À Taiwan, une victoire pour les victimes de l’électronique globalisée

Source : http://terrainsdeluttes.ouvaton.org/?p=5482

21 Dec 2015

Le 17 avril 2015, le tribunal de Taipei a rendu le premier verdict de culpabilité dans une action collective (class action) autour d’une question de santé au travail. C’est une première dans l’histoire de Taiwan au regard du nombre de plaignants (plus de 500), et sans doute même au niveau mondial compte tenu du nombre de produits toxiques en jeu et de la nature internationale de la plainte, qui concerne notamment un grand groupe américain (General Electric) et une entreprise française (Thomson puis Technicolor S.A.). Les juges ont reconnu que les maladies et décès de plusieurs centaines d’anciens employés—surtout des femmes—de l’usine électronique RCA de Taoyuan ont été causées par leurs mauvaises conditions de travail, et notamment leur exposition massive à des solvants cancérigènes. Cette affaire éclaire de manière exemplaire combien, à Taiwan comme ailleurs, il est toujours difficile pour les travailleurs d’obtenir justice dans un contexte où les archives du travail disparaissent, où les propriétaires des usines dissimulent leur identité et où règnent des conceptions étroites de la causalité.

Au début des années 1970, à l’invitation du gouvernement autoritaire de Chiang Kai-chek puis de son fils Chiang Ching-kuo, la firme américaine Radio Corporation of America (RCA) transfert une partie de sa production à Taiwan (alias République de Chine). Pour la firme qui a déjà investi au Mexique, il s’agit de réduire les coûts de production et profiter d’une main d’œuvre jeune, docile et bien formée. Quant au régime en place à Taiwan, il compte sur des transferts de technologie pour une montée en gamme industrielle. Vingt ans plus tard, le pari a payé pour les deux parties ; les usines implantées sur l’île ont rapporté les bénéfices escomptés et jeté les bases d’une industrie électronique qui aujourd’hui encore continue de faire la fortune de l’île, comme en témoignent par exemple les marques Acer ou HTC.

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LES CHINOIS ÉTOUFFENT

Source : http://ddc.arte.tv

05/2015

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EN BREF

Puissance économique de premier plan, la Chine a connu un rythme de croissance exceptionnel, que nul autre pays n’avait expérimenté auparavant. Et s’il a permis de sortir une partie de la population de la pauvreté, le développement du pays a aussi provoqué une crise écologique majeure. Le Dessous des Cartes se penche aujourd’hui sur les conséquences environnementales du développement de la Chine.

L’évolution du PIB de la Chine

L’évolution du PIB de la Chine

Voici la courbe de progression du PIB de la Chine depuis le lancement de la réforme économique, au début des années 1980, calculé en dollars constants. En 30 ans, ce PIB a été multiplié par 20, et il est, en 2013, de près de 5 000 milliards de dollars, ce qui place désormais la Chine au deuxième rang mondial, derrière les États-Unis.
L’évolution des émissions de CO2 en Chine

L’évolution des émissions de CO2 en Chine

Voici maintenant la courbe de progression des émissions de CO2 de la Chine, en millions de tonnes, pour les mêmes dates. On voit qu’il y a une corrélation avec la courbe du PIB. Et si on compare avec l’évolution des émissions de CO2 des États-Unis, on observe que la Chine les a dépassés à partir de 2007. Elle est donc devenue la première puissance émettrice de CO2 au monde. Cela s’explique notamment par le fait que la croissance économique entraîne une demande accrue en énergie et donc une pollution de plus en plus importante. Et cette pollution dépend du type d’énergie utilisée.
La répartition des types d’énergie utilisée en Chine

La répartition des types d’énergie utilisée en Chine

Sur ce graphique, on peut voir la part des énergies utilisées en Chine : nucléaire, renouvelable (solaire et éolien), gaz naturel, hydroélectricité, pétrole et charbon. Ainsi, 77 % de l’énergie primaire utilisée en Chine vient du seul charbon, ce qui est considérable. Après les États-Unis et la Russie, la Chine dispose des troisièmes réserves de charbon au monde.
Les gisements de charbon en Chine

Les gisements de charbon en Chine

Vous voyez, en noir sur cette carte, la localisation des gisements de charbon en Chine, dont les plus grandes réserves se trouvent au Nord du pays. Les points rouges représentent les sites d’usines, aciéries et sites industriels, qui utilisent cette ressource. Une grande partie de ces usines est éloignée des principaux gisements de charbon. On estime que le pays met en service deux usines à combustion de charbon chaque mois, pour augmenter sa capacité de production, améliorer la propreté du parc existant, mais aussi pour rapprocher les usines des gisements.
Les régions touchées par le smog en 2013

Les régions touchées par le smog en 2013

Or, la combustion du charbon est très émettrice de CO2 et donc très polluante. Cette carte nous donne justement une idée des régions les plus polluées de Chine. Les zones marron indiquent les régions qui ont connu le plus de jours de smog en 2013, c’est-à-dire de nuages dus à la pollution. Elles correspondent aux régions où se trouvent de nombreuses usines utilisant le charbon mais aussi à la localisation des grandes villes. Ce type de smog peut toucher jusqu’à 17 provinces sur 28, ce qui ferait environ 600 millions de personnes, soit près de la moitié de la population de la Chine !
La pollution automobile

La pollution automobile

L’autre facteur de la pollution de l’air, c’est l’explosion du parc automobile : depuis 2010, la Chine est le premier marché de véhicule particulier au monde. Elle immatricule une voiture toutes les 4 secondes. Il y a 75 millions de véhicules particuliers en 2015, et ce chiffre pourrait tourner autour de 230 millions en 2020. Pékin, la capitale, compte 250 000 voitures de plus chaque année, alors que ce nombre est limité par la réglementation. On estime qu’à Pékin, la circulation est responsable de 58 % des émissions de monoxyde d’azote et de 25 % des émissions de particules fines.
Les particules fines

Les particules fines

Vous voyez sur cette carte les régions (en rouge) les plus touchées par la présence de particules fines dans l’air. Les particules fines proviennent des fumées issues de la combustion du charbon et des vapeurs d’automobiles. La concentration de particules fines dans l’Est de la Chine est l’une des plus élevées au monde, justement dans les régions où il y a un grand nombre d’usines utilisant le charbon.
La mortalité respiratoire prématurée en Chine

La mortalité respiratoire prématurée en Chine

Or, les particules fines pénètrent dans les voies respiratoires. Il a été d’ailleurs constaté que les fréquents pics de pollution entraînaient une augmentation immédiate de 20 à 30 % des consultations respiratoires dans les hôpitaux. Et si on regarde une carte de la mortalité respiratoire prématurée en Chine, on constate que les régions les plus touchées se trouvent à l’Est du pays.
Les régions touchées par les pluies acides en Chine

Les régions touchées par les pluies acides en Chine

Mais il n’y a pas que la pollution atmosphérique, il y a aussi la pollution de l’eau. Vous voyez sur cette carte en rouge les régions les plus touchées par les pluies acides. Elles correspondent là encore aux régions où se trouvent de nombreuses usines et grandes villes.
La pollution de l’eau

La pollution de l’eau

Alors comment marche ce phénomène ? Relâchées dans l’atmosphère, les particules polluantes retombent sur le sol mais contaminent aussi l’atmosphère et augmentent l’acidité des pluies. Tout cela a bien sûr des conséquences sur l’eau, c’est-à-dire sur les nappes souterraines, sur la fourniture d’eau potable, sur les réseaux d’irrigation, donc l’agriculture et les écosystèmes, et enfin sur la pêche côtière ou les fermes aquacoles, entraînant une pollution de la chaîne alimentaire.
Les manifestations contre la pollution

Les manifestations contre la pollution

Or, c’est la pollution de l’eau, plus encore que celle de l’air, qui est aujourd’hui en Chine la première cause des mécontentements et des manifestations. Vous voyez sur cette carte quelques unes des nombreuses manifestations qui illustrent le mécontentement de la population à l’égard des dégradations environnementales du pays. Ce mécontentement s’exprime aussi par des dépôts de plainte aux centres locaux de protection environnementaux. Ces plaintes sont passées de 300.000 en l’an 2000, à plus de 700.000 en 2010.

Lectures

Chine brune ou Chine verte ? – Les dilemmes de l’État-parti (Broché)Benoît Vermander
Les Presses de Sciences Po2007Présentation de l’ouvrage

De par son poids économique et stratégique, les défis que doit relever la Chine sont aussi des enjeux planétaires.

Le site des Presses de Sciences Po offre un résumé, le sommaire et une interview de l’auteur de l’ouvrage.

À propos de l’auteur

Le jésuite Benoit Vermander, docteur en sciences politiques, est directeur de l’Institut Ricci de Taipei et de la revue de l’Institut : Renlai.

Les publications de Benoit Vermander sont disponibles sur Cairn, dont le récent article « Développement durable et responsabilité sociale des entreprises en Chine contemporaine » pour Hérodote.

Histoire de la pensée chinoise (Broché)Anne Cheng
Points Essais/Le Seuil01/10/2014Présentation de l’ouvrage

La réédition en format poche de l’ouvrage de référence d’Anne Cheng, titulaire de la chaire “Histoire intellectuelle de la Chine” au Collège de France, est présentée en détails sur le site de l’éditeur.

Un compte-rendu en est proposé par Jacques Ghiloni pour Lecture Revues.

À propos de l’auteure

On peut découvrir Anne Cheng lors d’un entretien avec Laure Adler en début d’été 2014 pour son émission Hors Champs.

Fayard a publié la leçon inaugurale intitulée « La Chine pense-t-elle ? » que l’auteure prononça fin 2008 au Collège de France.

Elle présente pour l’année 2014/2015 un cycle de cours intitulé « Humanisme et ritualisme en Chine ancienne et contemporaine« .

De l’Être au Vivre – Lexique euro-chinois de la penséeFrançois Jullien
Gallimard01/03/2015Présentation de l’ouvrage

François Jullien présente ainsi son ouvrage : « Dans quels termes penser quand le monde est en voie de penser dans les mêmes ? … Au lieu donc de prétendre identifier des « différences » qui caractériseraient les cultures, je cherche à y détecter des écarts qui fassent reparaître du choix et remettent en tension la pensée. C’est seulement à partir d’eux, en effet, qu’on pourra promouvoir un commun de l’intelligible qui ne soit pas fait de slogans planétarisés. … Et voici que, en dessinant une sortie de la « question de l’Être », c’est du même coup une nouvelle pensée du vivre que capte, dans ses mailles, ce filet. »

La natureYue Dai Yun et Anne Sauvagnargues
Desclée de Brouwer1999Présentation de l’ouvrage

Si, dans la civilisation chinoise, la nature précède la pensée, si la présence de la rivière, de la montagne, de la brume (paysage se nomme « montagne(s)-eau(x) ») tiennent autant de place dans le quotidien, l’Europe, elle, rêve plutôt de pierres, et cherche à contrôler et à domestiquer la nature.

Yue Dai Yun, professeur de lettres chinoises à l’université de Pékin, et Anne Sauvagnargues, philosophe, confrontent leur expérience de la nature et nous invitent à considérer autrement le monde qui nous entoure.

Le livre, encore disponible chez l’éditeur, est aussi accessible sur le site VertigO, la revue électronique des sciences de l’environnement.

Anne Sauvagnargues a publié ouvrages et articles dont la liste et les textes sont consultables sur le site Cairn.

Discovering Nature: Globalization and Environmental Culture in China and TaiwanRobert P. Weller
Cambridge University Press01/02/2006Présentation de l’ouvrage

Le livre, très documenté, décrit les transformations extraordinaires qui ont eu lieu dans les réponses chinoises et taïwanaises aux problèmes environnementaux du XXe siècle et au-delà. Il montre aussi comment la circulation mondiale des idées occidentales sur la nature a interagi avec les traditions chinoises.

Un ouvrage qu’a lu et commenté, pour le site Non-fiction, Frédéric Keck, chargé de recherches au CNRS.

À propos de l’auteur

Robert P. Weller est professeur d’anthropologie et chercheur associé de l’Institut de la culture, de la religion et des affaires mondiales à l’Université de Boston.

qióngdǐng zhī xià (Sous le dôme – enquête sur le brouillard chinois)Chai Jing
Production personnelle0/2015Présentation de l’ouvrage

Documentaire chinois sur la pollution atmosphérique des grandes agglomérations chinoises, réalisé par Chai Jing, ancienne présentatrice vedette de CCTV2, réseau télévisuel d’État.

Si Harold Thibault, correspondant du journal Le Monde, rappelait début mars que « le nouveau ministre de l’environnement, Chen Jining, un universitaire spécialiste des questions d’écologie, s’est félicité, après avoir vu le film, que Mme Chai attire l’attention de la population sur l’environnement sous l’angle de la santé publique », il n’a pas fallu longtemps aux autorités chinoises pour faire disparaître le film du web chinois comme l’explique la page du site de la Fédération internationale des journalistes.

Toujours visible par ailleurs, le documentaire en chinois a vu ses traductions s’améliorer. Il a été récemment traduit en français par Frédéric Dalléas et Jef Jaquier sur YouTube.

Le twitter chinois de Chai Jing est toujours accessible sur Weibo ainsi que son blog sur Sina.

