L’UE va assouplir ses restrictions sur l’importation des produits alimentaires de Fukushima.

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr/lue-va-assouplir-ses-restrictions-sur-limportation-des-produits-alimentaires-de-fukushima/

12 Janv 2016

Traduction d’un article du Japan Times du 9 janvier 2016

Kyodo
Le ministre japonais de l’agriculture a annoncé que l’Union Européenne va commencer samedi à assouplir les restrictions imposées aux importations de produits alimentaires japonais à cause du désastre nucléaire de Fukushima; y compris les légumes et la viande produits dans cette préfecture.

Tsuyoshi Takagi, ministre du cabinet en charge de la reconstruction concernant le tremblement de terre, le tsunami et la crise nucléaire de Mars 2011, a salué la décision de l’Union Européenne. Jusqu’à présent, tous les produits alimentaires en provenance de Fukushima, à l’exception des boissons alcoolisées devaient être expédiées accompagnées d’un certificat de test de radioactivité.

Selon le ministre de l’agriculture, cette exigence sera supprimée pour les légumes et les fruits, car leur niveau de radiations en 2013 et 2014 n’a jamais dépassé le niveau autorisé; à l’exception des kakis, des produits de l’élevage, du thé et des soba [Les soba sont un mets japonais fait de farine de sarrasin. Avec les udon et les rāmen, ce sont les pâtes les plus consommées au Japon.].

D’autres aliments originaires de la préfecture, comme le riz, les champignons, le soja et certains produits de la pêche -sauf les pétoncles, les algues et les poissons vivants- resteront soumis à l’obligation des tests de radioactivité.

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Les scientifiques japonais étudient la faune et la flore des forêts contaminées.

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr/les-scientifiques-japonais-etudient-la-faune-et-la-flore-des-forets-contaminees/

10 Janv 2016

Mais ils se refusent à conclure avant encore 5 ou 6 ans.

Traduction (par vivre-après-fukushima) d’un article de l’Asahi Shimbun daté du 22 Décembre 2015.

Plus de 90% des sapins proches du site de la catastrophe nucléaire de 2011 présentent des anomalies; et des spéciments de pucerons collectés dans une ville distante de plus de 30 km de la centrale détruite ont des pattes tordues ou absentes.

Mais il reste difficile de savoir si les mutations des plantes et animaux sont effectivement en relation avec la catastrophe de la centrale nucléaire Fukushima N°1.

Tout ce que les scientifiques japonais acceptent de dire c’est qu’ils essaient de comprendre les effets du césium radioactif libéré avec d’énormes quantités de matières radioactives par la triple fusion à la centrale de Fukushima, déclenchée par le tremblement de terre et le tsunami du grand Est japonais.

Ils cherchent à savoir comment le césium radioactif s’est diffusé dans les forêts et le sol des zones proches de la centrale accidentée, accompagné de signes de mutations chez les plantes et les animaux.
Comprendre comment le césium et d’autres particules radioactives se sont propagés après la catastrophe est une clef pour comprendre les conséquences du pire accident nucléaire survenu au Japon.

Ces recherches concernent fortement ce à quoi les autorités et les habitants peuvent s’attendre en cas de nouvel accident.
Elles fournissent également des informations précieuses aux évacués lorsqu’ils pèsent le choix de refaire leur vie près de la centrale détruite.

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Fukushima, bilan d’une situation sanitaire inquiétante

Tant est grand l’irrationnel en cet affaire, et par-delà les contradictions qui dépassent l’entendement, simultanément à l’annonce des résultats du groupe de recherche INWORKS (Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers) selon lesquels le risque de mortalité par leucémie ou myélome multiple des travailleurs de centrales nucléaires après exposition à des faibles doses est désormais avéré[1], le gouvernement japonais, avec l’aval de l’AIEA[2], a relevé les doses acceptables pour les travailleurs du nucléaire de 100msv/an à 250 msv/an en cas d’urgence[3].

Pour rappel, cette même norme qui était à 20 msv/an avant l’explosion de la centrale de Tepco – Fukushima Dai ichi a été réhaussée à 100 msv/an après l’accident (pour les travailleurs du nucléaire) et à 20 msv/an pour la population civile.
Suite au réhaussement de la norme, lors du seul mois d’août 2015, on compte trois décès parmi les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi, ce qui porte à 64, selon les chiffres officiels[4], le nombre de travailleurs décédés des conséquences de leur travail.

