Pétrole. De bien étranges ballets sur l’Atlantique

Source : http://www.ouest-france.fr/economie/energie/petrole/petrole-de-bien-etranges-ballets-sur-latlantique-3945996

29 Dec 2015

Des pétroliers qui font demi-tour alors qu’ils arrivent à destination. D’autres qui restent au mouillage sans rien livrer. La cause ? L’effondrement des cours du pétrole.

En cette fin d’année 2015, près de 100 millions de barils de pétrole se baladent en mer. Ils sillonnent les océans ou attendent au mouillage. Prisonniers des cuves de centaines de super-pétroliers – et du bon vouloir de leurs armateurs.

Ainsi, une cinquantaine de pétroliers, ayant une capacité de stockage de 30 millions de barils, ont mouillé l’ancre depuis quinze jours devant le port de Galveston (Houston), au Texas, États-Unis.

Une énorme quantité de pétrole actuellement en mer

Et, mi-décembre, trois pétroliers transportant du gasoil – le Vendome Street, l’Atlantic Star et l’Atlantic Titan – ont fait demi-tour alors qu’ils naviguaient depuis le golfe du Mexique vers l’Europe. Le Vendome Street n’était plus qu’à 1 300 kilomètres du Portugal – et avait donc accompli les trois quarts de son parcours – lorsqu’il est revenu vers son point de départ (voir illustration ci-dessous).

Fin décembre, le Vendome Street est finalement venu mouiller… devant le port équatorien de La Libertad (Guayaquil), après avoir franchi le canal de Panama.

Au total, selon le Financial Times, la quantité de pétrole actuellement en mer représente le double de celle qui s’y trouvait en moyenne dans le courant de l’année – et correspond à environ une journée de la production mondiale.

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Pollutions, sécheresses, assassinats : l’inquiétant cocktail de l’industrie pétrolière en Colombie

Perenco est une discrète compagnie pétrolière française, propriété de l’une des familles les plus riches de France. Basta ! et son Observatoire des multinationales ont enquêté sur ses pratiques en Colombie, où Perenco dispose de plusieurs concessions aux côtés d’autres compagnies. L’industrie pétrolière y est accusée de contribuer à la sécheresse qui s’installe dans la savane amazonienne, et de nombreuses négligences face aux pollutions qui contaminent étangs et rivières. Face aux actions de blocages organisées par les habitants et aux centaines de plaintes déposées, les autorités locales s’illustrent par leur totale indifférence. Ceux qui osent dénoncer ces pratiques sont menacés de mort, ou même assassinés, comme l’un des leaders locaux abattus le 13 novembre dernier.

Milton Cardenas a le regard las des personnes qui ont tout tenté. Assis à une table dans le patio de la maison de ses parents, il montre sur l’écran de son ordinateur les images qui, selon lui, lui ont coûté son travail et valu des menaces de mort : « Regardez ! Les produits chimiques qu’ils jettent dans n’importe quels endroits ! Ils sont très dangereux ! De la soude caustique ! Regardez ! » Une partie de ces photos a été prise quand il travaillait pour la multinationale française Perenco. « Regardez ! Tous ces poissons morts ! Quand ils font une perforation, ils entreposent à cet endroit ce qu’ils sortent, la terre mélangée au pétrole. Quand il pleut, tout s’en va dans l’étang [1]. […] Regardez ! Cette vache morte qu’on retire de l’eau ! »

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16 DEC 2015 , SOURCE

Le pétrole, le coton ou le phosphate de l’Etat islamique sont-ils vendus en Europe ?

Par Olivier Petitjean, Rachel Knaebel

24 novembre 2015

Source : http://www.bastamag.net

Des puits de pétrole, des gisements gaziers, des mines de phosphate, des champs de coton, des cultures de céréales… Autant de ressources sur lesquelles l’Etat islamique a mis la main grâce aux territoires qu’il contrôle en Irak et en Syrie. Malgré l’embargo dont il fait l’objet, une partie de ces produits sont écoulés sur les marchés, vers les pays voisins, et servent à financer sa guerre sans fin. Comment les entreprises des secteurs concernés, les négociants de matières premières, les banques et les institutions internationales s’assurent-ils qu’ils ne contribuent pas à remplir les caisses de Daech ?

« Les établissements financiers et de crédit sont appelés à exercer une vigilance particulière à l’égard de toutes transactions commerciales de nature à bénéficier à Daech » prévient Tracfin, la branche du ministère français des Finances chargée de la lutte contre le blanchiment. Les revenus annuels de l’État islamique avoisinent les 3 milliards de dollars, selon les estimations. En prenant le contrôle d’une partie du territoire syrien et irakien, le groupe armé a mis la main sur plusieurs puits de pétrole, sur des gisements gaziers, des fabriques d’engrais, des champs de coton et de céréales… Autant de matières premières qui peuvent contribuer à son financement. En plus de l’argent venu des enlèvements, des taxes imposées aux populations, du trafic d’antiquités, cette mainmise sur des ressources naturelles et les hydrocarbures rapportent des sommes conséquentes. Encore faut-il écouler ces matières premières. Qui sont donc les partenaires commerciaux de Daech ? Les autorités internationales et les grandes entreprises des secteurs concernés ont-elles pris les mesures qui s’imposent ?

Avec le déploiement du porte-avions Charles-De-Gaulle en Méditerranée orientale, suite aux attentats de Paris du 13 novembre, l’armée française va intensifier ses bombardements aériens – débutés il y a plus d’un an – contre Daech en Syrie et en Irak. La veille des attaques de Paris, le ministère de la Défense annonçait avoir bombardé trois sites pétroliers syriens. Les frappes menées par les États-Unis ciblent également des installations pétrolières de Daech. L’opération a été baptisée « Tidal Wave II », en référence à la première opération Tidal Wave qui visait les ressources pétrolières des nazis en Roumanie durant la Seconde Guerre mondiale. Le lundi 16 novembre, pour la première fois, les États-Unis ont commencé à attaquer également des convois de camions citernes, transportant du pétrole destiné à la contrebande. Ce dont ils s’étaient abstenus jusqu’alors par crainte de faire des victimes civiles.

ExxonMobil, Chevron et Total convoitent les sous-sol kurdes

Les puits pétroliers contrôlés par Daech représentent, en octobre 2014, 60 % de la production syrienne de pétrole et 10 % de la production irakienne, selon un rapport de l’agence d’informations financières Thomson Reuters. Ce qui correspond à l’époque à une capacité de 60 000 barils par jour dans chaque pays. Une production qui place en théorie le « califat » au 40ème rang des pays producteurs de pétrole, et rapporte un profit estimé entre 2 et 4 millions de dollars par jour. Mais c’était il y a plus d’un an.

La situation militaire a changé. Une partie des puits capturés par Daech en 2014 ont été reconquis par les forces kurdes et irakiennes appuyées par les États-Unis et l’Iran, réduisant considérablement les ressources potentielles de l’État islamique. S’ils revêtent une importance majeure pour la conduite de la guerre, les gisements actuellement exploités par Daech restent en fait modestes : quelques dizaines de milliers de barils par jour au plus, alors que la production totale de l’Irak se compte en millions de barils. Les gisements syriens contrôlés par l’organisation sont par ailleurs sur le déclin. Mais l’avancée de Daech dans le nord de l’Irak durant l’été 2014 menace alors directement des gisements pétroliers bien plus considérables, ce qui a probablement motivé l’intervention états-unienne. ExxonMobil, Chevron et la française Total se préparent d’ailleurs à exploiter les richesses du sous-sol kurde.

Pétrole, phosphate et textile made in Etat islamique ?

Que fait Daech avec ses ressources, même limitées, en pétrole ? L’État islamique « couvre ses propres besoins et, semble-t-il, vend le reste sur le marché noir local, et exporte du pétrole brut ou raffiné vers la Jordanie, l’Iran, le Kurdistan et la Turquie », indique le rapport de Thomson Reuters. Les djihadistes profiteraient des réseaux de contrebande existant depuis les embargos frappant l’Irak de Saddam Hussein puis l’Iran. Un rapport d’avril 2015 du Congrès des États-Unis signale que le groupe vend du pétrole extrait de ses puits irakiens via la Turquie « de la même manière pour l’essentiel que le pétrole syrien ». Des informations font également état de ventes possibles du pétrole de Daech au régime syrien, et même aux rebelles et aux Kurdes de Syrie, qui combattent les islamistes.

En plus du pétrole, Daech a aussi pris le contrôle de plusieurs gisements gaziers, d’une mine de phosphate irakienne, d’une usine de production d’acide sulfurique et phosphorique et de cinq cimenteries, dont une de Lafarge en Syrie. Mais, précise une analyse du groupement intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d’argent (Groupement d’action financière, Gafi), « au contraire du pétrole brut et raffiné, pour lesquels il existe des circuits de contrebande établis de longue date et des marchés noirs locaux, ces autres ressources sont probablement plus difficile à monétiser pour Daech ». Des inquiétudes existent aussi sur la possibilité que du coton syrien cultivé dans les champs sous contrôle de Daech puisse passer par la Turquie, avant de se retrouver dans les stocks des fabricants textiles européens. Une étude réalisée par une consultante française sur la filière textile régionale alertait il y a deux mois sur l’existence d’un risque réel pour les consommateurs français d’acheter des vêtements contenant du coton de l’État islamique. Des conclusions que l’Union française des industries textiles, indirectement mise en cause, juge erronées.

Les transaction de pétrole avec Daech interdites par l’UE, les États-Unis et l’ONU

En principe, toute transaction qui risque d’alimenter les caisses des groupes islamistes en Syrie et en Irak est interdite. Des entreprises ont stoppé leurs achats de matières premières avec la Syrie dès le début de la guerre. La multinationale norvégienne Yara, spécialisée dans les engrais, assure ne plus acheter de phosphate syrien depuis février 2011, ni venant d’Irak. L’Union européenne a prohibé tout achat de pétrole syrien [1]. À cette époque, les sanctions visent spécifiquement le régime de Bachar El-Assad et la répression sanglante face au soulèvement populaire – l’Etat islamique n’a pas encore surgi sur la scène régionale. Total cesse toutes ses activités de production en Syrie en décembre 2011. L’entreprise française y exploitait du pétrole dans la région de Deir Ez Zor. Elle n’emploie aujourd’hui plus que deux personnes dans son bureau de Damas, afin de « respecter les obligations contractuelles », fait savoir la compagnie.