Téléphone Mobile : Les Faces Sombres

Source : http://ddc.arte.tv

03/2015

VIDEO

Taux de pénétration de la téléphonie mobile

Taux de pénétration de la téléphonie mobile

Voici une carte qui montre le taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le monde par régions, en nombre d’abonnements pour 100 habitants en 2013. Il existe d’importantes disparités en termes d’accès à la téléphonie mobile : l’Afrique subsaharienne est loin derrière, alors que le nombre d’abonnements dans les pays de la communauté des États Indépendants excède le nombre d’habitants.
Histoire du téléphone portable

Histoire du téléphone portable

Le 3 avril 1973, Martin Cooper, ingénieur chez Motorola, passe le premier appel téléphonique depuis un portable. Dix ans plus tard, Motorola lance sur le marché le DynaTAC, premier téléphone mobile en série. En 1993, en France, est lancé le Bi-Bop, le mobile de France Télécom. Et dans le monde à la même époque, on compte alors 0,6 abonnements pour 100 habitants.
Histoire du téléphone portable

Histoire du téléphone portable

En novembre 2007, Apple lance son premier Iphone, un téléphone qui combine les fonctions d’un téléphone mobile et d’un assistant numérique personnel. En 2013, les smartphones se vendent mieux que les téléphones basiques. On compte 93 abonnements pour 100 habitants, et il s’est vendu environ 860 millions de téléphones basiques et 940 millions de smartphones cette année là.
Les éléments chimiques dans nos téléphones portables

Les éléments chimiques dans nos téléphones portables

Vous voyez ici les éléments chimiques qui composent les différentes parties de nos téléphones portables : coque, écran, parties électroniques et batterie. En tout, ce sont au total 60 éléments chimiques différents et plus de 500 pièces qui composent nos téléphones mobiles.
Matières premières critiques selon l’Union Européenne

Matières premières critiques selon l’Union Européenne

Parmi les éléments chimiques qui composent nos téléphones portables, certains ont été placés sur la liste des matières premières critiques par l’Union Européenne. Pourquoi ? Parce qu’il existe un risque de pénurie et ce pour deux raisons. D’abord parce que ces ressources sont non-renouvelables, donc épuisables. Par exemple, l’antimoine, présent dans l’électronique des téléphones, est menacé d’épuisement aux alentours de 2020. Cette estimation tient compte des conditions d’extraction et des réserves connues en 2009. Et deuxième raison : il y a en fait peu de pays producteurs.
Matières premières critiques selon l’Union Européenne

Matières premières critiques selon l’Union Européenne

Les éléments chimiques présents sur la liste des matières premières critiques de l’Union Européenne sont aussi concentrés dans quelques pays. C’est par exemple le cas de l’antimoine (Sb), de l’indium (In) et du magnésium (Mg) qui sont produits à 87 %, 58 % et 86 % en Chine.
L’exemple du tantale

L’exemple du tantale

Le tantale (Ta) est utile pour la fabrication des condensateurs. Ils permettent de stocker l’énergie et donc de conserver les données quand le téléphone est déchargé. Cette carte nous montre les principales mines dans le monde en 2011. Près de la moitié de la production mondiale vient de la République Démocratique Congo, et du Rwanda.
Groupes armés et mines en République Démocratique du Congo

Groupes armés et mines en République Démocratique du Congo

Vous voyez sur cette carte les mines de coltan et de cassitérite, dans lesquelles on trouve le tantale. Certaines de ces mines sont contrôlées ou régulièrement attaquées et pillées par divers groupes rebelles. Citons par exemple les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda, la Nduma Defence for Congo, et les Raia Mutomboki.
Le tantale, une ressource non-renouvelable

Le tantale, une ressource non-renouvelable

Il existe un risque de rupture d’approvisionnement du tantale, qui n’est évidemment pas une ressource renouvelable. Les réserves mondiales de tantale actuellement connues correspondent à 153 000 tonnes. Et si l’on prend en compte la demande actuelle, il n’y aura plus de tantale d’ici 75 ans. Or, le dynamisme de la téléphonie mobile fait que la demande en tantale devrait s’accroitre dans les années à venir, au rythme de 5,3 % par an. Alors certes, la quantité de tantale par condensateur est faible, mais en 2011 on a tout de même fabriqué 9 milliards 300 millions de condensateurs rien que pour les téléphones.
Le puzzle mondial de la fabrication des téléphones portables

Le puzzle mondial de la fabrication des téléphones portables

Prenons l’exemple de l’Iphone 3G d’Apple, qui n’est plus fabriqué aujourd’hui, mais dont les diverses étapes de production permettent de bien comprendre la complexité de l’assemblage mondial : les écrans étaient fabriqués au Japon, l’appareil photo et le GPS en Allemagne, les processeurs en Corée du Sud, le système mémoire, l’antenne à courte portée et le circuit audio aux États-Unis et enfin, le tout était assemblé en Chine.

Lectures

TIC 2013, les nouveaux temps réels – Société, entreprises, individus, comment les TIC changent notre rapport au tempsYannick Lejeune, Stefana Broadbent, Dominique Reynié, Frédéric Bardeau
FYP Éditions01/10/2012Présentation de l’éditeur

Que devient la notion de temps pour l’individu pris dans ce flux continu d’information ? Fruit d’une vingtaine de spécialistes des nouvelles technologies, de réputation mondiale, cet ouvrage apporte un éclairage essentiel sur la transformation de la notion de temps auquel nous sommes tous confrontés, tant sur le plan professionnel que personnel.

L’ouvrage est une véritable avant-garde de la pensée et des usages à venir qui donne au lecteur des clés et des savoirs pour que les formidables capacités d’innovation puissent l’être au service de tous.

À propos des auteurs

Yannick Lejeune est directeur internet du groupe IONIS et diplômé de l’EPITA et d’un master de recherche en sciences de gestion de l’IAE de Paris.

Stefana Broadbent est Docteure en sciences cognitives, elle enseigne l’anthropologie numérique à l’University College de Londres.

Dominique Reynié est Directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et professeur des universités à l’Institut d’Etudes Politiques (IEP).

Frédéric Bardeau est cofondateur de Limite, une agence spécialisée en communication responsable qui accompagne principalement des ONG et des entreprises dans leur politique de Responsabilité sociale de l’entreprise (RSE).

Frédéric Bardeau et Nicolas Danet ont mené chez FYP un ouvrage intitulé Lire, écrire, compter, coder (06/2014) qui traite de la nécessité d’apprendre le code informatique, pour toutes les générations, tant pour la vie professionnelle que citoyenne, et explique comment y parvenir, quel que soit l’âge et la motivation.

TIC, technologies émergentes et Web 2.0 – Quels impacts en éducation ?Sous la direction de Thierry Karsenti et Simon Collin
Presses de l’Université du Québec01/05/2013Présentation de l’éditeur

L’ouvrage, en 15 textes, dégage les tendances actuelles et à venir en ce qui a trait aux usages des TIC, les technologies de l’information et de la communication, et de leurs incidences sur l’enseignement, l’apprentissage et le développement de compétences, de même qu’aux innovations technologiques tels le Web 2.0, l’apprentissage mobile et les réseaux sociaux. La méthodologie de recherche en éducation en regard des TIC est également abordée.

Ces textes sont le fruit du colloque « TIC, technologies émergentes et Web 2.0 : quels impacts en éducation ? », organisé par le Groupe de recherche sur l’intégration pédagogique des TIC en 2011 dans le cadre du congrès de l’Association Francophone pour le Savoir (ACFAS).

Le site des Presses de l’Université du Québec propose une présentation étendue du livre.

À propos des auteurs

Thierry Karsenti et Simon Collin sont présentés sur le site des Presses de l’Université du Québec.

Enseignement, informatique, TIC et société – L’industrie informatique dans la société de l’informationJacques Vétois
L’harmattan – Collection Terminal01/01/2014Présentation de l’éditeur

Dans ce double numéro 113-114 de la revue Terminal, il sera question de l’informatique à l’école et de ses enjeux à l’aube du XXIe siècle. La revue Terminal dresse aussi un premier bilan de l’enseignement de l’informatique chez les jeunes. Un dossier sera également consacré à l’actualité de l’industrie informatique à travers notamement un article sur les éditeurs de l’Open Source face au Cloud computing. Le livre est aussi téléchargeable sur le site de L’Harmattan.

À propos de l’auteur

Jacques Vétois a dirigé aussi chez le même éditeur un numéro sur les libertés à l’épreuve de l’informatique.

Mythologie du portableLaurence Allard
Le Cavalier Bleu01/01/2010Présentation de l’éditeur

À la fois produit de masse et support de personnalisation, l’usage du téléphone portable invite à dépasser les discours sur la fracture numérique. Jusqu’à inverser les rapports Nord/Sud dans ce domaine. Car l’avenir de la mythologie du téléphone portable se trouve en Afrique ou en Inde, à Gaza ou en Iran, bref, dans les pays du sud, nouveaux inventeurs de la culture mobile de demain.

À propos de l’auteure

Laurence Allard est sémiologue, maître de conférences en sciences de la communication à l’université de Lille-III. Elle s’intéresse particulièrement aux relations entre culture, politique et technique (p2p, web expressif, remixes, technologies mobiles…) en mobilisant les apports des gender, cultural et post colonial studies.

Avec Laurent Creton et Roger Odin, Laurence Allard a récemment publié Téléphonie mobile et création (Armand Colin, 02/2014) qu’analyse le site Lectures revues. Le thème a fait l’objet d’un colloque ouvert par les mêmes auteurs.

Portables : attention dangerNicolas Lefebvre avec la préface de Pierre Le Ruz
L’Archipel01/01/2010Présentation de l’ouvrage

Le Sénat, suite au rapport du 04 novembre 2009, s’est prononcé pour l’interdiction des mobiles dans les écoles maternelles et primaires. Depuis la condamnation des trois opérateurs historiques au nom du principe de précaution, la polémique sur les risques de la téléphonie mobile a pris une ampleur considérable.

Note de l’éditeur

Après un an d’investigation au contact de scientifiques internationaux réputés, de victimes, de représentants des institutions sanitaires et des industriels, Nicolas Lefebvre dépeint une réalité complexe et des conflits d’intérêt multiples. Il apparaît que le lobbying industriel, l’indépendance contestée des experts et la désinformation ont engendré la suspicion autant des usagers que des investisseurs et des assureurs.

À la fois guide pratique grand public et outil de travail à l’usage des professionnels, cet ouvrage complété d’annexes et de documents constitue un dossier de référence.

À propos de l’auteur

Nicolas Lefebvre collabore à la presse économique (Défis, Le Nouvel Entrepreneur, Rebondir) depuis 2001. Ses reportages l’ont conduit à s’intéresser aux lobbies industriels et à leur influence dans l’élaboration de l’expertise sanitaire et de la réglementation. Docteur en psychologie, le Dr Pierre le Ruz est président du Criirem (Centre de recherche et d’informations indépendantes sur les rayonnements magnétiques).

Portables et antennes : mauvaises ondesRichard Forget
Le Sang de la Terre01/02/2010Présentation de l’éditeur

Des centaines d’études ont mis en évidence les risques importants pour la santé des utilisateurs de téléphone portable et celle des riverains d’antennes-relais. Dès 2000, les premiers cas de cancer sont apparus notamment chez des enfants. Chercheurs et médecins ont alerté l’opinion et demandé l’application du principe de précaution mais les pouvoirs publics traînent des pieds. Le développement inconsidéré du téléphone portable sera-t-il un scandale comme l’a été l’utilisation de l’amiante ? Une technologie qui se développe sans tenir compte des dangers. Des intérêts économiques ignorant la santé des usagers. Des vrais rapports scientifiques qui restent confidentiels. Les témoignages inquiétants des utilisateurs. Le combat des associations qui gagnent leurs procès.

À propos de l’auteur

Avocat au Barreau de Paris, Richard Forget défend avec succès Robin des toits l’une des principales associations anti-téléphone mobile, et des citoyens se plaignant de la présence d’antennes-relais sur des édifices à proximité de leur domicile.

Blood in the mobileRéalisation : Frank Piasecki Poulsen. Production : Koncern TV- og, Filmproduktion, Film Chili (Danemark) et Gebrueder Beetz
Filmakers Library2014Présentation du documentaire

Qu’y a-t-il de commun entre un téléphone portable et la guerre civile au Congo ? Le sang. Celui qui vient de la lutte pour le contrôle du coltan, un minerai extrait dans la région du Kivu, indispensable à la fabrication de nos chers mobiles.

Stephen Applebaum pour The Guardian, en fait le commentaire.

Ce documentaire, qui fut diffusé en août 2013, fait l’objet d’un dossier sur le site d’Arte. Il est possible de commander le documentaire sur le site Blood in the mobile, de le voir en streaming et en français sur le site Culture Unplugged, en attendant, sa version DVD, sur Kongo News.

Le boom de l’industrie de guerre

Par Manlio Dinucci , Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

17/03/2015

Source : http://ilmanifesto.info

070824-F-5957S-367

Le commerce international d’armements a grossi en volume de 16% en cinq ans et continuera à augmenter : les données diffusées par le Sipri le 16 mars 2015 le confirment. Les principaux exportateurs restent les Etats-Unis (avec 31% de l’export mondial), suivis par la Russie (27%), la Chine (passée du sixième au troisième rang avec 5%), et par Allemagne, France, Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Ukraine et Israël. L’Italie -dont l’export militaire a augmenté de plus de 30% en cinq ans et augmentera ultérieurement grâce à la reconversion de Finmeccanica du civil au militaire- est ainsi le huitième exportateur mondial d’armements, qui fournit surtout les Emirats Arabes Unis, l’Inde et la Turquie. Les principaux importateurs mondiaux sont : Inde, Arabie Saoudite, Chine, Emirats Arabes Unis, Pakistan, Australie, Turquie, Etats-Unis (qui importent des armements allemands, britanniques et canadiens). Forte augmentation de l’import militaire des monarchies du Golfe (71% en cinq ans) et du Moyen-Orient en général (54%), et de celui de l’Afrique (45%). Personne ne connaît cependant le volume réel et la valeur des transferts internationaux d’armes, dont beaucoup ont lieu sur la base de transactions politiques. Le tout sous le paravent du Traité sur le commerce d’armements, lancé solennellement par l’Onu il y a deux ans. Ceci n’est que la pointe de l’iceberg de la production d’armements, pour la majeure partie destinée aux forces armées des pays producteurs. En tête les Etats-Unis, qui attribuent (si l’on s’en tient aux seuls chiffres du budget du Pentagone) environ 95 milliards de dollars annuels pour l’acquisition d’armements : une énorme quantité d’argent public qui, reversée dans les caisses des plus grandes industries de guerre étasuniennes (Lockheed-Martin, Boeing, Raytheon, Northrop Grumman, General Dynamics, United Technologies), leur permet de se placer aux plus hauts rangs de l’échelle mondiale.

Comme le business des armes augmente au fur et à mesure que croissent les tensions et les guerres, l’explosion de la crise ukrainienne et la confrontation Otan/Russie ultérieure ont représenté une chance pour les gros actionnaires des industries de guère étasuniennes et européennes.

Dans la manoeuvre Otan qui se déroule ce mois-ci en Pologne, les Etats-Unis déploieront une batterie de missiles Patriot « comme dissuasion à l’agression sur le flanc oriental ». En réalité surtout parce que la Pologne doit décider dans l’année si elle achète les missiles Patriot, produits par l’étasunien Raytheon, ou ceux analogues du consortium franco-italien Eurosam : une affaire de 8 milliards de dollars, dans le cadre d’une attribution de 42 milliards (presque 40 milliards d’euros) décidée par Varsovie pour potentialiser ses forces armées. La Pologne entend aussi acheter trois nouveaux sous-marins d’attaque, en les armant de missiles de croisière (à double capacité conventionnelle et nucléaire) fournis par Raytheon ou par le français Dcns.

Même business en Ukraine : Washington a annoncé une nouvelle fourniture à Kiev, d’une valeur de 75 millions de dollars, de matériels militaires « non létaux », parmi lesquels des centaines de blindés « non armés » qui peuvent être facilement armés avec des systèmes produits en Ukraine ou importés. Poroshenko  a annoncé, le 13 mars, que le gouvernement de Kiev a signé des contrats pour importer des « armes létales » de 11 pays de l’Union européenne, dont certainement l’Italie.

En pleine activité aussi les industries de guerre russe et chinoise. Pour contrebalancer la force navale étasunienne, qui dispose d’environ 300 navires de guerre dont 10 porte-avions, la Russie est en train de construire simultanément quatre sous-marins nucléaires et la Chine se dote d’un second porte-avions produit nationalement.

Ainsi le monde fabrique-t-il les instruments de sa destruction.

 Manlio Dinucci

Edition de mardi 17 mars 2015 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/il-boom-dellindustria-bellica/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

CHÈRES TERRES RARES

Source : http://ddc.arte.tv

03/2015

Vidéo

Les terres rares, qu’est-ce que c’est ?