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17 DEC 2015 , SOURCE

Plus de gaz pour sauver le climat ? La grande offensive de greenwashing des majors pétrolières

Par Olivier Petitjean

04/06/2015

Source : http://multinationales.org

Le 26e Congrès mondial de l’industrie gazière mondiale vient de se tenir à Paris. L’occasion pour les grandes majors des hydrocarbures comme Total, Engie (GDF Suez) Chevron, ExxonMobil ou Shell de mettre en avant leur vision de la lutte contre le changement climatique et de la transition énergétique : développer le gaz, présenté comme la « moins sale » des énergies fossiles. Sauf que le gaz reste bien une énergie sale, particulièrement lorsqu’il s’agit de gaz non conventionnel, et que son développement ne peut que se faire au détriment des énergies renouvelables et d’une véritable transition énergétique.

Dans les colonnes de Libération, Coralie Schaub explique de manière très claire les « raccourcis » auxquels se livrent les majors pour présenter le gaz comme une énergie propre.

L’exemple de l’exploitation gazière de Total au Nigeria, sur le territoire du peuple Egi, suffit à montrer qu’il n’en est rien (lire notre enquête). Les problèmes sanitaires et environnementaux occasionnés par le gaz sont même potentiellement plus graves que ceux occasionnés par le pétrole, parce qu’il se diffuse plus rapidement et largement. Au Nigeria Total recourt aussi encore à la pratique controversée du torchage du gaz, source de pollution de l’air et de pluies acides (en plus de constituer un gâchis économique).

En outre, le gaz est en fait aussi polluant que le charbon lorsqu’il provient de sources non conventionnelles :

Certes, le gaz fossile « conventionnel » est moins nocif pour le climat que le charbon. Ce dernier émet « plus du double » de gaz à effet de serre, rappelle Alain Grandjean, du cabinet Carbone 4. « Le gaz est aussi préférable au fioul comme combustible dans les camions et les voitures. » Mais, précise-t-il, cela n’est valable que si celui-ci est « produit et transporté sans fuite, ce qui n’est pas le cas du gaz de schiste ». Car la fracturation hydraulique, seule technique permettant aujourd’hui d’extraire les gaz et pétroles de schiste, entraîne d’importantes fuites de méthane, qui s’ajoutent à celles qui ont lieu lors du transport, du traitement et de la distribution du gaz. Or le méthane est un gaz très réchauffant, 25 fois plus que le dioxyde de carbone (CO2). Selon des études de la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA) et de l’université de Cornell, il y a de 6 à 12% de fuites de méthane lors de la production de gaz et huiles de schiste. Or, au-delà de 3% de fuites, il est considéré que le gaz de schiste contribue autant au réchauffement climatique que le charbon…

Gaz contre charbon

L’offensive publicitaire des majors du gaz – y compris leur plaidoyer pour la fixation d’un prix du carbone – vise surtout à promouvoir leur source d’énergie aux dépens, d’une part, de la concurrence du charbon, mais aussi et surtout d’une véritable transition énergétique. Déjà, au niveau européen, sur fond de crise diplomatique avec la Russie, principal fournisseur de gaz de l’Union, on assiste à des pressions pour diriger les investissements dans le secteur de l’énergie vers les grandes infrastructures gazières plutôt que vers l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

La promotion du gaz passe donc, pour les majors, par le sacrifice apparent du charbon. C’est ainsi qu’Engie (ex GDF Suez) a fini par annoncer qu’elle ne s’engagerait pas dans un projet de nouvelle centrale au charbon de Thabametsi, en Afrique du Sud, que dénonçait depuis plusieurs mois une coalition d’ONG françaises et sud-africaines (lire le communiqué de presse des Amis de la terre). Un geste positif, mais l’entreprise énergétique possède encore les centrales électriques au charbon parmi les plus polluantes au monde (lire ici et ici) et continue à construire de nouvelles centrales au charbon géantes ailleurs, comme celle de Safi au Maroc.

Hypocrisie

Quant à l’annonce par Total, le 1er juin 2015, de son « retrait » du charbon, difficile d’y voir autre chose que du cynisme. Il s’agit en effet d’une activité très marginale au sein de Total (quelques mines en Afrique du Sud), et cela fait plus de six mois que le groupe avait déjà indiqué vouloir les céder à l’entreprise sud-africain Exxaro, dans le cadre de son plan d’économies et non pour des raisons environnementales ! L’entreprise pétrolière n’a ressorti de son chapeau cette transaction – qui doit encore être validée par le gouvernement sud-africain – qu’à des fins purement publicitaires.