Les États-Unis aussi ont interdit l’importation de pétrole venu de Syrie avant que Daech ne prenne le contrôle d’une partie des puits [2]. Les sanctions états-uniennes prohibent toutes les transactions de pétrole, mais aussi toute transaction financière en lien avec du pétrole d’origine syrienne. Au sein de l’ONU, les décisions prises visent uniquement les groupes islamistes de la région, mais épargnent le gouvernement syrien, grâce au soutien de la Russie, qui dispose d’un droit de véto au Conseil de sécurité. Une résolution [3] de février 2015 condamne « tout engagement dans un commerce direct ou indirect en particulier de produits pétroliers, et de raffineries modulables, avec Daech et le Front Al-Nusra », une autre composante des forces islamistes en Syrie.

Des réseaux de contrebande qui datent de l’embargo irakien

En France, Tracfin invite « les établissements financiers et de crédit » à « considérer les transactions financières relatives, directement ou indirectement, à l’achat de pétrole, brut ou non, en provenance d’Irak ou produit en Irak, comme des transactions à risque élevé, justifiant des vigilances particulières, sauf si la State Oil Marketing Organization, qui relève du ministère du Pétrole du gouvernement Irakien, y a consenti. » Sur place, les frontières sont poreuses, les alliances de factions sont à géométrie variable, la corruption est généralisée et la situation régionale, notamment au Kurdistan irakien, extrêmement complexe. Autant d’éléments qui favorisent évidemment la vente de pétrole de Daech par l’intermédiaire de trafiquants à travers l’Irak et la Turquie. Le gouvernement régional kurde d’Irak, s’il combat lui aussi Daech, exporte par exemple du pétrole sans l’accord du gouvernement central irakien, dans une stratégie d’indépendance politique et financière [4].

Dans cette situation de guerre, où les réseaux de contrebande sont implantés de longue date, les frontières troubles, et où le Kurdistan irakien vend du pétrole sans l’aval de Bagdad, il est extrêmement difficile de tracer le pétrole dans la région. Là encore, la frontière turque est montrée du doigt. « Les institutions financières feraient bien d’examiner précisément les transactions qui impliquent des entreprises turques ou des individus liés au secteur pétrolier en Turquie », conseille l’agence d’informations financières Thomson Reuters dans son rapport. En Irak, « il est apparu que Daech fait usage des anciens réseaux mis en place par le parti Baas [l’ancien parti au pouvoir à l’époque de Saddam Hussein, ndlr] pour contrevenir au programme Pétrole contre nourriture ».

Les sociétés de trading achètent-elles du pétrole de Daech ?

Ce programme, mis en place par l’ONU pour atténuer les effets de l’embargo des États-Unis contre l’Irak entre 1992 et 2002, s’est retrouvé au cœur d’un vaste système de corruption pour le contourner. Dans cette affaire, l’entreprise française Total a été poursuivie pour corruption. Elle est toujours en attente du jugement en appel [5]. Une grande entreprise suisse de négoce de pétrole, Vitol, a également été condamnée en 2007 aux États-Unis à plus de 17 millions de dollars d’amende et de compensation pour la corruption de fonctionnaires irakiens.

Comment les négociants de pétrole et de matières premières s’assurent-ils qu’ils ne commercent pas de l’or noir extrait par l’État islamique ? « Vitol a un programme global de conformité qui inclue des politiques et des procédures rigoureuses d’examen des intermédiaires et de leurs chaîne d’approvisionnement », nous assure la société de trading. « Dans la région, une vigilance et des contrôles renforcés ont été mis en place, comme l’exigence de ne traiter qu’avec des interlocuteurs connus de longue date et de confiance. »

« Il est très difficile de tracer l’origine exacte d’un produit pétrolier »

Trafigura, une autre grande entreprise de courtage de matières premières, apporte une réponse similaire : « Trafigura n’achète du pétrole et des produits pétroliers, des métaux, et minerais qu’à des sources que nous connaissons bien et qui ont passé nos procédures de connaissance clients ». Trafigura avait aussi été pointée du doigt pour des transactions illicites avec le pétrole soudanais au moment de la guerre du Darfour (ainsi que dans un scandale de déversement de déchets toxiques en Côte d’Ivoire). Les deux entreprises collaboreraient désormais avec les autorités de Washington : elles « ont été invitées dans le seul but de donner, sur la base de leurs connaissances de leur branche, une évaluation du possible volume et le déroulement des opérations pétrolières de l’État islamique », communiquent les autorités suisses.

Est-ce suffisant ? Pour Marc Guéniat, responsable d’enquêtes à l’ONG suisse Déclaration de Berne, qui suit de près les activités des grandes frimes de négoce, « il est très difficile de tracer l’origine exacte d’un produit pétrolier, surtout s’il est mélangé. Il n’existe pas de dispositif qui contraindrait un négociant à se poser cette question. En Suisse, où se trouvent les grands négociants, ceux-ci n’ont pas l’obligation de s’interroger sur l’origine des matières premières qu’ils commercent, contrairement aux banques, qui doivent s’interroger sur l’origine des fonds qu’elles reçoivent en vertu de la loi sur le blanchiment d’argent. Les négociants peuvent acquérir une matière première d’origine illégale ou qui serait le produit d’un crime. » Le traçage semble d’autant plus difficile dans des situations de conflit ouverts, des situations qui ne repoussent pourtant pas les négociants, au vu des scandales passés.

Cesser toute activité avec les pays voisins ?

En septembre 2014, l’ambassadrice européenne en Irak Jana Hybaskova confie qu’il est connu que des pays européens achètent en bout de course du pétrole de Daech [6]. Sans que plus d’informations à ce sujet n’ait été communiquée par les institutions européennes depuis. « Les négociants seraient bien gênés de véritablement exclure le commerce de pétrole provenant des zones de Daech, juge Marc Guéniat. Une banque française qui travaille à Genève dans le financement du négoce a décidé d’écarter totalement ce risque en cessant toute activité dans le pétrole de la région, ce qui signifie aussi en Turquie. C’est, à mon sens, le seul moyen d’être certain de ne pas écouler ce pétrole sur les marchés mondiaux. »

Les banques françaises savent bien que ce type de transaction en zones troubles peuvent leur valoir un coûteux retour de bâton. L’année dernière, c’est pour des transactions avec des régimes sous sanctions des États-Unis (Soudan, Iran, Cuba) que BNP Paribas a écopé d’une amende record de plus de six milliards d’euros. Près de trois quarts des transactions incriminées concernaient des échanges réalisés avec le régime soudanais, visé par des sanctions pour soutien au terrorisme et violations des droits de l’homme. Et c’est de vente de pétrole dont il s’agissait [7]. La première banque française a, depuis, considérablement renforcé son contrôle juridique, et serait particulièrement vigilante à ne pas s’impliquer dans les pays voisins de la Syrie.

La Suisse, paradis des commerçants de pétrole… et du trafic d’antiquités

La Suisse est aussi au cœur des préoccupations sur le commerce des antiquités pillées dans les zones occupées par Daech. Un rapport du président du Louvre, rendu public après les attentats de Paris, indique que les principaux sites antiques de Syrie et d’Irak ont fait l’objet « d’un nombre incalculable de fouilles sauvages ». La vente de ces objets viendrait, elle aussi, gonfler les finances de Daech.

« Daech a probablement récupéré les plus belles pièces du musée de Raqqa (en plus de celles volées dans les musées en Irak) pour les revendre à des trafiquants qui bénéficient de réseaux parfaitement organisés et qui existaient bien avant l’apparition de Daech », pointe le rapport. Or, il se peut que ces pièces volées se retrouvent dans les ports francs du monde entier pour y trouver acheteur. Car dans ces « paradis du recel », confidentialité et discrétion sont la règle. « Dans certains ports francs, aucune obligation d’inventaires à l’intention des douanes n’est imposée : la nature des biens entreposés, leur valeur et l’identité de leur propriétaire restent confidentiels », souligne le directeur du Louvre. Parmi ces territoires, on trouve Singapour et Shangaï, mais aussi Genève et Luxembourg. Au cœur de l’Europe.

Rachel Knaebel, avec Olivier Petitjean

En photo : Des miliciens de l’Etat islamique dans la région de Tikrit en Irak et leurs prisonniers, en juin 2014. Après la prise de la ville et d’une base militaire irakienne, l’État islamique revendique le massacre de 1700 prisonniers chiites.

Notes

[1Voir ici.

[2Voir ici.

[3Voir ici.

[4Il y a quelques jours, Reuters révélait que ces exportations se feraient notamment via Israël.

[5Après une relaxe en première instance, le parquet a requis l’amende maximale de 750 000 euros contre Total lors du deuxième procès fin octobre.

[6Voir cet article de Médiapart.

[7Voir ici la description des faits reprochés.

Plus de gaz pour sauver le climat ? La grande offensive de greenwashing des majors pétrolières

Par Olivier Petitjean

04/06/2015

Source : http://multinationales.org

Le 26e Congrès mondial de l’industrie gazière mondiale vient de se tenir à Paris. L’occasion pour les grandes majors des hydrocarbures comme Total, Engie (GDF Suez) Chevron, ExxonMobil ou Shell de mettre en avant leur vision de la lutte contre le changement climatique et de la transition énergétique : développer le gaz, présenté comme la « moins sale » des énergies fossiles. Sauf que le gaz reste bien une énergie sale, particulièrement lorsqu’il s’agit de gaz non conventionnel, et que son développement ne peut que se faire au détriment des énergies renouvelables et d’une véritable transition énergétique.

