L’UE va assouplir ses restrictions sur l’importation des produits alimentaires de Fukushima.

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr/lue-va-assouplir-ses-restrictions-sur-limportation-des-produits-alimentaires-de-fukushima/

12 Janv 2016

Traduction d’un article du Japan Times du 9 janvier 2016

Kyodo
Le ministre japonais de l’agriculture a annoncé que l’Union Européenne va commencer samedi à assouplir les restrictions imposées aux importations de produits alimentaires japonais à cause du désastre nucléaire de Fukushima; y compris les légumes et la viande produits dans cette préfecture.

Tsuyoshi Takagi, ministre du cabinet en charge de la reconstruction concernant le tremblement de terre, le tsunami et la crise nucléaire de Mars 2011, a salué la décision de l’Union Européenne. Jusqu’à présent, tous les produits alimentaires en provenance de Fukushima, à l’exception des boissons alcoolisées devaient être expédiées accompagnées d’un certificat de test de radioactivité.

Selon le ministre de l’agriculture, cette exigence sera supprimée pour les légumes et les fruits, car leur niveau de radiations en 2013 et 2014 n’a jamais dépassé le niveau autorisé; à l’exception des kakis, des produits de l’élevage, du thé et des soba [Les soba sont un mets japonais fait de farine de sarrasin. Avec les udon et les rāmen, ce sont les pâtes les plus consommées au Japon.].

D’autres aliments originaires de la préfecture, comme le riz, les champignons, le soja et certains produits de la pêche -sauf les pétoncles, les algues et les poissons vivants- resteront soumis à l’obligation des tests de radioactivité.

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Les scientifiques japonais étudient la faune et la flore des forêts contaminées.

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr/les-scientifiques-japonais-etudient-la-faune-et-la-flore-des-forets-contaminees/

10 Janv 2016

Mais ils se refusent à conclure avant encore 5 ou 6 ans.

Traduction (par vivre-après-fukushima) d’un article de l’Asahi Shimbun daté du 22 Décembre 2015.

Plus de 90% des sapins proches du site de la catastrophe nucléaire de 2011 présentent des anomalies; et des spéciments de pucerons collectés dans une ville distante de plus de 30 km de la centrale détruite ont des pattes tordues ou absentes.

Mais il reste difficile de savoir si les mutations des plantes et animaux sont effectivement en relation avec la catastrophe de la centrale nucléaire Fukushima N°1.

Tout ce que les scientifiques japonais acceptent de dire c’est qu’ils essaient de comprendre les effets du césium radioactif libéré avec d’énormes quantités de matières radioactives par la triple fusion à la centrale de Fukushima, déclenchée par le tremblement de terre et le tsunami du grand Est japonais.

Ils cherchent à savoir comment le césium radioactif s’est diffusé dans les forêts et le sol des zones proches de la centrale accidentée, accompagné de signes de mutations chez les plantes et les animaux.
Comprendre comment le césium et d’autres particules radioactives se sont propagés après la catastrophe est une clef pour comprendre les conséquences du pire accident nucléaire survenu au Japon.

Ces recherches concernent fortement ce à quoi les autorités et les habitants peuvent s’attendre en cas de nouvel accident.
Elles fournissent également des informations précieuses aux évacués lorsqu’ils pèsent le choix de refaire leur vie près de la centrale détruite.

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Fukushima, bilan d’une situation sanitaire inquiétante

Tant est grand l’irrationnel en cet affaire, et par-delà les contradictions qui dépassent l’entendement, simultanément à l’annonce des résultats du groupe de recherche INWORKS (Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers) selon lesquels le risque de mortalité par leucémie ou myélome multiple des travailleurs de centrales nucléaires après exposition à des faibles doses est désormais avéré[1], le gouvernement japonais, avec l’aval de l’AIEA[2], a relevé les doses acceptables pour les travailleurs du nucléaire de 100msv/an à 250 msv/an en cas d’urgence[3].

Pour rappel, cette même norme qui était à 20 msv/an avant l’explosion de la centrale de Tepco – Fukushima Dai ichi a été réhaussée à 100 msv/an après l’accident (pour les travailleurs du nucléaire) et à 20 msv/an pour la population civile.
Suite au réhaussement de la norme, lors du seul mois d’août 2015, on compte trois décès parmi les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi, ce qui porte à 64, selon les chiffres officiels[4], le nombre de travailleurs décédés des conséquences de leur travail.

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17 DEC 2015 , SOURCE

Fukushima est un problème mondial de sécurité

Par Matsuhei Murata, ancien ambassadeur du Japon en Suisse

Le 1 Novembre 2015

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr

Préface

L’absence de signification donnée à la crise de Fukushima forme un contraste frappant avec la gravité de cette crise.
Indéniablement, Fukushima est maintenant un problème mondial de sécurité.

La contamination de l’océan pacifique et de l’atmosphère par les rayonnements ionisants issus des réacteurs nucléaires détruits de Fukushima reste imparable; elle menace la côte Ouest des États Unis. Le Japon devrait faire le maximum d’efforts pour faire face à la crise de Fukushima en se retirant des jeux olympiques de Tokyo qui disséminent la fausse impression que Fukushima est sous contrôle.

La détérioration de la situation à Fukushima

Le Japon est confronté aux conséquences d’un accident encore jamais vécu par l’humanité: la destruction et la fusion simultanée de 3 réacteurs nucléaires commerciaux.
Quatre ans et demi après la catastrophe du 11.3, il est démontré qu’un acccident nucléaire grave ne peut pas être contrôlé par un seul état. Le gouvernement japonais est déterminé à redémarrer ses réacteurs et à exporter la technologie nucléaire sans avoir élucidé pleinement les causes de l’accident.

La majorité des japonais critique sévèrement cette conduite, la jugeant immorale et irresponsable. La question est posée de savoir si le Japon a l’aptitude à la gestion et les capacités nécessaires pour faire face à cette crise qui couve.

Les coeurs fondus des réacteurs des unités 1,2 et 3 restent inaccessibles à cause des niveaux de radiations mortels qu’ils émettent; elles détruisent même les robots qui sont envoyés pour les localiser et les inspecter. Leurs cuves de confinement nécessitent un constant flux d’azote de façon à maintenir de faibles concentrations en Oxygène pour prévenir des explosions d’Hydrogène.

Le territoire japonais pourrait devenir inhabitable sur une grande étendue si les barres fondues de combustible nucléaire se trouvaient exposées à l’atmosphère à travers de fissures dues à un énorme tremblement de terre ou à cause de la liquéfaction des sols du site qui provoqueraient l’effondrement et des brèches dans les piscines de combustible usé.

Le problème des travailleurs sur le site est très grave. Le nombre moyen de travailleurs chaque jour est maintenant de plus de 7.000. Mathématiquement cela nécessite plus de 2,5 millions de travailleurs chaque année. Le démantèlement des réacteurs sur le site prendra polusieurs dizaines d’années. Cela fait frémir.

Le premier redémarrage a eu lieu sans que la sécurité soit pleinement assurée et sans que des systèmes fiables d’évacuation des résidents soient établis.

L’ensemble du Japon est menacé par une dégradation de la situation des barres de combustible fondues; celles-ci continuent de diffuser largement de grandes quantités de dangereux radionucléides dans la mer et dans l’atmosphère. L’émission continue de vapeur évoque la possibilité du retour d’une situation de criticité sur le site.La nécessité d’une expertise internationale concernant la suspicion d’un retour de criticité sur le site est indéniable; cela devrait mener à une coopération internationale, indispensable pour pour faire face efficacement à l’accident.

La contamination continue de la mer sans aucune perspective de solution déshonore le Japon, ce qui fait qu’il est critiqué car il nuit à l’environnement mondial. En dépit de tout cela, on tente honteusement de cacher Fukushima.

Les jeux olympiques de Tokyo ont été décidés avec la fausse assurance que Fukushima avait été mis sous contrôle.

Le monde est menacé par la dissémination de la contamination

Récemment, un fort typhon a touché l’Est du Japon, provoquant des innondations telles qu’on n’en avait pas vues depuis 50 ans.Vous pouvez imaginer l’extraordinaire quantité de Césium, de strontium et autres isotopes à nettoyer, disséminés à des centaines de miles du site de la catastrophe et maintenant déplacés par les innondations dans des villages nouvellement contaminés.

Des quantités croissantes d’eau contaminée ont été stockées dans près de 1.000 réservoirs fabriqués à la hâte qui souvent fuient. Leur volume total dépasse largement les 600.000 tonnes et se rapproche de ses limites; il est possible qu’elles soient finalement toutes rejetées à la mer.

Les conséquences de la contamination radioactive de l’Océan Pacifique, du Japon à la côte ouest des États Unis, nécessitent une attention accrue. Certains experts estiment maintenant que la vague de radiations venant de Fukushima sera dix fois plus grande que l’addition des radiations de tous les essais nucléaires réalisés dans l’histoire. Certains rapports indiquent que des niveaux dangereux de radiations ont été relevés dans les neiges du Texas, du Colorado et du Missouri; ils annoncent que les États Unis vont devoir affronter les conséquences les plus graves de ce désastre historique et apparemment imparable.

Les jeux Olympiques de Tokyo font minimiser la crise de Fukushima.

Il est indéniable que les jeux olympiques de Tokyo constituent un sérieux obstacle pour faire face aux conséquences de désastre du 11 mars, en faisant augmenter les prix des matériaux de construction et en aggravant la forte pénurie de main d’oeuvre dans la région.

Le magazine « Monthly Japan» a publié mon article en septembre 2015. Il est intitulé «Un retrait honorable des jeux olympiques de Tokyo»; il a été publié à une place centrale. Les réactions sont notables et s’accroissent.

Dans mon récent message au premier ministre Shinzo Abe, je lui ai proposé d’annuler les jeux olympiques de Tokyo et d’annoncer em même temps la candidature du Japon pour les jeux de 2028 ou 2032. L’estimation du coût total, 3 milliards de Yens selon le gouverneur de Tokyo, a choqué le public. Près de 90 fois moins ( 34,5 milliards de Yens ) a été dépensé par le gouvernement pour faire face au problème de l’eau contaminée de Fukushima Dai ichi. Les jeux olympiques de Tokyo détournent l’attention de Fukushima et donnent au monde la fausse impression que Fukushima ne représente plus une menace. La promotion des jeux olympiques de Tokyo se fait au détriment des fonds nécessaires pour répondre à la multitude de catastrophes environnementales créées par les réacteurs détruits de Fukushima.

Les engagements initiaux des jeux olympiques de Tokyo ont maintenant tous été brisés. Le plan original de stade national a été annulé. L’emblème des jeux olympiques, suspecté de plagiat a été abandonné. Un éditorial du journal Asahi daté du 25 septembre 2015 a exprimé son étonnement devant l’irresponsabilité et l’incurie du comité d’organisation. Le CIO pourrait disqualifier Tokyo. Le Japon est maintenant obligé de choisir entre un retrait honorable et une disqualification honteuse.

L’avenir des jeux olympiques est en jeu. C’est en croyant en l’esprit des jeux olympiques, au mouvement olympique, que je plaide pour une retraite honorable; de façon que le Japon puisse consacrer le maximum d’efforts pour contrôler la crise de Fukushima.

Matsuhei Murata

L’article en anglais sur le site global Ethics. (traduction «vivre après Fukushima»)

Un résumé de l’article sur Enenews en anglais


Mitsuhei Murata est né à Tokyo en 1938. Diplomate de carrière, il est entré au ministère des Affaires étrangères en 1960 après avoir été diplômé en droit de l’Université de Tokyo. Il a servi en tant que Directeur Général Adjoint du Bureau des Nations Unies au Ministère des affaires étrangères; Vice-Secrétaire Général, Commission du Commerce Équitable; ancien ambassadeur du Japon au Sénégal ainsi qu’en Suisse avant de prendre le poste de Professeur Honoraire à l’Université de la Science et de la Technologie de Tianjin (Chine) et professeur de civilisations comparées à l’Université Tokai Gakuin de Nagoya au Japon. Il est actuellement directeur exécutif de la Japan Society for Global System and Ethics, et conseiller auprès de la Peace Research Foundation, USA.

Le 8 Décembre 2015

Terres nucléaires : Une histoire du plutonium

Réalisation : Kenichi Watanabe

 

  • Origine : ARTE F
  • Pays : France
  • Année : 2015

Source : http://www.arte.tv

À travers trois lieux dominés par des sites nucléaires, Hanford aux États-Unis, La Hague en France et Rokkasho au Japon, une histoire édifiante du plutonium et de ses usages, à la croisée d’intérêts économiques et militaires.


ALTERNATIVE PLAYER

De la vulnérabilité à la résilience, réflexions sur la protection en cas de désastre extrême – Le cas de la gestion des conséquences de l’explosion d’une centrale nucléaire à Fukushima

Par Cécile Asanuma-Brice

lundi 23 novembre 2015

Source : http://www.raison-publique.fr

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L’explosion de la centrale nucléaire de Tepco Dai ichi à Fukushima en mars 2011 a été l’occasion de mettre en avant de l’actualité scientifique quelques concepts longtemps négligés, dont celui de résilience. Si l’utilisation psychanalytique de cette notion, qu’il s’agisse de la résilience neuronale, affective, psychologique ou sociale, s’attache à la faculté d’un individu à surmonter un trop grand isolement momentané ou un traumatisme quelqu’en soit la nature, recouvrant par là-même une intention positive de reconstruction du moi en dépit des aléas qu’il aurait subit, elle est l’objet d’un abus épistémologique dans l’utilisation qu’en ont fait les autres domaines de la recherche. En 2013, suite à la publication du Livre blanc du ministère de l’enseignement et de la recherche japonais « Toward a robust and resilient society », les budgets de recherche se sont de nouveau orientés vers l’étude et la mise en œuvre politique de ce concept dans les domaines les plus variés.

