ai pu l’observer dans les photos que j’ai prises la semaine passée.

Sans analyser de près l’imagerie dominante, sans examen minutieux de ce qu’est l’opposition vénézuélienne, on risquerait de la confondre avec quelque chose comme le Che Guevara ou Occupy ou le Printemps Arabe. Mais avec des dirigeants de la droite étudiante comme Lorent Saleh, lié aux paramilitaires de l’ex-président Uribe et à des groupes néo-nazis colombiens (voir El Espectador du 21/7/13) (1) ou Yon Goicochea qui areçu les 500.000 dollars du prix “Milton Friedman” et d’autres financements privés ou gouvernementaux des États-Unis, il y a beaucoup plus derrière les masques de Guy Fawkes au Venezuela que ceux que nous laissent voir les médias. Et peut-être que nous voyons naître quelque chose de nouveau et radicalement différent dans le continent insurgé de l’Amérique : Fauxccupy

Roberto Lovato

Article original en anglais :

http://www.latinorebels.com/2014/03/13/fauxccupy-the-selling-and-buying-of-the-venezuelan-opposition/

Photos : Roberto Lovato

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

(1) http://www.jornada.unam.mx/2014/03/04/opinion/021a1pol

 

Roberto Lovato est écrivain, journaliste et co-Fondateur de Presente.org, une des principales associations on-line de défense des droits des immigrants latino-américains aux États-Unis. Une de ses enquêtes sur l’exploitation des travailleurs immigrés à New Orleans après les ravages de Katrina, Gulf Coast Slaves, a servi de matériel pour une enquête du Congrès. Producteur de programmes de radio et collaborateur régulier de dizaines de médias dont Nation magazine et Huffington PostLire son blog. Twitter : @robvato.

Netizen Report : Des journalistes ukrainiens plongent à la recherche des documents de Ianoukovytch

Par Netizen Report Team  Traduit par Pauline Ratzé

Source : http://fr.globalvoicesonline.org

11/03/2014

English : Netizen Report: Journalists Dive for Yanukovych Documents, Literally

Yanukovych documents float in reservoir. Photo by @aronets via Twitter.

Ellery Roberts Biddle, Mohamed ElGohary, Lisa Ferguson, Solana Larsen, Hae-in Lim, Sarah Myers, Bojan Perkov et Sonia Roubini ont participé à l’élaboration de ce rapport.

[Les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Le Netizen Report de Global Voices Advocacy présente un résumé des défis à relever, des victoires et des tendances émergentes en matière de libertés numériques dans le monde. Cette édition s’intéresse tout d’abord à l’Ukraine où un groupe de journalistes a déployé de nombreux efforts après que Viktor Ianoukovytch a quitté sa propriété en dehors de Kiev, afin de documenter la situation et de préserver les preuves de corruption de son gouvernement. Le groupe a mis en sûreté des dizaines de milliers de documents découverts sur place (dont beaucoup avaient été jetés dans un réservoir proche) qu’il publie désormais en ligne. Parmi ces documents se trouvent des reçus pour de millions de dollars en liquide, une liste noire d’employés des médias locaux et des plans concernant une répression militaire contre les manifestants.

Liberté d’expression : Google débouté dans l’affaire de la vidéo « L’innocence des musulmans »

Une cour d’appel fédérale des États-Unis a ordonné à Google de retirer de YouTube « L’innocence des musulmans », un film islamophobe ayant déclenché une polémique. Une des actrices avait déposé plainte contre Google et demandé le retrait de la vidéo au titre de son droit d’auteur. Selon l’Electronic Frontier Foundation, la décision est problématique car elle fait primer le droit d’auteur sur la liberté d’expression. Cette décision de justice a également eu des conséquences positives : elle a donné un souffle nouveau aux efforts déployés par l’ONG pakistanaise de défense des libertés numériques Bytes for All qui fait pression sur les autorités pakistanaises pour qu’elles mettent fin à l’interdiction de YouTube dans le pays. En effet, cette vidéo aurait donné lieu à la décision de bloquer l’intégralité du site.

Des activistes mexicains ont confirmé que les autorités, en collaboration avec l’ambassade des États-Unis à Mexico et avec la rapide assistance du fournisseur de noms de domaine GoDaddy.com, avaient censuré 1DMX.org, une plateforme d’information où les internautes peuvent laisser des commentaires et engager des discussions, utilisée notamment lors des troubles sociaux début décembre 2013.