Dans les colonnes de Libération, Coralie Schaub explique de manière très claire les « raccourcis » auxquels se livrent les majors pour présenter le gaz comme une énergie propre.

L’exemple de l’exploitation gazière de Total au Nigeria, sur le territoire du peuple Egi, suffit à montrer qu’il n’en est rien (lire notre enquête). Les problèmes sanitaires et environnementaux occasionnés par le gaz sont même potentiellement plus graves que ceux occasionnés par le pétrole, parce qu’il se diffuse plus rapidement et largement. Au Nigeria Total recourt aussi encore à la pratique controversée du torchage du gaz, source de pollution de l’air et de pluies acides (en plus de constituer un gâchis économique).

En outre, le gaz est en fait aussi polluant que le charbon lorsqu’il provient de sources non conventionnelles :

Certes, le gaz fossile « conventionnel » est moins nocif pour le climat que le charbon. Ce dernier émet « plus du double » de gaz à effet de serre, rappelle Alain Grandjean, du cabinet Carbone 4. « Le gaz est aussi préférable au fioul comme combustible dans les camions et les voitures. » Mais, précise-t-il, cela n’est valable que si celui-ci est « produit et transporté sans fuite, ce qui n’est pas le cas du gaz de schiste ». Car la fracturation hydraulique, seule technique permettant aujourd’hui d’extraire les gaz et pétroles de schiste, entraîne d’importantes fuites de méthane, qui s’ajoutent à celles qui ont lieu lors du transport, du traitement et de la distribution du gaz. Or le méthane est un gaz très réchauffant, 25 fois plus que le dioxyde de carbone (CO2). Selon des études de la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA) et de l’université de Cornell, il y a de 6 à 12% de fuites de méthane lors de la production de gaz et huiles de schiste. Or, au-delà de 3% de fuites, il est considéré que le gaz de schiste contribue autant au réchauffement climatique que le charbon…

Gaz contre charbon

L’offensive publicitaire des majors du gaz – y compris leur plaidoyer pour la fixation d’un prix du carbone – vise surtout à promouvoir leur source d’énergie aux dépens, d’une part, de la concurrence du charbon, mais aussi et surtout d’une véritable transition énergétique. Déjà, au niveau européen, sur fond de crise diplomatique avec la Russie, principal fournisseur de gaz de l’Union, on assiste à des pressions pour diriger les investissements dans le secteur de l’énergie vers les grandes infrastructures gazières plutôt que vers l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

La promotion du gaz passe donc, pour les majors, par le sacrifice apparent du charbon. C’est ainsi qu’Engie (ex GDF Suez) a fini par annoncer qu’elle ne s’engagerait pas dans un projet de nouvelle centrale au charbon de Thabametsi, en Afrique du Sud, que dénonçait depuis plusieurs mois une coalition d’ONG françaises et sud-africaines (lire le communiqué de presse des Amis de la terre). Un geste positif, mais l’entreprise énergétique possède encore les centrales électriques au charbon parmi les plus polluantes au monde (lire ici et ici) et continue à construire de nouvelles centrales au charbon géantes ailleurs, comme celle de Safi au Maroc.

Hypocrisie

Quant à l’annonce par Total, le 1er juin 2015, de son « retrait » du charbon, difficile d’y voir autre chose que du cynisme. Il s’agit en effet d’une activité très marginale au sein de Total (quelques mines en Afrique du Sud), et cela fait plus de six mois que le groupe avait déjà indiqué vouloir les céder à l’entreprise sud-africain Exxaro, dans le cadre de son plan d’économies et non pour des raisons environnementales ! L’entreprise pétrolière n’a ressorti de son chapeau cette transaction – qui doit encore être validée par le gouvernement sud-africain – qu’à des fins purement publicitaires.

La direction de Total fait valoir, en cette année de Conférence climat à Paris, que le groupe produit désormais davantage de gaz que de pétrole. Mais cela s’explique surtout par le fait que la production pétrolière de Total est en chute continue depuis dix ans, malgré des investissements sans précédents pour trouver de nouveaux gisements de pétrole. Total n’hésite pas non plus à poursuivre le développement des ressources fossiles parmi les plus polluantes et les plus émettrices de gaz à effet de serre, comme le pétrole issu des sables bitumineux. (Sur toutes ces questions, voir notre « bilan annuel » de Total.)

Olivier Petitjean

— 
Photo : Ken Doer CC

LES CHINOIS ÉTOUFFENT

Source : http://ddc.arte.tv

05/2015

VIDEO

EN BREF

Puissance économique de premier plan, la Chine a connu un rythme de croissance exceptionnel, que nul autre pays n’avait expérimenté auparavant. Et s’il a permis de sortir une partie de la population de la pauvreté, le développement du pays a aussi provoqué une crise écologique majeure. Le Dessous des Cartes se penche aujourd’hui sur les conséquences environnementales du développement de la Chine.

L’évolution du PIB de la Chine

L’évolution du PIB de la Chine

Voici la courbe de progression du PIB de la Chine depuis le lancement de la réforme économique, au début des années 1980, calculé en dollars constants. En 30 ans, ce PIB a été multiplié par 20, et il est, en 2013, de près de 5 000 milliards de dollars, ce qui place désormais la Chine au deuxième rang mondial, derrière les États-Unis.
L’évolution des émissions de CO2 en Chine

L’évolution des émissions de CO2 en Chine

Voici maintenant la courbe de progression des émissions de CO2 de la Chine, en millions de tonnes, pour les mêmes dates. On voit qu’il y a une corrélation avec la courbe du PIB. Et si on compare avec l’évolution des émissions de CO2 des États-Unis, on observe que la Chine les a dépassés à partir de 2007. Elle est donc devenue la première puissance émettrice de CO2 au monde. Cela s’explique notamment par le fait que la croissance économique entraîne une demande accrue en énergie et donc une pollution de plus en plus importante. Et cette pollution dépend du type d’énergie utilisée.
La répartition des types d’énergie utilisée en Chine

La répartition des types d’énergie utilisée en Chine

Sur ce graphique, on peut voir la part des énergies utilisées en Chine : nucléaire, renouvelable (solaire et éolien), gaz naturel, hydroélectricité, pétrole et charbon. Ainsi, 77 % de l’énergie primaire utilisée en Chine vient du seul charbon, ce qui est considérable. Après les États-Unis et la Russie, la Chine dispose des troisièmes réserves de charbon au monde.
Les gisements de charbon en Chine

Les gisements de charbon en Chine

Vous voyez, en noir sur cette carte, la localisation des gisements de charbon en Chine, dont les plus grandes réserves se trouvent au Nord du pays. Les points rouges représentent les sites d’usines, aciéries et sites industriels, qui utilisent cette ressource. Une grande partie de ces usines est éloignée des principaux gisements de charbon. On estime que le pays met en service deux usines à combustion de charbon chaque mois, pour augmenter sa capacité de production, améliorer la propreté du parc existant, mais aussi pour rapprocher les usines des gisements.
Les régions touchées par le smog en 2013

Les régions touchées par le smog en 2013

Or, la combustion du charbon est très émettrice de CO2 et donc très polluante. Cette carte nous donne justement une idée des régions les plus polluées de Chine. Les zones marron indiquent les régions qui ont connu le plus de jours de smog en 2013, c’est-à-dire de nuages dus à la pollution. Elles correspondent aux régions où se trouvent de nombreuses usines utilisant le charbon mais aussi à la localisation des grandes villes. Ce type de smog peut toucher jusqu’à 17 provinces sur 28, ce qui ferait environ 600 millions de personnes, soit près de la moitié de la population de la Chine !
La pollution automobile

La pollution automobile

L’autre facteur de la pollution de l’air, c’est l’explosion du parc automobile : depuis 2010, la Chine est le premier marché de véhicule particulier au monde. Elle immatricule une voiture toutes les 4 secondes. Il y a 75 millions de véhicules particuliers en 2015, et ce chiffre pourrait tourner autour de 230 millions en 2020. Pékin, la capitale, compte 250 000 voitures de plus chaque année, alors que ce nombre est limité par la réglementation. On estime qu’à Pékin, la circulation est responsable de 58 % des émissions de monoxyde d’azote et de 25 % des émissions de particules fines.
Les particules fines

Les particules fines

Vous voyez sur cette carte les régions (en rouge) les plus touchées par la présence de particules fines dans l’air. Les particules fines proviennent des fumées issues de la combustion du charbon et des vapeurs d’automobiles. La concentration de particules fines dans l’Est de la Chine est l’une des plus élevées au monde, justement dans les régions où il y a un grand nombre d’usines utilisant le charbon.
La mortalité respiratoire prématurée en Chine

La mortalité respiratoire prématurée en Chine

Or, les particules fines pénètrent dans les voies respiratoires. Il a été d’ailleurs constaté que les fréquents pics de pollution entraînaient une augmentation immédiate de 20 à 30 % des consultations respiratoires dans les hôpitaux. Et si on regarde une carte de la mortalité respiratoire prématurée en Chine, on constate que les régions les plus touchées se trouvent à l’Est du pays.
Les régions touchées par les pluies acides en Chine

Les régions touchées par les pluies acides en Chine

Mais il n’y a pas que la pollution atmosphérique, il y a aussi la pollution de l’eau. Vous voyez sur cette carte en rouge les régions les plus touchées par les pluies acides. Elles correspondent là encore aux régions où se trouvent de nombreuses usines et grandes villes.
La pollution de l’eau

La pollution de l’eau

Alors comment marche ce phénomène ? Relâchées dans l’atmosphère, les particules polluantes retombent sur le sol mais contaminent aussi l’atmosphère et augmentent l’acidité des pluies. Tout cela a bien sûr des conséquences sur l’eau, c’est-à-dire sur les nappes souterraines, sur la fourniture d’eau potable, sur les réseaux d’irrigation, donc l’agriculture et les écosystèmes, et enfin sur la pêche côtière ou les fermes aquacoles, entraînant une pollution de la chaîne alimentaire.
Les manifestations contre la pollution

Les manifestations contre la pollution

Or, c’est la pollution de l’eau, plus encore que celle de l’air, qui est aujourd’hui en Chine la première cause des mécontentements et des manifestations. Vous voyez sur cette carte quelques unes des nombreuses manifestations qui illustrent le mécontentement de la population à l’égard des dégradations environnementales du pays. Ce mécontentement s’exprime aussi par des dépôts de plainte aux centres locaux de protection environnementaux. Ces plaintes sont passées de 300.000 en l’an 2000, à plus de 700.000 en 2010.