Anglicisme provenant du terme resiliency, cette notion, dans le domaine des sciences est d’abord utilisée en physique des matériaux pour décrire l’élasticité d’un corps qui aurait la capacité de retrouver sa forme initiale après avoir accusé un choc. Emmy Wermer [1] [2] a introduit cette notion en psychologie, via l’identification de facteurs qui auraient aidé certains enfants à surmonter leurs traumatismes. Boris Cyrulnick a répandu ce concept en France. Les cindyniques, sciences qui traitent des catastrophes, utilisent aujourd’hui cette notion afin de déterminer des modèles qui permettraient à nos villes de résister aux périls. Reconnaissant sa vulnérabilité face aux aléas, la ville serait dans la nécessité d’adopter un caractère résilient afin de pouvoir di-gérer les multiples risques naturels ou humains [3], considérant la ville comme une entité autonome alors qu’elle n’est qu’objet produit de l’humain.

Dans le cas présent, soit la gestion des conséquences humaines et environnementales de l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, tous les outils sont mobilisés et c’est un doux mélange des approches développées concernant la résilience psychologique, écologique, urbaine [4] et tant d’autres encore, qui sont bravées afin de suggérer l’abandon de la fuite à ceux qui obéiraient encore à leur instinct primaire d’angoisse face aux dangers.

La notion originelle est ainsi appauvrie de son sens premier, pour ne devenir qu’un symbole auquel l’on attribue des qualités qui ne lui appartiennent pas. Autrement dit, et cela relève de la mise en place de la pensée fasciste qui tend à se répandre comme une flambée de poudre aujourd’hui dans de nombreux pays, les chercheurs se soumettent trop fréquemment à un slogan, à une doxa, s’empêchant eux-mêmes de raisonner pour se livrer à ce que Boris Cyrulnick appelle « la pensée paresseuse » [5].

COMMENT ASSIGNER A DEMEURE VIA LA RESILIENCE ? EN COMMUNIQUANT SUR LE RISQUE

La communication sur le risque remplit un rôle important dans l’instauration, à des fins politiques, de la résilience. Car c’est bien le potentiel politique de la catastrophe qui est en jeu dans un contexte où, malgré une opposition citoyenne massive, le marché du nucléaire, qu’il soit civil ou militaire, est imposé aux populations. Comme le note Ulrich BECK dans La société du risque [6] :

Les risques générés au stade le plus avancé du développement des forces productives (….radioactivité) (…) provoquent systématiquement des dommages, souvent irréversibles, restent la plupart du temps invisibles, requièrent des interprétations causales, se situent donc seulement et exclusivement dans le domaine de la connaissance (scientifique ou plutôt anti-scientifique) qu’on a d’eux, peuvent être transformés, réduits ou augmentés, dramatisés ou banalisés par la connaissance, et se prêtent donc tout particulièrement aux processus de définition sociale. [7]

Selon Beck, la société du risque est celle de la catastrophe, soit une société où l’état d’exception menace de devenir un état normal. Ce processus est particulièrement flagrant dans la gestion de la catastrophe de Fukushima.

L’explosion de la centrale de Tepco à Fukushima a engendré une contamination irrégulière au sein et au-delà du département de Fukushima. Le taux de radioactivité dans l’air, comme au sol, excède par endroit 10 à 20 fois le taux de contamination internationalement admis comme acceptable pour la population civile, soit 1 mSv/an. Face à une telle situation, dès avril 2011, les autorités ont relevé les normes de protection à 20 mSv/an dans la région la plus polluée, afin de limiter la surface de la zone d’évacuation. Il est aujourd’hui question de la relever à 100 mSv/an. Cette remise en cause de la norme de sécurité a été observée dans divers domaines. Le taux d’acceptabilité maximal de la radioactivité a également varié dans le secteur de l’alimentation, passant tour à tour d’une limite de 100Bq/kg à 500Bq/Kg, pour redescendre à 300 Bq/Kg.

Les discours justifiant la variabilité des normes de sécurité et leur acceptabilité dépendent de la position de ceux qui les expriment, de ceux qui s’expriment « en tant que ». Ainsi, la présentation des discours met à jour une manipulation de tout ordre. Kyô Kageura, dans son ouvrage intitulé Les conditions de la confiance, les paroles de l’accident nucléaire [8], nous donne à ce titre un exemple intéressant. Après l’explosion de la centrale de Fukushima, un chercheur d’un centre de recherche atomique s’exprime ainsi : « il semblerait qu’un grand nombre de concitoyens soit inquiet de la situation et croit que l’accident serait du niveau de celui de Tchernobyl (… ) ». Or, de fait, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique a déclaré l’accident niveau 7, donc du même niveau que celui de Tchernobyl. Ce chercheur continue ainsi :

« Nous qui sommes payés pour faire des recherches par les impôts des citoyens », soulignant ainsi la responsabilité qui lui incombe, « devons mettre nos savoirs à leur service afin de les rassurer ». Kyô Kageura s’interroge alors sur le rôle de la science dans de telles circonstances. Quand bien même ceux-ci sont payés par les impôts des concitoyens, leur rôle est-il de rassurer à tort ces mêmes concitoyens ?

Ainsi, le scientifique, le politique et le citoyen se trouvent dans une nécessité de communication à flux tendus, s’appuyant sur de nombreuses expertises qui nourrissent la controverse au sein de laquelle on distingue grossièrement les « partisans de la sécurité » (anzenha) et les autres.

Contrairement à leur appellation, les partisans dits « de la sécurité » ne sont pas les partisans du risque zéro, mais ceux qui prônent l’institution de normes de sécurité en fonction desquelles la protection de la population est organisée. Aujourd’hui, le débat porte essentiellement sur les risques liés à l’exposition à de faibles doses de radiation, car aucun résultat épidémiologique ne permet la fixation d’un seuil fiable en deçà duquel le risque sanitaire serait réduit à néant. La difficulté en la matière réside notamment dans la multiplicité des facteurs à prendre en compte pour le calcul de la contamination interne et externe du corps humain, permettant de déterminer le risque encouru. Néanmoins, normes et seuils sont fixés et permettent la mise en œuvre d’une politique qui tend à assigner la population à demeure, voire à l’inciter au retour à la vie dans des zones pourtant contaminées aux vues des normes internationales. Ainsi, l’individu se voit contraint d’assumer financièrement (l’Etat ne lui délivre pas de subvention pour élaborer sa protection) et physiquement (l’individu est amené à prendre la responsabilité du refuge ou de la gestion du quotidien dans un environnement sali) la responsabilité de sa protection sanitaire même s’il n’a aucune prise, aucun rôle dans le processus décisionnel qui a engendré la situation de risque dont il devient captif.

Afin de remédier à cela, au moins en apparence, et de continuer à faire passer le message auprès des premiers concernés tout en regagnant la confiance des citoyens en leur laissant croire que leurs recommandations sont prises en compte, une véritable stratégie de communication est adoptée, soutenue par un budget spécifique pour l’année 2014 de plus de deux millions d’euros [9].

Cette politique d’empowerment vise à « éduquer » aux risques sanitaires pour mieux rassurer, notamment via l’organisation d’ateliers sur la radioactivité et le cancer destinés aux élèves des classes primaires du département de Fukushima [10], par la distribution de manuels apprenant à gérer la vie dans un environnement contaminé [11] [12], ou encore par l’organisation d’évènements culturels destinés aux enfants sur l’ensemble du territoire, ventant l’efficacité de la décontamination (qui n’a toujours pas été prouvée) par la vente des produits « frais » en provenance de la zone contaminée.

LA RESILIENCE, UNE ARME CONTRE LA SOCIETE DU RISQUE ?

Avant toute chose, nous souhaiterions revenir sur l’importance qu’accorde U. Beck à différencier la société du risque de celle de la menace. Ainsi, il distingue la prise de conscience de l’existence des risques dans l’ordre culturel et politique, de leur diffusion réelle. Il met en garde contre la disparition des évidences du tangible dans la société du risque. Par exemple, cela correspond dans le cas du désastre nucléaire japonais, à l’accroissement du nombre d’enfants atteints d’un cancer de la thyroïde qui devient un phénomène rendu invisible par la mise en doute des données épidémiologiques. Il s’agit de rendre invisible le véritable danger par le déplacement de l’attention sur un autre danger. Dans le cas de la gestion d’un accident nucléaire, ce processus est mis en place par un discours spécifique, qui consiste à dire aux habitants des zones contaminées qu’ils prennent un plus grand risque à se protéger au quotidien (en mettant des masques, en réduisant leur activité et celles de leurs enfants à l’extérieur, etc.), les contraintes engendrées par cette gestion journalière étant génératrices de stress à l’origine de dépressions nerveuses… [13].

Ulrich Beck, quant à lui, évoque principalement la menace sociale, brandie afin de permettre la continuité d’actions productrices de risques réels. À titre d’illustration, la menace de la perte d’emploi est sans cesse mise en avant afin de permettre la continuation de productions industrielles extrêmement polluantes. Il dénonce, par là-même, la contradiction que représente la production d’emplois stables pour la lutte contre les risques écologiques. Autre exemple, la menace de la radiophobie, terme créé après Tchernobyl en 1986, soit une psychopathologie relevant « d’une peur irraisonnée du nucléaire qui (non seulement) conduirait à une opposition antinucléaire pathologique » [14], mais également à des dépressions chroniques qui seraient le risque sanitaire le plus imminent, si l’on en croit le discours des administrateurs tant nationaux (commission d’enquête sanitaire) qu’internationaux (AIEA, OMS, CIPR) du désastre nucléaire de 2011. Il est à noter que les acteurs impliqués dans la gestion de la crise nucléaire de Tchernobyl sont les mêmes que ceux du désastre nucléaire japonais.

Cela explique certainement la redondance des discours.

Selon les propos que nous avons recueilli en novembre 2013 auprès de Jacques Lochard, directeur du CEPN (Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire), membre permanent du CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique), et instigateur du programme ETHOS, certains membres japonais de la commission d’enquête sanitaire pour la gestion du pos-Fukushima, se sont rendus à Tchernobyl dans le cadre du programme ETHOS (qui débute en 1994). C’est le cas du Dr YAMASHITA Shunichi, sinistrement célèbre pour avoir été l’un des premiers à prôner le relèvement de la norme de sécurité à 100 msv/an, ou encore le Professeur NIWA Otsura, par ailleurs membre permanent du CIPR. Le programme Ethos, fondé sur le calcul du coût-bénéfice en matière de radioprotection (cela signifie, et ça n’est pas sans poser problème, que l’on attribue une valeur économique à la vie humaine), vise à apprendre aux habitants à gérer leur quotidien dans un environnement contaminé, évaluant la migration comme trop coûteuse. Afin de mettre en œuvre la résilience, ce programme, qui place l’économie au-dessus de l’homme comme l’on poserait la charrue avant les bœufs, a également pour but de relancer l’économie des régions touchées en incitant à la consommation des produits, notamment alimentaires, en provenance des zones contaminées. Ces sollicitations se matérialisent de façon pragmatique par des méthodes particulièrement astreignantes pour les habitants. Des accords sont passés avec des chaînes de supermarché [15] présentes sur l’ensemble du territoire qui orientent leurs marchandises vers la vente d’articles provenant presqu’exclusivement des territoires touchés [16]. Instauré pour la gestion de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, Ethos est également présent à Fukushima.

Le problème d’une telle société est donc qu’elle nie ce dont elle produit l’existence, en l’occurrence le risque nucléaire ou tout autre pollution industrielle.

Pourtant, les démarches résilientes, comme celles appliquées par le programme ETHOS, se disent participer de l’empowerment de la population, estimant le bien-être comme une notion commensurable dont ces experts détiendraient le secret. D’où provient cette notion d’empowerment ? Par qui est-elle produite et à qui est-elle destinée ?

EMPOWERMENT ET RESILIENCE

L’approche par la notion de capabilité (soit, un « ensemble de possibilités (le plus souvent interdépendantes) de choisir et d’agir [17] ») a été introduite par Amartya Sen [18] en vue de pallier les insuffisances qu’il décèle dans les approches utilitaristes et rawlsienne de l’égalité. Apparue au début du vingtième siècle aux États-Unis, en vogue dans les années 60, ce terme qui désigne la faculté de se « renforcer ou la capacité d’acquérir du pouvoir » (qui peut être le pouvoir associé à la liberté de choix), était principalement utilisé dans les milieux des services sociaux [19]. Mais là aussi, l’emploi du concept est multiple. Cette notion a été utilisée dans un premier temps dans les travaux concernant les Noirs américains [20], puis par les mouvements féministes et autres communautés vulnérables. Des méthodes sont mises en œuvres pour permettre aux individus composant ces communautés de pouvoir acquérir le savoir nécessaire leur permettant une participation active à la transformation de l’environnement qui les tient en situation de soumission. Afin d’échapper à ce rapport dominant-dominé, Paulo Freire met en évidence la nécessité du processus de « conscientisation » (autre néologisme grinçant), soit l’entendement par le dominé de son environnement afin de pouvoir être acteur de son changement. L’éducation de l’individu pour l’éveil de sa conscience citoyenne sera assurée par des éducateurs [21].