Les terres rares, qu’est-ce que c’est ?

Vous voyez ici le tableau périodique des éléments. En rouge, ce sont ce qu’on appelle les « terres rares ». En réalité, ces minéraux ne sont pas rares mais sont très dispersés dans l’écorce terrestre, géographiquement et géologiquement. Ils sont donc difficiles d’accès. Les terres rares ont tout d’abord été utilisées dans l’armement, par exemple pour les pièces d’artillerie ou le guidage balistique. Et depuis quelques années, elles participent au développement des nouvelles technologies et particulièrement des technologies vertes.
Les terres rares, une ressource stratégique

Les terres rares, une ressource stratégique

Les terres rares sont devenues indispensables à la fabrication d’objets du quotidien. On trouve par exemple des terres rares comme le lanthane dans les batteries des voitures électriques, ou bien comme l’yttrium dans les télévisions à écran plat et les pots catalytiques.
Les réserves de terres rares dans le monde, selon l’USGS

Les réserves de terres rares dans le monde, selon l’USGS

Selon le United States Geological Survey (USGS), les pays qui disposent des plus grandes réserves de terres rares aujourd’hui sont, dans l’ordre, la Chine, le Brésil et les États-Unis devant l’Inde, l’Australie, la Malaisie, la Russie et le Vietnam. Mais il existe une grande incertitude autour des estimations des réserves de terres rares dans le monde, car tous les gisements n’ont pas été forcément découverts à ce jour mais aussi parce qu’il s’agit de ressources stratégiques, autour desquelles les États entretiennent une certaine opacité.
Aux États-Unis, les troisièmes réserves mondiales de terres rares

Aux États-Unis, les troisièmes réserves mondiales de terres rares

Selon l’USGS, les États-Unis disposent aujourd’hui des troisièmes réserves mondiales de terres rares. Ils en ont été le premier producteur mondial jusque dans le milieu des années 1980. On voit ici la mine de terres rares de Mountain Pass, située en Californie, à la frontière du Nevada. Elle a été fermée en 2002 du fait des dégradations environnementales que provoque ce type de mine, mais surtout du fait de la perte de compétitivité de la production américaine par rapport à la production chinoise, moins chère.
La découverte des terres rares en Chine

La découverte des terres rares en Chine

En 1927, les Chinois découvrent les immenses gisements de terres rares situés en Mongolie intérieure, à Bayan Obo. Ces gisements ne connaissent un début d’extraction significative que dans les années 1980 avec les réformes économiques de Deng Xiaoping. À partir de 1986, la Chine place l’extraction de ces gisements dans une stratégie de long terme, en trois phases. Pour commencer, la Chine exploite et vend ses minerais à très bas prix, ce qu’elle peut se permettre car elle bénéficie d’une main-d’œuvre bon marché et qu’elle est indifférente aux conditions de travail et aux dégâts environnementaux.
La Chine devient le premier producteur de terres rares

La Chine devient le premier producteur de terres rares

Le pays met ensuite en place une stratégie de remontée de filière, c’est-à-dire une stratégie qui vise à développer en Chine les industries qui utilisent ces mêmes terres rares. Enfin, la dépendance et la demande étant plus grandes encore, Pékin impose des quotas et des taxes sur les exportations de terres rares, dans le but de préserver ses ressources à long terme, de faire monter les prix et de lutter contre la pollution extrême générée par l’activité. Voilà comment la Chine a supplanté les États-Unis au rang de premier producteur de terres rares.
Les terres rares, un enjeu économique et politique

Les terres rares, un enjeu économique et politique

Compte tenu de leur importance économique, les terres rares peuvent être utilisées à des fins politiques. Prenons un exemple, en mer de Chine. L’archipel que vous voyez sur la carte est revendiqué à la fois par la Chine, qui nomme ces îles Diaoyu, et par le Japon, qui les appelle les îles Senkaku. En 2010, un incident au large de ces îles déclenche une crise diplomatique entre la Chine et le Japon. Selon le Japon, la Chine aurait stoppé l’exportation de terres rares vers le Japon en guise de représailles. Ce que les autorités chinoises ont naturellement démenti.
À la recherche de nouveaux approvisionnements

À la recherche de nouveaux approvisionnements

Face à ce quasi-monopole de la Chine sur la production de terres rares, les pays occidentaux cherchent tous depuis quelques années à réduire leur dépendance à l’égard de ce pays en trouvant d’autres sources d’approvisionnement. C’est le cas des États-Unis, avec la reprise de l’exploitation de Moutain Pass, de l’Australie où la mine de Mount Weld est en fort développement de production, et de l’Afrique. Par ailleurs, deux nouveaux acteurs ont fait leur entrée dans le secteur : le Groenland et la Corée du Nord.
Les terres rares au Groenland

Les terres rares au Groenland

Certaines sources estiment que le Groenland renferme les deuxièmes réserves de terres rares au monde, à Kvanefjeld. C’est pourquoi ce territoire, sous souveraineté danoise, intéresse particulièrement les Européens. Mais encore faut-il que ces affirmations soient avérées. Par ailleurs, depuis 2009, la gestion des ressources minières de ce territoire est du ressort du gouvernement autonome du Groenland, qui est en conflit avec l’Union européenne en ce qui concerne la chasse au phoque, recherché pour sa fourrure. Enfin, les conditions climatiques pourraient rendre l’exploitation des gisements très difficile.
L’enjeu nord-coréen

L’enjeu nord-coréen

Plusieurs sources estiment que la Corée du Nord disposerait des plus importantes réserves mondiales de terres rares. Le site de Jongju, que vous voyez la sur la carte, abriterait 216 millions de tonnes d’oxydes de terres rares, soit le double des réserves mondiales connues, selon les chiffres de l’USGS. Si cette estimation est exacte, cela vient bouleverser les équilibres géopolitiques régionaux.

Lectures

L’atlas globalGilles Fumey, Patrick Boucheron, Christian Grataloup
Les Arènes01/11/2014Présentation de l’ouvrage
L’Atlas global est un essai en images, conçu par une équipe de vingt-six historiens et géographes de renom. Une présentation plus détaillée de l’ouvrage, des auteurs et des cartographes sont disponibles sur le site de Sciences Po. À lire également, la critique de Claude Vincent pour Les Échos.

Les terres rares : minéralogie, propriétés, analysePierre Truchot
Hachette / BNF – édition 189801/09/2014Présentation de l’ouvrage
L’éditeur Hachette s’est associé à la BNF pour rééditer des œuvres anciennes conservées par Gallica. Ce livre, édité originellement pour le Bureau des longitudes de l’École polytechnique, est un ouvrage de science générale : les composés et les purifications, les sites d’extraction de l’époque, les propriétés reconnues et les premiers usages… La découverte des éléments chimiques et de l’industrie extractive ont aussi une histoire, et cet ouvrage fait le point des connaissances en 1898.

Un dossier consacré aux terres rares, préparé avec le magazine Carto, est consultable sur le blog « Globe » de Sylvain Kahn. Il recevait en février 2012, pour son émission Planète terre sur France Culture, Christian Hocquard, économiste au Bureau de recherches géologiques et minière (BRGM) et spécialiste des terres rares.

Pour une approche plus graphique et ludique de l’histoire des terres rares, Arte Future propose une page pédagogique.

Atlas mondial des matières premières – Des ressources stratégiquesBernadette Mérenne-Schoumaker avec la cartographie de Claire Levasseur et une préface de Philippe Chalmin
Autrement01/09/2013Présentation de l’éditeur
Assurer son approvisionnement en matières premières ou mieux valoriser ses ressources naturelles deviennent de grands enjeux géostratégiques. Cent cartes et infographies pour mieux appréhender la question des matières premières et expliquer en quoi leur gestion est l’un des principaux défis du XXIe siècle.

À propos de l’auteure
Bernadette Mérenne-Schoumaker est professeure de géographie économique à l’Université de Liège et responsable pédagogique au Centre de didactique supérieur de l’académie Wallonie-Europe.

Terres rares : enjeu géopolitique du XXIe siècle – Chine, Etats-Unis, Europe, Japon, GroenlandDamien Degeorges avec une préface de Per Stig Moller, ancien ministre danois des Affaires étrangères (2001-2010), et une postface de Palle Christiansen, ministre groenlandais de l’Éducation, de la Recherche et de la Coopération nordique
L’Harmattan01/11/2012Présentation de l’éditeur
L’enjeu des terres rares, au cœur de l’économie du XXIe siècle, a pris une dimension géopolitique majeure depuis que la demande croissante s’est heurtée à des restrictions d’exportations de la Chine, dans un secteur où la puissance asiatique contrôlait en 2012 plus de 97 % de la production mondiale. États-Unis, Europe et économies de l’Asie-Pacifique se tournent désormais vers l’un des principaux eldorados en devenir clans le secteur des terres rares : le Groenland.

À propos de l’auteur
Docteur en sciences politiques, spécialiste du Groenland et de l’Arctique, Damien Degeorges présente son ouvrage dans une vidéo des éditions l’Harmattan.

Terres rares – Avenir industriel et future richesse de l’Europe ?David Weber
Les éditions du Net01/02/2012Présentation de l’ouvrage
Les dix-sept éléments, qui forment le socle des futures industries du XXIe siècle, sont absents du territoire de l’Europe continentale.
Pour David Weber : « Loin de laisser le champ libre au monopole chinois et aux puissances minières existantes ou émergentes, l’Union européenne et tout particulièrement la France ont une chance historique de mettre à profit leurs possessions et leur savoir-faire afin de participer dans un projet d’envergure à ce qui formatera son destin industriel mais aussi son indépendance militaire et possiblement énergétique. »
Cet ouvrage est issu d’un travail pour l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
La Lettre et le site des matières premières et de l’énergie (MPE-Média) propose un entretien avec l’auteur.

Coup d’œil sur les produits de base : Édition spéciale sur les terres raresRapport de la CNUCED
Collection Coup d’œil sur les produits de base n°52014À propos de la CNUCED
Régie par ses 194 États membres, la CNUCED, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, est l’organe des Nations unies chargé des questions de développement et plus particulièrement du commerce international. Son action peut se résumer en trois mots : réfléchir, dialoguer, réaliser. La réflexion sur le développement est au cœur du travail de la CNUCED. Elle donne lieu à des analyses, souvent novatrices, qui permettent d’adresser des recommandations aux responsables des politiques économiques. C’est aussi un forum où les représentants de tous les pays peuvent dialoguer librement et débattre des voies et moyens d’instaurer un meilleur équilibre économique mondial. La CNUCED fournit aussi une assistance technique directe aux pays en développement et en transition.
Ses rapports, dont celui consacré aux terres rares, sont téléchargeables.

Quel futur pour les métaux ? – Raréfaction des métaux : un nouveau défi pour la sociétéBenoît de Guillebon et Philippe Bihouix, avec les préfaces de Marc Boissonnet, Michèle Pappalardo et Marc Ventre
EDP Sciences01/11/2010Présentation de l’éditeur
Les métaux, ressources minérales naturelles non renouvelables, sont à la base de notre civilisation industrielle. Moins médiatique que le changement climatique ou les enjeux énergétiques, leur raréfaction sera pourtant un des défis majeurs du XXIe siècle : notre modèle de développement, qui repose sur la croissance économique et un accroissement continu du prélèvement des ressources, se heurte à la finitude de la planète. C’est ce thème qu’a choisi de traiter un groupe d’ingénieurs de l’association des centraliens, sous la direction de Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon.
À l’issue d’une analyse approfondie et documentée, prenant en compte les enjeux techniques, économiques, sociaux et environnementaux de la raréfaction des métaux, les auteurs mettent à mal les mythes de l’abondance, de la croissance verte et d’une technologie forcément salvatrice. Ils posent aussi les limites d’une économie circulaire fondée sur le recyclage généralisé. Écrit dans un langage accessible à tous, composé d’un texte principal complété d’une trentaine d’études couvrant des secteurs d’activité, des métaux et des thèmes transversaux, cet ouvrage est conçu pour répondre aux questions de tous ceux qui veulent comprendre le futur des métaux.

Benoît de Guillebon a signé avec Patrick Nollet l’ouvrage En route vers l’éco-économie chez Armand Colin (2013). Ces deux ouvrages sont issus des réflexions des think tanks de l’Association des centraliens.

Russie-Chine : à l’ombre de l’APEC, un renforcement des liens financiers

Par Yannick Harrel

12/11/2014

Source : http://harrel-yannick.blogspot.fr

Le  26ème sommet de l’APEC qui s’est tenu en la ville de Pékin les 10 et 11 novembre 2014 a réuni la majeure partie des puissances qui comptent dans le monde. Ce fut notoirement l’occasion d’une brève entrevue entre le président américain Obama et son homologue russe Poutine. Et la démonstration d’un acte de galanterie de la part de ce dernier envers la première dame de Chine, la chanteuse Peng Liyuan, censurée par la télévision chinoise de peur de laisser naître de perfides allusions.
Ce faisant, cette rencontre fut bien plus cruciale qu’une simple agape telle que le G8 (devenu G7 depuis l’exclusion de la Russie) car d’une part symbolisant la montée en puissance de cette zone devenue le moteur de l’économie mondiale (le FMI prévoyant 5,5 à 5,6% de croissance pour 2015 dans son dernier rapport [1] ) et d’autre part le lieu d’annonces remarquables pesant à la fois sur le monde géopolitique et sur la finance.
Dans ce second registre, mentionnons l’évolution et la libéralisation prochaine (le 17 novembre si l’opération n’est pas reportée) des bourses de Shanghaï et de Hong-Kong.  L’interconnexion entre les deux bourses va avoir pour principale conséquence que des titres chinois pourront être détenus et échangés par des étrangers. Le Shanghaï-Honk Kong Connect va de la sorte permettre une croissance des échanges entre les deux bourses et avec l’extérieur, moyennant quelques restrictions résiduelles.
Or c’est ce moment précis que choisit la seconde banque de Russie, la VTB (Vnechtorgbank), pour annoncer qu’elle entend se décôter du London Stock Exchange (inscrite depuis 2007) pour s’inscrire dans cette dynamique des bourses chinoises. Le propos n’est pas anodin et doit être couplée à cette volonté réitérée par les autorités russes et chinoises de peser sur les échanges mondiaux en opérant des échanges financiers roubles/yuans en lieu et place du dollar. La mise à l’index puis les sanctions opérées envers des banques comme la française BNP Parisbas ayant utilisé le dollar pour des transactions avec des pays frappés d’embargo n’ont pas peu incité à l’accélération de mesures visant à se rendre moins dépendants du billet vert. Ce programme conclu en août 2014 signifie concrètement que la Chine s’engage progressivement à acheter des matières premières russes en yuans/roubles et que la Russie opèrera de même pour ses importations de produits chinois.

En sus, l’APEC a été le théâtre de l’affrontement de projets de coopération économique régionale : l’un d’essence américaine, l’autre d’inspiration chinoise mais tous deux visant à accroître les échanges de la zone Asie-Pacifique. Si l’Australie a répondu présent au dessein américain, la Russie a apporté son rapide soutien à  la proposition chinoise. Une annonce qui a raffermi temporairement la monnaie russe, laquelle a dévissé conséquemment depuis le 30 octobre, date à laquelle Wall Street et la City ont décidé de mener une guerre monétaire sur le rouble russe, avec le concours de leurs alliés de l’OPEP [2].

