Lanceurs d’alerte : coupables ou héros ?

Realisation James Spione
2014

Source : http://www.arte.tv


À travers l’histoire de trois lanceurs d’alerte américains, ce documentaire illustre la férocité des États-Unis contre ceux qui osent dénoncer le pouvoir. Un éclairage stupéfiant sur les méthodes des administrations Bush et Obama.

Connaissez-vous John Kiriakou, Thomas Drake et Jesselyn Radack ? Certainement pas. Et pourtant, ces trois Américains ont pris d’énormes risques, au nom de leurs valeurs, pour révéler au monde les pratiques de leur nation dans sa « guerre contre le terrorisme ». Le premier travailla durant quinze ans pour la CIA ; il confirma l’utilisation de la torture par les agents américains. Le deuxième est un ancien de la NSA, la National Security Agency ; il révéla dès 2006 le nébuleux projet Trailblazer, un système de surveillance généralisée des télécommunications – une affaire Snowden avant l’heure. La troisième, aujourd’hui avocate du même Edward Snowden, occupa un poste important au département de la Justice ; elle dénonça en 2002 les conditions de détention de John Walker Lindh, un Américain affilié à al-Qaida, capturé lors de l’intervention en Afghanistan. Du jour au lendemain, Kiriakou, Drake et Radack virent leur existence bouleversée. Ils étaient devenus des ennemis de l’Amérique…

Les sept d’Obama

James Spione a suivi les trois lanceurs d’alerte pendant plusieurs mois tout en revenant sur la façon dont l’administration américaine s’est employée à détruire leur vie : licenciement, difficulté à retrouver du travail, ruine liée aux frais d’avocat, harcèlement par des agents du FBI, menaces envers la famille… John Kiriakou a connu pire. Il est derrière les barreaux depuis janvier 2013 après une condamnation à trente mois de prison. « Autrefois, les lanceurs d’alerte devaient choisir entre leur conscience et leur carrière, explique Jesselyn Radack. Aujourd’hui, ils risquent leur liberté… Et leur vie. »

Le parallèle avec l’État orwellien – dépeint dans le roman dystopique 1984 – s’avère inexorable. Il y a soixante-cinq ans, l’écrivain britannique prophétisait : « Aux moments de crise, ce n’est pas contre un ennemi extérieur qu’on lutte, mais toujours contre son propre corps. » Aux États-Unis, la crise a pour origine les attentats du 11 septembre 2001. Depuis, parler est devenu un crime ; le secret, une norme. Place désormais à un régime sécuritaire symbolisé par l’utilisation de plus en plus fréquente de l’Espionage Act, une loi floue et liberticide datant de 1917. Dans toute l’histoire des États-Unis, seulement dix personnes furent inculpées pour avoir divulgué des informations confidentielles, en vertu de cet Espionage Act. Sept l’ont été sous la présidence d’Obama.

 

James Spione, Réalisateur, Monteur, Producteur

Le candidat aux Oscars James Spione est un réalisateur de films indépendants base à New York. Son œuvre la plus récente, Incident in New Baghdad, un film de guerre puissant nominé  aux Oscars, a été projeté en avant-première au festival du film de Tribeca. Il y a remporté le prix du meilleur court-métrage documentaire. En février 2012, Incident in New Baghdad a été nominé aux Oscars dans la catégorie court-métrage documentaire.

Parmi les documentaires précédents de Spione figure le long-métrage American Farm, qui relate la disparition de l’exploitation qui appartenait à sa famille depuis cinq générations, dans le centre de l’état de New York. Ont peut également citer Our Island Home, un portrait poignant des derniers habitants encore en vie d’une zone désertée située au large des côtes de Virginie. Celui-ci fait partie d’une série de trois court-métrages, dont Spirit of the Bird, sorti l’année dernière, et Watermen, qui sortira bientôt, qui explorent l’histoire et la culture très particulières d’une des dernières régions côtières rurales des Etats-Unis.

Spione a également écrit et réalisé un certain nombre de films de fiction. Son œuvre la plus connue est peut-être Garden, un drame étrange et plein de suspense avec Melissa Leo, récompensée aux Oscars (Fighter) et Matt Malloy (Six pieds sous terre) dans le rôle d’un vétéran. Le film avait rencontré un franc succès au festival de Sundance. Spione a également réalisé The Playroom, avec Pamela Stewart (The Reception) dans le rôle principal. Le film a été projeté pour la première fois au Walter Reade Theatre, à New York, dans le cadre d’une série de « nuits des films indépendants », et a été diffusé dans l’émission Reel Street, sur une chaîne câblée américaine.