Estelle Ferrarese [22] nous rappelle que :

Certaines théories néo-républicaines (…) témoignent d’une résurgence du thème de la vulnérabilité, corporelle et morale, comme problème politique et moral en soi. Tous évoquent la vulnérabilité non pas pour ce qu’elle prévient, empêche, ou gêne d’accès à d’autres biens ou fins, mais en tant qu’elle est constitutive. En ce sens, elles répondent à l’urgence politique de contrer la figure du sujet autoengendré et autosuffisant, jusque dans ses nouvelles incarnations. Idée protéiforme d’empowerment, théories de l’identité pariant sur une fière assertion du sujet, paradigme, désormais prégnant dans les sciences sociales, de la négociation des parcours de vie et des préférences : la décomposition de la subjectivité politique marxiste et les paradoxes des structures postmodernes ont laissé le champ libre à l’évidence d’un sujet qui ne peut certes se choisir librement, mais qui est capable de se constituer en manager de lui-même (…) .

Les travaux d’Amartya Sen concernant l’intégration des capacités individuelles dans l’élaboration de nouveaux indicateurs de richesse, nommées « capabilités » sont venus compléter cet empowerment, le concept évoluant vers « la manière dont les relations sociales au sens large (institutionnelles ou non) conditionnent la capacité des individus ou des groupes à transformer des choix en action » [23].

L’échelle de la personne sera dépassée pour généraliser la méthode de l’empowerment à tous les rapports dominants/dominés. Ainsi, les ONG reprendront ces notions à leur compte afin de privilégier une approche bottom up dans l’accès à l’information. Cela se transcrit en un rapport géopolitique dans lequel les pays du sud seront amenés à regagner une autonomie décisionnelle dans le processus d’élaboration des politiques d’aide au développement. Le discours qui s’instaure est donc une dichotomie entre l’empowerment des pauvres et des communautés vulnérables –et- la domination de l’État et du marché.

En outre, les concepts comme ceux de l’empowerment et de la résilience agissent également sur les dominants, les contraignant, dans le cas de l’empowerment, à reconnaître la dimension politique du pouvoir notamment par la Banque Mondiale dans le cas des relations nord/sud – pays riches/pays pauvres [24] », pour reprendre les termes de Sandra Laugier, et c’est cette dimension qu’il faut accepter, en rupture avec les impératifs ou idéaux moraux classiques : l’autonomie, la liberté, la puissance…

Le problème que pose la commensurabilité de telles notions, que ce soit le bien être ou la vulnérabilité, qui s’impose si l’on souhaite en avoir une appréhension économique, est qu’elle devient par là-même manipulable au même titre que la dichotomie que nous avons évoquée entre société du risque et société de la menace.

Ainsi, comme le souligne A.-E. Calvès « l’empowerment fait partie de ces termes vagues, résolument optimistes et ‘‘justes’’ qui, à l’image de l’objectif d’éradication de la pauvreté, ne peuvent que susciter le consensus. (…) [25]. » Repris par la politique de la ville en France [26], ou lors de la campagne du président Obama en 2008, cette notion ne sera finalement qu’un outil de communication supplémentaire, qui n’aura pas pour effet de générer le lien inclusif escompté. Bien au contraire, de l’empowerment libérateur à l’empowerment libéral il n’y a qu’un pas qui sera rapidement franchi, valorisant l’intérêt individuel au point d’engendrer une déresponsabilisation des services publics, de l’État, à l’égard de la population concernée, l’origine du terme responsabilité, comme nous le rappelle Joan Tronto, renvoyant à l’idée de réponse, « c’est-à-dire à une attitude manifestement relationnelle [27] ». Autrement dit : « de faire des conséquences de l’action, aussi imprévisibles et éloignées des intentions de l’acteur soient-elles, l’ “unique critère” [28] » d’une responsabilité qui sort ainsi du régime juridique de l’imputation pour entrer dans celui de l’ascription. C’est bien l’idée d’autonomie, ou plutôt une certaine idée d’autonomie, qui sert dans ce déplacement conceptuel de repoussoir à celle de responsabilité. Privé des propriétés de la souveraineté et de l’indépendance, l’acteur responsable est en effet ici tout autant patient qu’agent, et les conséquences de ses actes ne s’appréhendent pas tant sous la catégorie de la causalité que sous celle de la relation [29]. Comme nous le rappelle Sandra Laugier : « la vulnérabilité et l’interdépendance sont opposées à l’abstraction d’êtres humains isolés, indépendants, dont la confrontation raisonnée (de Hobbes à Rawls) serait à l’origine du lien social [30]. » L’acceptation libérale du concept aura néanmoins raison du lien nécessaire à l’existence de la responsabilité, et le décalage entre la théorie et l’application est tel que l’on aboutit à des situations totalement ubuesques. Un habitant interrogé sur l’efficacité de la méthode dans son quartier en France s’exclame : « On n’en peut plus de cette pseudoconcertation organisée toujours selon le même schéma – trois réunions, un PowerPoint et toujours les dix mêmes habitants à qui on demande un avis sur un projet déjà ficelé [31] ».

Car dans la pratique, l’objectif visé semble moins de permettre la participation et la prise en compte des besoins des habitants afin de créer un environnement leur permettant une liberté de choix possible, que de leur faire accepter les nouvelles réformes. Des structures pilotes sont mises en place afin de faire passer la doctrine. Pour la politique de la ville, les Quartiers en Contrat Urbains de Cohésion Sociale (2500 quartiers CUCS en France) ont rempli cette fonction. Dans la sphère du nucléaire, cela s’est traduit par l’instauration des CLI (Commission Locale d’Information) en France. Dans le cas de la gestion du désastre nucléaire de Fukushima, c’est encore une fois le programme Ethos, via l’organisation des « Dialogues », soit des ateliers organisés par ses responsables qui remplit ce rôle. Tout comme le décrit l’habitant de la cité de Grenoble pré-cité, les « dialogues » du programme Ethos consistent en un atelier durant lesquels les décideurs de la gestion de la catastrophe nucléaire exposent devant une dizaine d’habitants pré-sélectionnés qui sont amenés à s’exprimer. Plus qu’un dialogue démocratique, il s’agit de jouer la Démocratie via une mise en scène prérèglée. Ainsi, si tel n’est pas, originellement, l’objectif de l’empowerment que d’être réduit à l’illusion des méthodes participatives, cela s’avère être un fait dont les conséquences sont parfois dramatiquement pragmatiques. Le problème posé par de telles logiques est qu’elles donnent le sentiment aux habitants d’une certaine maîtrise du processus décisionnel par la prise en considération de ses requêtes alors qu’il n’en est rien.

Pour conclure notre démonstration par un exemple concret et afin de mettre en évidence la manière dont l’application de ces notions troublent notre perception de la menace pour parfois aboutir à la mise en danger des populations qu’elles étaient censées protéger, nous reprendrons le témoignage du journaliste Ugaya Hiromichi, qui dans le journal Business Media Makoto du 22 janvier 2015 relate :

(juste après les évènements – l’explosion de la centrale de Fukushima) je me souviens que lorsque l’on approchait le dosimètre à la frontière de la zone d’évacuation, on mesurait 0.2 à 0. 3 microsievert/h, néanmoins, si l’on franchissait la délimitation et que l’on pénétrait dans la zone, on faisait l’objet d’une arrestation par les forces de l’ordre. Maintenant, on est en moyenne à 3.8 microsievert/h, le chiffre le plus élevé est de 17,3 microsievert/h, et l’on peut y circuler librement. Les règlementations de l’État ainsi que ses contradictions sont tellement stupides sur ce point qu’elles ne peuvent prêter qu’à rire [32].

Afin d’éviter le stress de la protection évoqué par les experts de la gestion du désastre nucléaire japonais, ces zones sont aujourd’hui réouvertes à la résidence. Voilà ce à quoi aboutissent les politiques qui visent à l’application de la résilience dans le cas d’une catastrophe nucléaire. En d’autres termes, l’utilisation politique des concepts développés en sciences humaines et sociales, réduits à de simples objets de communication, et l’application pragmatique qui en découle peut totalement les vider de leur sens, voir même en inverser leur signification première, pour aboutir à la mise en péril de la population qu’ils étaient censés protéger, augmentant par là-même leur vulnérabilité.

par Cécile Asanuma-Brice

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Pour citer cet article :

Notes

[1] Marco Stathopoulos, « Qu’est ce que la résilience urbaine ? », dans Urbanisme n°381, nov.-déc. 2011.

[2] Emmy E. Werner et Ruth S. Smith, Vulnerable but Invincible : A Longitudinal Study of Resilient Children and Youth, Broché, 1989.

[3] G. Djament-Tran, M. Reghezza-Zitt, Résiliences urbaines Les villes face aux catastrophes, ed. Le Manuscrit, 2012.

[4] Nous avons préalablement évoqué les biais de la résilience urbaine dans : Cécile Asanuma-Brice, Beyond reality : The management of migratory flows in a nuclear catastrophe by a pro-nuclear State, Japan Focus, nov. 2014.

[5] Boris Cyrulnick, Les âmes blessées, Paris, Odile Jacob, 2014.

[6] Ulrich BECK, La société du risque, Paris, Flammarion, 2003.

[7] Ibid., p. 41.

[8] 影浦峡, 信頼の条件 : 原発事故をめぐることば, 岩波書店, 2013.

[9] 平成26年度 原子力関係経費既算要求額、第34回原子力委員会資料第6号。

[10] The 52nd Annual Meeting of Japan Society of clinical Ontology : Kids cancer seminar – Because you live in Fukushima there is a necessity of education on cancer !

[11] NHK, 10 juin 2014, un manuel apprenant à « vivre avec la radioactivité »“放射能と暮らす”ガイド est désormais distribué dans les collectivités.

[12] Cette partie de notre recherche a été développée dans le cadre du PEPS Mission interdisciplinarité du CNRS Expertise, controverse et communication entre Science et société, au sein duquel nous avons dirigé une étude sur Les controverses scientifiques face à la responsabilité civique.

[13] Voir Cécile Asanuma-Brice, Beyond reality, Japan Focus, nov. 2014 « Le Pr Hirofumi MASHIKO, neuropsychiatre au département de médecine de l’université de Fukushima, explique ainsi que le port du masque, les restrictions diverses liées à l’utilisation des cours d’écoles, des piscines, à la consommation de la nourriture, etc. seraient autant de mesures stressantes à l’origine de désordres psychiques. »

[14] Annie Thébaud – Monny, La science asservie, Paris, La Découverte, 2014.

[15] Dans le cas du Japon, M. Yasuhide CHIKAZAWA, vice président de la chaîne de supermarché Aeon et ancien directeur de DAIEI, soit les deux plus importantes chaînes de supermarchés japonaises, a participé au 3e « dialogue » Ethos qui s’est déroulé les 7 et 8 juillet 2013 dans la ville de Date.

[16] http://www.icrp.org/docs/dialogue-3E.pdf

[17] Martha Nussbaum, Capabilités. Comment créer les conditions d’un monde plus juste ?, Paris, Climats, 2012.

[18] Sen Amartya K., “Equality of what ? », in Choice, welfare, and Measurement, Oxford, Basil Blackwell, 1979.

[19] B. SIMON, The Empowerment Tradition in American Social Work, a history, New York, Columbia University Press, 1994.

[20] Barbara SALOMON, Black Empowerment : social work in oppressed community, Columbia University Press, 1976.

[21] P. Freire, Pédagogie des opprimés – conscientisation et révolution, Paris, François Maspero, 1974.

[22] Estelle Ferrarese, Vivre à la merci, Le care et les trois figures de la vulnérabilité dans les théories politiques contemporaines, Multitudes, 2009.

[23] A.-E. CALVES, « Empowerment » : généalogie d’un concept clé du discours contemporain sur le développement, Revue Tiers Monde, Armand Colin, 2009.

[24] K. F. WONG, « Empowerment as a Panacea for Poverty. Pld wine in new Bottles ? Reflections on the Wolrd’s Bank’s Conception of Power, Progress in Development Studies, n°3, 2003.], et dans celui de la résilience, d’admettre la vulnérabilité des êtres et de leur environnement, anéantissant de fait le discours du risque zéro. La vulnérabilité est une notion qui a connu un développement important ces dernières années, dans le champ de la réflexion en sciences humaines et sociales. « Elle a d’abord été employée dans une perspective normative : il y aurait une catégorie de « vulnérables » – des humains à qui nous devrions une attention spécifique et que nous négligeons habituellement : handicapés, grand âge…. Mais elle a désormais acquis un sens descriptif, celui d’une condition humaine à « reconnaître » : nous sommes tous vulnérables[[ S. LAUGIER, Tous vulnérables ? Le care, les animaux et l’environnement, Petite bibliothèque Payot, 2012.

[25] Ibid.

[26] Carole Biezener et Marie-Hélène Bacqué, L’Empowerment, une pratique émancipatrice, La Découverte, 2013.