Cette volonté de prise en main des destinées financières mondiales augurent d’une aggravation des relations futures avec nombre de pays occidentaux. Car l’arme économique et financière bascule de plus en plus de l’ouest vers l’est : tant la Chine, atelier et créancier du monde, que Singapour, nouvelle ruche de la finance mondiale, pèsent d’un poids conséquent sur les échanges mondiaux et ne peuvent plus être ignorés par les décideurs.

Quant à la Russie, ses deux prochains écueils dans l’immédiat sont, comme le mentionne l’économiste Jacques Sapir : une inflation à maîtriser pour éviter qu’elle ne gangrène trop le système économique et ne rogne sur le pouvoir d’achat des ménages ; une baisse des investissements, corollaire d’une hausse des taux d’intérêt par la banque de Russie.
Ces indicateurs seront surveillés de très près ces prochaines semaines, le temps soit de laisser le rouble se renforcer soit de prendre des mesures régulationnistes. Mais aussi le temps de gérer les évènements géopolitiques et géoéconomiques à l’origine d’une telle complication.

[1] Perspectives de l’économie mondiale : Avant-propos, résumé analytique et chapitres 1 et 2 – Distribution préliminaire : Octobre 2014
[2] Une situation qui ne fait pas que des malheureux : outre que les exportations seront facilitées avec un rouble faible, nombre d’acteurs étrangers ont récemment investi dans des valeurs russes en misant sur un rebond prochain, et lucratif à terme, de la bourse russe. Laquelle est de toute façon considérée comme un marché versatile. L’investisseur Jim Rogers n’hésitant pas à le qualifier de marché le plus haï de la planète en raison de sa susceptibilité aux influences géopolitiques et géoéconomiques. Enfin, en 1998, la crise financière qui avait sérieusement touché de nombreuses institutions avait permis de « lessiver » de nombreuses structures peu rentables et mêmes frauduleuses pour certaines, reposant sur un système dit Ponzi (précédé en 1997 par la chute de la banque MMM qui ruina des centaines de milliers d’épargnants) tout en obligeant à une régulation plus stricte des échanges et des accréditations d’exercice.

L’actuelle bataille des câbles préfigure-t-elle le cyberespace de 2030 ?

Par

12/11/2014

Source : http://si-vis.blogspot.fr

S’il est sans doute encore un peu tôt pour vérifier que la Russie et la Chine pourraient venir concurrencer et pourquoi pas, à termes, dominer les USA dans le cyberespace, force est cependant d’observer deux faits différents mais complémentaires : la Russie dispose, dans ce domaine, de ressources techniques et humaines plus que respectables. La Chine, elle, se dote en plus de capacités technologiques et d’innovations qu’il conviendrait d’évaluer avec le plus grand respect.

Pour cette dernière, la mise en exploitation en 2016 de la plus grande boucle de réseau de communication quantique (1) entre Pékin et Shanghai, soit tout de même plus de 2 000 kilomètres, vient illustrer une prouesse technologique indéniable. Qui illustre parfaitement les efforts scientifiques et financiers mais aussi alternatifs déployés par Pékin en matière de recherche et de développement tout azimuts depuis le milieu de la précédente décennie. Dans une volonté à peine dissimulée, ces efforts pourraient également provoquer de possibles bouleversements concernant la géopolitique de l’Internet. Soit un scénario crédible du visage que pourraient prendre certaines infrastructures de transport et de traitement des données à moyen terme.

Considéré comme informatiquement « non piratable » du fait de l’utilisation de moyens de « cryptographie quantique » (2), l’ambition déclarée de ce futur réseau à usage principalement gouvernemental et militaire se veut internationale puisqu’il pourrait avoir vocation à être étendu à la planète entière à l’horizon 2030. Une façon astucieuse et néanmoins classique pour la Chine de pratiquer son soft-power à peu de frais. De plus, cette annonce intervient au moment où le président Obama, après le revers des élections à mi-mandat (3), débute une « opération séduction » (4), profitant du sommet de l’APEC qui vient de s’ouvrir précisément à…Pékin ! Certains y verront une coïncidence, d’autres non.

Cette stratégie des câbles se retrouve également sur un autre continent, celui de l’Amérique du Sud. Le Brésil a en effet en projet (5) de poser de la fibre optique sous-marine jusqu’en Europe en passant directement par le Portugal. Les limites étant d’avoir annoncé ce projet en excluant des équipements de réseaux de marque Cisco, ceux pouvant les remplacer n’étant pas légion sur le marché. Même si notre regard teinté de souverainisme resterait au mieux dubitatif, l’utilisation d’équipements réseau du chinois Huawei ne semble pas une solution inenvisageable. Histoire sans doute pour la présidence brésilienne d’enfoncer un peu plus le clou.

Ces exemples, même s’ils sont pour le moment isolés, pourraient illustrer une tendance probablement logique vers davantage d’indépendance d’acteurs économiques opérant les infrastructures de transport des données et des organismes cherchant à les réguler (6). Que les uns ou les autres soient directement ou indirectement influencés par leurs gouvernements respectifs notamment les États-Unis. Quoiqu’en dise le président Obama (7), les nombreuses suspicions d’espionnage généralisé des communications électroniques, confirmées par l’affaire Snowden, ne sont pas prêtes de s’éteindre.

Dès lors, il est tout à fait concevable d’envisager une architecture du cyberespace différente d’ici 2030. Les infrastructures disponibles de transport et de traitement des données seront toujours, d’une part, majoritairement le fait de compagnies privées, Google (8) étant l’une des locomotives des évolutions en devenir. D’autre part, ce seront aussi d’autres pays que l’oncle Sam qui se partageront la régulation et la puissance : Chine, Brésil, Russie, Inde, peut-être l’Europe (9)(10). La stratégie et la géopolitique du cyberespace (11) en seraient alors modifiées sans qu’il soit, pour le moment, possible d’en définir l’amplitude et les effets. Une chose est sûre cependant : louper le train de l’innovation combinatoire (12), du numérique et, plus largement, des NBIC (13) relèguera la volonté supposée de puissance d’une nation à des rêves de grandeur mortifiée.

(1) http://www.scmp.com/news/china/article/1631479/china-launch-hack-proof-quantum-communication-network-2016
(2) Il s’agit en réalité davantage d’une distribution quantique de clés de chiffrement. Se référer à http://www.futura-sciences.com/magazines/matiere/infos/dico/d/physique-cryptographie-quantique-10172/ et http://cas.ensmp.fr/~rouchon/MinesCrypto/SlideQcrypto.pdf 
(3) http://alterjournalisme.blogs.courrierinternational.com/archive/2014/11/04/elections-midterms-2014-aux-etats-unis-50381.html
(4) http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20141110-sommet-apec-pekin-obama-operation-seduction/
(5) http://rue89.nouvelobs.com/2014/11/05/pourquoi-bresil-senquiquine-t-a-poser-cable-geant-fond-leau-255888
(6) la bataille actuelle au sein de l’ICANN est d’ailleurs emblématique de ce mouvement de fond. Lire http://www.silicon.fr/pierre-bonis-afnic-reforme-trompe-oeil-icann-100979.html
(7) https://medium.com/@PresidentObama/my-plan-for-a-free-and-open-internet-c45e2f4ab1e4 
(8) http://www.lemondenumerique.com/article-30966-google-concretise-son-projet-loon.html 
(9) avec ou sans les « cousins » Britanniques ? Une délicate question !
(10) http://www.assemblee-nationale.fr/14/europe/rap-info/i1409.asp
(11) http://www.diploweb.com/Strategie-du-cyberespace.html 
(12) http://echoradar.eu/2014/11/05/big-bang-disruption-cauchemar-linnovation-devastatrice/
(13) http://cyberland.centerblog.net/153-En-2030–la-pensee-hybride 

Accaparement de terres : la Chine, l’Inde et les États-Unis aussi…

Par Agnès Stienne

06/10/2014

Source : http://visionscarto.net

 

Lors d’une présentation au cours de laquelle je parlais de la série de cartes des appropriations de terres à l’étranger par les entreprises européennes, quelqu’un dans le public me posa cette question :

Vous évoquez les pays européens, soit, mais et la Chine en Afrique, et les milliers de paysans chinois qui s’installent en Afrique, vous en dites quoi ?

La Chine fait peur, à tort ou à raison, mais avec tous ses Chinois, elle fait peur.

Les Chinois, donc, sont nombreux. Avec l’élévation du niveau vie, la demande en viande a explosé alors que les terres arables du pays ne représente toujours qu’environ 8 % ou 9 % du territoire chinois. Comme les pays développés, la Chine s’est elle aussi lancée dans la conquête de terres fertiles hors de ses frontières. Mais son avidité en terres arables est comparativement moins agressive que celle de l’Italie, des Pays-Bas ou du Royaume-Uni compte tenu de sa population bien plus importante.

Alors que j’établissais la liste des pays convoités par la Chine, je me disais qu’il serait intéressant faire quelque recherches exploratoires du côté de l’Inde et des États-Unis. Je n’ai pas été déçue.

Une fois les données recueillies depuis le portail dédié à l’appropriation des terres (land grabbing en anglais) « Land Matrix », j’ai identifié quelques lacunes.

Par exemple, les 300 000 ha que le groupe Karuturi exploite en Éthiopie n’étaient pas référencés dans les contrats conclus. J’ai alors ressorti le document édité par Grain en 2012 « Land grab deals » puis recoupé et vérifié les infos des deux sources sur Internet, notamment sur le site Farmlandgrab : il manquait des données importantes pour la Chine, l’Inde et les États-Unis. Pour ces pays, seuls les contrats conclus ont été retenus et, pour garder la cohérence, l’échelle des carrés proportionnels est identique à celle utilisée pour les cartes des pays européens.


À consulter : L’Europe à l’assaut des terres agricoles mondiales


La Chine

Les contrats sont pour la plupart conclus par des entreprises des secteurs de l’agroalimentaire, de l’agrobusiness, de l’énergie, de la construction, ou du gouvernement chinois. Quelques deals sont ficelés par le secteur de la finance, mais ils sont très peu nombreux. Contrairement à ce qu’on croit, ce n’est pas en Afrique que les Chinois investissent le plus.

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Accaparement des terres par la Chine

Agnès Stienne, 2014.

L’Inde

Les investisseurs indiens sont peut-être un peu plus portés sur le business que leurs voisins chinois, mais dans l’ensemble, on retrouve les mêmes secteurs d’activité, sauf celui de la finance, et du public gouvernemental.

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Accaparement des terres par l’Inde

Agnès Stienne, 2014.

Les États-Unis

C’est vertigineux. Plus de 10 millions d’hectares de terres étrangères ont été accaparées pour le compte de firmes américaines. 3 347 200 ha, soit 32,2 % des contrats, appartiennent au secteur de la finance : fonds d’investissements, fonds de pensions, assurances…

Accaparement des terres par les États-Unis

Agnès Stienne, 2014.

OGM , état des lieux // OGM , déja dans l’U.E

Source : http://ddc.arte.tv/nos-cartes/les-ogm-etat-des-lieux-1-2

Source : http://ddc.arte.tv/nos-cartes/les-ogm-deja-dans-l-ue-2-2

09/2014

 

VIDEO : OGM , état des lieux       VIDEO : OGM , déja dans l’U.E

Depuis la naissance de l’agriculture, l’Homme cherche à modifier son environnement. Aujourd’hui, trente ans après la création de la première plante génétiquement modifiée, le débat sur les OGM reste ouvert et controversé. Le Dessous des Cartes consacre deux numéros à cette question et tente de comprendre les enjeux du débat.

Dans ce second numéro consacré aux OGM, le Dessous des Cartes se penche sur le cas spécifique de l’Union européenne, et de sa relation complexe et paradoxale avec les plantes génétiquement modifiées.

Les principales terres cultivées dans le monde

Voici une carte montrant où se trouvent les principales terres cultivées dans le monde. Aujourd’hui, les OGM ou plantes génétiquement modifiées représentent, 20 ans après leur première commercialisation, 11 % des surfaces cultivées dans le monde.

La transgénèse

Chez tous les êtres vivants – plante, bactérie ou tout autre organisme – l’information génétique est contenue dans les gènes, qui sont inscrits dans l’ADN. La transgénèse est une méthode permettant d’introduire, dans une cellule vivante, un gène qui provient d’un autre organisme, et que la plante ne possède pas elle-même dans son patrimoine génétique. Ce gène étranger est alors transmissible à la descendance.

Quel est le but des OGM ?

Cette introduction a pour but de donner à la plante un caractère qu’elle ne possède pas naturellement. Par exemple, celui de pouvoir tolérer certains herbicides, résister aux insectes, améliorer les rendements, résister à la sécheresse ou à la salinisation d’un sol. Plusieurs de ces caractéristiques peuvent même être associées.

Évolution de la surface mondiale des cultures OGM

 

La surface mondiale des cultures génétiquement modifiées a été multipliée par 100 ces 17 dernières années, ce qui est rapide. Ces données viennent de l’ISAAA (Service international pour l’acquisition d’applications biotechnologiques), un organisme de promotion des plantes génétiquement modifiées dans les pays du Sud, dont les calculs s’appuient sur les estimations de ventes des semenciers.

Les 27 pays qui cultivent des OGM

Au total, les OGM sont cultivés dans les 27 pays qui figurent sur cette carte. Et 10 de ces 27 pays (en rouge sur la carte) représentent, à eux seuls, 98 % de la superficie mondiale des cultures transgéniques. La carte fait donc clairement apparaître que la géographie des OGM est dominée par le continent américain, le sous-continent indien et la Chine.

Le Brésil, un leader mondial sur le marché des OGM

Le Brésil abrite 23 % de la superficie mondiale des OGM. On y trouve du soja, du maïs et du coton transgénique. Aujourd’hui, le pays émerge comme un leader mondial sur le marché des OGM. En 2013, il a planté, pour la première fois à grande échelle, un nouveau soja transgénique de la compagnie Monsanto, l’INTACTA RR2 PRO. Cette plante génétiquement modifiée a un fort potentiel de rendement, une tolérance à l’herbicide et offre une protection contre les principaux insectes ravageurs du soja.

L’exemple du Burkina Faso

 

Le Burkina Faso fait partie des pays les moins avancés, essentiellement agricole, où le coton constitue la principale source de devises. Le secteur cotonnier est très structuré dans le pays, et ce sont les sociétés cotonnières qui, à partir de 2008, y ont introduit des semences transgéniques. Aujourd’hui, 500 000 hectares de coton génétiquement modifié seraient cultivés dans le pays, toujours selon l’ISAAA.

Le marché des OGM

Le marché mondial est tenu par très peu de firmes agrochimiques. Il y a donc une très forte concentration. On trouve d’abord l’américain Monsanto, également leader pour la production d’un désherbant commercialisé sous le nom de Roundup. On peut citer aussi Pioneer Hi-Bred, qui est une filiale de DuPont de Nemours aux États-Unis ; le suisse Syngenta et les allemands BASF et Bayer Crop Science, en Europe.