 

Thomas Drake, Intervenant

En 2006, après avoir lancé des alertes pendant des années, tant en interne qu’auprès du Congrès, Thomas Drake, qui à l’époque était un haut responsable à la NSA (Agence national de sécurité), a révélé des informations classifiées à un journaliste du Baltimore Sun. Celles-ci concernaient l’existence d’une alternative légale, efficace et bien moins coûteuse aux programmes d’écoutes à grande échelle, extrêmement chers et probablement illégaux. Ce programme alternatif, dénommé « ThinThread », avait été écarté à la hâte par la NSA. Par la suite, le FBI fit une descente au domicile de Drake et le gouvernement Obama engagea des poursuites contre lui en s’appuyant sur l’Espionage Act. Cependant, les poursuites ont fini par être abandonnées et les accusations initiales ont été levées.

CONNEX :
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Qui torture dans le monde ?

Source : http://ddc.arte.tv

12/2014

https://dailymotion.com/video/x2akr56

La convention des Nations unies contre la torture

La convention des Nations unies contre la torture

Une convention contre la torture a été adoptée en 1984. Trente ans plus tard, en 2014, elle compte 156 États-parties sur les 193 pays membres de l’Onu, auxquels s’ajoutent deux États observateurs. Les États-parties s’engagent par leur signature à interdire la torture sur leur territoire, à inscrire le crime de torture dans leur droit pénal et ne pas renvoyer une personne vers un État dans lequel elle pourrait être torturée.
Comment définir la torture ?

Comment définir la torture ?

La torture est définie comme suit : « Tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne, aux fins d’obtenir d’elle (…) des renseignements ou des aveux, de la punir (…), de faire pression sur elle (…). Et ce par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. »

 

Première source : l’Acat

Première source : l’Acat

Pour tenter de dresser une carte mondiale de la torture, nous avons recoupé deux sources différentes. Tout d’abord, voici la carte des 83 États et territoires (en rouge sur la carte) étudiés entre 2010 et 2014 par l’Acat-France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture). On repère des dictatures et des régimes autoritaires comme la Syrie ou l’Ouzbékistan, mais aussi des démocraties comme les États-Unis, la France ou le Japon, qui pratiquent des mauvais traitements sur des migrants, des détenus ou des minorités.
Deuxième source : Amnesty International

Deuxième source : Amnesty International

Pour Amnesty International, il y aurait dans le monde 141 États et territoires (en jaune sur la carte) sur 197 qui pratiqueraient la torture et les mauvais traitements. Cela correspond au nombre d’États et de territoires à propos desquels Amnesty a reçu des informations faisant état de torture ou de mauvais traitements commis par des agents de l’État, entre janvier 2009 et mai 2013.
Torture et mauvais traitements

Torture et mauvais traitements

Il convient de différencier le type d’actes pratiqués : en rouge, voici les 86 États et territoires qui pratiquent la torture en tant que telle, notamment l’Afrique du Sud, l’Inde, la Chine et les États-Unis (hachurés sur cette carte), et les États et territoires qui pratiquent des mauvais traitements mais pas des actes de torture (en jaune sur la carte).
La fréquence du phénomène tortionnaire

La fréquence du phénomène tortionnaire

Pour Amnesty, dans 8 % de ces 141 États et territoires, la torture est une « pratique généralisée et systématique » ; dans 16 %, la torture est une « pratique généralisée mais non systématique » ; en troisième catégorie, la « pratique fréquente », que l’on constate dans plus de la moitié des pays et territoires ; enfin, dernière catégorie, dans les 19 % restants (en jaune uni sur la carte), Amnesty répertorie des « actes isolés ».
Qu’en est-il des mauvais traitements sur le territoire européen ?

Qu’en est-il des mauvais traitements sur le territoire européen ?