[27] Joan TRONTO, « Particularisme et responsabilité relationnelle en morale : une autre approche de l’éthique globale » (p. 103), dans Contre l’indifférence des privilégiés, à quoi sert le care ?, Carol Gilligan, Arlie Hochschild et Joan Tronto, Payot, 2013.

[28] Ibid., p. 23

[29] Gérôme TRUC, Assumer l’humanité. Hannah Arendt : la responsabilité face à la pluralité, Editions de l’université de Bruxelles, 2010.

[30] Ibid

[31] David Bodinier, de l’Alliance citoyenne à Grenoble, cité dans Sylvia Zappi, « L’empowerment, nouvel horizon de la politique de la ville », Le Monde, 07/02/2013.

[32] 烏賀陽弘道,Business Media 誠] , ”かつて封鎖ラインで線量計をかざすと、毎時0.2~0.3マイクロシーベルトだったのを覚えている。それでも中に入ると逮捕された。今は平均毎時3.8 マイクロシーベルト、最大値は毎時17.3マイクロシーベルトを自由に通れる。このへんの政府の規制の無意味さは、あまりにバカバカしい矛盾の積み重ね で、もう笑う気すら起きない。” 22.01.2015

Fukushima : Risques d’explosion dans les conteneurs contenant les boues radioactives stockées

By HIROMI KUMAI , Traduction Par

23/05/2015

Source : http://ajw.asahi.com

Fukushima Governor Masao Uchibori, right, is briefed on the ALPS system that removes radioactive substances from contaminated water at the Fukushima No. 1 nuclear power plant in November. (Pool)

Fukushima Governor Masao Uchibori, right, is briefed on the ALPS system that removes radioactive substances from contaminated water at the Fukushima No. 1 nuclear power plant in November. (Pool)

Les 1300 citernes en polyéthylène de 1,80m de haut sur 1,50m de diamètre où sont stockées les boues contaminées résiduelles après filtrage de l’eau (par le système ALPS) posent un risque d’EXPLOSION d’hydrogène. En effet, des gaz, dont de l’hydrogène, se forment au fond de ces citernes sous l’action des radionucléides ; le volume augmente et des fuites se produisent, au niveau des couvercles ou par des fissures. Les couvercles devaient être prévus pour laisser échapper les gaz, mais TEPCO vient de se rendre compte que ça n’était pas le cas pour toutes les citernes.


TEPCO a initialement trouvé des fuites sur 26 citernes puis sur 278, enfin sur 333, soit environ 1/4 ou un peu plus de l’ensemble des conteneurs. L’électricité statique pourrait suffire à provoquer une explosion. Ces boues résiduelles sont extrêmement radioactives.
 

 

Risk of hydrogen explosion from leaking containers at Fukushima plant

By HIROMI KUMAI/ Staff Writer

Inspections of containers holding contaminated water at the Fukushima No. 1 nuclear power plant found that at least 10 percent have leaks, which could trigger a hydrogen explosion.

Tokyo Electric Power Co., the plant’s operator, reported its findings at a meeting with a study group from the Nuclear Regulation Authority on May 22. It said no radioactive water was found to have escaped outside the concrete structures that encase the containers.

According to TEPCO, there were about 1,300 such containers at the plant as of May 20.

They store waste water from the ALPS (advanced liquid processing system) equipment that removes radioactive substances from contaminated water.

The containers, which are made of polyethylene, are 1.8 meters high and have diameters of 1.5 meters.

The first leak was discovered in a lid on April 2.

TEPCO began inspecting others to see if they had similar problems. Of the 278 it had examined by May 20, it found 26 had some sort of leak or were bleeding from their lids.

The operator said the leaks and bleeding were likely caused by hydrogen and other types of gases that resulted from the water’s exposure to high levels of radiation.

Such gases appear to have accumulated in sediment at the bottom of the containers, expanding the volume of the liquid.

An NRA official said the accumulating hydrogen poses a potential danger.

“If the concentration level is high, a spark caused by static electricity could cause a container to explode,” the official said.

Although all the lids of the containers were supposed to be fitted with pressure-release valves to allow gasses to escape, TEPCO’s survey found that one did not have the mechanism.

Further review of the delivery records for the containers showed there may be as many as 333 that are also defective, a TEPCO official said.

By HIROMI KUMAI/ Staff Writer

« À Fukushima, la population est dans une situation inextricable »

Par Louise Lis

11/03/2015

Source : https://lejournal.cnrs.fr

Logements provisoires pour personnes déplacées à Minamisoma, Japon.

Quatre ans après l’explosion d’une centrale nucléaire à Fukushima, le sort des populations concernées est loin d’être réglé. La chercheuse Cécile Asanuma-Brice décrypte la politique qui vise à inciter ces personnes à réintégrer les zones encore contaminées.

Résidente au Japon depuis près de quinze ans, Cécile Asanuma-Brice travaille au bureau du CNRS à Tokyo et est chercheuse associée au centre de recherche de la Maison franco-japonaise de Tokyo et au Laboratoire international associé « Protection humaine et réponse au désastre » (HPDR) créé par le CNRS et d’autres institutions françaises et japonaises, à la suite de la catastrophe de Fukushima. Le 11 mars 2011, un tremblement de terre suivi d’un tsunami avait provoqué l’explosion, le lendemain, d’une centrale nucléaire dans cette région.

Combien de personnes restent déplacées ? Dans quelles conditions vivent-elles ?
Cécile Asanuma-Brice :
Le gouvernement japonais fait état de 118 812 personnes déplacées1, dont 73 077 à l’intérieur du département de Fukushima et 45 735 à l’extérieur, ce qui représente une baisse puisque les mêmes statistiques officielles affichaient 160 000 personnes déplacées en 2011, quelques mois après la catastrophe. En réalité, le nombre de personnes déplacées est bien plus élevé que cela. Car le système d’enregistrement mis en place par l’Administration est extrêmement contraignant et une partie non négligeable des habitants n’a pas voulu s’y plier. J’ai personnellement interviewé plusieurs familles regroupées au sein d’associations qui ont refusé cet enregistrement, car cela aboutissait à leur faire perdre des droits, notamment quant à la gratuité de leur suivi médical.

Dans un premier temps, le gouvernement japonais a ouvert à la gratuité le parc des logements publics vacants sur l’ensemble du territoire aux personnes qui souhaitaient s’installer ailleurs. Cette mesure était positive, même si elle ne s’est pas accompagnée de politiques d’aide à l’emploi qui auraient permis une intégration durable des nouveaux migrants dans les territoires d’accueil. En outre, cette directive a pris fin en décembre 2012. Simultanément, des logements provisoires ont été construits mais en partie sur des zones contaminées selon la carte de répartition de la contamination produite par le ministère de la Recherche du gouvernement japonais.

Dans la loi, la vie dans ces logements est limitée à deux ans en raison de l’inconfort des lieux. Mais le provisoire est en train de durer. Les réfugiés qui vivent sur ces terrains vacants aux marges des villes ont à leur charge la consommation d’électricité, de gaz et d’eau, et sont également contraints d’acheter les aliments qu’ils produisaient autrefois, la plupart d’entre eux étant fermiers. Le revenu de compensation de 100 000 yens (environ 750 euros, NDLR) par mois qui leur est versé par Tepco, l’entreprise de gestion de la centrale, est insuffisant pour couvrir ces frais. Enfin, des logiques de discrimination commencent à apparaître, pointant les réfugiés comme des « assistés », ce qui est extrêmement mal considéré dans un pays qui place très haut la valeur du travail.

A Futaba, photo d'un couple

Les populations expriment-elles le souhait de rentrer chez elles ? Quel est l’état d’esprit dominant ?
C. A.-B. : Beaucoup de familles sont installées loin de leur village d’origine tandis que les pères continuent de travailler dans le département où elles vivaient. Une majorité d’entre elles sont propriétaires de leur maison ou appartement ; elles ont emprunté pour cela et il leur est par conséquent très difficile de tout abandonner sans l’application d’un droit au refuge, soit l’assurance d’une compensation financière et d’une aide à la recherche d’emploi dans la région d’accueil. Cela serait envisageable si l’on considère les sommes faramineuses consacrées à la décontamination inefficace des territoires. Ces habitants sont mis dans une situation inextricable et cela se traduit par un taux de divorce élevé, de même que celui des suicides et des dépressions nerveuses…

Néanmoins, le gouvernement entretient soigneusement l’idée d’un retour possible et tend à rouvrir progressivement les zones qui étaient interdites à l’habitation. Ainsi, la zone de réglementation spéciale qui recouvrait les neuf collectivités locales autour de la centrale a été totalement supprimée, ce qui recouvre une population de 76 420 personnes. Un peu moins de deux tiers d’entre elles – 51 360 personnes exactement – se trouvent dans la zone de « préparation à l’annulation de la directive d’évacuation » – dont le taux de contamination est en deça de 20 millisieverts (mSv) –, ce qui signifie qu’elles peuvent se déplacer librement dans cette zone durant la journée afin d’entretenir leur habitat ou d’y travailler. L’annulation de la directive a été effective en partie en 2014. Dans la zone de restriction de résidence, qui concerne 25 % des habitants (19 230 personnes), il est permis d’entrer et de sortir librement pendant la journée mais pas de travailler.

Vous dénoncez l’abus du concept de résilience, utilisé pour, dites-vous, « assigner la population à demeure ».
C. A.-B. : Pour convaincre les gens de revenir, les pouvoirs publics s’appuient sur le concept de résilience qui fait, en l’espèce, l’objet d’un abus épistémologique : des approches concernant la résilience psychologique, écologique et urbaine sont mélangées afin de suggérer l’abandon de la fuite à ceux qui obéiraient encore à leur instinct primaire d’angoisse face aux dangers ! La communication sur le risque joue un rôle important pour faire passer ce concept de résilience. Il faut faire admettre que nous vivons désormais dans « la société du risque » pour reprendre le titre d’un ouvrage d’Ulrich Beck qui a théorisé cette idée. La société du risque, selon lui, c’est une société où l’état d’exception menace d’y devenir un état normal. Dans le cas présent, les normes de protection sont bouleversées pour limiter la surface de la zone d’évacuation et permettre l’illusion d’un retour à la normal.

Ainsi, le taux de radioactivité dans l’air comme au sol excède par endroits dix à vingt fois le taux de contamination internationalement admis comme acceptable pour la population civile, soit 1 mSv/an. Dès avril 2011, les autorités ont relevé cette norme à 20 mSv/an dans la région la plus polluée, et il est actuellement question de la relever à 100 mSv/an ! Même chose dans l’alimentation, où le taux d’acceptabilité maximal de la radioactivité a varié. Cette stratégie de communication a disposé en 2014 d’un budget de plus 2 millions d’euros qui ont permis, si j’ose dire, « d’éduquer » aux risques sanitaires pour mieux rassurer, par le biais, par exemple, de l’organisation d’ateliers sur la radioactivité et le cancer destinés aux écoliers de classes primaires de la région de Fukushima, de la distribution de manuels scolaires apprenant à gérer la vie dans un environnement contaminé, ou encore de campagnes télévisuelles pour des produits frais en provenance de la zone contaminée vantant l’efficacité de la décontamination, qui n’a toujours pas été prouvée.

Fruits et légumes en provenance de la région de Fukushima et mis en vente

Cette stratégie repose sur un programme déjà appliqué à Tchernobyl.
C. A.-B. : Les acteurs impliqués dans la gestion du désastre japonais sont en partie les mêmes que ceux qui ont « géré » la crise nucléaire de Tchernobyl. C’est le cas notamment de Jacques Lochard, directeur du CEPN (Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire), ainsi que du docteur Yamashita Shunichi, membre de la commission d’enquête sanitaire, l’un des premiers à avoir prôné le relèvement de la norme de sécurité à 100 mSv/an, ou encore du professeur Niwa de l’université médicale de Fukushima. Ce psychiatre argumente en faveur d’un retour des habitants en réponse aux taux de dépression et de suicide croissants liés à la douleur de l’éloignement de leur pays natal. De fait, les réfugiés sont privés de liberté de décision sur leur propre sort puisqu’on ne leur donne ni les moyens de pouvoir partir ni ceux de se réintégrer totalement. Autrement dit, on les contraint à devoir gérer leur quotidien dans un environnement contaminé. C’est justement l’objet du programme Ethos Fukushima, qui fait suite au programme Ethos Tchernobyl, l’un comme l’autre dirigés par Jacques Lochard et dans lesquels les docteurs Yamashita et Niwa jouent un rôle fondamental. Ce programme est basé sur le calcul du coût/bénéfice en matière de radioprotection et vise à apprendre aux habitants à gérer leur quotidien dans un environnement contaminé, la migration étant jugée trop coûteuse.

Ville de Tomioka, à quelques km de la centrale nucléaire.

Ce programme a également pour but de relancer l’économie dans les régions touchées par la catastrophe, en incitant à la consommation de produits alimentaires issus des zones contaminées. Des accords sont ainsi passés avec des chaînes de supermarchés présentes sur l’ensemble du territoire et qui orientent leur distribution vers la vente d’articles quasi exclusivement en provenance des territoires touchés.