La question des brevets

Pour créer une semence génétiquement modifiée, il faut plusieurs années de recherche. Donc pour protéger leurs innovations, ces multinationales font breveter les gènes qu’elles ont décodés ou modifiés. Le vivant peut désormais être breveté, appartenir à une personne ou à une entreprise, tout comme les inventions industrielles. Aujourd’hui, dans le monde, à l’exception de la Chine où la recherche est publique, la totalité des OGM commercialisés sont détenus par des firmes privées. Et Monsanto détient 90% de ces brevets.

La menace sur la biodiversité

Au Bangladesh, la culture d’une aubergine transgénique a été autorisée pour la première fois en janvier 2014. L’aubergine est une plante à pollinisation libre et croisée, c’est-à-dire que le pollen de la fleur d’aubergine, contenu dans ses étamines, l’organe mâle, est transporté par un insecte pollinisateur, par exemple une mouche ou une abeille, vers le stigmate, l’organe femelle, d’une autre fleur. Donc, le risque de contamination transgénique par la dissémination des cultures OGM existe plus encore pour l’aubergine que pour d’autres plantes, ce qui met en danger sa biodiversité.

La part des OGM dans l’agriculture mondiale

Le planisphère que vous voyez nous montre les surfaces cultivées dans le monde. Aujourd’hui, sans que l’on ne le sache toujours clairement : 24 % des hectares de colza, 32 % des hectares de maïs, 70 % des hectares de coton et 79 % des hectares de soja sont plantés avec des semences génétiquement modifiées.

La diffusion des OGM dans l’Union européenne

Dans l’Union européenne, en 2013, les surfaces céréalières s’élevaient au total à 57 millions d’hectares. Et les surfaces plantées avec du maïs génétiquement modifié atteignaient environ 150 000 hectares, soit 0,26 % de la superficie céréalière totale de l’Union européenne. Ce maïs aux gènes modifiés, le MON 810, de la compagnie américaine Monsanto, a le grand avantage d’être résistant aux chenilles de pyrale, un des principaux ravageurs du maïs sur pied.

Des OGM concentrés dans la péninsule Ibérique

En 2013, l’Espagne représente à elle seule 92 % du total des superficies plantées de maïs génétiquement modifié dans l’Union européenne. Les champs se trouvent notamment dans la communauté autonome de l’Aragon. Derrière l’Espagne, il y a le Portugal, qui représente 5,5 % du total. Entre 2012 et 2013, les surfaces en Espagne ont augmenté, tandis que celles au Portugal ont baissé. 

Qui cultive des OGM dans l’UE ?

On trouve également des OGM en République tchèque, avec 1,72 % du total des superficies plantées de maïs génétiquement modifié dans l’Union européenne, en Roumanie, avec 0,6 % du total, en Slovaquie, en quantité insignifiante. À l’inverse, plusieurs pays ont interdit la culture du maïs MON 810 sur leur territoire : la Grèce, la Bulgarie, l’Italie, l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, le Luxembourg mais aussi la France et l’Allemagne

Le cas français

La France, en 2008 et 2012, a imposé deux interdictions sur la culture du maïs MON 810 sur le sol français. Mais les deux arrêtés ministériels ont été ensuite annulés par le Conseil d’État, parce que le maïs MON 810 est autorisé par Bruxelles. Au printemps 2014, c’est l’Assemblée nationale et le Sénat qui ont voté une troisième mesure d’interdiction.

Un projet de nouveau règlement

La législation européenne date de 2001, mais elle est difficile à appliquer. Donc, depuis 2010, la Commission défend un projet de nouveau règlement : si une plante génétiquement modifiée n’est pas autorisée à la culture par l’Union européenne, ce sera “non” pour l’ensemble des États membres. Mais si une plante génétiquement modifiée est autorisée à la culture, cela ne devient pas mécaniquement “oui” pour tout le monde. Chaque État conserve sa liberté d’interdire, pour des raisons liées à l’environnement et à la santé, comme c’est le cas aujourd’hui, mais également pour des motifs socio-économiques ou éthiques. Le 12 juin 2014, le Conseil européen des ministres de l’environnement a donné son feu vert pour ce nouveau règlement.

Le maïs TC 1507

Il est question d’introduire un autre maïs transgénique sur le territoire européen. Il s’agit du maïs TC 1507, du semencier américain Pioneer Hi-Bred, qui a été génétiquement modifié pour lutter contre la pyrale du maïs (comme le maïs MON 810), mais aussi pour résister aux traitements d’herbicides à base de phosphinothricine. Dans le monde, il est déjà cultivé dans plusieurs pays. Et dans l’Union européenne, il est déjà autorisé à l’importation pour l’alimentation animale et pour l’alimentation humaine, mais pas pour la culture dans les champs.

Le vote du Conseil des ministres à propos du maïs TC 1507

Le 11 février 2014, lors du Conseil des ministres européens, à Bruxelles, 19 pays se sont opposés à la culture du maïs génétiquement modifié TC 1507 sur le territoire de l’Union, 5 pays se sont dits favorables, et 4 pays se sont abstenus, dont d’ailleurs l’Allemagne, car c’est la procédure suivie par Berlin lorsque les avis sont divergents au sein de la coalition gouvernementale à Berlin. Il y a donc une majorité simple de pays contre. Mais le cumul de leurs voix au sein du Conseil des ministres européens ne représente que 210 voix sur 352, donc la majorité qualifiée n’est pas atteinte, puisqu’elle est à 260 voix sur 352.

Les importations dans l’UE

Il y a un paradoxe, car si les OGM sont peu cultivés en Europe, ils sont pourtant autorisés à l’importation, à la mise sur le marché dans l’Union européenne. Cela concerne principalement du soja génétiquement modifié, dont la quasi-totalité provient d’Amérique du Sud, c’est-à-dire du Brésil, de l’Argentine, et du Paraguay. L’Union importerait chaque année près de 40 millions de tonnes de soja génétiquement modifié.

Des OGM destinés à l’alimentation animale

Au total, aujourd’hui, plus d’une cinquantaine de variétés de plantes génétiquement modifiées sont autorisées à l’importation. Elles sont principalement destinées à l’alimentation animale. Par exemple, 80 % du soja importé dans l’Union serait transformé en nourriture d’élevage. Le reste allant aux biocarburants, aux huiles, et à des additifs alimentaires. De fait, les États membres ne sont pas autonomes en protéines végétales pour nourrir leur bétail : l’Union européenne à 28 membres compte 88 millions de bovins.

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La guerre des moteurs de recherche

Par cyberland

17/08/2014

Source : http://cyberland.centerblog.net

Poutine, Google et Yandex : la guerre des moteursLe Président russe Vladimir Poutine s’est récemment exprimé sur la main-mise américaine supervisant l’Internet, en dénonçant la suprématie mondiale de Google et en regrettant les faiblesses de Yandex, le moteur de recherche russe.

Vladimir Poutine a déclaré qu’Internet était fondamentalement un projet spécifique de la CIA.

Il a ensuite demandé aux citoyens russes de se méfier lorsqu’ils effectuent des recherches sur Google car leurs requêtes sont collectées par des serveurs américains au service de l’Amérique puis écoutées par les agences américaines. Poutine a insisté sur ce point : lorsqu’un citoyen russe utilise Google, il doit être conscient d’être systématiquement espionné par la NSA.

Le Président russe a ensuite évoqué le moteur de recherche russe Yandex en déplorant le fait que la société Yandex soit en partie enregistrée à l’étranger. La critique de Poutine ne portait pas sur le volet fiscal de cet enregistrement mais sur l’aspect stratégique et le risque de perte de supervision nationale du moteur russe. Il a ensuite regretté la présence de cadres dirigeants européens et américains au sein des conseils d’administration et de gestion de Yandex. Ici encore, c’est la perte d’une partie de souveraineté qui alerte le Président russe et qui le pousse à demander aux citoyens russes de préserver leurs avantages nationaux. Il a ajouté que la Russie sera particulièrement vigilante sur le maintien de sa souveraineté dans ces domaines sensibles.

Quelques heures après l’intervention de Vladimir Poutine, l’action Yandex perdait 4,3% sur le NASDAQ obligeant la société russe a intervenir dans le débat en exerçant son droit de réponse (même limité).

Crée en 1997 (soit un an avant Google) par Arkadi Voloj et basé à Moscou, Yandex est le moteur de recherche (et le portail) le plus populaire en Russie et le plus utilisé sur le web russophone. La société devenue rentable à partir de 2002 est revendue en 2004 pour 17 millions de dollars (une goutte d’eau pour le marché du web). En décembre 2013, Yandex totalisait 62% des requêtes et recherches en Russie contre 27% pour Google…

En 2012, Yandex a lancé son propre navigateur « Yandex » proche dans sa structure de Chromium, la base dont Google s’est servie pour développer Chrome. Ce navigateur intègre des fonctionnalités de sécurité issues d’un partenariat noué avec Kaspersky Lab.

Yandex a donc réagi aux propos protectionnistes de Poutine en précisant qu’elle ne cherchait pas à éviter de participer aux impôts en s’enregistrant en partie à l’étranger mais qu’elle devait le faire pour des questions juridiques internationale liées à la gouvernance d’internet (ce qui est strictement exact par ailleurs) et pour atteindre et obtenir des investissements étrangers.

Yandex a rassuré Vladimir Poutine en affirmant que la Russie reste le noyau central de son activité et qu’elle paye ses impôts sur place.

Dans son intervention, le Président russe réaffirme le caractère stratégique des moteurs de recherche sur internet pour une nation technologique. Parallèlement à cette posture, il vient de faire voter plusieurs lois contraignantes pour les usagers d’internet. La première autorise le gouvernement à bloquer les sites web inscrits sur « liste noire » sans saisie préalable d’une cour de justice. Cette mesure vise en priorité les sites de l’opposition russe comme celui d’Alexei Navalny (auteur des blogs anticorruption Navalny et Rospil) qui ont été rapidement fermés après un premier avertissement. Poursuivant cette orientation, il y a quelques semaines, le gouvernement a adopté une autre loi obligeant les blogueurs russes à enregistrer leurs sites web et à se conformer aux mêmes règles éditoriales que celles en vigueur pour les médias de masse en Russie. Le contrôle du contenu informationnel s’effectue maintenant à toute échelle, du blogueur indépendant jusqu’à la chaîne d’information nationale.

On assiste à un verrouillage intérieur en règle du web russe et à l’affirmation d’une identité russe sur le cyberespace. Cette posture protectionniste vient contrebalancer la suprématie américaine dans le domaine des moteurs de recherche et de la gestion de l’information. D’un point de vue stratégique, Vladimir Poutine a parfaitement raison d’insister sur la nécessité de maintenir une indépendance nationale dans le domaine des moteurs de recherche.Il emboîte le pas de la Chine qui dispose aujourd’hui d’une dizaine de moteurs de recherches efficaces dont le très populaire Baidu dépassant largement Google Chine arrivé en 2005.

Depuis 2012, la Russie souhaite développer un moteur de recherche national nommé Spoutnik sur lequel elle aurait un contrôle plus direct que sur l’actuel leader Yandex. Le projet Spoutnik (20 millions de dollars) est porté par Rostelecom et soutenu par le gouvernement qui voit ici l’opportunité de créer un site national dédié spécifiquement aux recherches russes. Pourtant, rien ne dit aujourd’hui que le projet Spoutnik puisse facilement s’imposer en Russie face au numéro un Yandex.

A l’heure de l’explosion du volume mondial des données créées, les infrastructures de recherche et de classement que sont les moteurs de recherche constituent des organes essentiels dans le traitement de l’information. La Russie comme la Chine ont parfaitement mesuré et évalué les valeurs d’impact stratégique et géopolitique des moteurs de recherche. Ces deux États souhaitent ainsi maintenir une souveraineté nationale dans la gestion et la supervision des moteurs nationaux actifs au sein d’un cyberespace globalisé. Les enjeux de stabilité et de sécurité intérieure influencent certainement les orientations russes, mais c’est bien la cybersuprématie américaine qui pousse la Russie vers le développement de solutions numériques strictement nationales.

Terminons par une question embarrassante :

Que fait l’Europe en matière de moteur de recherche généraliste ?

Liens vers les principaux moteurs de recherche russes et chinois

 

I – Moteurs de recherche russes par ordre d’importance :

 

1 – Yandex :

http://www.yandex.ru/

 

http://www.yandex.com/

 

2 – Google russie :

http://www.google.ru/

 

3 – Mail russie :

4 – http://go.mail.ru/

 

5 – Rambler :

http://www.rambler.ru/

 

6 – Bing russie :

http://www.bing.com/?mkt=ru-ru

 

7 – Yahoo russie :

http://ru.yahoo.com/

 

II – Moteurs de recherche chinois par ordre d’importance sur le marché chinois :

 

1- Baidu :

http://www.baidu.com/

 

2- Google Chine :

http://www.google.cn/

 

http://www.google.com.hk/

 

3 – Sogou :

http://www.sogou.com/

 

4 – Soso :

http://www.soso.com/

 

5 – Youdao :

http://www.youdao.com/

 

6 – Panguso :

http://www.panguso.com/

 

7- Gike :

http://www.jike.com/

 

8 – BaiGoogleDu

http://www.baigoogledu.com/

 

 

Liens :

http://www.theguardian.com/world/2014/apr/24/vladimir-putin-web-breakup-internet-cia

http://www.youtube.com/watch?v=bKj1d8KCuPQ

http://www.aljazeera.com/news/europe/2014/04/putin-says-internet-cia-project-201442563249711810.html

http://time.com/75484/putin-the-internet-is-a-cia-project/

 

 

Note :

Cet article a été republié avec mon accord sur le site The Vineyard of the Saker :

http://www.vineyardsaker.fr/2014/08/17/poutine-google-yandex-guerre-moteurs-thierry-berthier/

 

Compétition pour les terres arables

Source : http://ddc.arte.tv

04/2014

L’acquisition de terres cultivables par des investisseurs étrangers est un phénomène qui connaît aujourd’hui une ampleur sans précédent. Le Dessous des Cartes consacre deux numéros au commerce des terres arables et s’intéresse, dans ce premier volet, aux facteurs qui ont relancé la quête mondiale de terres agricoles, ainsi qu’aux acteurs de ce marché.

La United Fruit Company en Amérique centrale, en 1930

En 1930, la United Fruit Company était implantée dans neuf pays d’Amérique centrale. La première compagnie bananière du monde, américaine, avait échangé la construction de lignes de chemin de fer contre l’obtention de centaines de milliers d’hectares de terres dans ces pays. Au Honduras, par exemple, près d’un quart des terres agricoles lui appartenait. Les investissements étrangers dans le domaine foncier agricole ne sont donc pas un phénomène récent.

Les données de Land Matrix

Entre 2000 et 2014, dans le monde, les acquisitions (pour l’achat ou la location) de foncier agricole à grande échelle ont concerné 36 millions d’hectares, soit à peu près la superficie de l’Allemagne. Au total, sur cette période, on compte près de mille transactions foncières signées, selon Land Matrix qui est la base de données la plus fiable sur cette question.