L’agence chargée de surveiller Internet en Russie a fermé 13 pages web du site VKontakte qui présentaient un lien avec les manifestations en Ukraine en avançant que ces pages concernaient des « activités terroristes » et la « participation à des actions de masses non autorisées »

Des journalistes et des groupes de défense des droits de l’homme critiquent une proposition de loi au Timor oriental qui violerait la liberté d’expression. Cette proposition, introduite au Parlement il y a deux semaines, supposerait la création d’un conseil de la presse qui superviserait le travail des reporters et limiterait la définition de « journaliste » à ceux travaillant pour les médias institutionnels.

En Espagne, un avant-projet de loi modifiant la réglementation relative à la propriété intellectuelle souhaite introduire une « taxe Google » pour les agrégateurs qui restreindrait l’utilisation de « fragments insignifiants » de contenu en ligne sans l’autorisation des ayants droits. La nouvelle loi conférerait aux auteurs un droit « inaliénable » à des compensations même pour des travaux publiés sous licence Creative Commons.

Violences : un bracelet électronique pour le blogueur russe le plus controversé

Un juge russe a assigné à résidence Alexey Navalny, figure de l’opposition et blogueur, en lui interdisant d’utiliser Internet ou le téléphone pour deux mois. Alexey Navalny, qui a utilisé les réseaux sociaux pour coordonner des manifestations contre le Kremlin, était accusé d’avoir enfreint les termes d’une interdiction de voyage après avoir participé à une manifestation pacifiste contre le premier ministre Vladimir Poutine.

Au Vietnam, le blogueur Truong Duy Nhat a été condamné à une peine de prison pour avoir publié en ligne des critiques contre le gouvernement dirigé par le parti communiste.

Surveillance : procès relatif au travail de Cisco avec le gouvernement chinois classé

Une cour fédérale de district des États-Unis a classé l’affaire présentée par Du Daobin, un écrivain et défenseur des droits de l’homme de nationalité chinoise, contre le fabricant d’équipement de réseau Cisco pour avoir délibérément aidé le gouvernement chinois à déployer le Grand pare-feu de Chine, un système de surveillance et de censure en ligne. La cour a décrété que la participation de Cisco à ce système était une « question politique » qui n’était pas de sa juridiction. En outre, la cour a prononcé qu’il ne lui appartenait pas de juger si le gouvernement chinois était coupable de violations des droits de l’homme.

Selon The Guardian, des employés de l’agence de surveillance britannique GCHQ, aidés par la NSA, ont intercepté des chats par webcam de plus de 1,8 million d’utilisateurs de Yahoo du monde entier dans le cadre d’un programme appelé Optic Nerve. Entre 2008 et 2010, le programme était utilisé pour collecter en masse des images capturées par des webcams, stockées ensuite dans les bases de données du GCHQ. Un rapport du New York Times indique qu’un document interne de l’agence démontre qu’Optic Nerve était toujours actif en 2012.

Activisme et internautes

#KholoBC, une vidéo de rap dénonçant la censure d’Internet au Pakistan, est devenue virale sur les réseaux sociaux pakistanais. La vidéo fait explicitement référence au blocage de YouTube qui dure depuis déjà longtemps.

Le 25 février, aux Philippines, des citoyens ont manifesté contre la nouvelle loi sur la cybercriminalité.

Lors de l’audience du 19 février, la Cour suprême des Philippines a confirmé la constitutionnalité de la loi qui définit la diffamation en ligne et la sanctionne.

Les développeurs open source et les défenseurs des libertés numériques au Venezuela ont lancé une pétition insistant sur l’importance de la neutralité d’Internet et de la liberté d’expression en ligne dans leur pays. Visitez le site et signez la pétition.
Publications et études

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Ennemis d’Internet 2014 : Les institutions au cœur du système de censure et de surveillance

Source : http://12mars.rsf.org

English : Enemies of the Internet 2014: entities at the heart of censorship and surveillance

En février 2013, Natalia Radzina, rédactrice en chef de Charter97, un site d’information bélarusse régulièrement censuré pour ses positions critiques vis-à-vis du pouvoir, assistait à la conférence sur Internet et la liberté de la presse organisée par l’OSCE à VienneElle y est tombée sur une connaissance qu’elle aurait préféré ne pas croiser : un membre du Centre analytique des opérations, l’organisme qui coordonne les opérations de surveillance et de censure sur Internet au Bélarus. Ce sont ces institutions, peu connues mais souvent au centre des systèmes de surveillance ou de censure de nombreux Etats, que Reporters sans frontières a décidé de mettre en avant dans son rapport « Ennemis d’Internet », publié  à l’occasion de la Journée mondiale contre la censure, le 12 mars.