Comment réagissent les populations concernées ?
C. A.-B. : Ce lavage de cerveau fonctionne en partie, même si la résistance est de taille compte tenu de l’enjeu sanitaire. Il est vrai que cette politique de communication va très loin dans la manipulation des esprits. C’est ainsi que sont organisés des ateliers qui consistent à faire redécouvrir aux enfants qui sont partis la culture du terroir de leur origine. Du personnel administratif de la préfecture de Fukushima, entre autres des psychologues, prend donc contact avec des familles sur leur lieu de refuge, leur expliquant qu’ils souhaitent organiser des rencontres entre les enfants du même âge des anciennes classes dissolues de la région afin qu’ils ne perdent pas contact. Là, ils les font cuisiner ensemble en leur expliquant, notamment, la provenance de chaque ingrédient (par exemple le terroir des grands-parents). Ainsi, on crée la nostalgie chez l’enfant que l’on culpabilise d’avoir abandonné ses amis et son pays natal. Tout cela est créé de toutes pièces mais fonctionne malheureusement. L’enfant, alors qu’il commençait enfin à recréer de nouveaux repères dans sa ville d’accueil, rentre dans sa famille en demandant la date à laquelle ils retourneront chez eux, à Fukushima… Certaines familles ne sont pas dupes et luttent pour l’organisation de réseaux d’accueil des réfugiés qui visent à les aider à mieux s’insérer et organisent des séances durant lesquelles on explique les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber.

Notes

  • 1. Résultats de l’enquête de la préfecture de Fukushima au 30 janvier 2015.

 

CHÈRES TERRES RARES

Source : http://ddc.arte.tv

03/2015

Vidéo

Les terres rares, qu’est-ce que c’est ?

Les terres rares, qu’est-ce que c’est ?

Vous voyez ici le tableau périodique des éléments. En rouge, ce sont ce qu’on appelle les « terres rares ». En réalité, ces minéraux ne sont pas rares mais sont très dispersés dans l’écorce terrestre, géographiquement et géologiquement. Ils sont donc difficiles d’accès. Les terres rares ont tout d’abord été utilisées dans l’armement, par exemple pour les pièces d’artillerie ou le guidage balistique. Et depuis quelques années, elles participent au développement des nouvelles technologies et particulièrement des technologies vertes.
Les terres rares, une ressource stratégique

Les terres rares, une ressource stratégique

Les terres rares sont devenues indispensables à la fabrication d’objets du quotidien. On trouve par exemple des terres rares comme le lanthane dans les batteries des voitures électriques, ou bien comme l’yttrium dans les télévisions à écran plat et les pots catalytiques.
Les réserves de terres rares dans le monde, selon l’USGS

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Selon le United States Geological Survey (USGS), les pays qui disposent des plus grandes réserves de terres rares aujourd’hui sont, dans l’ordre, la Chine, le Brésil et les États-Unis devant l’Inde, l’Australie, la Malaisie, la Russie et le Vietnam. Mais il existe une grande incertitude autour des estimations des réserves de terres rares dans le monde, car tous les gisements n’ont pas été forcément découverts à ce jour mais aussi parce qu’il s’agit de ressources stratégiques, autour desquelles les États entretiennent une certaine opacité.
Aux États-Unis, les troisièmes réserves mondiales de terres rares

Aux États-Unis, les troisièmes réserves mondiales de terres rares

Selon l’USGS, les États-Unis disposent aujourd’hui des troisièmes réserves mondiales de terres rares. Ils en ont été le premier producteur mondial jusque dans le milieu des années 1980. On voit ici la mine de terres rares de Mountain Pass, située en Californie, à la frontière du Nevada. Elle a été fermée en 2002 du fait des dégradations environnementales que provoque ce type de mine, mais surtout du fait de la perte de compétitivité de la production américaine par rapport à la production chinoise, moins chère.
La découverte des terres rares en Chine

La découverte des terres rares en Chine

En 1927, les Chinois découvrent les immenses gisements de terres rares situés en Mongolie intérieure, à Bayan Obo. Ces gisements ne connaissent un début d’extraction significative que dans les années 1980 avec les réformes économiques de Deng Xiaoping. À partir de 1986, la Chine place l’extraction de ces gisements dans une stratégie de long terme, en trois phases. Pour commencer, la Chine exploite et vend ses minerais à très bas prix, ce qu’elle peut se permettre car elle bénéficie d’une main-d’œuvre bon marché et qu’elle est indifférente aux conditions de travail et aux dégâts environnementaux.
La Chine devient le premier producteur de terres rares

La Chine devient le premier producteur de terres rares

Le pays met ensuite en place une stratégie de remontée de filière, c’est-à-dire une stratégie qui vise à développer en Chine les industries qui utilisent ces mêmes terres rares. Enfin, la dépendance et la demande étant plus grandes encore, Pékin impose des quotas et des taxes sur les exportations de terres rares, dans le but de préserver ses ressources à long terme, de faire monter les prix et de lutter contre la pollution extrême générée par l’activité. Voilà comment la Chine a supplanté les États-Unis au rang de premier producteur de terres rares.
Les terres rares, un enjeu économique et politique

Les terres rares, un enjeu économique et politique

Compte tenu de leur importance économique, les terres rares peuvent être utilisées à des fins politiques. Prenons un exemple, en mer de Chine. L’archipel que vous voyez sur la carte est revendiqué à la fois par la Chine, qui nomme ces îles Diaoyu, et par le Japon, qui les appelle les îles Senkaku. En 2010, un incident au large de ces îles déclenche une crise diplomatique entre la Chine et le Japon. Selon le Japon, la Chine aurait stoppé l’exportation de terres rares vers le Japon en guise de représailles. Ce que les autorités chinoises ont naturellement démenti.
À la recherche de nouveaux approvisionnements

À la recherche de nouveaux approvisionnements

Face à ce quasi-monopole de la Chine sur la production de terres rares, les pays occidentaux cherchent tous depuis quelques années à réduire leur dépendance à l’égard de ce pays en trouvant d’autres sources d’approvisionnement. C’est le cas des États-Unis, avec la reprise de l’exploitation de Moutain Pass, de l’Australie où la mine de Mount Weld est en fort développement de production, et de l’Afrique. Par ailleurs, deux nouveaux acteurs ont fait leur entrée dans le secteur : le Groenland et la Corée du Nord.
Les terres rares au Groenland

Les terres rares au Groenland

Certaines sources estiment que le Groenland renferme les deuxièmes réserves de terres rares au monde, à Kvanefjeld. C’est pourquoi ce territoire, sous souveraineté danoise, intéresse particulièrement les Européens. Mais encore faut-il que ces affirmations soient avérées. Par ailleurs, depuis 2009, la gestion des ressources minières de ce territoire est du ressort du gouvernement autonome du Groenland, qui est en conflit avec l’Union européenne en ce qui concerne la chasse au phoque, recherché pour sa fourrure. Enfin, les conditions climatiques pourraient rendre l’exploitation des gisements très difficile.
L’enjeu nord-coréen

L’enjeu nord-coréen

Plusieurs sources estiment que la Corée du Nord disposerait des plus importantes réserves mondiales de terres rares. Le site de Jongju, que vous voyez la sur la carte, abriterait 216 millions de tonnes d’oxydes de terres rares, soit le double des réserves mondiales connues, selon les chiffres de l’USGS. Si cette estimation est exacte, cela vient bouleverser les équilibres géopolitiques régionaux.

Lectures

L’atlas globalGilles Fumey, Patrick Boucheron, Christian Grataloup
Les Arènes01/11/2014Présentation de l’ouvrage
L’Atlas global est un essai en images, conçu par une équipe de vingt-six historiens et géographes de renom. Une présentation plus détaillée de l’ouvrage, des auteurs et des cartographes sont disponibles sur le site de Sciences Po. À lire également, la critique de Claude Vincent pour Les Échos.

Les terres rares : minéralogie, propriétés, analysePierre Truchot
Hachette / BNF – édition 189801/09/2014Présentation de l’ouvrage
L’éditeur Hachette s’est associé à la BNF pour rééditer des œuvres anciennes conservées par Gallica. Ce livre, édité originellement pour le Bureau des longitudes de l’École polytechnique, est un ouvrage de science générale : les composés et les purifications, les sites d’extraction de l’époque, les propriétés reconnues et les premiers usages… La découverte des éléments chimiques et de l’industrie extractive ont aussi une histoire, et cet ouvrage fait le point des connaissances en 1898.

Un dossier consacré aux terres rares, préparé avec le magazine Carto, est consultable sur le blog « Globe » de Sylvain Kahn. Il recevait en février 2012, pour son émission Planète terre sur France Culture, Christian Hocquard, économiste au Bureau de recherches géologiques et minière (BRGM) et spécialiste des terres rares.

Pour une approche plus graphique et ludique de l’histoire des terres rares, Arte Future propose une page pédagogique.

Atlas mondial des matières premières – Des ressources stratégiquesBernadette Mérenne-Schoumaker avec la cartographie de Claire Levasseur et une préface de Philippe Chalmin
Autrement01/09/2013Présentation de l’éditeur
Assurer son approvisionnement en matières premières ou mieux valoriser ses ressources naturelles deviennent de grands enjeux géostratégiques. Cent cartes et infographies pour mieux appréhender la question des matières premières et expliquer en quoi leur gestion est l’un des principaux défis du XXIe siècle.

À propos de l’auteure
Bernadette Mérenne-Schoumaker est professeure de géographie économique à l’Université de Liège et responsable pédagogique au Centre de didactique supérieur de l’académie Wallonie-Europe.

Terres rares : enjeu géopolitique du XXIe siècle – Chine, Etats-Unis, Europe, Japon, GroenlandDamien Degeorges avec une préface de Per Stig Moller, ancien ministre danois des Affaires étrangères (2001-2010), et une postface de Palle Christiansen, ministre groenlandais de l’Éducation, de la Recherche et de la Coopération nordique
L’Harmattan01/11/2012Présentation de l’éditeur
L’enjeu des terres rares, au cœur de l’économie du XXIe siècle, a pris une dimension géopolitique majeure depuis que la demande croissante s’est heurtée à des restrictions d’exportations de la Chine, dans un secteur où la puissance asiatique contrôlait en 2012 plus de 97 % de la production mondiale. États-Unis, Europe et économies de l’Asie-Pacifique se tournent désormais vers l’un des principaux eldorados en devenir clans le secteur des terres rares : le Groenland.

À propos de l’auteur
Docteur en sciences politiques, spécialiste du Groenland et de l’Arctique, Damien Degeorges présente son ouvrage dans une vidéo des éditions l’Harmattan.

Terres rares – Avenir industriel et future richesse de l’Europe ?David Weber
Les éditions du Net01/02/2012Présentation de l’ouvrage
Les dix-sept éléments, qui forment le socle des futures industries du XXIe siècle, sont absents du territoire de l’Europe continentale.
Pour David Weber : « Loin de laisser le champ libre au monopole chinois et aux puissances minières existantes ou émergentes, l’Union européenne et tout particulièrement la France ont une chance historique de mettre à profit leurs possessions et leur savoir-faire afin de participer dans un projet d’envergure à ce qui formatera son destin industriel mais aussi son indépendance militaire et possiblement énergétique. »
Cet ouvrage est issu d’un travail pour l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
La Lettre et le site des matières premières et de l’énergie (MPE-Média) propose un entretien avec l’auteur.

Coup d’œil sur les produits de base : Édition spéciale sur les terres raresRapport de la CNUCED
Collection Coup d’œil sur les produits de base n°52014À propos de la CNUCED
Régie par ses 194 États membres, la CNUCED, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, est l’organe des Nations unies chargé des questions de développement et plus particulièrement du commerce international. Son action peut se résumer en trois mots : réfléchir, dialoguer, réaliser. La réflexion sur le développement est au cœur du travail de la CNUCED. Elle donne lieu à des analyses, souvent novatrices, qui permettent d’adresser des recommandations aux responsables des politiques économiques. C’est aussi un forum où les représentants de tous les pays peuvent dialoguer librement et débattre des voies et moyens d’instaurer un meilleur équilibre économique mondial. La CNUCED fournit aussi une assistance technique directe aux pays en développement et en transition.
Ses rapports, dont celui consacré aux terres rares, sont téléchargeables.

Quel futur pour les métaux ? – Raréfaction des métaux : un nouveau défi pour la sociétéBenoît de Guillebon et Philippe Bihouix, avec les préfaces de Marc Boissonnet, Michèle Pappalardo et Marc Ventre
EDP Sciences01/11/2010Présentation de l’éditeur
Les métaux, ressources minérales naturelles non renouvelables, sont à la base de notre civilisation industrielle. Moins médiatique que le changement climatique ou les enjeux énergétiques, leur raréfaction sera pourtant un des défis majeurs du XXIe siècle : notre modèle de développement, qui repose sur la croissance économique et un accroissement continu du prélèvement des ressources, se heurte à la finitude de la planète. C’est ce thème qu’a choisi de traiter un groupe d’ingénieurs de l’association des centraliens, sous la direction de Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon.
À l’issue d’une analyse approfondie et documentée, prenant en compte les enjeux techniques, économiques, sociaux et environnementaux de la raréfaction des métaux, les auteurs mettent à mal les mythes de l’abondance, de la croissance verte et d’une technologie forcément salvatrice. Ils posent aussi les limites d’une économie circulaire fondée sur le recyclage généralisé. Écrit dans un langage accessible à tous, composé d’un texte principal complété d’une trentaine d’études couvrant des secteurs d’activité, des métaux et des thèmes transversaux, cet ouvrage est conçu pour répondre aux questions de tous ceux qui veulent comprendre le futur des métaux.