Pourquoi cette compétition croissante pour l’accès aux terres ?

 

D’autres contraintes viennent s’ajouter à cette hausse de la demande alimentaire mondiale. Tout d’abord, toutes les terres émergées ne sont pas cultivables : seul un tiers le sont. Et si l’on considère l’ensemble de ces terres cultivables, seulement 40 % sont cultivées. Donc plus de la moitié des terres cultivables de la planète ne sont pas cultivées !

Des terres cultivables non cultivées

D’autres contraintes viennent s’ajouter à cette hausse de la demande alimentaire mondiale. Tout d’abord, toutes les terres émergées ne sont pas cultivables : seul un tiers le sont. Et si l’on considère l’ensemble de ces terres cultivables, seulement 40 % sont cultivées. Donc plus de la moitié des terres cultivables de la planète ne sont pas cultivées !

Les terres arables destinées à la production d’agro-carburants

Par ailleurs, les acquisitions de terres arables ne concernent pas seulement les cultures alimentaires. Elles sont aussi destinées à la production d’agro-carburants. Sur 100 hectares ayant fait l’objet d’une transaction entre 2000 et 2014, 11 sont uniquement consacrés aux cultures vivrières, 31 aux agro-carburants et 23 aux cultures à double usage (c’est-à-dire vivrières et agro-carburants) comme le soja, le maïs, l’huile de palme ou la canne à sucre.

Les pays “cibles” qui vendent ou louent leurs terres

Depuis 2000 dans le monde, 74 pays cibles ont loué ou vendu des terres arables. Ce sont majoritairement des pays du Sud, où le climat, les coûts de la main d’œuvre et la fertilité des terres permettent de produire à des prix compétitifs. On peut repérer sur cette carte les dix principaux pays qui ont loué ou vendu des terres. La Papouasie Nouvelle-Guinée et l’Indonésie occupent les deux premières places, avec respectivement 3,8 et 3,6 millions d’hectares loués ou vendus depuis 2000.

Les pays “investisseurs” qui achètent ou louent les terres

Voici maintenant les 93 pays (ou territoires) investisseurs, c’est-à-dire les pays dont sont originaires ceux qui achètent ou louent des terres. On repère sur la carte les dix principaux pays investisseurs, notamment les États-Unis qui occupent la première place avec plus de 7 millions d’hectares achetés ou loués dans le monde depuis 2000.

Les investissements fonciers américains dans le monde

Regardez les destinations des investissements américains. L’Afrique centrale représente un tiers des hectares achetés ou loués, et ces investissements américains concernent la production agricole, la production d’agro-carburants, l’extraction de bois de construction et la préservation des espaces naturels avec le tourisme.

De qui viennent les investissements fonciers internationaux ?

Les investisseurs privés représentent environ 90 % des investissements fonciers étrangers. Il y a les firmes d’agrobusiness, évidemment, et de plus en plus d’acteurs financiers comme les fonds spéculatifs. Les investissements publics représentent quant à eux les 10 % restants. Les États – via des agences d’État ou des fonds souverains – louent ou achètent des terres pour renforcer leur sécurité alimentaire, c’est à dire pour sécuriser leurs approvisionnements et faire face à la hausse du prix des matières premières.

L’émergence d’un marché Sud-Sud

Pour finir, si on reprend notre carte des pays investisseurs, et que l’on y superpose celle des pays cibles, on voit que la géographie des investissements fonciers internationaux est dominée par les pays émergents. Donc, l’essor du marché international des terres arables correspond de plus en plus à l’émergence d’un marché Sud-Sud.

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La dépense militaire revient à la guerre froide

Par Manlio Dinucci Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

15/04/2014

Source : http://www.mondialisation.ca

Login : https://ilmanifesto.it

English : Military spending back to the Cold War

Dépenses militaires

Tandis que la stratégie USA/OTAN, avec la crise ukrainienne, provoque un affrontement Ouest-Est qui ramène l’Europe à une situation, par certains aspects, analogue à celle de la guerre froide, les données publiées hier par le Sipri confirment que la dépense militaire mondiale (calculée net d’inflation pour la comparaison dans le temps) est revenue aux niveaux de la guerre froide : après avoir chuté entre 1991 et 1998, elle est remontée à un niveau supérieur à celui de la dernière période de l’affrontement Ouest-Est. Les données, concernant 2013, montrent qu’on dépense dans le monde, dans un objectif militaire, 3,3 millions de dollars par minute, 198 millions de dollars par heure, quasiment 4,8 milliards de dollars par jour. Ce qui équivaut à 1747 milliards de dollars en une année.

La dépense militaire mondiale est en réalité encore plus élevée que celle calculée par le Sipri quand il fait la somme des budgets de la défense des différents pays : il s’y ajoute en fait diverses dépenses de caractère militaire, incluses dans d’autres chapitres des budgets d’Etats. Aux Etats-Unis, la dépense pour les armes nucléaires (23 milliards de dollars annuels) est inscrite non pas au Département de la défense,  mais à celui du Département de l’Energie ; celle des militaires à la retraite (environ 170 milliards annuels), à celui du Département des retraités ; les dépenses pour les aides militaires et économiques à des alliés stratégiquement importants (environ 50 milliards annuels) sont inscrites aux budgets du Département d’Etat et de quelques autres. Dans le budget fédéral 97 milliards annuels sont alloués pour un « fonds unifié de la Défense, du Département d’Etat et de l’Usaid » destiné aux opérations ultramarines (Overseas contingency operations). 40 autres milliards annuels sont dépensés pour la « sécurité  de la patrie ». Et il y a enfin la dépense secrète des services secrets, dont l’unique chiffre « non-classifié » (1,6 milliards annuels) n’est que la pointe de l’iceberg. En ajoutant ceux-ci et les autres postes de dépense au budget officiel du Pentagone (640 milliards en 2013), la dépense militaire étasunienne grimpe à quasiment 1000 milliards de dollars annuels. Ce qui signifie qu’environ un dollar sur quatre, dans le budget fédéral, est dépensé dans un objectif militaire.

Si l’on ne s’en tenait même qu’au chiffre de 640 milliards de dollars fourni par le Sipri, les Etats-Unis restent nettement en tête dans le classement des 15 pays ayant la plus grosse dépense militaire du monde. Suivent à distance, comme en 2012, la Chine et la Russie avec une dépense estimée respectivement à 188 et 88 milliards de dollars en 2013. L’ordre change par contre notablement dans la partie restante du classement. L’Arabie Saoudite passe, par rapport à 2012, du septième au quatrième rang. Suivent la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne (qui avance du neuvième au septième rang), le Japon, l’Inde, la Corée du Sud, l’Italie (avec une dépense estimée à 32,7 milliards de dollars en 2013), le Brésil, l’Australie, la Turquie, les Emirats Arabes Unis. Ces 15 pays totalisent 80% de la dépense militaire mondiale.

Les données du Sipri mettent en évidence de fortes augmentations dans les budgets militaires de divers autres pays, surtout ceux où les Etats-Unis exercent leur influence. En Europe orientale, le budget militaire de l’Ukraine a grossi de 16% par rapport à 2012. En Afrique, le Ghana a augmenté en une année son budget de 129%, l’Angola de 36%, le Congo (Rép. dém.) de 34%. Au Moyen-Orient, les budgets militaires en Irak et au Bahreïn ont augmenté d’environ 27%. En Asie, celui de l’Afghanistan a grossi de 77% par rapport à 2012, celui des Philippines de 17%. En Amérique du Sud, les budgets militaires du Paraguay et du Honduras ont augmenté en une année respectivement de 33% et 22%.

La dépense militaire alimente une nouvelle course aux armements qui, conduite par les plus grandes puissances occidentales, a un effet de traction à l’échelle mondiale. Il ne s’agit pas que des F-35, sur lesquels se concentre aujourd’hui l’attention des médias, mais de plusieurs autres systèmes d’arme tout aussi coûteux mais peu connus. Il y a six mois a été lancé aux Etats-Unis le super porte-avions Gerald Ford (premier d’une série), le navire de guerre le plus coûteux jamais construit : 14 milliards de dollars. Grâce à de nouvelles catapultes, ses 75 avions (dont le coût doit être ajouté à celui du navire) pourront effectuer 25% d’attaques de plus que ceux actuellement embarqués sur les actuels porte-avions Nimitz. Et le 4 juillet prochain sera lancé en Angleterre le super porte-avions HMS Queen Elizabeth de 65 000t. ( le triple de l’actuelle classe Invincible), auquel fera suite une unité jumelle, pour une dépense de 12 milliards de dollars, plus celle des avions embarqués : les F-35, qui pourront être amenés du hangar sur le pont d’envol en 60 secondes. Ces porte-avions, annonce la Royal Navy, pourront ainsi « depuis la mer projeter la puissance aérienne à tout moment et dans tous les endroits du monde où ce sera nécessaire ».

L’empire frappe encore.

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 15 avril 2014 de il manifesto

Apostille de la traductrice :

Le lecteur curieux rapportera les chiffres de la dépense 2013 de chacun des 15 premiers pays du classement établi par le Sipri (même sans les corrections indiquées par l’auteur) à leur nombre d’habitants ; pour comparer par exemple la dépense militaire par tête entre la Chine (1, 347 milliards d’habitants environ) et l’Arabie Saoudite (presque 30 millions), ou le Bahreïn (1,231 millions officiels, après les massacres des manifestations de leur « printemps » 2011).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_population

La logique voudrait qu’on compare ensuite la dépense militaire par habitant aux dépenses annoncées pour l’éducation, la santé, bref tous les postes entrant dans ce qu’on appelle l’indice de développement humain. Y compris celui des « dictatures » comme Cuba et la Syrie, malgré les embargos qui y sévissent, par les soins du premier de la classe, depuis respectivement une cinquantaine et plus d’une dizaine d’années.

La Disneyfication du Tibet , ou comment le tourisme devient un outil de l’occupation

Par Pearl Sydenstricker est un nom de plume d’un reporter qui a demandé toute latitude pour écrire anonymement pour protéger ses sources en Chine et au Tibet.           Traduction : Pierre Guerrini

12/03/2014

Source : http://blogs.mediapart.fr

English : The Disneyfication of Tibet , How tourism has become a tool of occupation.

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Les touristes chinois Han déferlent sur le Tibet, mitraillent de photos l’intérieur des temples, restant ostensiblement bouche-bée, ébahis, stupéfaits devant des rituels sacrés, et se gaussent ouvertement de cette culture.

Dans l’est du Tibet, en haut d’une montagne, il est un lieu où les cadavres sont  – il s’agit d’un rituel tibétain très ancien – donné en pâture aux vautours. C’est un coin de verdure épaisse vertigineusement à pic au-dessus duquel flotte,  au vent qui souffle sur ces hauteurs,  une bande de drapeaux de prière blanchis par le soleil.

Sur cet étal du temps, les corps des trépassés sont à la découpe.

Traditionnelles   » sépultures de ciel  »  Tibétaines qui  ritualisent la remise et la restitution à la nature de la vie humaine, au lieu que de la nier. Au lieu de la crémation,  ou de mettre le corps dans une boîte, protectrice, les Tibétains les donnent à manger, morceaux après morceaux, à toute une armada de volatils, à toute une bande de charognards, d’oiseaux lourds et massifs aux cris rauques, dont les abrupts avoisinants gardent en mémoire l’écho qui, inlassablement, s’y répercute.

Maintenant, et désormais, le gouvernement chinois a fait de ce rite sacré, un spectacle de 5 $ pour les touristes chinois Han.

Les vautours sont toujours les premiers à arriver, bien avant les moines et les entrepreneurs de pompes funèbres. Ou plus exactement, l’officiant, préposé et habitué à  » la découpe « .  Après que le corps soit démembré, découpé savamment, les oiseaux se déplacent lourdement sur le sol, et commencent par les yeux et les morceaux plus  » faciles « , doigts, oreilles, orteils. Les entrepreneurs de pompes funèbres sont là avec des maillets et des haches pour découper le corps en morceaux adaptés et veillent à ce que rien ne soit laissé pour compte.

Cœurs et âmes sensibles s’abstenir. Tibetan Sky Burial.

Il est difficile de regarder, et, naturellement, ce n’est pas comme un enterrement, en ce que les membres de la famille et les amis n’ y assistent d’ordinaire pas. Les seuls Tibétains sur place sont le moine récitant des prières rituels, l’entrepreneur des pompes funèbres, et, bien sûr, le corps du défunt.

Mais il y a aussi deux douzaines de touristes, tous en provenance de Chine, ici, à n’en pas perdre une miette. Encouragés par le gouvernement chinois, ils sont arrivés dans des 4X4 arborant les emblèmes et drapeaux d’un club de hors-piste. L’inhumation se passe au milieu d’un brouhaha de cris, de rires d’incrédulité et les ronflements et les déclics des appareils photo et des i Phones enregistrant l’évènement,  pour une fois rentré,  le mettre en ligne.

Les billets à $5 la place pour le spectacle sont livrés avec une carte documentée sur l’endroit.

Si la question de qui les vend se pose, la réponse est le monastère, tombé bien bas, chu en enfer, vendu au gouvernement. Les habitants m’informent qu’il y avait une querelle dans la ville entre les partisans de ce monastère, responsable de vendre, et l’autre monastère dans la ville, qui tente, de façon impossible, de maintenir un minimum d’indépendance.

( Vous pouvez aisément deviner lequel  a cinq toits dorés, et quel autre sa toiture sommairement maintenue  par des blocs de cailloux. )

Quoiqu’il en soit, les deux monastères sont maintenant inondés, noyés sous des hordes de touristes. La ville monastique autour d’eux a doublé de taille en, à peine, deux ans. Des lotissements de nouveaux hôtels sont en construction, au financement facilité et stimulé par des prêts bon marché généreusement  octroyés par le  gouvernement chinois.

C’est la politique du gouvernement :  le tourisme est un   » pilier de l’économie  »  officiellement désigné au Tibet.  Le but est d’attirer quinze millions de touristes par an, d’ici 2015,  dans la   » Région Autonome du Tibet ,  » dont la population est de, seulement, trois millions. Au premier semestre 2013,  le nombre des touristes,  à Lhassa,  a fait un bond de 36 pour 100, selon les médias d’État.

Plutôt que de menacer les moines tibétains avec les troupes de l’armée, le gouvernement les étouffent sous, les noient avec, des flopées de touristes sans gêne, s^r de leur fait et de leur droit, qui plus-est autoritaires et vindicatifs, qui témoignent de leur engouement et de leurs sympathies viscérales pour les tenues para-militaires qu’ils déclinent sous tous les modes, de la tenue de camouflage à la tenue de combat, sweats et ceintures, des pieds à la tête, des bottes au chapeau , comme si chacun y allait de sa partition dans ce registre.