Lectures

Chine brune ou Chine verte ? – Les dilemmes de l’État-parti (Broché)Benoît Vermander
Les Presses de Sciences Po2007Présentation de l’ouvrage

De par son poids économique et stratégique, les défis que doit relever la Chine sont aussi des enjeux planétaires.

Le site des Presses de Sciences Po offre un résumé, le sommaire et une interview de l’auteur de l’ouvrage.

À propos de l’auteur

Le jésuite Benoit Vermander, docteur en sciences politiques, est directeur de l’Institut Ricci de Taipei et de la revue de l’Institut : Renlai.

Les publications de Benoit Vermander sont disponibles sur Cairn, dont le récent article « Développement durable et responsabilité sociale des entreprises en Chine contemporaine » pour Hérodote.

Histoire de la pensée chinoise (Broché)Anne Cheng
Points Essais/Le Seuil01/10/2014Présentation de l’ouvrage

La réédition en format poche de l’ouvrage de référence d’Anne Cheng, titulaire de la chaire “Histoire intellectuelle de la Chine” au Collège de France, est présentée en détails sur le site de l’éditeur.

Un compte-rendu en est proposé par Jacques Ghiloni pour Lecture Revues.

À propos de l’auteure

On peut découvrir Anne Cheng lors d’un entretien avec Laure Adler en début d’été 2014 pour son émission Hors Champs.

Fayard a publié la leçon inaugurale intitulée « La Chine pense-t-elle ? » que l’auteure prononça fin 2008 au Collège de France.

Elle présente pour l’année 2014/2015 un cycle de cours intitulé « Humanisme et ritualisme en Chine ancienne et contemporaine« .

De l’Être au Vivre – Lexique euro-chinois de la penséeFrançois Jullien
Gallimard01/03/2015Présentation de l’ouvrage

François Jullien présente ainsi son ouvrage : « Dans quels termes penser quand le monde est en voie de penser dans les mêmes ? … Au lieu donc de prétendre identifier des « différences » qui caractériseraient les cultures, je cherche à y détecter des écarts qui fassent reparaître du choix et remettent en tension la pensée. C’est seulement à partir d’eux, en effet, qu’on pourra promouvoir un commun de l’intelligible qui ne soit pas fait de slogans planétarisés. … Et voici que, en dessinant une sortie de la « question de l’Être », c’est du même coup une nouvelle pensée du vivre que capte, dans ses mailles, ce filet. »

La natureYue Dai Yun et Anne Sauvagnargues
Desclée de Brouwer1999Présentation de l’ouvrage

Si, dans la civilisation chinoise, la nature précède la pensée, si la présence de la rivière, de la montagne, de la brume (paysage se nomme « montagne(s)-eau(x) ») tiennent autant de place dans le quotidien, l’Europe, elle, rêve plutôt de pierres, et cherche à contrôler et à domestiquer la nature.

Yue Dai Yun, professeur de lettres chinoises à l’université de Pékin, et Anne Sauvagnargues, philosophe, confrontent leur expérience de la nature et nous invitent à considérer autrement le monde qui nous entoure.

Le livre, encore disponible chez l’éditeur, est aussi accessible sur le site VertigO, la revue électronique des sciences de l’environnement.

Anne Sauvagnargues a publié ouvrages et articles dont la liste et les textes sont consultables sur le site Cairn.

Discovering Nature: Globalization and Environmental Culture in China and TaiwanRobert P. Weller
Cambridge University Press01/02/2006Présentation de l’ouvrage

Le livre, très documenté, décrit les transformations extraordinaires qui ont eu lieu dans les réponses chinoises et taïwanaises aux problèmes environnementaux du XXe siècle et au-delà. Il montre aussi comment la circulation mondiale des idées occidentales sur la nature a interagi avec les traditions chinoises.

Un ouvrage qu’a lu et commenté, pour le site Non-fiction, Frédéric Keck, chargé de recherches au CNRS.

À propos de l’auteur

Robert P. Weller est professeur d’anthropologie et chercheur associé de l’Institut de la culture, de la religion et des affaires mondiales à l’Université de Boston.

qióngdǐng zhī xià (Sous le dôme – enquête sur le brouillard chinois)Chai Jing
Production personnelle0/2015Présentation de l’ouvrage

Documentaire chinois sur la pollution atmosphérique des grandes agglomérations chinoises, réalisé par Chai Jing, ancienne présentatrice vedette de CCTV2, réseau télévisuel d’État.

Si Harold Thibault, correspondant du journal Le Monde, rappelait début mars que « le nouveau ministre de l’environnement, Chen Jining, un universitaire spécialiste des questions d’écologie, s’est félicité, après avoir vu le film, que Mme Chai attire l’attention de la population sur l’environnement sous l’angle de la santé publique », il n’a pas fallu longtemps aux autorités chinoises pour faire disparaître le film du web chinois comme l’explique la page du site de la Fédération internationale des journalistes.

Toujours visible par ailleurs, le documentaire en chinois a vu ses traductions s’améliorer. Il a été récemment traduit en français par Frédéric Dalléas et Jef Jaquier sur YouTube.

Le twitter chinois de Chai Jing est toujours accessible sur Weibo ainsi que son blog sur Sina.

Guerre de l’ombre au Sahara

Documentaire de Bob Coen et Éric Nadler

2015

Source : http://info.arte.tv

 

La guerre pour contrôler les ressources du XXIe siècle a déjà commencé. Et l’Afrique, comme à l’accoutumée, est aux premières loges. Depuis des décennies, la France n’est plus la seule à avoir des vues sur le continent. Dès les années 1960, la découverte d’immenses gisements de pétrole dans le golfe de Guinée attire un nouvel acteur aux besoins inextinguibles, les États-Unis. Peu à peu, la première puissance mondiale s’implante en Afrique. Le 11 septembre 2001 marque un tournant. Pris de vitesse par la Chine sur le continent, Washington met un pied au Sahara dans le cadre officiel de sa « lutte contre le terrorisme ». En 2007, l’administration Bush renforce son instrument politico-militaire, à travers Africom, visant notamment à quadriller la région. Mais derrière ce combat se cachent d’autres batailles : la zone saharienne contient les plus grandes réserves pétrolières d’Afrique, mais aussi de l’uranium, du fer, de l’or… Parallèlement, la France renforce sa présence militaire sur le continent.

Une militarisation croissante de l’Afrique

Passionnant, ce documentaire inscrit les dernières opérations militaires dirigées par les États-Unis et la France dans ce contexte de contrôle des ressources africaines : la Libye est un producteur majeur de pétrole, le Mali abrite d’importantes quantités d’uranium, alors que le Centrafrique occupe une place stratégique dans la région. Les réalisateurs Bob Coen et Éric Nadler donnent la parole à de nombreux intervenants pour montrer comment les grandes puissances industrielles se positionnent. Cent trente ans après la conférence de Berlin, qui vit les pays occidentaux se partager le « gâteau » africain, l’histoire se répète, invariablement.

  Coproduction : ARTE France, Crescendo Films (France, 2013, 54 mn)

CONNEX :

ALTERNATIVE PLAYER STREAM

Arctique, la conquête glaciale

Réalisé par Tania Rakhmanova

Source : http://www.arte.tv

Documentaire (France, 84 min.) (2013)

VIDEOS : 1/2 , 2/2

L’Arctique sera-t-il la dernière grande réserve d’hydrocarbures mondiale ? La région attise les convoitises territoriales des grandes compagnies et des États. Ce documentaire édifiant recense tous les dangers qui menacent le pôle Nord.

L’Or Noir de l’Amérique

Réalisé par Pierre-Emmanuel LUNEAU-DAURIGNAC (52’)

Source : http://www.lcp.fr

En 2009, la découverte d’un gigantesque gisement de pétrole de schiste dans le Dakota du Nord sonne comme une bonne nouvelle pour l’Amérique en crise. Plus de 16 000 puits pompent aujourd’hui le sol du Dakota du Nord. Les Etats-Unis devraient devenir le premier producteur de pétrole d’ici à 2020, devant la Russie et l’Arabie Saoudite, remettant ainsi en cause une bonne partie de l’équilibre géostratégique de la planète. Mais alors que l’argent et le pétrole coulent à flots, d’autres voix se font entendre : celles des fermiers de la région dont le bétail dépérit à vue d’œil, celles des habitants des petites villes dont l’eau potable s’irise soudain. Le réalisateur est parti enquêter sur ce nouveau Far West et ses acteurs, avec en toile de fond les enjeux économiques gigantesques des hydrocarbures de schiste, mais aussi les enjeux de santé publique…

 VIDEO : https://dailymotion.com/video/k6ilYWutIEMTM09qBaf

L’OPEP baisse le prix du baril pour punir la Russie

Par

17/12/2014

Source : https://ijsbergmagazine.com

La chute rapide des prix du pétrole a de graves répercussions politiques. La Russie et l’Iran, adversaires historiques de l’Arabie Saoudite, sont les plus durement touchés par la dévaluation de l’or noir. D’aucuns suspectent les saoudiens de se servir du pétrole pour achever leurs ambitions géopolitiques.

Une enquête de Martin Bernard

Les cours du pétrole sont à un niveau historiquement bas. Depuis le mois de juin les prix du baril d’or noir ont chuté de près de 45%, pour se situer actuellement autour de 56 dollars (contre 115$ il y a 6 mois).