Benoît de Guillebon a signé avec Patrick Nollet l’ouvrage En route vers l’éco-économie chez Armand Colin (2013). Ces deux ouvrages sont issus des réflexions des think tanks de l’Association des centraliens.

En Bref : Archives Infos du Net (15/03/2015)

[Cote d’Ivoire] – L’ex-première dame Simone Gbagbo condamnée à 20 ans de prison (10/03/2015)
La justice ivoirienne a condamné mardi l’ancienne première dame de Côte d’Ivoire Simone Gbagbo à vingt ans de prison. Le parquet avait requis dix ans d’emprisonnement pour son rôle dans les violences post-électorales qui ont fait quelque 3000 morts en 2011.

Après plus de neuf heures de délibération, le jury a retenu toutes les charges retenues contre la « dame de fer », dont celles de constitution de bandes armées, d’atteinte à la sécurité de l’Etat, de participation à un mouvement insurrectionnel et de trouble à l’ordre public. Il a assorti sa peine de prison de dix ans de privation des droits civiques… (Lire la suite)

http://www.romandie.com/news/Lexpremiere-dame-Simone-Gbagbo-condamnee-a-20-ans-de-prison/573451.rom

 

[Suède] – La Suède met fin à sa coopération militaire avec l’Arabie saoudite au nom des droits de l’homme (10/03/2015)

La Suède a décidé de ne pas renouveler son accord de coopération militaire signé avec l’Arabie saoudite en 2005, a annoncé mardi 10 mars le premier ministre social-démocrate, Stefan Löfven. « Il sera rompu », a déclaré M. Löfven à la radio publique SR depuis Kiev, à propos de cet accord qui était controversé au sein de la majorité de gauche en raison de la question des droits de l’homme … (Lire la suite)

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/03/10/la-suede-met-fin-a-sa-cooperation-militaire-avec-l-arabie-saoudite-au-nom-des-droits-de-l-homme_4591005_3214.html

 

[Allemagne] – Piratage du Connected Drive de BMW et Mini Austin (10/03/2015)

Les voitures connectées, l’avenir des automobiles de demain ? BMW vient de demander à plusieurs millions de ses clients de mettre à jour le logiciel Connected Drive. Il était possible de déverrouiller les portes avec un simple smartphone… (Lire la suite)

http://www.zataz.com/piratage-du-connected-drive-de-bmw-et-mini-austin/

 

[Royaume-Uni] – Schiste fucking au Royaume-Uni (10/03/2015)

Alors que le gouvernement écossais a ordonné fin janvier un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste par fracturation hydraulique [1], le Premier ministre britannique David Cameron semble déterminé à poursuivre sa ruée vers ce shale gas, nouvelle énergie « miracle ». La résistance s’organise, décidée à faire reculer une meute d’industriels déjà bien installés… (Lire la suite)

http://cqfd-journal.org/Schiste-fucking-au-Royaume-Uni

 

[Royaume-Uni] – Julian Assange : « Aucun citoyen européen n’est à l’abri » (07/03/2015)

Début de semaine, Julain Assange était sur l’antenne d’Europe 1, dans la matinale de Thomas Sotto. Le fondateur de Wikileaks est revenu sur les révélations de ces derniéres semaines.

On entend parler de vous depuis des années mais qui est Julien Assange ? Justicier, illuminé, résistant, mégalo ? « Je ne sais pas ! Si vous lisez la presse, tous ces qualificatifs et bien d’autres ont été utilisés ! Tortureur de chats, agent du Mossad et j’en passe…« … (Lire la suite)

http://www.datasecuritybreach.fr/julian-assange-aucun-citoyen-europeen-nest-a-labri/

 

[France] – «Les bêtes sont encore vivantes au moment où on les tronçonne» (06/03/2015)

INTERVIEW Anne de Loisy, journaliste, est l’auteure d’une enquête sur la filière de la viande.

La journaliste Anne de Loisy avait enquêté en 2012 sur les abattoirs pour l’émission Envoyé spécial. Elle en a tiré Bon appétit ! Quand l’industrie de la viande nous mène en barquette (1), un livre très documenté paru fin février sur la filière de la barbaque, des éleveurs à nos assiettes… (Lire la suite)

http://www.liberation.fr/terre/2015/03/06/les-betes-sont-encore-vivantes-au-moment-ou-on-les-tronconne_1215730

 

[Japon] – Fukushima : Une nouvelle fuite (connue depuis 1 an) d’eau contaminée coule directement dans le Pacifique (06/03/2015)

Le 4 mars 2015, Tepco confesse qu’une autre évacuation draine des eaux extrêmement radioactives dans le Pacifique depuis le 11-3. Le déversoir est situé en-dehors du port de la centrale.
Les eaux extrêmement radioactives partent directement à la mer. Tepco le sait depuis avril dernier mais le cache depuis près d’un an… (Lire la suite)

http://hillion-fukushima.blogspot.fr/2015/03/une-nouvelle-fuite-connue-depuis-1-deau.html

 

[USA] – Les États-Unis dressent leur « liste noire » des sites pirates (06/03/2015)

Les États-Unis viennent d’actualiser leur liste noire des sites Internet accusés de permettre le téléchargement illégal de milliers de films, séries, musiques, etc. Si les noms changent progressivement d’années en années, force est de constater que le nombre de cibles à abattre n’évolue guère… (Lire la suite)

http://www.nextinpact.com/news/93361-les-etats-unis-dressent-leur-liste-noire-sites-pirates.htm

 

[France] – Le gouvernement invité à étendre la redevance TV aux tablettes et ordinateurs dès 2016 (05/03/2015)

Un rapport remis hier au gouvernement préconise à nouveau une extension de la redevance TV aux nouveaux écrans (ordinateurs, tablettes, smartphones…). Poussée notamment par les ayants droit, cette réforme fait actuellement l’objet d’analyses du côté de l’administration. Elle devrait très vraisemblablement être évoquée cet automne, à l’occasion des discussions relatives au projet de loi de finances pour 2016… (Lire la suite)

http://www.nextinpact.com/news/93336-le-gouvernement-invite-a-etendre-redevance-tv-aux-tablettes-et-ordinateurs-des-2016.htm

 

[U.S.A] – Washington projette de doubler son budget médias russophones (05/03/2015)

Victoria Nuland, la secrétaire d’Etat adjointe en charge de l’Europe, est en pointe depuis plusieurs mois pour dénoncer la propagande russe diffusée à travers les médias d’Etat. La diplomate américaine n’a cessé de dénoncer les « mensonges » diffusés notamment par Russia Today, s’inquiétant notamment de ses effets jusqu’au sein d’audiences américaines. Interrogée sur la possibilité de censurer la chaîne de télévision russe, qui diffuse en anglais, elle a refusé une telle hypothèse en assurant « croire en la liberté d’expression, la liberté des médias étant un droit dans notre pays« … (Lire la suite)

http://www.guerres-influences.com/victoria-nuland-contre-propagande-budget-medias-russophone/

 

[France] – Un silence très inquiétant (04/03/2015)

Le 12 février dernier, des milliers de personnes se sont mobilisées dans toute la France à l’occasion d’une nuit solidaire pour exiger des pouvoirs publics une politique sociale qui soit enfin à la hauteur de l’intensification de la pauvreté dans notre pays. A Paris, plusieurs centaines de personnes ont prolongé la soirée et dormi dehors, par solidarité envers les 142 000 personnes sans domicile fixe, qui chaque jour doivent affronter la violence d’une société de plus en plus inégalitaire… (Lire la suite)

http://lesillon04.hautetfort.com/archive/2015/03/03/un-silence-tres-inquietant-5571157.html

Fukushima fête son 4ème anniversaire

Source : http://www.2000watts.org

11/03/2015

Aujourd’hui, une 4ème bougie a été ajoutée sur le gâteau d’anniversaire de la Centrale nucléaire de Fukushima. La tragédie débutée le 11 mars 2011 voit une légère amélioration, mais le plus gros reste à faire pour les 6’000 employés qui s’acharnent à maintenir la situation sous contrôle.

La radioactivité est toujours présente, 350m3 d’eau sont déversées quotidiennement sur les 3 réacteurs pour les maintenir entre 20 et 50 degrés. Les barres de combustible ont été retirées de la piscine no 4 et le sol va être congelé pour diminuer les fuites dans le Pacifique. Il reste les 160’000 personnes évacuées qui sont toujours logées dans des préfabriqués provisoire.

Naoto Matsumura : Le Dernier Homme de Fukushima

Il ne reste plus que des villages fantômes dans un cercle de 20 km autour de la Centrale ainsi que des montagnes d’énormes big bags remplis de terre radioactives dont personne ne veut.

Seul Naoto Matsumura vit encore à proximité. Sans aucune protection, cet homme s’occupe des chiens, des sangliers, des chats ou des vaches abandonnés à leur propre sort. Lire: Naoto Matsumura : Le Dernier Homme de Fukushima

Autours de la centrale la décontamination progresse mais elle est trop élevée pour y vivre de manière permanente pendant que le Gouvernement de Tokyo incite les habitants à retourner dans leurs villages et espère faire retomber la radioactivé à 1 millisievert/an. 1 mSv/a d’ici à quelques années.
Les 160’000 personnes évacuées sont toujours logées dans des préfabriqués provisoires et aucune solution durable est en vue.

Fukushima: 103 enfants atteints d’un cancer

Le gouvernement a « profité de l’occasion » de cette catastrophe nucléaire pour mener une campagne grandeur nature sur plus de 300’000 enfants habitant la Province dévastée.

En août 2014, 103 enfants âgés de moins de 18 ans au moment de l’accident ont développé un cancer de la thyroïde et le nombre de cancers confirmés après une intervention chirurgicale s’établit désormais à 57.  Lire Fukushima: 103 enfants atteints d’un cancer

 

L’eau: problème principal

Un travail considérable a déjà été réalisé avec d’énormes moyens techniques et financiers.  Ainsi le combustible de la piscine No4 a été entièrement enlevé, mais les 3 autres réacteurs restent une menace.

Pour cette année 2015, la gestion des eaux contaminées serait le principal défi. Quotidiennement, 350 m³ d’eau sont utilisés pour les maintenir à une température comprise entre 20 et 50 degrés.
Au contact des réacteurs, l’eau se charge en césium, strontium ou tritium. Elle s’écoule ensuite dans les sous-sols des réacteurs 1, 2, 3 et dans la nappe phréatique ainsi que dans le Pacifique.
Tepco pompe tous les jours 600 à 700 tonnes d’eau radioactive et tente d’éliminer les substances radioactives à par le tritium qui résiste. Une partie de cette eau est réintroduite dans le circuit de refroidissement et, pour le reste, elle est stockée dans plus de 1’000 réservoirs en attendant de pouvoir traiter ces 600’000 tonnes de liquide radioactif.

Plusieurs systèmes de décontamination ont dû être inventés. Les débuts chaotiques ont fait place à l’espoir et durant le milieu 2015, jusqu’à 2’000 m3 d’eau pourraient passer dans le système tous les jours. Seul le tritium passe entre les mailles du filet, mais c’est déjà ça.

Réduire la contamination du Pacifique

Evidemment que les fuites d’eau sont courantes et Tepco n’apporte pas toujours une réponse très rapide d’où le courroux du gouvernement Abe.

Pour diminuer l’impact sur l’océan Pacifique, Tepco espère geler le terrain autours de la centrale avec un mur de glace souterrain. Un liquide refroidissant canalisé dans 1’500 tuyaux pourrait être mis en service durant cette année.

L’entreprise est également en train de terminer une barrière d’étanchéité le long de l’Océan et de pomper l’eau de la nappe phréatique.

L’Agence Internationale de l’Energie Atomique suggère de rejeter dans l’océan l’eau qui est traitée. Le peu de radioactivité sera dissolu dans la masse et deviendra invisible.

 

Le meilleur pour la fin

Les opérations les plus dangereuses ont été conservées pour la fin. Il va falloir décontaminer les 3 réacteurs qui ont fondu et qui ont formé un magma de corium extrêmement radioactif. Celui-ci a perforé les réacteurs et se trouve dans le sous-sol des bâtiments tout en dégageant des émanations radioactives mortelles pour l’homme. Il faudra encore 10-15 ans avant d’y aller. Il faudra encore 30 à 40 ans pour rendre le chantier hors d’état de nuire.

En Bref : Archives Infos du Net (26/01/2015)

Archives Infos du Net :

[République Démocratique du Congo] Manifestations anti-Kabila : 36 morts et brève coupure de l’Internet

[France] FIC 2015 – Retex

[France] La France veut bien étendre le blocage des sites sans juge

[France] Le nouveau délit d’obsolescence programmée amendé au Sénat

[Egypte] Géopolitique de la mer Rouge

[Japon] Un mensonge de plus, mais comment pourrait-il en être autrement

[France] La grogne monte face aux ambitions de la cyberpolice

[France] Loi Macron et protection du secret des affaires : une nouvelle menace pour le droit à l’information

[Archipel des Chagos] Enfer au paradis des chagos

[Mexique] À Oaxaca il n’y a pas de défaite !

Fukushima : des chiffres qui parlent et Tepco abandonne le mur congelé

Source : http://www.acro.eu.org/chronoFukushima.html

09/2014

Lundi 22 septembre :

• Données de la contamination des poissons dans le port devant la centrale et dans un rayon de 20 km autour de la centrale : la situation s’améliore. Aucun poisson ne dépasse les 100 Bq/kg au-delà du port, mais le maximum est à 96 Bq/kg… Dans le port, cela monte jusqu’à 32 500 Bq/kg pour les deux césium.