Dans les médias chinois, les Tibétains sont toujours dépeints comme les pauvres, bénéficiaires de l’aide chinoise. Leurs costumes sont drôles, ridicules , leurs croyances culturelles désespérément   » arriérées « , selon les dire des touristes.  Un villageois avec lequel j’échange, dans le Hebei, à  des milliers de miles de là, se plaint que ses impôts vont pour la charité faite à cette population lointaine. Le gouvernement semble avoir brossé  une caricature un peu comme les « reines de bien-être  » de Ronald Reagan – représentant les Tibétains comme des paresseux.

Pas de surprise, alors, que les Chinois Han se répandent en bruyantes conversations, sur leur téléphone cellulaire, au beau milieu des salles de prière et  marchent, déambulent, en dépit des horaires et des cérémonies qui s’y déroulent, déambulent, comme à une foire de bestiaux de province, au beau milieu d’un parterre de pèlerins, et interrompent  délibérément ces rituels  « sacrés, riches de multiples superstitions » .

Alors que je marche dans le Barkhor, le tout nouvellement reconstruit   » vieux quartier historique  » de Lhassa, l’un des sites les plus sacrés et les principales destinations touristiques de tout le Tibet,  des véhicules blindés grondent et ronflent  parmi des stands de souvenirs passés.

Je compte quarante-sept postes de police dans un demi-mile carré, tous clairement marqués sur les cartes touristiques mis à disposition dans les rues , comme à Disneyland.

Les touristes peuvent remplir leur rôle dans la parade de la puissance paramilitaire, mais il n’est  un secret pour personne que les vrais paramilitaires sont, eux, également présents. Très présents.

Partout où je vais, je vois plus de bunkers que d’écoles. Une police avec boucliers marchent en formation dans les rues. L’écho matinal au travers des  villes des exercices militaires. Même un jeune homme que  je suppose être un randonneur bénévoles se révèle être est, en fait, un agent du siège de la sécurité publique à Beijing.

« Sécurité d’abord » ou  « Sécurité d’abord » est un slogan de propagande omniprésent.

Slogan présent partout, sur les panneaux routiers,  les écrans de télévision en masse, aux hauts-parleurs  intégrés qui jouent des mélodrames populaires de l’armée de libération. Sur les uniformes scolaires. Apposé sur les nouveaux postes de police et les bâtiments gouvernementaux autour de Llasa.

Une jeune femme tibétaine  me dit que le slogan « Sécurité d’abord » est devenu « la blague locale .

 

Alors que les Chinois Han profitent pleinement de leur toute nouvelle liberté de voyager, les tibétains sont maintenus sur place,  et leur vie régie par la force. Pour des exigences de contrôle draconien et de surveillance continue, les nomades sont obligés de vivre dans des logements insalubres, où le drapeau chinois flotte sur le toit. Chaque ménage tibétain est tenu de placer, bien en vue, un portrait encadré des quatre derniers dirigeants de la Chine, leurs visages superposés dans les nuages au-dessus d’une image de tibétaines et tibétains heureuses et heureux dansant sur la place Tiananmen.

Les chinois en sont à tenter de forcer les yaks à s’installer dans un seul endroit. Dans la campagne de Gansu, à une soixantaine d’heure de route de Lassa.

Il est devenu très difficile pour les tibétains de se déplacer. Quant à penser quitter le pays … !

Leur appartenance ethnique Tibétaine est portée et inscrite sur leurs cartes d’identité, que la police inspecte et vérifie aux points de contrôle à l’extérieur de Lhassa, et à la frontière de la Région autonome du Tibet. Il est de même difficile pour la plupart des tibétains de pénétrer dans Lhassa, et en particulier pour les pèlerins qui poursuivent,  prosternés, leur route et chemin vers leur capitale religieuse.

Les tibétains deviennent une minorité dans Lhassa elle-même, parce que le gouvernement encourage des foultitudes de Hans à s’installer dans la région, offrant promotions et créant des postes dans la bureaucratie,  ouverts seulement aux Hans, et desquels la majorité des tibétains sont exclus.

Le gouvernement devrait obtenir un crédit pour injecter de l’argent au Tibet, mais les habitants me disent que celui-ci file en pots de vin dans le plus grand projet de construction en cours.

Le gouvernement a récemment  » rénové  »  le Barkhor.  Dont  » le centre a vocation a être animé avec les entreprises  » a déclaré un présentateur de TV en circuit fermé, dans un programme destiné aux étrangers.   » Aujourd’hui, il a un look complétement différent. Tous les fournisseurs et sous-traitants ont été relogés à proximité, et  les allées sont plus spacieuses pour les pèlerins et les visiteurs.  » dit-il dans une gestuelle grandiose et emphatique.  » Le projet fera de Barkhor une destination touristique haut de gamme.  »

Alors que je pratiquais des circonvolutions nocturnes avec des pèlerins âgés et quelques jeunes qui se livraient à des prosternations, nous sont parvenu, un brouhaha, d’abord diffus et vaguement confus, puis qui s’est fait plus intense d’un combat au corps à corps qui se révélèrent être le fait de violences policières et d’exactions. Parvenus à l’angle proche de l’un des temples les plus sacrés de tout le Tibet, nous les vîmes, tout en noir, distribuer coups de poings et porter cous de couteaux à d’invisibles adversaires.

Un jeune garçon en uniforme de l’école se trouvait, comme un chien à l’arrêt, en face d’eux, stupéfait, jusqu’à ce qu’un véhicule vint s’immobiliser juste derrière lui et lui intime l’ordre de déguerpir. Un randonneur chinois happé par la scène fut rappelé à l’ordre par son ami  » Tu n’es pas autorisé à voir ça !  » .

Dans un train, j’ai engagé une conversation avec une routarde chinoise Han, qui répondait au prénom anglais de Sarah, agée de vingt-six ans, originaire de la capitale côtière de la province de Jinan.

J’ai dit que Lhassa était tendue .

–   » Oh , vous voulez parler de l’armée et de la police police militaire.  »

Elle rit et me dit alors, comme pour expliquer une idée très simple à un enfant :  » Nous nous sentons très détendue ici . C’est une ville très sûre. Si nous nous sentons floués par un vendeur, nous pouvons en appeler à une hotline, et ils ont plutôt tendance à être de notre coté.  »

Sarah portait un foulard rose avec des motifs tibétains, et autour de ses deux poignets, des bracelets de prières.

 » Je suis un bouddhiste ,  » dit-elle fièrement . « C’est dans le cœur.  »

Elle a expliqué la présence militaire :   » Avez-vous entendu parler de l’indépendance du Tibet ?  Les gens voulaient diviser le pays et de s’opposer à l’unification de la mère-patrie. Nous n’avons vraiment pas aimé comme ça .  »

Au cours de son voyage d’une semaine au Tibet, Sarah est restée dans une auberge Han, et s’est exclusivement nourrie de nourriture chinoise à chacun des deux repas quotidiens de son séjour.

Des guides touristiques tibétains m’ont dit que les touristes chinois Han emploient des guides Han, s’ils ont des guides à tous. Le développement dirigé par l’État de l’industrie du tourisme semble bénéficier bien davantage aux Hans qu’aux Tibétains, et il s’administre avec de très fortes doses de propagandes.

En fait, alors que le tourisme est en pleine progression, les hôtels dont les propriétaires sont tibétains sont en passe de perdre leurs clients, qui, pour la plupart étaient des touristes étrangers. La nouvelle attraction touristique de cette année à Lhassa est une reconstitution de l’histoire de la princesse Wencheng, l’épouse chinoise d’un empereur Tibétain,  base de la propagande gouvernementale chinoise. Le spectacle est chorégraphié par le réalisateur Zhang Yimou dans un style similaire à celui de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2008 à Pékin.

La Propagande chinoise représente les Tibétains comme éternellement gais, chantant et dansant avec gratitude qui culmine chaque année le 28 Mars ,  » Journée de l’émancipation des Serfs .  »  J’ai vu une nouvelle affiche dans toutes les villes du pays, y compris à Lhassa et Pékin, montrant trois  femmes avec de longues tresses et des coiffures, agenouillées et souriantes.    » Chantez une chanson de montagne pour le Parti « ,  avec le mot « parti » mis en évidence en majuscules bien rouges et frontales.

La plupart des Tibétains sont traités comme des prisonniers politiques, interdits de passeports leur permettant de quitter le pays légalement. Il y a dix ans , les Tibétains ont fui de toute façon. Le jeune et le fort, le hardi traversaient l’Himalaya à pied, généralement en hiver, quand la neige était dense et ferme. Aujourd’hui,  peu l’osent. Ou l’oseraient. Les gardes frontières sont autorisés à tirer à vue. Et,  en raison de l’influence grandissante et menaçante de la Chine dans l’ensemble de la région, les Tibétains qui tentaient de fuir par le Népal sont parfois pris et remis à la police chinoise.

Pour illustrer la situation , un petit homme d’affaires tibétain présente la paume de sa main :  les pays voisins sont comme les doigts sous le contrôle de la paume , dit-il. Les Tibétains qui ont quitté le pays dans les années 1990 me disent qu’ils regrettent d’y être retournés. Maintenant, il est impossible de sortir, disent-ils.

Un tibétain me demande , « Si la Chine est une grande famille, comme la propagande l’affirme, quel genre de père a besoin de caméras de surveillance dans chaque chambre ?  »

A l’extérieur des enceintes militaires, des sentinelles armées de mitrailleuses se tiennent dans des boîtes de verre pare-balles.

C’est un coup de théâtre, comme quelques-uns des postes de police dans le Vieux Quartier affichant leurs armes Taser,  matraques,  bâtons et d’autres de formes diverses et variées,  droits,  dans les fenêtres .  « Les policiers sont nécessaires parce que le Dalaï-lama Lama continue à fomenter des troubles   » m’a précisé, dans un train, un voyageur Han.

Plus de 120 Tibétains se sont immolés, ces derniers dix-huit mois, pour protester contre le gouvernement chinois.  Dans le Sichuan, les jeunes moines m’ont montré des photos de deux de leurs amis, posant devant des décors de bâtiments européens et, vêtus de sweats, à côté de découpes de stars du basket-ball américain.  Puis, l’hiver dernier, ses amis ont bu de l’essence et se sont fait exploser ensemble, et envoyèrent des panaches de fumée noire visible, selon des éleveurs, à travers de toute la vallée.

–  « Pourquoi ont-ils fait ça ?   » ai-je demandé aux jeunes moines.

–   » Je ne peux pas l’exprimer en chinois ,  » me dit l’un des deux.  Mais il a écrit ensuite une note en tibétain :    » Il va sans dire, sans aucun doute que ces deux hommes, Konchog Oeser, et Lobsang Dawa, espèraient, du fond de leur cœurs, qu’à la fois Sa Sainteté le Dalaï Lama et Sa Sainteté Kirti Rinpoché, en particulier, prennent en charge la direction de l’ensemble du Grand Tibet … Pour faire en sorte que la religion tibétaine et la culture tibétaine puissent à nouveau s’épanouir, et s’établisse la liberté pure, non pas en paroles, mais dans la réalité.  »

Les touristes chinois ne nourrissent aucune sympathie  pour les Tibétains.

–  » Les Tibétains ne valorisent pas la vie humaine »,  dit une institutrice de soixante-deux ans, en visite depuis Pékin.  Je l’ai rencontrée près d’un grand centre d’accueil et d’un parking fraîchement asphalté, à l’entrée du monastère de Labrang dans le Gansu. Coiffée d’un chapeau de camouflage de style militaire, elle montre des sculptures de beurre de yak comme preuve évidente de la « diversité de la culture chinoise.

 » Comme nous nous promenons le long des murs colossaux et blanchis à la chaux du complexe labyrinthique, elle dérange des moines et les sort de leur travail et de leur prière, et ce de façon insistante pour qu’ils passent dix minutes à poser pour des photos avec elle.  Sur un cliché, elle se tient, le coude bien déployé et appuyé sur l’épaule de l’un des moines,  l’arrière de la tête.    » Ils n’apprécient pas ce que le gouvernement leur a donné » dit-elle.   » Et maintenant, nous allons même payer leurs salaires .  »

( En fait, des fonctionnaires du Parti communiste sont positionnés en permanence à l’intérieur des monastères tels que le monastère de  Labrang et contrôlent en permanence leurs finances. ).

Elle m’initie, fait montre très bruyamment, de son savoir, à voix haute, m’enseigne, à l’image de la déferlante du flux de Hans, sans que son flot de paroles ne tarisse un instant, les us et coutumes, significations et autres sens multiples du bourdonnement de la prière qui emplit la salle de réunion, jusqu’à ce qu’ un moine affligé et n’en pouvant plus, ne lui désigne la porte. Ne se résolve à la vouloir jeter dehors. Elle virevolta tout aussitôt autour de lui et fit crépiter le feu nourri de son appareil photo en mode rafales.

Xi Jinping, ou l’art de concilier Mao Zedong et Adam Smith

Par Martine Bulard

27/03/2014

Source : http://blog.mondediplo.net

English : Xi Jinping, or the art of reconciling Mao Zedong and Adam Smith

Photo : © Chine Nouvelle (Xinhua), le 05/03/2013 06:43

Le marché, le marché, le marché… Impossible de rencontrer un dirigeant national, un expert proche du pouvoir, un homme d’affaires sans que soit entonné l’hymne à ce nouveau Dieu. C’est quasiment la première chose qu’explique M. Charles C.Y. Zhang, patron du site Sohu (numéro quatre de l’Internet chinois et diffuseur entre autres de la série américaine House of Cards, dont la deuxième saison connaît un fantastique succès) quand il nous reçoit dans son bureau utltra moderne de Pékin. « Les entreprises Internet sont des exemples de l’économie de marché et ses dirigeants sont des guerriers », assure ce jeune patron qui a fait ses études aux Etats-Unis et qui a choisi de revenir dans son pays. Première partie : « Xi Jinping et le peuple  ». Par patriotisme, sans doute. Par envie de faire des affaires, assurément. Selon lui, « la Chine est comme un puzzle où cohabitent la vieille économie polluante et productiviste [nous sommes sous un ciel grisâtre de pollution, ce jour-là] et la nouvelle économie, propre, dynamique qui, petit à petit, prendra le dessus ». Et le « guerrier » de décrire un monde où les journaux se feront sans journalistes (déjà son site regroupe les informations parues ailleurs), les achats sans boutiques… mais avec le « tout marché ». « Le secteur privé va être de plus en plus libre », promet-il après avoir dit tout le bien qu’il pensait du président Xi Jinping.

C’est dans le salon du ministère du commerce installé dans un immeuble cossu du centre de Pékin que M. Ma She, délégué général des affaires européennes, entonne le couplet — en plus direct encore. Parlant un français parfait, il assure : « La France attache beaucoup d’importance à la question politique et elle a joué un rôle crucial pour la reconnaissance de la Chine. Mais maintenant c’est le marché qui décide. » D’où le « déclin de la France », trop attachée, si l’on en croit M. Ma, au progrès social : « A l’heure de la mondialisation, on ne peut pas garder les acquis sociaux. Il faut que les Français comprennent qu’il n’y a pas de dîner gratuit. » Pas de 35 heures, pas de congés payés aussi importants, pas d’assurance chômage… A coté de M. Ma, M. Jean-François Coppé (UMP) passerait pour un dangereux gauchiste.