La direction de Total fait valoir, en cette année de Conférence climat à Paris, que le groupe produit désormais davantage de gaz que de pétrole. Mais cela s’explique surtout par le fait que la production pétrolière de Total est en chute continue depuis dix ans, malgré des investissements sans précédents pour trouver de nouveaux gisements de pétrole. Total n’hésite pas non plus à poursuivre le développement des ressources fossiles parmi les plus polluantes et les plus émettrices de gaz à effet de serre, comme le pétrole issu des sables bitumineux. (Sur toutes ces questions, voir notre « bilan annuel » de Total.)

Olivier Petitjean

— 
Photo : Ken Doer CC

Nucléaire : la politique du mensonge ?

Une enquête de Lamia Belhacène
Production : TAC Presse – Avec la participation de CANAL+

2015

Source : http://www.canalplus.fr

Affaire Le Paon, scandales du comité d’entreprise de Disney, d’EDF ou de la RATP… L’argent est une question sensible quand elle touche aux syndicats. Gestion dispendieuse ou opaque, manque de contrôles, financements complexes, les députés ont tenté d’y voir plus clair, il y a quatre ans, mais leur rapport a été enterré avant même d’être publié, une première sous la Vème république. L’argent des syndicats est une question taboue, la face cachée du dialogue social.

Ces organisations gèrent aujourd’hui un pactole annuel d’environ 4 milliards d’euros: adhésions de militants, financements publics et contributions des entreprises. En ces temps de moralisation de la vie publique, elles n’échapperont pas à plus de transparence. Le prix à payer pour éviter de nouveaux scandales, qui nuisent à leur image et à leur crédibilité, dans un pays où le taux de syndicalisation est déjà très faible (8%).

Pour SPECIAL INVESTIGATION Lamia Belhacène a enquêté sur les finances du syndicat numéro 1, la CGT. Elle a interviewé des militants et des responsables de l’organisation, dont certains témoignent pour la première fois. Elle s’est procuré des documents internes, a retrouvé trace de paiements secrets et a fait réagir Philippe Martinez, le nouveau secrétaire général de l’organisation.

Fukushima : Risques d’explosion dans les conteneurs contenant les boues radioactives stockées

By HIROMI KUMAI , Traduction Par

23/05/2015

Source : http://ajw.asahi.com

Fukushima Governor Masao Uchibori, right, is briefed on the ALPS system that removes radioactive substances from contaminated water at the Fukushima No. 1 nuclear power plant in November. (Pool)

Fukushima Governor Masao Uchibori, right, is briefed on the ALPS system that removes radioactive substances from contaminated water at the Fukushima No. 1 nuclear power plant in November. (Pool)

Les 1300 citernes en polyéthylène de 1,80m de haut sur 1,50m de diamètre où sont stockées les boues contaminées résiduelles après filtrage de l’eau (par le système ALPS) posent un risque d’EXPLOSION d’hydrogène. En effet, des gaz, dont de l’hydrogène, se forment au fond de ces citernes sous l’action des radionucléides ; le volume augmente et des fuites se produisent, au niveau des couvercles ou par des fissures. Les couvercles devaient être prévus pour laisser échapper les gaz, mais TEPCO vient de se rendre compte que ça n’était pas le cas pour toutes les citernes.


TEPCO a initialement trouvé des fuites sur 26 citernes puis sur 278, enfin sur 333, soit environ 1/4 ou un peu plus de l’ensemble des conteneurs. L’électricité statique pourrait suffire à provoquer une explosion. Ces boues résiduelles sont extrêmement radioactives.
 

 

Risk of hydrogen explosion from leaking containers at Fukushima plant

By HIROMI KUMAI/ Staff Writer

Inspections of containers holding contaminated water at the Fukushima No. 1 nuclear power plant found that at least 10 percent have leaks, which could trigger a hydrogen explosion.

Tokyo Electric Power Co., the plant’s operator, reported its findings at a meeting with a study group from the Nuclear Regulation Authority on May 22. It said no radioactive water was found to have escaped outside the concrete structures that encase the containers.

According to TEPCO, there were about 1,300 such containers at the plant as of May 20.

They store waste water from the ALPS (advanced liquid processing system) equipment that removes radioactive substances from contaminated water.

The containers, which are made of polyethylene, are 1.8 meters high and have diameters of 1.5 meters.

The first leak was discovered in a lid on April 2.

TEPCO began inspecting others to see if they had similar problems. Of the 278 it had examined by May 20, it found 26 had some sort of leak or were bleeding from their lids.

The operator said the leaks and bleeding were likely caused by hydrogen and other types of gases that resulted from the water’s exposure to high levels of radiation.

Such gases appear to have accumulated in sediment at the bottom of the containers, expanding the volume of the liquid.

An NRA official said the accumulating hydrogen poses a potential danger.