• Record de la contamination radioactive de l’eau contaminée :
– c’est encore dans le puits de contrôle 1-17, que la contamination bêta totale bat un nouveau record, avec 790 000 Bq/L (prélèvement du 18 septembre 2014). TEPCo ne dit toujours rien.

• Le gouvernement japonais pourrait ratifier un des traités internationaux d’assistance en cas d’accident nucléaire (Convention on Supplementary Compensation for Nuclear Damage) d’ici la fin de l’année. Ce traité n’est signé que par 5 pays dont les Etats-Unis pour le moment. Cela devrait favoriser l’implication de sociétés américaines dans les travaux de démantèlement. Certains soupçonnent aussi que le gouvernement espère aussi favoriser l’exportation de ses réacteurs nucléaires.

• Il y a 104 communes non évacuées où des travaux de décontamination doivent être effectués car l’exposition externe peut y dépasser le millisievert par an. Selon le Maïnichi, sur ces 104 communes, 74 ont prévu de décontaminer des habitations. Sur ces 74 communes, à la fin juin 2014, 40 n’avaient pas terminé. Il resterait au moins 311 700 habitations à nettoyer.
Sur ces 40 communes, 29 sont à Fukushima où les habitations à décontaminer sont plus nombreuses : il en resterait 286 002. Les 11 autres communes sont à Tochigi (4), Miyagi (4), Ibaraki (2) et Gunma (1) avec un total de 25 719 habitations.
Les travaux n’ont pas encore commencé à Yamamoto (Miyagi), avec 1 495 habitations, ni à Shinchi (Fukushima) avec 600 habitations.
Il y aurait trois communes qui ne savent toujours combien d’habitation elles doivent décontaminer.
Pour justifier leur retard, les communes mentionnent le manque de zones de stockage des déchets.
Cinq communes ont terminé leurs travaux mais signalent qu’il faudra une deuxième décontamination par endroit, car il y a encore des débits de dose trop élevés, surtout sous les toits.
41 communes sur 70 n’ont pas terminé de décontaminer les rues et routes, ainsi que leurs abords. Il y a aussi des retards importants pour les terrains agricoles et les forêts.

Mardi 23 septembre :

• TEPCo ne devrait commencer les travaux de démantèlement du réacteur n°1 avant l’hiver 2015. La compagnie a promis qu’elle veillerait à ce qu’il n’y pas de rejets atmosphériques importants, comme lors des travaux sur le réacteur n°3.
Le chapiteau qui a été construit par dessus sera retiré avant, bien entendu.

• Nouveau record de la pollution radioactive dans le puits de contrôle 1-17. La contamination bêta total atteint désormais 840 000 Bq/L (prélèvement du 22 septembre 2014). Toujours pas d’explication de la compagnie concernant cette hausse continue.

Mercredi 24 septembre :

• La contamination en tritium de l’eau d’un puits situé en amont des réacteurs où l’eau est pompée pour être rejetée dans la mer, vient de battre son propre record avec 370 Bq/L (prélèvement du 22 septembre 2014). C’est moins que la limite de rejet qui est de 1 500 Bq/L.
• Ils étaient environ 16 000 à manifester la veille à Tôkyô contre le redémarrage des réacteurs nucléaires. Le 23, premier jour de l’automne, est férié au Japon. Il a juste promis de former des spécialistes du sujet dans le tiers-monde.

Jeudi 25 septembre :

• Selon, l’Asahi, il y a encore presque 130 000 personnes déplacées à Fukushima. Et il y a, officiellement, un total de 15 281 jeunes qui doivent être scolarisés dans un autre établissement. Parmi eux, il y en a 9 767 en dehors de la province de Fukushima.
De nombreuses familles envisagent de s’installer là où elles sont maintenant et de ne pas rentrer chez elles.
En revanche, moins de jeunes partent à la fin de leurs études car le marché de l’emploi est porteur à Fukushima. Et puis, ils veulent s’engager pour reconstruire leur province.
Vendredi 26 septembre :

• Le PDG de Tôhoku Electric a annoncé que la remise aux normes de ses centrales d’Onagawa et Higashidôri allait coûter plus de 300 milliards de yens (2,2 milliards d’euros) à la compagnie. Un tiers est destiné à renforcer la résistance aux séismes et tsunamis. Elle espère un redémarrage au printemps 2016, au plus tôt.

 

Tepco abandonne le mur congelé

Par    27/09/2014  Source : http://hillion-fukushima.blogspot.fr/2014/09/tepco-abandonne-le-mur-congele.html

Tepco abandonne le mur congelé et, à la place, va combler les tranchées avec du ciment

Les travaux en juillet 2014

Tepco va abandonner le précédent projet de mur congelé et en revenir simplement au béton, ils l’ont annoncé à la conférence de presse du 22 septembre 2014.
Des eaux extrêmement radioactives sont “retenues” dans les tranchées souterraines qui sont reliées aux bâtiments de la centrale.
Bien que Tepco le nie, il est possible que ces tranchées soient aussi gravement endommagées par les interminables explosions et séismes, laissant ainsi fuir le liquide de refroidissement en continu dans le sous-sol puis la mer, directement depuis les bâtiments de la centrale.
Tepco était en train d’essayer d’isoler les bâtiments de la centrale et les tranchées avec des murs d’eau congelée pour pouvoir pomper les eaux extrêmement radioactives des tranchées.
Cependant, les murs congelés n’ont jamais été terminés.
Tepco a déclaré qu’au lieu du mur d’eau congelée, ils développaient un type particulier de ciment pour en combler totalement les tranchées.
En respectant les mathématiques les plus élémentaires, s’ils les remplissent de ciment, le même volume d’eau radioactive va être repoussé hors des tranchées. Néanmoins, Tepco affirme qu’il n’y aura pas de fuite parce qu’ils vont pomper l’eau au fur et à mesure qu’ils combleront avec le ciment.
Ils vont devoir pomper un volume d’eau au moins égal à la capacité totale des tranchées puisque les tranchées et les bâtiments sont reliés. Tepco n’a pas annoncé s’ils préparaient assez d’espace de stockage pour ces eaux extrêmement radioactives.

Les liens : la vidéo de la conférence
                 les photos     

Fukushima , quelles nouvelles du Japon ?

Source : http://www.acro.eu.org/chronoFukushima.html

(Infos du 05/09 au 12/09/2014)

dossier-fukushima

Centrales nucléaires au Japon

—  Une part significative du parc nucléaire japonais ne redémarrera jamais. Parmi ceux qui ne redémarreront pas, il y a les 10 réacteurs de Fukushima, dont 4 sont accidentés et deux arrêtés définitivement à daï-ichi. Les 4 autres, à daï-ni, n’obtiendront jamais l’accord des autorités locales.
Il y a aussi deux réacteurs de Tsuruga (Fukui) qui sont sur une faille active. L’exploitant tergiverse encore, mais il n’a pas le choix (cf 4 septembre).
Kansaï Electric envisagerait d’abandonner définitivement deux réacteurs de sa centrale de Mihama (Fukui) qui ont plus de 40 ans, mais de demander le redémarrage des réacteurs 3 et 4 de celle de Takahama (Fukui). Avant la catastrophe nucléaire, KEPCo voulait aller jusqu’à 50 ans pour sa centrale de Mihama. Les autorités locales étaient d’accord. Mais depuis, le coût de remise aux normes est devenu trop élevé et il y a une faille qui menace. Ces deux réacteurs ont une puissance cumulée de 840 MW, ce qui est faible par rapport aux autres plus récents. La décision sera prise avant la fin de l’année.
Kyûshû Electric pourrait aussi arrêter définitivement le réacteur n°1 de sa centrale de Genkaï, qui a 38 ans.
Le parc initial avait 54 réacteurs, moins 6 arrêtés définitivement, il en reste donc officiellement 48.
Le 15 septembre prochain, cela fera exactement un an que tout le parc est à l’arrêt. Le gouvernement tablerait sur l’arrêt définitif du quart du parc restant, considéré comme trop vieux ou nécessitant des investissements trop élevé. Il espère ainsi obtenir l’aval de la population pour redémarrer le reste. En effet, 12 réacteurs devraient dépasser les quarante ans dans les 5 ans à venir. Afin de faciliter leur arrêt définitif, les autorités veulent revoir les conditions financières.
Mais le gouvernement est encore bien optimiste ! Une demande d’autorisation de redémarrage n’a été déposée que pour 20 réacteurs et certains dossiers ne sont pas instruits par la NRA, qui doit d’abord statuer sur les failles sismiques. Il y a aussi la demande pour le réacteur de Tôkaï-mura qui ne devrait pas passer car il est trop vieux. Bref, le Japon ne devrait pas pouvoir redémarrer plus du quart de son parc à moyen terme. Reuters est en phase en estimant que les deux tiers du parc japonais pourraient ne pas redémarrer.
Les exploitants ont jusqu’à juillet 2015 pour décider s’ils sollicitent une demande de redémarrage ou un arrêt définitif. Ils vont devoir abattre leurs cartes bientôt.

 

Records de la contamination radioactive de l’eau :
–    il s’agit de données sur le strontium, qui est long à mesurer. Les prélèvements datent donc de mai 2014. Dans les puits de contrôle 1-14, 1-17 et 1-6, il y avait, respectivement, 2 200, 5 600 et 690 000 Bq/L. Pour l’eau de mer, il y a aussi de nombreux records compris entre 250 et 1 400 Bq/L (prélèvements des 12 et 15 mai 2014).
A titre de comparaison, TEPCo ne s’autorise pas à rejeter en mer une eau qui aurait plus de 5 Bq/l en bêta total. Et le strontium est un émetteur bêta.

 

Le témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi devant la commission d’enquête mise en place par le gouvernement est maintenant en ligne, en japonais.
L’Asahi en avait publié des extraits en anglais et avait conclu que 90% des personnes présentes avaient désobéi aux ordres du directeur et avaient fui à Fukushima daï-ni dans la matinée du 15 mars 2011. Cette interprétation a fait débat. Le directeur a bien dit que les personnes étaient allées à daï-ni alors qu’il leur avait demandé de rester à proximité. Mais plus tard, il reconnaissait que c’était peut-être la meilleure option. D’autres témoignages de personnes présentes ont mis en avant la grande confusion qui régnait à ce moment là. Le quotidien vient de revenir sur son interprétation du témoignage, mais insiste sur son rôle qui a conduit à la publication du témoignage, qui était secret.
Le Yomiuri, journal conservateur qui s’est fait le porte-parole du village nucléaire, a publié d’autres extraits en anglais : un, deux et trois.
Dans la liste des 19 transcriptions mises en ligne, figurent notamment les déclarations de l’ex-Premier ministre Naoto Kan, de l’ancien ministre de l’Industrie Banri Kaieda, du porte-parole du gouvernement à l’époque, Yukio Edano.

 

Le gouvernement va lever l’ordre d’évacuer une partie de Kawauchi, à l’Est, qui est à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, à partir du 1er octobre prochain. Il s’agit de la partie la moins contaminée. C’est la deuxième zone à moins de 20 km où cet ordre est levé.

Au Japon, fausse audace économique, vrai nationalisme

Par Katsumata Makoto

01/2014

Source : http://www.monde-diplomatique.fr

Shinzō Abe, 63e Premier ministre du Japon, En fonction depuis le 26 décembre 2012 ( CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication)

Quand il a annoncé ce que l’on a appelé les « abenomics », en faisant marcher la planche à billets pour relancer une économie vacillante, le premier ministre japonais Abe Shinzo a été salué de toute part. Enfin, un dirigeant osait défier la doxa de l’austérité ! Mais la question de la destination des fonds déversés, qui avait été négligée, refait surface. Les dépenses militaires, par exemple, vont augmenter de 5 % au cours de la prochaine année. Quant à la croissance…

Juillet 2013. Après la victoire écrasante du Parti libéral-démocrate (PLD) aux élections sénatoriales, le premier ministre japonais Abe Shinzo dispose de la majorité absolue dans les deux Chambres. Alors que le pays a connu des années de déflation — depuis la crise de 1997 —, puis le désastre du séisme et de l’accident historique de la centrale nucléaire de Fukushima, en mars 2011, le gouvernement Abe a, dès son arrivée au pouvoir, le 28 décembre 2012, mis l’accent sur sa volonté de redressement économique. C’est ce que les médias ont appelé les « abenomics », en référence aux « reaganomics » qui avaient marqué la première période du néolibéralisme américain sous la présidence de Ronald Reagan, dans les années 1980.

Le pouvoir prétendait sortir de la déflation par trois types de mesures : augmenter les liquidités, autrement dit faire tourner la planche à billets, avec comme objectif d’atteindre un taux d’inflation de 2 % d’ici deux ans (on est loin des peurs irraisonnées de l’Europe face au moindre frémissement de l’inflation) ; relancer les investissements publics ; mettre en œuvre une stratégie de croissance fondée sur les exportations, les privatisations et la dérégulation du marché du travail. Un an plus tard, où en est-on ?