Dans l’Union européenne, Amnesty répertorie dix-huit pays pratiquant les mauvais traitements (en orange sur la carte). Il y a là sans doute une corrélation à faire avec les mouvements migratoires. Voici les routes migratoires vers le territoire de l’Union européenne : en Grèce et à Chypre, les mauvais traitements visent essentiellement des migrants. C’est le cas aussi en Italie, où les mauvais traitements visent également les Roms, et à Malte, où un migrant malien est mort en détention en juin 2012.
Les bons élèves dans l’Union européenne

Les bons élèves dans l’Union européenne

Enfin, il y a les pays où Amnesty International ne recense aucun mauvais traitement, en gris sur notre carte. Ce sont des pays où tout acte de torture est considéré comme un crime dans le code pénal, puni d’une peine importante. Ce qui traduit une volonté politique constante en amont et un contrôle strict en aval.
Les États-Unis et la torture après le 11-Septembre

Les États-Unis et la torture après le 11-Septembre

En août 2014, Barack Obama reconnaissait que les États-Unis avaient pratiqué la torture après les attentats du 11-Septembre. Les États-Unis ont délocalisé les pratiques en envoyant leurs agents à l’étranger pour interroger et torturer des suspects. Vous voyez sur la carte les cinquante-quatre pays (en couleur et hachurés) dont les gouvernements auraient collaboré avec la CIA selon l’Open Society Justice Initiative. Parmi eux, on trouve l’Iran, malgré ses mauvaises relations avec les États-Unis, et dix-huit États membres de l’Union européenne.
Les pays européens ayant collaboré avec la CIA après 2001

Les pays européens ayant collaboré avec la CIA après 2001

Tous les pays hachurés sur la carte ont ouvert leurs aéroports et leurs espaces aériens pour permettre le transfert de personnes d’un pays à un autre. L’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la Suède et le Royaume-Uni (en orange sur la carte) ont soit aidé à l’arrestation ou au transfert de détenus, soit mené des interrogatoires pour la CIA. La Lituanie, la Roumanie, la Pologne (également en orange sur la carte) ont accueilli des prisons secrètes de la CIA : ce sont les “black sites”. Dans ces lieux de détention clandestins, contrôlés par les services secrets américains, la détention et les interrogatoires se faisaient en dehors de toute procédure judiciaire et administrative régulière.