“If the concentration level is high, a spark caused by static electricity could cause a container to explode,” the official said.

Although all the lids of the containers were supposed to be fitted with pressure-release valves to allow gasses to escape, TEPCO’s survey found that one did not have the mechanism.

Further review of the delivery records for the containers showed there may be as many as 333 that are also defective, a TEPCO official said.

By HIROMI KUMAI/ Staff Writer

LES CHINOIS ÉTOUFFENT

Source : http://ddc.arte.tv

05/2015

VIDEO

EN BREF

Puissance économique de premier plan, la Chine a connu un rythme de croissance exceptionnel, que nul autre pays n’avait expérimenté auparavant. Et s’il a permis de sortir une partie de la population de la pauvreté, le développement du pays a aussi provoqué une crise écologique majeure. Le Dessous des Cartes se penche aujourd’hui sur les conséquences environnementales du développement de la Chine.

L’évolution du PIB de la Chine

L’évolution du PIB de la Chine

Voici la courbe de progression du PIB de la Chine depuis le lancement de la réforme économique, au début des années 1980, calculé en dollars constants. En 30 ans, ce PIB a été multiplié par 20, et il est, en 2013, de près de 5 000 milliards de dollars, ce qui place désormais la Chine au deuxième rang mondial, derrière les États-Unis.
L’évolution des émissions de CO2 en Chine

L’évolution des émissions de CO2 en Chine

Voici maintenant la courbe de progression des émissions de CO2 de la Chine, en millions de tonnes, pour les mêmes dates. On voit qu’il y a une corrélation avec la courbe du PIB. Et si on compare avec l’évolution des émissions de CO2 des États-Unis, on observe que la Chine les a dépassés à partir de 2007. Elle est donc devenue la première puissance émettrice de CO2 au monde. Cela s’explique notamment par le fait que la croissance économique entraîne une demande accrue en énergie et donc une pollution de plus en plus importante. Et cette pollution dépend du type d’énergie utilisée.
La répartition des types d’énergie utilisée en Chine

La répartition des types d’énergie utilisée en Chine

Sur ce graphique, on peut voir la part des énergies utilisées en Chine : nucléaire, renouvelable (solaire et éolien), gaz naturel, hydroélectricité, pétrole et charbon. Ainsi, 77 % de l’énergie primaire utilisée en Chine vient du seul charbon, ce qui est considérable. Après les États-Unis et la Russie, la Chine dispose des troisièmes réserves de charbon au monde.
Les gisements de charbon en Chine

Les gisements de charbon en Chine

Vous voyez, en noir sur cette carte, la localisation des gisements de charbon en Chine, dont les plus grandes réserves se trouvent au Nord du pays. Les points rouges représentent les sites d’usines, aciéries et sites industriels, qui utilisent cette ressource. Une grande partie de ces usines est éloignée des principaux gisements de charbon. On estime que le pays met en service deux usines à combustion de charbon chaque mois, pour augmenter sa capacité de production, améliorer la propreté du parc existant, mais aussi pour rapprocher les usines des gisements.
Les régions touchées par le smog en 2013

Les régions touchées par le smog en 2013

Or, la combustion du charbon est très émettrice de CO2 et donc très polluante. Cette carte nous donne justement une idée des régions les plus polluées de Chine. Les zones marron indiquent les régions qui ont connu le plus de jours de smog en 2013, c’est-à-dire de nuages dus à la pollution. Elles correspondent aux régions où se trouvent de nombreuses usines utilisant le charbon mais aussi à la localisation des grandes villes. Ce type de smog peut toucher jusqu’à 17 provinces sur 28, ce qui ferait environ 600 millions de personnes, soit près de la moitié de la population de la Chine !
La pollution automobile

La pollution automobile

L’autre facteur de la pollution de l’air, c’est l’explosion du parc automobile : depuis 2010, la Chine est le premier marché de véhicule particulier au monde. Elle immatricule une voiture toutes les 4 secondes. Il y a 75 millions de véhicules particuliers en 2015, et ce chiffre pourrait tourner autour de 230 millions en 2020. Pékin, la capitale, compte 250 000 voitures de plus chaque année, alors que ce nombre est limité par la réglementation. On estime qu’à Pékin, la circulation est responsable de 58 % des émissions de monoxyde d’azote et de 25 % des émissions de particules fines.
Les particules fines

Les particules fines

Vous voyez sur cette carte les régions (en rouge) les plus touchées par la présence de particules fines dans l’air. Les particules fines proviennent des fumées issues de la combustion du charbon et des vapeurs d’automobiles. La concentration de particules fines dans l’Est de la Chine est l’une des plus élevées au monde, justement dans les régions où il y a un grand nombre d’usines utilisant le charbon.
La mortalité respiratoire prématurée en Chine