« C’est un décrochement considérable qui aura des répercussions nettes sur l’offre pétrolière mondiale si les prix se stabilisent à ce niveau sur le long terme », explique Francis Perrin, président de Stratégies et Politiques énergétiques (SPE).

 Logique de marché et arme géopolitique

Si le constat de cette débâcle financière est simple, les raisons sont plus complexes à cerner. Plusieurs niveaux de lecture se chevauchent, et comme souvent en matière de pétrole, la logique du marché se confond avec les visées géopolitiques des acteurs en présence : les Etats-Unis et la Russie, mais aussi et surtout l’Arabie Saoudite et les autres pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), un cartel né en 1960 pour pallier à une forte baisse des prix du pétrole.

Les douze membres de l’OPEP représentent aujourd’hui encore 35% de la production mondiale d’or noir. Un tiers de ces 35% est issu de l’Arabie Saoudite, de facto leader naturel du groupe. Depuis sa création, le cartel a toujours eu pour volonté de contrôler les cours du pétrole en fixant des quotas de production destinés à maintenir un prix du baril avantageux dans le but d’assurer revenus et parts de marché. Une arme autant économique que politique.

Cette logique est-elle à l’origine du niveau actuel des cours du pétrole ? « L’Arabie Saoudite semble entreprendre de rappeler à chacun, hors de l’OPEP comme au sein de l’organisation, qu’elle est l’unique reine au centre de l’échiquier pétrolier mondial », écrit le journaliste Matthieu Auzanneau sur son blog Oil Man, hébergé par le journal Le Monde.

Le 27 novembre, après une réunion des ministres du pétrole des pays de l’OPEP, l’organisation a décrété qu’elle n’allait pas réduire sa production (environ 30 millions de barils par jour), et donc laisser chuter les prix du baril.

La concurrence avec la production américaine de pétrole de schiste (8,5 millions de baril par jour contre 9,6 de pétrole conventionnel pour les Saoudiens), couplée au ralentissement de la demande de pétrole en Europe et en Chine et à la reprise de la production en Libye sont autant de facteurs susceptibles de saturer le marché du pétrole et de faire baisser les prix.

Certains observateurs voient dans le comportement de Riyad un moyen de pénaliser les producteurs de pétrole de schiste américains. Mais cela semble peu plausible, en tout cas dans l’immédiat. Ces derniers ne subiront pas, malgré des coûts d’extraction plus élevés que ceux de leurs concurrents du Golfe, un arrêt brutal de leur activité. « L’ensemble de la production de schiste est plus résiliente que prévu », confirme Matthieu Auzanneau. Du moins à court et à moyen termes. « Pour autant que les prix actuels se stabilisent, la production de pétrole de schiste américaine sera encore élevée en 2015, même si les marges seront réduites », explique Francis Perrin. « Bien qu’en dessous des prévisions initiales, elle sera même certainement en hausse par rapport à 2014 ».

La Russie et l’Iran « Victimes » principales

Les mécanismes de marché jouent un rôle prépondérant dans la situation actuelle, mais ils n’expliquent pas à eux seuls les causes profondes du maintien d’un niveau de production inchangé de la part de l’Arabie Saoudite, malgré la baisse des cours. Si Riyad a décidé de ne pas réduire sa production, c’est aussi parce que des prix bas impactent directement deux de ses adversaires politiques de longue date : la Russie et l’Iran.

Le budget iranien, déjà plombé par un embargo international, est selon les estimations à l’équilibre avec un baril aux alentours de 140 dollars. Celui de la Russie l’est avec un baril à 114 dollars. « La baisse actuelle est dramatique pour un pays comme la Russie dont un tiers des recettes provient du pétrole, explique Francis Perrin. D’autant que le prix du gaz, indexé au prix du pétrole, baisse également et que s’ajoute à cela les sanctions économiques prises par les Etats-Unis et l’Europe suite à l’annexion de la Crimée et le soutien apporté par Moscou aux indépendantistes de l’est de l’Ukraine ».

Selon le ministre russe des finances Anton Silouanov, l’impact des sanctions occidentales (chiffré à 40 milliards de dollars) ajouté aux conséquences directes de la baisse des prix du pétrole, aura pour résultat un creusement de la dette du pays de 110 à 130 milliards de dollars sur l’année 2014. Une somme considérable qui freinera le développement des coûteux projets d’hydrocarbures prévus dans l’Arctique russe.

Hasard ou non du calendrier, les vagues de sanction économiques mises en application dès juillet contre la Russie ont coïncidé avec le début du décrochement des prix du pétrole. Une aubaine pour les stratèges de Washington et de Bruxelles qui peinent à se sortir du bourbier ukrainien, mais surtout pour l’Arabie Saoudite, adversaire de longue date de l’Iran et du régime de Bachar Al-Assad soutenu par Moscou. « Difficile d’imaginer une concordance plus optimale entre intérêts économiques et intérêts géopolitiques », confirme Steve LeVine, journaliste américain spécialiste des questions énergétiques pour le site Quartz.

Le Kremlin n’a pas tardé à accuser Riyad et Washington d’influencer les prix pour des raisons politiques. « Ceci est de la manipulation politique, et l’Arabie saoudite est elle-même manipulée (ndlr. par les Etats-Unis) », aurait récemment accusé le vice-président de Rosneft, Mikhail Leontyev. Réalité ou rhétorique anti-américaine habituelle ?

« Qu’il y ait une volonté de l’OPEP de manipuler le marché pour notamment pénaliser l’économie russe est l’hypothèse la plus plausible », confie à Ijsberg Magazine une source proche des milieux pétroliers.

Un sentiment partagé par le journaliste américain Thomas Friedman, triple lauréat du prix Pulitzer et chroniqueur au New York Times : « il est difficile d’affirmer que l’alliance entre américains et saoudiens est délibérée ou une coïncidence d’intérêt, mais si elle est explicite, alors nous sommes clairement en train d’essayer de faire subir au président Poutine et à l’Ayatollah Ali Khamenei ce que les américains et les saoudiens ont fait aux derniers leaders de l’Union soviétique : les pomper jusqu’à la mort, les pousser à la faillite en baissant les prix du pétrole à des niveaux en dessous de ce que Moscou ou Téhéran ont besoin pour financer leur budget. »

Des propos corroborés par Rashid Abanmy, président du Saudi Arabia Oil Policies and Strategic Expectations Center, un centre d’analyse stratégique saoudien basé à Riyad, interrogé le 10 octobre dernier par l’agence de presse turque Anadolu : « Avec le déclin de la demande de pétrole, la raison ostensible de la chute des prix est d’attirer de nouveaux clients, mais la raison réelle est politique : l’Arabie Saoudite souhaite que l’Iran limite l’expansion de sa force nucléaire, et que la Russie change sa position de soutien au régime de Bachar Al-Assad en Syrie. » Pour faire pression, « Riyad vendra du pétrole en dessous du prix habituel, à 50-60$ le baril sur les marchés asiatiques et nord-américains ». Une prédiction qui s’est confirmée : deux mois après cette déclaration, les cours ont effectivement basculé sous le seuil de 60$ le baril.

Manipuler les prix de l’Or Noir pour ruiner l’économie Russe

En mars dernier, suite à l’annexion de la Crimée par le Kremlin et aux premières sanctions économiques occidentales, une série de déclaration ont été faites en vue d’affaiblir la Russie en manipulant les prix de l’or noir. « L’effet dissuasif le plus fort est dans les mains des Etats-Unis parce qu’ils peuvent inonder le marché de pétrole issu de leur réserve stratégique », déclarait fin mars George Soros, milliardaire américain propriétaire de fonds spéculatifs. « Cela permettrait de réduire les prix du pétrole et ruinerait l’économie russe dépendante de ce dernier ». Soros pensait alors que les sanctions prises contre certains oligarques russes seraient contre-productives.

Les réserves stratégiques évoquées par le milliardaire sont les 691 millions de barils de brut issus de la Réserve Stratégique de Pétrole américaine constituée en 1973 suite au premier choc pétrolier dans le but de prévenir toute pénurie en cas de crise internationale et de raréfaction des importations pétrolières.

« Les Etats-Unis n’ont désormais plus besoin d’une telle réserve stratégique de pétrole, a écrit en mars dernier dans le Financial Times l’économiste Philip Verleger. Ils pourraient facilement vendre 500 000 à 750 000 barils par jour pendant deux ans et conserver le minimum légal de 90 jours d’importation. Si les Etats-Unis décidaient de cela, le prix mondial du pétrole chuterait de 10-12$… ce qui infligerait un mal substantiel à la Russie… et profiterait aux consommateurs européens. »

Mi-mars, quelques jours avant la publication de l’article de Philip Verleger, le gouvernement américain a vendu 5 millions de barils de sa réserve stratégique. L’administration a nié tout lien entre la vente et l’annexion de la Crimée, mais ce geste a alors été interprété par de nombreux analystes comme un signal lancé à Moscou, destiné à montrer que les Etats-Unis étaient en mesure de frapper l’économie russe. Malgré cet avertissement de Washington, cependant, le projet avancé par Philip Verleger et George Soros ne s’est pas réalisé.

S’il est trop tôt pour tirer des conclusions hâtives – les effets de hausse et de baisse des prix sur le marché du pétrole réagissent au temps long – en 1986, c’est une dégringolade similaire des cours (alors à 13$/baril) qui a provoqué en partie, cinq ans plus tard, la chute de l’Union Soviétique. Une dégringolade qui, on l’a appris ensuite, avait été orchestrée par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite.

 

Pétrole: l’Arabie saoudite contre le Texas et le Dakota du Nord

Par François d’Alançon

22/12/2014

Source : http://monde.blogs.la-croix.com

Les cheikhs contre le schiste, titrait début décembre l’hebdomadaire The Economist. Le bras de fer entre les monarchies pétrolières du Golfe et les pétroliers américains continue.