Rompre avec l’orthodoxie ne suffit pas

Le déversement peu orthodoxe de liquidités à partir de janvier 2013, imposé à la Banque du Japon, a d’abord dopé l’économie boursière — d’autant plus vite que les cotations avaient commencé à monter au cours des mois précédant les élections sénatoriales. Sur la demande répétée des grands exportateurs, le cours du yen a baissé, notamment par rapport au dollar et à l’euro. Les ventes à l’étranger en ont été stimulées (+ 16 % d’octobre 2012 à octobre 2013), mais beaucoup moins qu’attendu (+ 4 % seulement en volume), en raison notamment de la faible croissance économique dans les pays clients et des importantes délocalisations opérées au cours des dernières décennies. Seuls les profits des exportateurs s’en trouvent renforcés.

En revanche, la baisse de la monnaie japonaise a fait flamber le prix des importations. Jamais, selon les données du ministère des finances (1), le déficit commercial n’avait été aussi important depuis 1979 : plus de 9 milliards d’euros en novembre 2013 (1 293 milliards de yens), contre un excédent supérieur à 11 milliards d’euros en 2007.

Tabou budgétaire au cours des années précédentes, tant l’Etat est endetté — 224 % du produit intérieur brut (PIB) en 2013 —, la stimulation des travaux publics a été saluée par les entreprises locales, qui souffrent du ralentissement de leur activité. L’idée d’une relance par les dépenses publiques — alors même que partout ailleurs, et en particulier en Europe, la doxa commande de les réduire — a tout pour séduire les partisans du volontarisme politique et les économistes hostiles à l’austérité, tel Joseph Stiglitz : « Les “abenomics” représentent le bon chemin pour redresser l’économie nippone. L’Europe et les Etats-Unis doivent s’en inspirer (2). » Pourtant, ce retour partiel au keynésianisme n’a pas eu l’effet escompté. Le taux de croissance annuel du PIB, qui atteignait 4,3 % entre janvier et mars 2013, est tombé à 1,9 % au cours du troisième trimestre (juillet à octobre). Le taux d’investissement productif des entreprises, qui ont accéléré les délocalisations ces dernières années, reste faible (3). Le bilan est si peu probant que M. Abe a annoncé début octobre un nouveau paquet de financements d’un montant total de 40 milliards d’euros.

Mais il ne suffit pas, pour relancer la machine, de rompre avec l’orthodoxie ambiante et de déverser de l’argent sur les entreprises. Sur le plan social, le bilan des « abenomics » est clairement négatif. Le nombre de ménages touchant l’aide sociale bat un record historique, avec un million six cent mille foyers concernés en août 2013 (4).

Derrière un taux de chômage parmi les plus bas de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de l’ordre de 4 %, se cache une dégradation de l’emploi silencieuse, mais profonde, avec le renforcement de la précarité et l’intensification du travail. 35 % des emplois sont désormais précarisés (travail à temps partiel, intérim, etc.), et le revenu réel des salariés est en régression : — 1,3 % entre octobre 2012 et octobre 2013, selon le ministère de la santé, du travail et de la sécurité sociale.

Il faut dire que le taux de syndicalisation a chuté (18 %, contre 24 % au début des années 1990). Pour l’essentiel, ce sont les associations, et non les syndicats, qui prennent en charge les revendications des travailleurs précarisés. Depuis 2012, elles publient la liste noire des entreprises qui imposent à leurs salariés des conditions de travail inhumaines. Décerné chaque année, le prix de la « compagnie noire » (burakku kigyou) a été attribué en 2013 à un grand groupe de restauration, Watami, dont le fondateur et ancien président, M. Watanabe Miki, vient d’être élu sénateur sur la liste de la majorité. Son fameux commandement adressé aux employés, « Travaille trois cent soixante-cinq jours par an et vingt-quatre heures par jour, jusqu’à ta mort », a enrichi la liste des dictons du néolibéralisme japonais, dont le plus ancien est « Compte sur tes propres forces »  jijo doryoku »).

Arguant de sa décision de réduire l’impôt sur les sociétés, M. Abe a publiquement exhorté le patronat à augmenter les salaires pour donner un coup de pouce à la consommation. Dans les faits, il se révèle l’applicateur zélé de la stratégie mondiale de la baisse du « coût du travail ». Non seulement il maintient ses cadeaux fiscaux, mais il augmente la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui pèse sur les ménages et passera de 5 à 8 % à partir du 1er avril pour alléger le déficit de l’assurance sociale. M. Abe aurait pu choisir de relever le taux de cotisation des entreprises, le plus bas du monde : un peu plus de 5 % du PIB, contre 11 % en moyenne pour les pays de l’Union européenne, par exemple (5).

Dans le même temps, le pouvoir mène une offensive commerciale, très médiatisée au Japon, pour exporter des centrales nucléaires, des produits alimentaires de luxe et des équipements militaires de haute technologie. La vente de ces derniers à l’étranger était jusqu’ici strictement limitée par trois principes plus ou moins respectés depuis 1967 : ne pas vendre d’armes aux pays en conflit ; ne pas en vendre à ceux qui risquent d’entrer en guerre ; ne pas promouvoir l’exportation d’équipements militaires.

Vouloir vendre des centrales nucléaires peut paraître incongru. Bien que le premier ministre ait déclaré, le 7 septembre 2013, devant le comité des Jeux olympiques, que la centrale de Fukushima était sous contrôle et que tout serait réglé avant les Jeux de Tokyo, en 2020, l’évacuation de l’eau contaminée n’est toujours pas maîtrisée, ce qui suscite la colère des habitants, des paysans, des maraîchers et des pêcheurs de la région.

Quant aux exportations agricoles, la politique agressive prônée par le gouvernement est considérée comme une tactique pour détourner l’attention des détracteurs de l’accord de partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership, TPP), en cours de négociation. Beaucoup redoutent que ce texte ne sonne le glas de l’agriculture familiale et des normes de sécurité alimentaire, plus strictes au Japon qu’aux Etats-Unis (6).

La tournure prise par cette nouvelle politique économique inquiète d’autant plus que, dans l’histoire du Japon, la réponse au malaise social a globalement toujours consisté en une restriction des libertés. Lors de la crise économique des années 1920-1930, face à la montée des revendications démocratiques des paysans et des travailleurs urbains, la solution adoptée a finalement été celle de la militarisation et de la répression, favorisant l’essor d’un nationalisme expansionniste.

Militarisation accélérée

Une ère de croissance forte et distributive a été inaugurée après-guerre, ce qui a permis de satisfaire la majorité de la population. Le mythe de la classe moyenne ascendante s’est définitivement effondré avec les deux « décennies perdues » (ainsi que l’on appelle la période ouverte par la crise de 1997), tandis que la sphère sociale revendicative se réduit de plus en plus. En temps de crise, le nationalisme et les politiques identitaires constituent des instruments efficaces pour contourner les exigences sociales : enrichis et appauvris travaillent ensemble pour leur patrie, tous unis contre les pays voisins.

La recrudescence des incidents territoriaux avec la Chine sur les îles Senkaku (Diaoyu en chinois) en mer de Chine orientale (lire « Nouvelle bataille du Pacifique autour d’un archipel ») et avec la Corée du Sud — l’autre discorde territoriale très médiatisée — sur les îlots Takeshima (Dokdo en coréen) donne au gouvernement Abe une occasion rêvée de mobilisation nationaliste. Ce n’est pas un hasard si le projet publié en 2012 par le PLD pour la révision de la Constitution communément appelée « Constitution de la paix » supprime la référence au « principe universel de l’humanité » dans le préambule, et s’il intègre des formules comme : « L’Etat [est] fondé sur la patrie et la famille, le respect de l’harmonie. » Le constitutionnaliste Higuchi Yoichi se dit inquiet pour l’avenir de la démocratie japonaise : « Un Etat privilégiant de plus en plus exclusivement le droit du sang [aujourd’hui, le système se conjugue avec le droit du sol sous certaines conditions] risque de devenir xénophobe. »

Pour M. Abe, cette révision vise à « sortir du régime d’après-guerre » et à mettre en cause l’ordre international issu des conférences de Yalta et de Potsdam (1945), qui ont sanctionné les puissances fascisantes. Mais le premier ministre ne cherche pas à prendre ses distances avec les Etats-Unis au nom de la souveraineté nationale : il insiste au contraire sur le renforcement de l’alliance militaire et justifie la présence d’importantes bases américaines, comme celle d’Okinawa.

Longtemps, la dénonciation de cette subordination militaire, politique et économique a été le monopole du Parti communiste japonais (PCJ), qui parlait du pays comme d’une « “colonie” des Etats-Unis ». Désormais, la critique provient essentiellement des libéraux et d’anciens fonctionnaires qui n’ont jamais été dans le sillage du PCJ. Coauteur d’un ouvrage récent intitulé Interminable « Occupation » (7), Magosaki Ukeru, ancien diplomate et ex-professeur à l’Ecole de la défense nationale, préconise une autonomie relative vis-à-vis des Etats-Unis et une révision du traité militaire, ainsi que la création d’une communauté de l’Asie de l’Est.

Ce positionnement d’une partie des libéraux contraste avec la ligne politique du gouvernement Abe, tant sur l’accord de défense que sur le TPP, auquel le parti au pouvoir s’était opposé sous les gouvernements précédents. Ils estiment que cet accord de libre-échange ne ferait que favoriser les entreprises américaines, qui pourraient amener le gouvernement japonais, en cas de litige, à être jugé et condamné selon les normes juridiques américaines. Une disposition on ne peut plus symbolique de renoncement à la souveraineté nationale.

Mais c’est sur le sujet de la politique de défense que les contempteurs de la dépendance s’inquiètent le plus. Loin d’apporter plus d’autonomie, l’ambitieuse révision de la Constitution définie par M. Abe permettrait la participation à des opérations de défense collective avec l’armée américaine, ce qui est actuellement interdit.

Cette volonté de changements constitutionnels et d’accroissement des exportations de matériel militaire éclaire d’un jour particulier les « abenomics », qui, comme l’a écrit la Süddeutsche Zeitung (22 juillet 2013), ne sont qu’un moyen pour M. Abe de hisser le Japon au rang de grande puissance militaire.

Le Japon et la Chine rivalisent donc de nationalisme, avec une militarisation croissante des deux côtés. Cela s’accompagne, de la part de la droite japonaise, de provocations sur l’histoire moderne de l’Asie de l’Est : des hommes d’Etat se rendent au très controversé sanctuaire Yasukuni, où sont honorés les soldats morts pour l’empereur, y compris les plus grands criminels de guerre (8) ; ils nient la prostitution forcée de femmes asiatiques organisée par l’armée impériale pendant la seconde guerre mondiale.

Pour éviter que la tension régionale ne culmine en confrontation armée, il faudrait réviser fortement les « abenomics ». La priorité devrait être de désamorcer le malaise social et de favoriser une augmentation sensible des salaires, ainsi que le renforcement de la législation des droits des travailleurs pour corriger les graves inégalités. M. Abe devrait en outre stopper définitivement le programme d’énergie nucléaire : son échec cuisant est confirmé chaque jour par les fuites sans fin d’eau radioactive à Fukushima. Une contamination qui pourrait susciter un contentieux majeur avec les pays riverains de l’océan Pacifique.

Plus fondamentalement, au lieu de faire croire à une reprise de la croissance productiviste en s’appuyant sur de grandes entreprises qui cumulent tous les privilèges, mieux vaudrait prendre en compte la mutation structurelle de la société, ainsi que le souligne Kosuke Motani. Cet économiste insiste sur la diminution continue de la population active, qui devrait passer à 44,2 millions de personnes en 2035 alors qu’elle était de 81,2 millions en 1995, et sur la faible propension à la consommation de la classe aisée (9). Ce que souligne également à sa manière un autre économiste, Tachibanaki Toshiaki, spécialiste de l’analyse des disparités sociales. Les « abenomics », qui cherchent à créer de la richesse à tout prix, enracinent les inégalités dans une logique systémique où « les gagnants prennent tout ». Ce qui, selon lui, ne peut même pas fonctionner, compte tenu du vieillissement de la population et de l’évolution des valeurs des Japonais, qui tendent de plus en plus à rechercher le « bonheur » plutôt que la consommation (10).

Katsumata Makoto

Economiste, professeur à l’université Meiji Gakuin (Tokyo), président du Centre d’études internationales pour la paix.

(1) NHK News Web, 20 novembre 2013.

(2) Entretien à Asahi Shimbun, Tokyo, 15 juin 2013 (en japonais).

(3) « Japan growth slows on weakness overseas », The Wall Street Journal Online, 13 novembre 2013.

(4) « Nouveau record du nombre de ménages recevant l’aide sociale », Nihon Keizai Shimbun, 13 novembre 2013 (en japonais).

(5) Itoh Shuhei, « Le grand tournant de la sécurité sociale », Sekai, Tokyo, novembre 2013 (en japonais).

(6) Lire Lori Wallach, « Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens », Le Monde diplomatique, novembre 2013.

(7) Magosaki Ukeru et Akira Kimura, Interminable « Occupation », Houritsu Bunkasya, Kyoto, 2013 (en japonais).

(8) Lire Tetsuya Takahashi, « Le sanctuaire Yasukuni ou la mémoire sélective du Japon », Le Monde diplomatique, mars 2007.

(9) Tokyo Shimbun, 17 novembre 2013.

(10) Tachibanaki Toshiaki, « Faut-il ignorer la société inégalitaire ? », Sekai, août 2013 (en japonais).