Désigner comme « Ennemis d’Internet » des institutions plutôt que des Etats permet de mettre en évidence la schizophrénie de certains pays lorsqu’il est question des libertés en ligne. Ainsi, sur les 31 institutions désignées « Ennemis d’Internet » par Reporters sans frontières, trois appartiennent à  des démocraties qui se veulent traditionnellement respectueuses des libertés fondamentales : le Centre de développement des télématiques en Inde, le Government Communications Headquarters (GCHQ) au  Royaume-Uni et la National Security Agency (NSA) aux États-Unis.

La NSA et le GCHQ ont espionné les communications de plusieurs millions de citoyens, dont de nombreux journalistes, introduit sciemment des failles de sécurité dans les matériels servant à acheminer les requêtes sur Internet et piraté le cœur même du réseau dans le cadre des programmes Quantum Insert pour la NSA et Tempora pour le GCHQ. Internet était un bien commun, la NSA et le GCHQ en ont fait une arme au service d’intérêts particuliers, bafouant au passage la liberté d’information, la liberté d’expression et le droit à la vie privée.

Les pratiques de surveillance massive de ces trois pays, dont certaines ont été révélées par le lanceur d’alerte Edward Snowden, sont d’autant plus intolérables qu’elles seront – et sont déjà – utilisées comme argument par des pays autoritaires tels que l’Iran, la Chine, le Turkménistan, l’Arabie Saoudite ou le Bahreïn pour justifier leurs propres atteintes à la liberté de l’information. Comment les Etats dits démocratiques pourraient-ils désormais s’ériger en donneurs de leçons quant à la protection des acteurs de l’information alors qu’ils adoptent les pratiques qu’ils dénoncent chez ces régimes anti-démocratiques ?

Sociétés privées et collaborations entre Etats

Dans la liste des Ennemis d’Internet 2014, on trouve également les « dealers de la surveillance » que sont les trois salons d’armement ISS World, Technology Against Crime et Milipol. Ces forums mettent en relation des sociétés spécialisées dans l’interception des communications ou le blocage de contenus en ligne avec des officiels et des représentants des gouvernements iranien, chinois, bahreïni, etc. Là encore, il convient de pointer le comportement ambivalent des démocraties occidentales : en 2013, TAC et Milipol étaient tous deux accueillis par la France. En décembre de la même année, cette dernière publiait pourtant un avis contraignant les sociétés françaises exportatrices de matériel de surveillance hors Union européenne à demander une autorisation auprès de la DGCIS (Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services).

La censure et la surveillance par les institutions ennemies d’Internet ne seraient pas possibles sans les outils développés par les sociétés privées fréquentant les allées et les stands de ces salons. L’agence de sécurité des réseaux d’information (INS) en Éthiopie a traqué des journalistes jusqu’aux Etats-Unis  grâce à des logiciels espions fournis par la société italienne Hacking Team, désignée « Ennemi d’Internet » par Reporters sans frontières en 2013. La NSA elle-même a fait appel aux services de la société française Vupen spécialisée dans la découverte et l’exploitation de failles de sécurité.

Les entreprises privées ne sont pourtant pas les seules à équiper les pays Ennemis d’Internet en technologies de surveillance. La Russie a exporté son système de surveillance, SORM, chez ses proches voisins. Au Bélarus, le décret n°60 sur « les mesures à prendre pour améliorer l’utilisation du réseau national d’Internet » impose aux fournisseurs d’accès Internet l’installation de SORM.

L’Iran peine à créer son « Internet halal », un réseau national déconnecté du Web et placé sous le contrôle absolu des autorités. La Chine, passée maître dans le contrôle de l’information en ligne depuis l’édification de sa « Grande Muraille électronique », vient à la rescousse des Gardiens de la révolution, du Conseil suprême du cyberespace et du Groupe de travail de détermination de contenus criminels. Cette collaboration a été annoncée  par le vice-ministre de l’information iranien, Nasrolah Jahangiri, à l’occasion d’une visite du State Council Information Office de la République populaire de Chine.

Les élans pédagogiques de la Chine ne s’arrêtent pas là : le site d’information indépendant Zambian Watchdog a fait état en février 2013 de la collaboration des autorités zambiennes avec la Chine pour installer un système de surveillance du réseau Internet. Les blocages des sites Zambia Watchdog et Zambia Reports entre juin et juillet 2013 témoignent de la volonté de la Zambie de contrôler l’information en ligne.

La Chine est également présente en Ouzbékistan par l’intermédiaire de la société ZTE. Celle-ci, qui y a ouvert un bureau en 2003, est devenue le principal fournisseur du pays en modems et routeurs.