Lors d’un forum sur l’énergie à Abou Dhabi, dimanche 21 décembre, plusieurs intervenants ont accusé des pays non-membres de l’Opep d’avoir provoqué, par un excès de production, l’effondrement des cours du brut mais se disent confiantes que les prix vont rebondir. Les cours de l’or noir ont perdu environ 50% de leur valeur depuis la mi-juin, grevés par l’abondance de l’offre, le renforcement du dollar et la faiblesse de la demande dans un contexte de ralentissement de l’économie mondiale.

« Une des principales raisons (de la chute des prix) est la production irresponsable de certains producteurs hors de l’organisation (de l’Opep), dont certains sont de nouveaux venus » sur le marché, a accusé le ministre émirati l’Energie, Suhail al-Mazrouei, à l’ouverture à Abou Dhabi d’un forum sur l’énergie.

Le ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Nouaïmi s’en est pris lui aussi aux pays non-membres de l’Opep. La chute des prix est due en partie à « un manque de coopération de la part des principaux producteurs hors Opep, à des informations erronées et à la cupidité des spéculateurs« , a-t-il martelé devant les participants en ajoutant que ces producteurs hors Opep finiraient par « réaliser l’importance de la coopération pour assurer des nouveaux prix équitables. »  Le ministre saoudien a prédit que « les producteurs à coûts élevés ne vont pas continuer à augmenter leurs extractions », dans une claire allusion au pétrole de schiste en Amérique du nord et s’est dit confiant dans un rebond des prix.

Fin novembre à Vienne, l’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) avait décidé de maintenir à 30 millions de barils par jour (mbj) le plafond de production malgré les appels à une réduction de l’offre pour inverser la courbe baissière des prix. Le prix du baril de pétrole brut est passé de plus de 100 dollars l’été dernier à moins de 60 dollars aujourd’hui.

Pourquoi les Saoudiens laissent-il plonger le cours du pétrole?

Jusque là, la politique saoudienne avait toujours consisté à maintenir des prix élevés en limitant la production mondiale de pétrole.

Selon le Wall Street Journal, le changement de tactique saoudien se veut une réplique au boom de la production de pétrole et de gaz de schiste  aux Etats-Unis, perçu par les monarchies pétrolières comme une menace parce que contribuant à l’excédent de production.

Les États-Unis ont produit, en août, 8,6 millions de barils par jour. Du jamais vu depuis juillet 1986. L’Administration américaine d’information sur l’énergie (EIA) prévoit d’atteindre 9,5 millions de baril en 2015. Un record depuis le « peak oil » de 1970, année à partir de laquelle la production avait commencé à reculer. Le taux de dépendance américain au pétrole importé est tombé de 60 % en 2005 à 30 % aujourd’hui. Le marché mondial continue d’en être bouleversé, puisque le brut que les Américains n’importent plus, notamment des pays d’Afrique de l’Ouest (Nigeria, Angola), est réorienté vers l’Europe.

Faute d’un accord avec les pays producteurs hors OPEP comme la Russie et le Mexique pour réduire la production, les Saoudiens ont donc décidé de laisser plonger le prix du pétrole pour mettre en difficulté les pétroliers du Texas et du Dakota du Nord : combien de temps et jusqu’à quel niveau de prix ces derniers pourront-ils continuer à extraire leur pétrole de schiste sans faire faillite, ou, au minimum, réduire leurs investissements et donc, ralentir la croissance de la production. Plusieurs compagnies ont déjà coupé dans leurs budgets.

Selon le Wall Street Journal, en raison notamment des progrès de la technologie, l’extraction de pétrole de schiste continue à être  rentable, à un prix du pétrole aussi bas que 40 dollars le baril. D’autres experts situent ce seuil de rentabilité à 65/70 dollars le baril. Même dans l’hypothèse d’un crash, les innovations attendues dans la technique d’extraction pourraient susciter un rebond avec une nouvelle vague d’investisseurs.

 

Fallait-il tuer Kadhafi ? L’Union africaine court-circuitée par l’intervention occidentale

Par Jean Ping

08/2014

Source : http://www.monde-diplomatique.fr

 

L’élimination de Mouammar Kadhafi, le 20 octobre 2011, a signifié la fin de son régime despotique, mais pas celle du chaos en Libye. Les dégâts collatéraux des raids aériens occidentaux affectent aujourd’hui tous les riverains du Sahara. Afin d’éviter un tel désastre, l’Union africaine avait proposé une solution politique, en passe d’aboutir au moment de l’intervention étrangère ; ce dont témoigne un acteur de premier plan.

En 2011, en l’espace de seize jours, deux incursions militaires étrangères lourdes ont eu lieu dans l’espace souverain de l’Afrique, sans que l’Union africaine (1), considérée comme quantité négligeable, ait été consultée. Entre le 4 et le 7 avril, les troupes françaises intervenaient en Côte d’Ivoire. Quelques jours plus tôt, à partir du 19 mars, les forces de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), principalement françaises et britanniques, avaient commencé à bombarder la Libye. Pour l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, ces événements ont illustré « l’impuissance de l’Union africaine à faire valoir les droits des peuples africains face à la communauté internationale (2) ». Pourtant, fait ignoré par les médias, dans ces deux conflits, l’organisation dont j’ai présidé la Commission de 2008 à 2013 avait formulé des solutions pacifiques concrètes, que les Occidentaux et leurs alliés ont écartées d’autorité.

Dès les premiers jours de l’année 2011, tout avait basculé en Afrique du Nord. Le 14 janvier, le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali prenait la fuite. Médusée, l’Europe n’intervint pas. Le 10 février, en Egypte, M. Hosni Moubarak démissionnait. Le 12 février, la contestation gagnait la Libye voisine. Pour les Occidentaux, ce dernier soulèvement fut une aubaine : il leur permit de jouer à bon compte les héros humanitaires et de faire oublier leur soutien aux autres régimes dictatoriaux. Avec le vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), le 17 mars, ils pensaient avoir obtenu un feu vert pour entamer une danse macabre autour du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

« Afghanistan de proximité »

Parmi les protagonistes de ce conflit figuraient en premier lieu le Conseil national de transition (CNT) et ses révolutionnaires hétéroclites, qui avaient pour seul objectif commun de se débarrasser du tyran. Pour y parvenir, un soutien extérieur leur était indispensable (3).

En second lieu intervenaient la coalition occidentale et son bras armé, l’OTAN, qui firent irruption, tels des justiciers, dans cette nouvelle bataille des sables. Elles entendaient réagir avec férocité aux agissements de Kadhafi et, comme avec Saddam Hussein, l’éliminer définitivement. Mais, pour se débarrasser d’un seul homme et arrêter un massacre de civils, fallait-il engager une guerre punitive de cette ampleur et commettre un autre massacre de civils tout aussi innocents ? On jouait avec le feu, et on pouvait déjà prévoir le chaos qui, comme en Somalie, en Irak, en Afghanistan et ailleurs, en résulterait.

Le camp occidental comptait naturellement sur le grand frère américain, la « nation indispensable », selon l’expression de l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright. Il se trouve cependant que, à ce moment-là, M. Barack Obama dévoilait sa nouvelle doctrine de pivotement vers l’Asie-Pacifique (4). L’Amérique, engluée dans ses problèmes intérieurs nés de la crise économique et financière, éprouvait le besoin de se replier quelque peu sur elle-même. Elle avait de ce fait décidé d’exercer désormais son leadership mondial « depuis l’arrière » (leading from behind ). Abandonnant les traditions de sa diplomatie, la France, elle, prit la tête de la coalition internationale antikadhafiste. Elle dirigea les hostilités « de l’avant », et par procuration internationale.

Mais qui allait gouverner la Libye post-Kadhafi ? Qui saurait apaiser les tensions interrégionales, intertribales et interreligieuses qui naîtraient inéluctablement de la terrible confrontation à venir ? Comment éviter le chaos à l’intérieur et la déstabilisation à l’extérieur, notamment au Sahel ? Telles étaient les questions essentielles que nous nous posions au sein de l’Union africaine.

La résolution 1973 se contentait d’exiger un cessez-le-feu et d’interdire tous les vols dans l’espace aérien libyen pour protéger les civils ; elle excluait le déploiement d’une armée d’occupation. Sans utiliser leur droit de veto, la Russie et la Chine, faute de réponses sur les moyens envisagés pour mettre en œuvre cette résolution, avaient prudemment opté pour l’abstention (comme l’Allemagne, le Brésil et l’Inde). L’intervention militaire, avec le recours aux forces spéciales sur le terrain, l’aide aux rebelles ou les attaques aériennes contre les troupes et les centres de commandement, constitua donc pour ces deux puissances un camouflet et un détournement de procédure. Jamais il n’avait été question de se débarrasser de Kadhafi ou d’imposer un changement de régime.

Les agissements occidentaux, jugés illégaux et immoraux par beaucoup, suscitèrent de très nombreuses réactions internationales, comme celle, particulièrement acerbe, de M. Mbeki : « Nous pensions avoir définitivement mis un terme à cinq cents ans d’esclavage, d’impérialisme, de colonialisme et de néocolonialisme. (…) Or les puissances occidentales se sont arrogé de manière unilatérale et éhontée le droit de décider de l’avenir de la Libye (5). » Ce coup de sang illustrait un sentiment d’humiliation largement partagé.

Pour nous, de toute évidence, le spectre de la guerre civile, de la partition, de la « somalisation », du terrorisme et du narcotrafic planait sur la Libye. Pourquoi étions-nous alors les seuls à le voir ? Allait-on se battre là-bas pour la défense de la démocratie, pour le contrôle du pétrole, en fonction de sordides considérations électoralistes (M. Nicolas Sarkozy était déjà en précampagne pour l’élection présidentielle de l’année suivante), ou encore pour tout cela à la fois ? N’y avait-il pas, à ce stade, d’autres voies possibles que les bombardements massifs ?