Lectures

La Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradantsNombreuses contributions
Nations unies1984La convention a été adoptée par l’assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1984 et est entrée en vigueur le 26 juin 1987. Nombre de pays l’ont ratifiée en excluant ou modifiant la portée de certaines dispositions (en droit international, cela s’appelle des “réserves”), ce qui a pour effet que les États concernés ne sont pas tenus aux mêmes obligations légales vis-à-vis de cette convention.
On peut lire ou télécharger le texte sur le site du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.
Cette convention a fait l’objet d’un complément intitulé “Protocole facultatif”, voté par l’assemblée générale de l’Onu en 2002. Ce protocole établit un système international d’inspections des lieux de détentions, inspiré de celui mis en place en Europe dès 1987.
Les pages du site de l’Onu dédiées à la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture (les 26 juin) offrent un accès clair à l’ensemble des documents (textes et vidéos) et des campagnes.
Rapport 2013Nombreuses contributions
Amnesty International01/05/2013Ce rapport est sous-titré « Un monde de plus en plus dangereux pour les réfugiés et les migrants ». Le rapport annuel d’Amnesty International, téléchargeable sur leur site, offre sur 400 pages un large panorama des violations des droits humains perpétrées en 2012 dans 159 pays et territoires.
Plus spécifiquement, le site rappelle les principaux textes de droit international concernant l’interdiction de la torture, et présente la campagne Stop torture ! qui offre d’autres documents d’analyses comme “La torture en 2014 – Trente ans d’engagements non tenus”, “Attitudes face à la torture – Stop torture : sondage mondial”, ou encore plus récemment, l’étude menée sur le Nigéria intitulée ”Bienvenue en enfer”.
Si vous avez raté le Festival cinéma et droits humains qui eut lieu début novembre à Paris, le réseau Human Rights Film Network permet de suivre les festivals dédiés à la protection des droits humains dans le monde.
Un monde tortionnaireNombreuses contributions
Action des chrétiens pour l’abolition de la torture2014Le dernier rapport annuel de l’Acat, Un monde tortionnaire est téléchargeable sur le site dédié.
L’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) a été créée en 1974 dans le but de documenter les lieux et les cas de torture dans le monde et de mener une action juridique auprès des victimes en se constituant partie civile.
Torture made in USA (documentaire)Marie-Monique Robin
Arte Éditions01/07/2011Présentation de l’éditeur
Les représentants de l’administration Bush peuvent-ils être poursuivis pour « crimes de guerre » ? Ce documentaire d’investigation décortique la machine qui a conduit la « plus grande démocratie du monde » à utiliser massivement et systématiquement la torture en Afghanistan, en Irak et à Guantanamo.
En bonus, un livret de vingt-quatre pages élaboré en partenariat avec Amnesty International. Le DVD est en vente sur le site ARTE Boutique.À propos de la réalisatrice
Le blog Mediapart propose des entretiens avec la réalisatrice Marie-Monique Robin, des comptes-rendus de débats et forums. La réalisatrice donne d’autres développements son blog hébergé sur le site d’Arte.
The United Nations Convention Against Torture – A CommentaryManfred Nowak et Elizabeth McArthur
Oxford Commentaries on International LawLe livre, onéreux (170 £) et réservé aux spécialistes, peut être commandé sur le site de l’éditeur. Cependant, on peut lire de nombreux extraits de ces commentaires sur la version béta du site L’Atlas de la torture.
Du bon usage de la torture – Ou comment les démocraties justifient l’injustifiableMichel Terestchenko
La découverte01/12/2010Présentation de l’éditeur
Le philosophe Michel Terestchenko aborde le thème de la torture sous toutes ses dimensions. Historique d’abord, car les techniques d’”interrogatoire coercitif” sont le fruit de recherches scientifiques entreprises par l’US Army dès les années 1950. Juridique ensuite, avec les justifications élaborées par certains juristes et légalisées par le Congrès américain, notamment grâce au “Military Commissions Act of 2006” (connu sous le nom de “Torture Bill”), très commenté, qui a permis la création d’un véritable archipel de la torture à l’échelle mondiale. Philosophique et morale, enfin et surtout, avec une réfutation serrée de l’ »idéologie libérale de la torture ».
Une revue de presse est proposée sur le site de l’éditeur La Découverte. On peut lire l’article intitulé « De l’utilité de la torture ? » publié par la revue du Mauss sur le site Cairn.info.

La Guerre des Drones

Réalisation: Tonje Hessen Schei

Source : http://www.arte.tv

Le recours de plus en plus massif aux drones de combat a transformé la manière de faire la guerre – jusqu’à en redéfinir le concept même. Qu’en est-il de la légalité de ces usages, mais surtout des conséquences humaines, tant pour les victimes que pour les pilotes ?

La mort à distance : depuis 2004, ce sont des milliers de personnes, surtout des civils innocents, qui ont été tuées par des frappes de drones américains au Yemen et dans le nord-ouest du Pakistan. Pourtant, ces pays ne sont pas officiellement en guerre avec les États-Unis. Bavures, crimes de guerre ? Effectués dans la plus grande opacité, ces homicides soulèvent d’importantes questions de droit international. Deux avocats auprès d’une association de défense des droits de l’Homme, Shahzad Akbar et Clive Stafford Smith, se sont engagés dans un combat de David contre Goliath, en réclamant justice pour les victimes de ces attaques et leurs familles. Dans cette bataille qui les oppose au département américain de la défense et à la CIA, ils exigent que les responsables de ces frappes soient traduits en justice. Pour l’armée, l’usage de drones a un immense avantage : mener une guerre sans engager la vie de militaires sur le terrain. C’est par joysticks et moniteurs interposés que les pilotes repèrent et suivent leur cible avant d’appuyer sur la gâchette. Sont-ils pour autant complètement à l’abri ? Bien qu’ils se trouvent à des milliers de kilomètres du théâtre des affrontements, tous ne sortent pas indemnes de ces opérations. Chose extrêmement rare : le film donne la parole à deux anciens pilotes ayant de nombreuses années de service et auteurs de nombreux homicides. Ils souffrent aujourd’hui d’un grave stress posttraumatique. Que signifie, pour l’avenir de la guerre, l’usage accru de ces engins toujours plus sophistiqués ?

Documentaire de Tonje Hessen Schei (Norvège/Allemagne 2014), 58 min.

Connex :

Les drones – une nouvelle technologie controversée

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