La protection du territoire instrumentalisée

La NSA, le GCHQ, l’Agence de sécurité des réseaux d’information (INS) en Ethiopie, l’Unité des services d’Internet (ISU) en Arabie Saoudite, le Centre analytique des opérations (OAC) au Bélarus, le FSB en Russie, le Service national de la sûreté et du renseignement (NISS) au Soudan sont autant d’agences de protection du territoire qui ont largement outrepassé leur mission originelle pour espionner ou censurer les acteurs de l’information.

Cette tendance à instrumentaliser la sécurité nationale pour justifier des atteintes aux libertés fondamentales se retrouve dans d’autres institutions que celles épinglées dans ce rapport. En Colombie, une cellule de surveillance numérique, vraisemblablement pilotée par le gouvernement, a intercepté plus de 2600 emails entre les porte-parole des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et des journalistes internationaux.

En France, le Parlement a adopté fin 2013 à la hussarde, malgré les protestations de nombreuses organisations de défense de droits de l’Homme, la loi de programmation militaire. L’article 20 de cette loi autorise la surveillance des communications téléphoniques et Internet en temps réel, sans intervention d’un juge. Les motifs invoqués sont larges et évasifs et vont de la « recherche de renseignements intéressant la sécurité nationale » à « la sauvegarde des éléments essentiel du potentiel économique de la France » en passant par « la prévention du terrorisme, de la criminalité et de la délinquance organisées et de la reconstitution ou du maintien de groupements dissous ».

Un monopole dangereux des infrastructures

Au Turkménistan, en Syrie, au Vietnam ou au Bahreïn, la mainmise des autorités sur les infrastructures du réseau facilite le contrôle de l’information en ligne. En Syrie ou en Iran, le débit de la bande passante est régulièrement ralenti pour empêcher la diffusion d’images de manifestations.

Des solutions plus drastiques sont parfois employées : en novembre 2012, les autorités syriennes ont coupé les réseaux Internet et téléphoniques pendant plus de 48 heures. En Chine le 22 janvier 2014, pour bloquer la révélation d’un scandale financier éclaboussant les élites chinoises, les autorités ont coupé Internet pendant plusieurs heures. Au Soudan, le 25 septembre 2013, pour empêcher l’organisation de manifestations via les réseaux sociaux, les autorités ont coupé le réseau dans tout le pays pendant 24 heures.

Les intermédiaires techniques enrôlés par les censeurs

Les autorités demandent de plus en plus souvent aux intermédiaires techniques, fournisseurs d’accès et hébergeurs, de jouer les gendarmes du Net.

Certains cas extrêmes sombrent dans le ridicule, comme en Somalie  où la milice islamiste Al-Shabbaab a déclaré illicite l’usage d’Internet en janvier 2013. La milice ne disposant ni des compétences ni des capacités techniques pour couper Internet, elle a intimé l’ordre aux fournisseurs d’accès de mettre un terme à leurs services sous quinze jours. Ironie de l’histoire, cette mesure, afin d’être portée à la connaissance de la population, a été mise en ligne sur des sites Internet favorables aux « shebab » (les jeunes).

Plus insidieux, en France, les lois sur l’égalité homme-femme et la lutte contre la prostitution ont contribué à augmenter la responsabilité des intermédiaires techniques dans le filtrage des contenus après notification. L’article 17 du projet de  loi sur l’égalité femmes-hommes oblige les fournisseurs d’accès à Internet et les hébergeurs à identifier et à signaler tout contenu incitant ou provoquant à la haine sur une base sexiste, handiphobe ou homophobe.

Au Venezuela, le président Nicolás Maduro a obligé les FAI à filtrer des informations jugées sensibles. Elles ont été sommées de bloquer une cinquantaine de sites qui traitaient du taux de change et de l’inflation galopante, des thèmes contribuant à alimenter la « guerre économique » contre le pays. Ce qui n’a pas empêché de multiples mouvements contestataires de se développer face aux déséquilibres économiques et aux problèmes d’insécurité. Vendredi 24 février 2014, alors que de nombreuses photos des manifestations circulaient sur Twitter, les autorités vénézuéliennes ont à nouveau ordonné aux fournisseurs d’accès de bloquer le service d’images du réseau social Twitter.