L’Union africaine en était persuadée. C’est pourquoi elle opta pour une réponse plus politique que militaire et concentra ses efforts sur l’élaboration d’une feuille de route, adoptée le 10 mars. Ce document comportait essentiellement trois points : une « cessation immédiate des hostilités » ; un dialogue en vue d’une « transition consensuelle » — c’est-à-dire excluant le maintien au pouvoir de Kadhafi — ; et l’objectif ultime : l’instauration d’un « système démocratique ». L’Occident voulait supprimer un homme ; l’Union africaine entendait changer un système.

Comme pour la court-circuiter, les bombardements de l’OTAN débutèrent le 20 mars, le jour même où nous nous apprêtions à nous rendre à Tripoli, puis à Benghazi, pour tenter de mettre en œuvre cette feuille de route.

Le 19 mars, le comité des chefs d’Etat (6) mandaté par l’Union pour persuader les deux parties du conflit libyen d’accepter les termes d’une solution politique se réunissait à Nouakchott, en Mauritanie, après une première rencontre à Addis-Abeba, en Ethiopie, au siège de l’organisation. Au beau milieu des délibérations, M. Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, voulut de toute urgence s’entretenir au téléphone avec moi. Il participait ce samedi-là, à Paris, à un autre sommet international réunissant les dirigeants arabes, européens et nord-américains pour « décider et agir collectivement sur l’application de la résolution 1973 ». Les gouvernements présents à Paris, m’annonça-t-il, l’avaient expressément chargé de me demander de dissuader nos représentants de se rendre à Tripoli et à Benghazi. Il invoqua une raison claire : « Les opérations militaires de l’OTAN vont commencer aujourd’hui. » Un scénario semblable, visant à marginaliser l’ONU et les médiations de l’Union africaine, a eu lieu en Côte d’Ivoire (7), démontrant que, pour certaines puissances, aucune autorité internationale n’est supérieure à la leur.

Pour nous, ce ne fut que partie remise. Le 10 avril, les représentants de l’Union africaine se posaient à Tripoli pour rencontrer Kadhafi. Le lendemain, à Benghazi, nos voitures furent encerclées dès l’aéroport, et nous fumes conspués jusqu’à notre arrivée à l’hôtel où devaient se tenir les pourparlers. « Bernard-Henri Lévy est sans doute à la manœuvre, peut-être ici, dans cet hôtel », pensai-je. M. Moustapha Abdeljalil, président du CNT, et son équipe engagèrent les discussions sous la pression ininterrompue d’une foule de manifestants agressifs, qui hurlèrent jusqu’à notre départ. Résultat : Kadhafi accepta notre proposition, mais la réponse du CNT fut négative. Les pyromanes venaient de l’emporter sur les pompiers, et l’affrontement sur la négociation.

Avec le recul, on relèvera que l’Union africaine fut la seule organisation internationale à proposer une issue politique. Sans doute parce que l’Afrique avait vécu des expériences analogues et en conservait les stigmates indélébiles. Que l’on se rappelle le drame que connaît depuis plus de vingt ans la Somalie, abandonnée de tous, à la suite de la désastreuse opération militaire américaine « Restore Hope », en 1993. Que l’on considère aussi le chaos irakien et la désintégration actuelle de cet Etat (8).

En Libye, comme nous l’avions prévu, le rêve européen a également tourné au désastre. Les appareils d’Etat ont implosé au profit des seigneurs de la guerre, des clans mafieux et des terroristes islamo-affairistes ; le pillage des stocks d’armes a transformé ce pays en un gigantesque arsenal à ciel ouvert ; les filières d’immigration clandestine se sont multipliées (9). Au point que la Libye est devenue, pour reprendre l’expression d’un ancien patron des renseignements français, « l’Afghanistan de proximité des Européens ».

Nous en avions averti le monde entier : cette bombe à retardement finirait par exploser entre les mains de ses artificiers, qui ne savaient pas l’histoire qu’ils écrivaient. La proposition africaine dont personne ne voulait entendre parler visait à persuader Kadhafi de suivre soit la voie de l’exil extérieur empruntée par M. Ben Ali, soit celle de l’exil intérieur, comme M. Moubarak. Il devait renoncer de lui-même à ce qu’il lui restait de pouvoir afin d’épargner à son peuple les malheurs et les humiliations d’une intervention étrangère, ainsi que les affres d’une guerre civile dont l’issue lui serait fatale.

Derrière le prétexte humanitaire

Nous nous sommes mis à la recherche de possibles lieux d’accueil. Pour l’exil intérieur, nous avions proposé Sebha, capitale de la région du Fezzan, proche des pays amis d’Afrique noire — notamment le Tchad. Pour l’exil extérieur, la Turquie avait décliné notre offre. Le Venezuela s’était proposé, mais c’était trop délicat. L’Egypte avait été contactée, mais les partisans de Kadhafi avaient rejeté cette proposition…

La diplomatie reste l’arme principale de notre Union. Notre logique est celle de la « paix préventive », et non, comme cela est devenu trop souvent le cas en Occident, celle de la « guerre préventive », dépourvue de toute légitimité. Pourquoi ne nous a-t-on pas laissé une chance de mettre en œuvre notre plan, que Kadhafi avait fini par accepter ? Curieusement, aujourd’hui, on n’entend plus beaucoup « BHL », le philosophe hyperactiviste et va-t-en-guerre français, sur la situation en Libye. Il s’est tourné vers d’autres fronts : Syrie, Ukraine (lire « Médias français en campagne ukrainienne »)…

Parmi les autres acteurs stratégiques figuraient les Etats arabes et leur organisation régionale. Contrairement à l’Union africaine, la Ligue arabe s’était pratiquement alignée sur la position occidentale, le Qatar se montrant le plus belliciste. Quant à Kadhafi lui-même, il ne pouvait comprendre que, dans un monde devenu village planétaire, tous les peuples aspirent à la liberté, à la dignité et à la justice. Sa réaction au soulèvement populaire venait d’un autre temps : la répression, rien que la répression.

Ce curieux personnage semblait pourtant au faîte de sa gloire. Il était redevenu fréquentable et entretenait les meilleures relations avec les puissants de ce monde : que l’on pense à son séjour à Paris fin 2007, et à sa célèbre tente bédouine plantée à quelques pas des Champs-Elysées, ou encore au voyage de M. Sarkozy à Tripoli en juillet de la même année ; aux bonnes notes du Fonds monétaire international, ou encore aux excellents rapports du dirigeant libyen avec l’Italie de M. Silvio Berlusconi. Kadhafi collaborait même avec les services de renseignement américains, britanniques et français. Et puis tous les rêves grandioses du « Guide » s’effondrèrent comme un château de cartes, emportés par le « tsunami arabe ». On se lève avec le monde à ses pieds, on se couche avec une pluie de bombes au-dessus de la tête.

Le 20 octobre, l’aviation française interceptait le convoi du chef libyen. S’échappant à pied, Kadhafi était repéré, atrocement battu par un groupe d’insurgés et finalement tué. On découvrit que la « guerre humanitaire », drapée dans les bons et nobles sentiments du nouveau principe de la « responsabilité de protéger » — adopté par les Nations unies en 2005 —, n’était en réalité qu’une mystification. Elle dissimulait une politique de puissance classique visant à renverser un régime et à assassiner un chef d’Etat étranger. Avec, cette fois, le feu vert de l’ONU.

Jean Ping

Ancien ministre des affaires étrangères gabonais et ancien président de la Commission de l’Union africaine. Auteur d’Eclipse sur l’Afrique. Fallait-il tuer Kadhafi ?, Michalon, Paris, 2014.

(1) En 2002, l’Union africaine a succédé à l’Organisation de l’unité africaine (OUA), fondée en 1963. Elle regroupe cinquante-quatre pays du continent, tous représentés à la Conférence des chefs d’Etat, son instance dirigeante, tandis que la Commission est son organe exécutif.

(2) Thabo Mbeki, « Union africaine : une décennie d’échecs », Courrier international, Paris, 27septembre 2012.

(3) Lire Serge Halimi, « Les pièges d’une guerre », Le Monde diplomatique, avril 2011.

(4) Lire Michael T. Klare, « Quand le Pentagone met le cap sur le Pacifique », Le Monde diplomatique, mars 2012.

(5) Thabo Mbeki, « Union africaine : une décennie d’échecs », op. cit.

(6) MM. Jacob Zuma (Afrique du Sud), Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie), Denis Sassou Nguesso (Congo), Amadou Toumani Touré (Mali) et Yoweri Museveni (Ouganda).

(7) Lire Anne-Cécile Robert, « Origines et vicissitudes du “droit d’ingérence” », Le Monde diplomatique, mai 2011.

(8) Lire Gérard Prunier, « Terrorisme somalien, malaise kényan », et Peter Harling, « Ce qu’annonce l’éclatement irakien », Le Monde diplomatique, respectivement novembre 2013 et juillet 2014.

(9) Lire Patrick Haimzadeh, « La Libye aux mains des milices », Le Monde diplomatique, octobre 2012.

Lire aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de septembre 2014.

L’énergie, enjeu caché du référendum écossais

Par Sylvain Lapoix (Reporterre)

18/09/2014

Source : http://www.reporterre.net

Le référendum sur l’indépendance de l’Écosse a lieu aujourd’hui. L’enjeu caché est celui de l’énergie : une Ecosse indépendante pourrait devenir le plus vert pays d’Europe… ou le plus polluant. Les énergies renouvelables seront-elles la priorité, ou l’Écosse basera-t-elle son avenir sur le pétrole ?


Tapis de montagnes battu par les vents et traversé d’eau, l’Écosse dispose du tiers des énergies renouvelables du Royaume-Uni, avec lesquelles celui-ci couvrait un tiers de ses besoins propres en 2013.

Mais, sous la houle de ses côtes orientales, les eaux territoriales du possible nouvel état écossais recouvrent plus des trois quarts des hydrocarbures offshore de l’île. Deux richesses exploitées jusqu’ici sous l’étroite administration de Londres, mais sur lesquelles les partis favorables à l’indépendance ne s’entendent guère.