La main invisible du marché

Au niveau des très hauts dirigeants, l’idéologie est un peu plus sophistiquée — du moins dans son expression orale. Dans son discours à l’Assemblée populaire nationale (APN), lors de la réunion annuelle qui s’est tenue du 5 au 13 mars, le premier ministre Li Keqiang, dont le discours a étonné nombre d’observateurs par son dynamisme, a expliqué la double philosophie des réformes : « Nous voulons libérer la “main invisible“ du marché et bien utiliser la “main visible“ du gouvernement, de manière à promouvoir la croissance régulière de l’économie [1 ». La référence à Adam Smith est claire et voulue. Tout comme l’annonce de la création de banques privées (cinq sont déjà autorisées) et l’entrée massive d’investisseurs étrangers dans certains secteurs comme les chemins de fer, l’électricité, les télécommunications et la finance. De quoi réjouir tous les libéraux du monde.

On ne peut toutefois comprendre la situation sans mesurer le poids des énormes machines bureaucratiques que constituent ces monopoles publics, lesquels représentent souvent des intérêts claniques puissants. Ni les consignes nationales, ni les limogeages accélérés de dirigeants n’ont suffi à les faire bouger. D’où d’énormes fuites de capitaux pour des projets aussi pharaoniques qu’inutiles ou des placements occultes à l’étranger. Selon China Daily, qui s’en inquiète, « un cinquième des millionnaires chinois envisagent d’émigrer » (30 avril 2013).

Dans le domaine bancaire, par exemple, seuls les établissements nationaux peuvent accueillir l’épargne des Chinois — un énorme pactole (40 % environ des revenus) qui est peu rémunéré. En retour, obtenir un prêt auprès de ces mêmes organismes, quand on est un particulier ou une très petite entreprise sans guanxi (sans relations), relève du parcours du combattant, sans aucune commune mesure avec ce que chacun peut vivre en France, où les banquiers se montrent pourtant particulièrement voraces. En Chine, les banques ayant pignon sur rue prêtent aux copains et financent les gros projets avec l’argent des petites gens. Pas étonnant qu’elles affichent des profits records tandis que de plus en plus d’entreprises ou de collectivités locales connaissent un endettement massif. Le pouvoir vient de sonner la fin de la partie : il n’a pas levé le petit doigt pour sauver de la faillite le groupe shanghaien de panneaux solaires Chaori Solar Energy Science & Technology. Un avertissement pour tous ceux qui, jusqu’alors, pensaient : « l’Etat paiera ». Parallèlement s’est développé un vaste « réseau gris », avec des capitaux flottants plus ou moins légaux et des taux d’intérêts quasiment usuraires — une situation tout aussi dangereuse.

C’est à cela que le pouvoir veut s’attaquer en introduisant le privé. Faute d’inventer une troisième voie entre la bureaucratie étatique et la gestion capitaliste — une voie qui, reconnaissons-le, n’a été expérimentée nulle part. « Nous ferons en sorte que les ruisseaux de la finance arrosent tous les arbres de l’économie réelle, en particulier les petites entreprises et microentreprises, sans oublier l’activité du monde rural », a promis M. Li Keqiang. Rien n’est moins sûr. Il suffit de regarder les gâchis engendrés par le privé en Occident et les dégâts humains en Chine même.

La main visible de l’Etat

Le pouvoir veut donc « libéraliser le système financier », élargir les marges de fluctuation de la monnaie et faciliter l’utilisation directe du yuan, qui est déjà devenu la deuxième devise la plus utilisée dans les transactions financières (8,7 % contre… 81 % pour le dollar et 6,6 % pour l’euro). Mais il n’abandonne pas ses prérogatives régaliennes. Il garde la haute main sur l’évolution des banques, dont les « mécanismes antirisques vont être renforcés », ainsi que sur le contrôle des changes. Il faut, a précisé le premier ministre qui visait également la masse de capitaux « clandestins » ayant afflué ces derniers mois, « mieux contrôler la circulation transfrontalière des capitaux et maîtriser les risques financiers systémiques et régionaux, de manière à ne pas dépasser les seuils critiques ». Une situation qui s’apparenterait alors à la France des années 1960-1970, avec un secteur bancaire privé puissant et un contrôle des changes affirmé.

Plus généralement, selon la feuille de route édictée lors du IIIe plénum du 18e Comité central du PCC et appelée « Décisions centrales sur quelques points importants de l’approfondissement global des réformes » (soixante décisions en tout), l’Etat serait chargé de « la régulation macroéconomique et du marché, des services publics qui doivent être plus efficaces, de la protection sociale et de la protection de l’environnement  [2] ». Il y a de quoi faire…

Du reste, le programme balaie l’ensemble des questions de société : l’économie et la finance, la démographie (avec l’assouplissement de la politique de l’enfant unique) ; les restructurations industrielles (réduction de 42 millions de tonnes de capacités de production de ciment, 27 millions de tonnes pour l’acier…) ; l’essor des dépenses de recherche et développement (dans le domaine notamment des énergies propres, des télécommunications et de l’Internet haut débit) ; l’armée (avec hausse des dépenses et changements de stratégie) ; le système judiciaire (dont la fermeture des camps de rééducation par le travail, la réduction du nombre de crimes conduisant à la peine de mort — le nombre d’exécutions reste l’un des plus élevés au monde) ; la réforme de l’Etat (avec réduction des directives, baisse du nombre, pléthorique, des fonctionnaires) ou encore celle de l’urbanisation… Impossible de tout balayer ici.

Le « hukou » réformé et les migrants moins discriminés

Chaque année des dizaines de millions de paysans quittent la campagne pour aller travailler en ville, dans les usines, sur les chantiers, dans les commerces. Des migrants de l’intérieur (mingongs) totalement indispensables au développement de l’économie chinoise : ils représentent, par exemple, deux ouvriers sur trois des grandes usines exportatrices. Et pourtant, ils n’ont pas les mêmes droits que les Chinois nés en ville, car ceux-ci dépendent du lieu de naissance, noté sur une sorte de livret de famille qui sert aussi de certificat de résidence — le fameux Hukou. Quiconque n’est pas estampillé natif de la ville où il travaille est privé du droit d’accès au centre de santé, à l’école pour les enfants et au logement. Or on compte en Chine près de 350 millions de migrants — ces discriminations ne sont donc plus marginales.

Si la première génération avait accepté des conditions inhumaines, la seconde — mieux formée et informée du monde qui l’entoure — a commencé à revendiquer. A un moment où la main-d’œuvre disponible a tendance à baisser dans un contexte de repli démographique. A une époque où le gouvernement lui-même fait de l’urbanisation sa « nouvelle frontière de développement ».

Le pouvoir a décidé non de mettre fin complètement au hukou, mais d’assouplir les règles. Il propose d’instaurer des « certificats de résidence » provisoires et d’appliquer « une politique de domiciliation différenciée selon la taille des villes, qui permettra aux travailleurs migrants possédant les capacités requises et ayant longtemps travaillé en ville, ainsi qu’aux membres de leurs familles, de devenir des citadins s’ils le souhaitent. (…) L’ensemble de la population urbaine permanente, poursuit le premier ministre, sera graduellement couverte par les services publics de base, de manière à ce qu’anciens paysans et citadins de toujours puissent édifier ensemble la civilisation urbaine moderne et en jouir côte à côte ». Le ton est neuf même s’il y a loin du « rêve », fût-il chinois, à la réalité. Qui dit service public pour tous dit augmentation de l’impôt pour les couches moyennes et plus encore les privilégiés. Ce n’est pas gagné.

Dans le même temps, au sein même des entreprises, les migrants connaissent toujours des conditions de travail très difficiles. Certes, leur pouvoir d’achat a en moyenne grimpé de 7 % l’an dernier, mais leurs droits sont systématiquement foulés au pied et les mouvements sociaux ne cessent de grandir. Le IIIe plénum s’est même senti obligé de retenir dans son programme (c’est le huitième point dans le communiqué final) le besoin « d’innovation dans le système social pour prévenir efficacement les conflits et les résoudre ». Le fait est que, globalement, le pouvoir laisse faire les cabinets d’avocats ou les organisations non gouvernementales (ONG) qui organisent les travailleurs des grandes entreprises et parfois les accompagnent lors des négociations collectives [3]. On a même vu le très officiel syndicat All China Federation of Trade Union (ACFUT) participer à la grève et défendre les salariés contre les restructurations décidées par Walmart à Changde [4]. Une première. Mais ni le IIIe plénum ni le premier ministre n’ont tracé les contours de ce système « renové »…

La nouvelle « route de la soie » et une diplomatie active

Si la France a déroulé le tapis rouge pour accueillir M. Xi Jinping, rien ne dit que Paris remontera dans le tableau des priorités diplomatiques de la Chine. Certes, le président est un grand voyageur — pas moins de onze visites à l’étranger depuis sa prise de fonction en mars 2013. Mais l’ordre de ses destinations dessine une carte du monde très singulière.

Sa première sortie officielle a été pour la Russie de M. Vladimir Poutine (M. François Hollande, lui, avait choisi l’Allemagne de Mme Angela Merkel). Puis il s’est tourné vers l’Afrique — la Tanzanie, où la Chine a des liens historiques, l’Afrique du Sud, où il a participé au sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud). Et, quand en juin 2013 il s’est rendu sur le continent américain, il a commencé par le Costa Rica, puis le Mexique, dont la Chine est devenu le deuxième partenaire commercial, avant de rejoindre Washington et de rencontrer M. Barack Obama. Histoire de montrer aux dirigeants américains que l’empire du Milieu a sa propre vision de la planète et ne court pas derrière une Amérique qui cherche à l’isoler. Pékin n’a toujours pas digéré le fameux « pivot asiatique » du président Obama.

Lire Shen Dingli, « Pékin et Washington jouent à se faire peur », Le Monde diplomatique, mai 2012. On le voit, l’Europe en général et la France en particulier arrivent en bout de course… et de préoccupation. Certes les investissements directs (IDE) sur le Vieux Continent grimpent rapidement, au point de représenter 30 % du montant total des acquisitions chinoises à l’étranger en 2012. Mais les montants accumulés restent modestes — moins de 1 % de l’ensemble des investissements étrangers en Europe. Même si en France, la prise de participations de 14 % du capital de Peugeot SA par Dongfeng apparaît tout aussi symbolique que spectaculaire (lire sur ce blog « Peugeot vu par le Chinois Dongfeng » et « Les tribulations d’un Français chez Dongfeng »). Il est vrai que la Chine a besoin des technologies et des savoir-faire occidentaux pour asseoir une croissance plus durable.

Sur le plan économique comme sur le plan politique, le pouvoir chinois met désormais l’accent sur sa volonté de rebâtir l’historique « Route de la soie terrestre et la Route de la soie maritime (…) pour le XXIe siècle », selon l’expression de M. Li Keqiang, en référence à ces routes qui allaient de la Chine à l’Europe en passant par la Russie, l’Iran et les pays arabes. Ces routes qui consacraient la grandeur de la Chine. Plus modestement, pour l’instant, Pékin y voit un moyen de développer l’ouest de son territoire, de consolider ses liens avec l’Asie centrale et la Russie, tout en en nouant d’autres au Proche-Orient où ses efforts diplomatiques sont réels. Sensiblement, le paysage diplomatique mondial se modifie.

Mais le point noir reste les relations de Pékin avec ses voisins asiatiques — singulièrement avec le Japon, où l’escalade verbale prévaut sur le dialogue. Mais il n’en est question ni dans le discours du premier ministre ni dans le communiqué final du IIIe plénum…

« Le marché plus la dictature »

Comme on peut s’en douter, les annonces de M. Li Keqiang, abondamment rapportées par la presse officielle et certaines chaînes de CCTV — à la faible audience —, n’ont guère soulevé l’enthousiasme des populations. Et chaque fois que l’on pose la question, la réponse fuse : on verra…

En revanche, note la chercheuse Agatha Kratz, rédactrice en chef de China Analysis, dans les revues et les cercles intellectuels, « la plupart sont satisfaits du plan de réforme proposé et reconnaissent le caractère étendu, profond, complet des soixante “Décisions”. Mais les mêmes sont “plus critiques” sur leur caractère extrêmement centralisé [5 ». Ainsi Wu Guogang, qui n’a rien d’un dissident pro-occidental — il est rédacteur en chef de la section opinion du Quotidien du peuple — critique « ce modèle qui se caractérise par la coexistence d’un marché néolibéral et d’une “dictature“ très favorable aux malversations ». De son coté, Zhang Qianfan, professeur d’études institutionnelles à l’université de Pékin, qui avait participé à la réflexion d’avant IIIe plénum, estime que trois recommandations avaient été suivies (réforme économique, réforme judiciaire, et respect de la Constitution) ; « mais les trois autres sont absentes : démocratisation du parti, standardisation des élections [à partir de ce qui se fait à l’échelon local], et extension de la liberté d’expression ». Et pourtant le nouveau pouvoir ne cesse de clamer qu’il faut « déléguer des pouvoirs à la société ». La peur du peuple domine toujours.

Notes

[1] Cette citation comme toutes celles de M. Keqiang sont issu de « Report on the work of the government », Xinhua, Pékin, 15 mars 2014.

[2] Communiqué à l’issue du IIIe plénum, Xinhua, 12 novembre 2013.

[3] « The Worker’s movement in China 2011-2013 » (PDF), China Labour Bulletin, Hongkong, février 2014.

[4] Tom Mitchell et Barney Jopson, « Official China union raises stakes in Walmart closure program », Financial Times, Londres, 24 mars 2013.

[5] Agatha Kratz « Appliquer les réformes : despotisme éclairé contre groupe d’intérêt » (PDF), China Analysis, n° 47, Paris, février 2014. Toutes les citations qui suivent en sont extraites.

 

La Corne d’Afrique et la malédiction du pétrole

Réalisation : Alexandre Trudeau  , Jonathan Pedneault

2012

Source : http://www.arte.tv

Capture de La Corne d'Afrique et la malédiction du pétrole_Arte_2014_01_14_23_26.mp4Depuis la découverte d’hydrocarbures dans la Corne de l’Afrique, la région, déjà mise à mal par les conflits « internes » aiguisés par les appétits extérieurs, est devenue plus stratégique encore. Les pays occidentaux n’y règnent plus en maîtres. De nouvelles puissances mondiales, notamment la Chine, entrent dans le jeu, attirées par les ressources disponibles de la région. Sur le pourtour de l’océan Indien, des mouvements politiques d’opposition se réveillent, tandis que les bouleversements politiques dans le monde arabe modifient les alliances et les forces en présence. Et la « communauté internationale » vient de reconnaître son échec relatif dans la lutte contre la piraterie qui sévit sur le golfe d’Aden et l’océan Indien. Dans un contexte d’insécurité généralisé, les réalisateurs canadiens Alexandre Trudeau et Jonathan Pedneault ont interrogé politiques et experts internationaux pour comprendre comment la course aux ressources énergétiques a forgé de nouvelles règles du jeu.

Voir le Documentaire ICI ou ICI