En Turquie, les derniers amendements à la loi n°5651 sur Internet, votés le 5 février 2014, ont transformé les FAI en véritables instruments de censure et de surveillance. Ces amendements visent à les réunir au sein d’une nouvelle structure censée centraliser les demandes de blocage et de retrait de contenu. Les FAI n’auront d’autre choix que d’y adhérer et de mettre en place les outils de surveillance imposés par les autorités, sous peine de mettre la clé sous la porte. Le projet de loi impose également aux intermédiaires techniques de conserver des données de connexion des internautes pour une durée de un à deux ans. Ils devront les transmettre aux autorités compétentes sur simple demande. Le texte ne précise pas quelles données devront être fournies, sous quelle forme, ni quel usage en sera fait. D’après les experts, il serait question de l’historique des sites et réseaux sociaux visités, des recherches effectuées, des adresses IP, voire des titres des emails.

Cadres juridiques liberticides

Le cadre juridique constitue souvent le premier outil pour museler l’information en ligne.

Au Vietnam, en plus des articles 88 et 79 du Code pénal, le ministère de l’Information et des Communications n’hésite pas à légiférer afin de créer un cadre législatif toujours plus répressif. Ainsi, le décret 72, en vigueur depuis le 1er septembre 2013, définit une utilisation extrêmement restrictive des blogs et des réseaux sociaux puisqu’il limite leur utilisation à la « diffusion » ou au « partage » d’informations « personnelles », interdisant aux internautes d’aborder des sujets d’actualité ou d’intérêt général.

En juillet 2013, la Gambie s’est dotée d’un nouvel outil législatif avec l’ajout de nouveaux amendements à la législation principale qui définit les limites de la liberté de l’information. Ceux-ci prévoient jusqu’à 15 ans d’emprisonnement ou une amende de 3 millions de dalasis (64 000 euros) pour « la diffusion de fausses nouvelles concernant le gouvernement de la Gambie ou ses fonctionnaires ».

Au Bangladesh, la loi sur les crimes numériques adoptée en 2006 et amendée en août 2013 a permis l’inculpation de cinq personnes, dont quatre blogueurs et le secrétaire général de l’ONG Odhika. L’interprétation des « crimes numériques » est extrêmement large et imprécise puisque cette loi y inclut la « publication en ligne d’informations fallacieuses ou à caractère obscène ou diffamatoire ».

A Grenade, une récente loi sur les crimes électroniques interdit l’utilisation de « systèmes électroniques » pour publier des « informations grossièrement offensantes ou ayant un caractère menaçant ». Là encore, des motifs vagues et imprécis constituent une réelle menace pour la liberté de l’information.

Permis de publier

La mise en place de licences pour les sites d’information est également une pratique courante pour contrôler l’information en ligne.

A Singapour, en juin 2013, les autorités ont mis en place une véritable barrière économique pour les médias en ligne. Les sites recevant plus de 50 000 visiteurs mensuels et publiant plus d’un article par semaine sur le pays doivent acquérir une licence individuelle facturée 50 000 SGD (29 000 euros) et renouvelable tous les ans.

Depuis 2007, en Ouzbékistan, les sites d’information sont assimilés aux autres types de médias et ont l’obligation de s’enregistrer auprès des autorités. La procédure d’enregistrement est arbitraire et l’accréditation soumise à un examen du contenu.

En Arabie Saoudite, depuis 2001, les sites de médias traditionnels doivent demander une licence auprès du ministère de l’Information et de la Culture. Celle-ci doit être renouvelée tous les trois ans.

Ce tour de la censure et de la surveillance sur Internet est loin d’être exhaustif. Il est fort probable que les documents d’Edward Snowden, feuilletonnés depuis juin 2013 par le journaliste Glen Greenwald, nous apprendront l’existence d’autres pratiques au cours des mois à venir. La dernière en date, et peut-être la plus scandaleuse, l’existence d’un programme Optic Nerve destiné à capturer les images de webcams de millions d’internautes utilisateurs des services de Yahoo, semble démontrer la totale absence de limites des agences de renseignement.

Quels sont alors les axes de riposte possibles pour préserver la liberté de l’information en ligne ? Il est essentiel :

●      d’agir au niveau des institutions internationales pour renforcer le cadre juridique relatif à la surveillance d’Internet, à la protection des données et à l’exportation de matériel de surveillance informatique (lire les recommandations de Reporters sans frontières)

●      de former les acteurs de l’information à la protection de leurs données et communications ; Reporters sans frontières s’est engagée sur ce terrain depuis plusieurs années et organise des ateliers de sensibilisation en France, en Egypte, en Tunisie, en Turquie, en Thaïlande, en Afghanistan, au Tadjikistan, etc.

●      de continuer à informer sur les pratiques de surveillance et de censure. C’est tout l’objet de ce rapport.