« Oil is a bonus »

En apparence, le Scottish National Party (SNP, Parti national écossais) affiche son engagement dans les énergies renouvelables. Dans le clip de campagne qui accueille les visiteurs de son site, un joggeur sue au ralenti dans les vallées des Highlands, expirant au rythme des pales des éoliennes géantes. Après avoir énuméré le potentiel d’électricité « verte », le commentaire ajoute négligemment « oil is a bonus », autrement dit « le pétrole est juste un bonus ».

Mais dans la bouche du leader du SNP et Premier ministre écossais, Alex Salmond, le pétrole est bien plus que ça : « Je pense que nous devrions développer nos ressources naturelles à leur plein potentiel, déclarait-il lundi 15 dans le Scottish Herald. Et nous devrions aussi développer des méthodes pour capturer le dioxyde de carbone pour le stocker sous les aquifères marins. »


– Le Premier ministre écossais Alex Salmond et la vice-Première ministre Nicola Sturgeon, 14 août 2007 –

Ancien économiste pétrolier à la Royal Bank of Scotland, Salmond plaide pour la constitution d’un « fonds pétrolier » national à la manière de la Norvège qui, en plaçant les revenus des hydrocarbures, finance ses politiques sociales. « L’argument est historique, rappelle un membre des Verts écossais. Depuis la découverte des champs pétroliers de la mer du Nord dans les années 1970, le pétrole constitue le principal levier des indépendantistes face à Londres. »

Une grosse partie du débat qui oppose les membres du SNP aux ministres britanniques s’articule ainsi autour des réserves potentielles : tandis que les indépendantistes évoquent 24 milliards de barils équivalent pétrole d’hydrocarbures (gaz compris), les experts londoniens avancent seulement 10 milliards de barils.

Economiste à l’université d’Abderdeen, le professeur Alex Kemp table pour sa part sur 14 à 15 milliards de barils équivalent pétrole. « Nous pourrions avoir 1 à 1,5 milliards de barils en plus d’ici 2050 avec des taxes plus incitatives, explique-t-il à Reporterre. Mais, quoiqu’il arrive, l’Ecosse aura besoin de ces revenus pour équilibrer son budget. » Un point sur lequel les écologistes ne le contredisent pas.

Maximiser les profits plutôt que la production

« Soyons réalistes, nous ne pouvons pas couper le robinet du pétrole du jour au lendemain, reconnaît au téléphone Patrick Harvie, parlementaire écossais et membre du parti Vert. Mais Westminster, comme le SNP, veulent maximiser la production quitte à réduire les profits. Nous, nous proposons l’inverse : tirer le maximum de revenus du pétrole pour financer la transition énergétique et s’en passer le plus vite possible. »

Pour tirer le maximum de profit des permis d’extraction accordés sur des périodes de plusieurs décennies, les Scottish Greens proposent tout un plan de réappropriation : augmentation des taxes et prise de participation aux côtés des grands groupes dans les joint-ventures exploitant le pétrole (prenant là encore le modèle de la Norvège actionnaire de 121 permis offshore). Les revenus tirés de ces exploitations ont ensuite vocation à financer la transition énergétique du pays vers le 100 % renouvelable.

Une option évidemment contestée par les compagnies pétrolières, à commencer par British Petroleum dont le PDG assurait dans un communiqué de presse que « [ses] activités nécessitent un soutien fiscal pour rester rentables et les investissements à long terme demandent une stabilité et une fiabilité fiscale ».

Un chantage aux taxes pétrolières auquel s’associe la compagnie Shell, également présente en mer du Nord et auquel a régulièrement cédé le gouvernement britannique : rien que sur l’exercice 2013-2014, le chancelier de l’Echiquier Georges Osbone a accordé 2,69 milliards de réduction d’impôts à ces entreprises.

« Les compagnies pétrolières profitent de l’instabilité pour tirer leur épingle du jeu, s’amuse le docteur Gen Cannibal, membre du think tank Business for Scotland et consultant en développement durable. Ils ont fait le même cirque quand la Hollande a voulu augmenter les taxes à la fin des années 1980 et ils sont toujours là ! »

Autarcie contre interdépendance

Mais le débat entre Londres et Edimbourg n’est pas moins féroce sur les énergies renouvelables : au ministre de l’Energie anglais qui assurait que les Ecossais ne pourraient pas payer le vrai prix de l’électricité renouvelable sans les subventions de Londres, son homologue écossais répliquait que « l’Angleterre a besoin de l’électricité écossaise pour garder la lumière allumée ». « En fait, ils ont tous les deux raisons !, tranche Peter McColl, recteur à l’université d’Édimbourg et membre du parti écologiste. Les subventions anglaises sont nécessaires pour maintenir bas les prix des énergies renouvelables écossaises, mais Londres ne peut guère s’en passer à moins d’acheter de l’électricité nucléaire à la France – ce qui serait bien plus coûteux et bien plus compliqué à importer », dit-il à Reporterre.

Si le référendum porte bien sur une indépendance politique, le débat sous-jacent porte clairement sur un modèle énergétique : la défense du pétrole par le SNP est aussi une défense d’une énergie vendue sans interférence de Londres, là où les renouvelables seront massivement exportées vers l’Angleterre.

Le vote du 18 septembre n’est cependant qu’une première étape dans la recomposition politique écossaise. Si l’indépendance devait l’emporter, des élections générales auraient lieu en 2015 durant la période de transition de 18 à 24 mois, à l’occasion de laquelle une forte recomposition politique aurait lieu. « Une fois la cause de l’indépendance acquise, le SNP n’aura plus de ciment politique, avoue un membre du parti indépendantiste. Il y a là un large spectre, des ultra pro-pétrole aux écolos les plus ambitieux. »


– Parc éolien de Whitelee, en Écosse –

Contrairement à l’Angleterre majoritairement pro-gaz de schiste, de récents sondages ont révélé que les Ecossais soutenant ces énergies étaient minoritaires, la plupart plébiscitant les renouvelables. Après avoir recueilli leur meilleur score historique à l’occasion des européennes de 2014 (8,4 %), les Greens profitent de la campagne pour grossir leurs rangs.


Source : Sylvain Lapoix pour Reporterre

Photos :
. Chapô : Ecosse 2013
. Alex Salmond et Nicola Sturgeon : Wikipedia (CC BY 2.0)
. Parc éolien : Wikipedia (Bjmullan / CC BYSA 3.0)
. Plateforme pétrolière : Wikipedia (CC BYSA 3.0)

Lire aussi : En Ecosse, l’île d’Eigg est 100 % autosuffisante en énergie


Canada : le marchand de sables

De Sébastien Mesquida, Gildas Corgnet et Yann Le Gléau – ARTE GEIE/What’s Up Productions – France 2013

Source : http://www.arte.tv

Photos : © What’s Up

Demandez à un Américain d’où vient son pétrole, il répondra sans hésitation : « Du Middle East » ! Mais ce sont en fait les sables bitumineux du Canada qui fournissent aux Etats-Unis la majeure partie de son pétrole brut.

Plus de deux millions de barils passent la frontière chaque jour. La manne est immense et les conséquences environnementales désastreuses : le Canada a même dû claquer la porte du protocole de Kyoto pour vendre son sable pétrolifère.

La région de l’Alberta ne vit plus que pour son sous-sol. Du pétrole suintant de marécages bruns. Fort McMurray, la petite ville qui trône sur cette montagne d’or noir, est saturée d’habitants. Les maisons arrivent par la route, en préfabriqué, pour héberger ouvriers et entrepreneurs qui se ruent sur la ville. Avec la montée des cours, le pétrole d’Alberta est devenu économiquement rentable et le Canada en regorge : 169 milliards de barils, la deuxième réserve prouvée après l’Arabie Saoudite.

Mais le coût écologique de l’extraction est si exorbitant que les opposants font bloc. La production d’un baril de brut d’Alberta est dix fois plus énergivore que celle d’un baril conventionnel. Il faut consommer huit volumes d’eau pour en extraire une de brut ! Une eau qui devient extrêmement toxique et qui doit ensuite être stockée dans d’immenses bassins de décontamination.

Le Canada a fait un choix. Le pays a quitté le protocole de Kyoto car l’extraction des sables faisait exploser son quota de gaz à effet de serre. Une honte nationale pour beaucoup de Canadiens. Plus grave, les populations indiennes qui résident dans la zone d’exploitation sont en danger. Un taux de cancer de 20 à 30% supérieur à la moyenne. Mais la pression de l’opinion et l’image écornée du pays n’y font rien, le Canada est devenu l’un des plus grands marchands de pétrole de la planète.

CONNEX :

Documentaire : Fort McMurray, la ruée vers l’or noir

Jeu – Documentaire : « Fort McMoney »

Torrent : SABLES BITUMINEUX, LE POINT TOURNANT

La Corne d’Afrique et la malédiction du pétrole

Réalisation : Alexandre Trudeau  , Jonathan Pedneault

2012

Source : http://www.arte.tv

Capture de La Corne d'Afrique et la malédiction du pétrole_Arte_2014_01_14_23_26.mp4Depuis la découverte d’hydrocarbures dans la Corne de l’Afrique, la région, déjà mise à mal par les conflits « internes » aiguisés par les appétits extérieurs, est devenue plus stratégique encore. Les pays occidentaux n’y règnent plus en maîtres. De nouvelles puissances mondiales, notamment la Chine, entrent dans le jeu, attirées par les ressources disponibles de la région. Sur le pourtour de l’océan Indien, des mouvements politiques d’opposition se réveillent, tandis que les bouleversements politiques dans le monde arabe modifient les alliances et les forces en présence. Et la « communauté internationale » vient de reconnaître son échec relatif dans la lutte contre la piraterie qui sévit sur le golfe d’Aden et l’océan Indien. Dans un contexte d’insécurité généralisé, les réalisateurs canadiens Alexandre Trudeau et Jonathan Pedneault ont interrogé politiques et experts internationaux pour comprendre comment la course aux ressources énergétiques a forgé de nouvelles règles du jeu.

Voir le Documentaire ICI ou ICI