La mortalité respiratoire prématurée en Chine

Or, les particules fines pénètrent dans les voies respiratoires. Il a été d’ailleurs constaté que les fréquents pics de pollution entraînaient une augmentation immédiate de 20 à 30 % des consultations respiratoires dans les hôpitaux. Et si on regarde une carte de la mortalité respiratoire prématurée en Chine, on constate que les régions les plus touchées se trouvent à l’Est du pays.
Les régions touchées par les pluies acides en Chine

Les régions touchées par les pluies acides en Chine

Mais il n’y a pas que la pollution atmosphérique, il y a aussi la pollution de l’eau. Vous voyez sur cette carte en rouge les régions les plus touchées par les pluies acides. Elles correspondent là encore aux régions où se trouvent de nombreuses usines et grandes villes.
La pollution de l’eau

La pollution de l’eau

Alors comment marche ce phénomène ? Relâchées dans l’atmosphère, les particules polluantes retombent sur le sol mais contaminent aussi l’atmosphère et augmentent l’acidité des pluies. Tout cela a bien sûr des conséquences sur l’eau, c’est-à-dire sur les nappes souterraines, sur la fourniture d’eau potable, sur les réseaux d’irrigation, donc l’agriculture et les écosystèmes, et enfin sur la pêche côtière ou les fermes aquacoles, entraînant une pollution de la chaîne alimentaire.
Les manifestations contre la pollution

Les manifestations contre la pollution

Or, c’est la pollution de l’eau, plus encore que celle de l’air, qui est aujourd’hui en Chine la première cause des mécontentements et des manifestations. Vous voyez sur cette carte quelques unes des nombreuses manifestations qui illustrent le mécontentement de la population à l’égard des dégradations environnementales du pays. Ce mécontentement s’exprime aussi par des dépôts de plainte aux centres locaux de protection environnementaux. Ces plaintes sont passées de 300.000 en l’an 2000, à plus de 700.000 en 2010.

Lectures

Chine brune ou Chine verte ? – Les dilemmes de l’État-parti (Broché)Benoît Vermander
Les Presses de Sciences Po2007Présentation de l’ouvrage

De par son poids économique et stratégique, les défis que doit relever la Chine sont aussi des enjeux planétaires.

Le site des Presses de Sciences Po offre un résumé, le sommaire et une interview de l’auteur de l’ouvrage.

À propos de l’auteur

Le jésuite Benoit Vermander, docteur en sciences politiques, est directeur de l’Institut Ricci de Taipei et de la revue de l’Institut : Renlai.

Les publications de Benoit Vermander sont disponibles sur Cairn, dont le récent article « Développement durable et responsabilité sociale des entreprises en Chine contemporaine » pour Hérodote.

Histoire de la pensée chinoise (Broché)Anne Cheng
Points Essais/Le Seuil01/10/2014Présentation de l’ouvrage

La réédition en format poche de l’ouvrage de référence d’Anne Cheng, titulaire de la chaire “Histoire intellectuelle de la Chine” au Collège de France, est présentée en détails sur le site de l’éditeur.

Un compte-rendu en est proposé par Jacques Ghiloni pour Lecture Revues.

À propos de l’auteure

On peut découvrir Anne Cheng lors d’un entretien avec Laure Adler en début d’été 2014 pour son émission Hors Champs.

Fayard a publié la leçon inaugurale intitulée « La Chine pense-t-elle ? » que l’auteure prononça fin 2008 au Collège de France.

Elle présente pour l’année 2014/2015 un cycle de cours intitulé « Humanisme et ritualisme en Chine ancienne et contemporaine« .

De l’Être au Vivre – Lexique euro-chinois de la penséeFrançois Jullien
Gallimard01/03/2015Présentation de l’ouvrage

François Jullien présente ainsi son ouvrage : « Dans quels termes penser quand le monde est en voie de penser dans les mêmes ? … Au lieu donc de prétendre identifier des « différences » qui caractériseraient les cultures, je cherche à y détecter des écarts qui fassent reparaître du choix et remettent en tension la pensée. C’est seulement à partir d’eux, en effet, qu’on pourra promouvoir un commun de l’intelligible qui ne soit pas fait de slogans planétarisés. … Et voici que, en dessinant une sortie de la « question de l’Être », c’est du même coup une nouvelle pensée du vivre que capte, dans ses mailles, ce filet. »

La natureYue Dai Yun et Anne Sauvagnargues
Desclée de Brouwer1999Présentation de l’ouvrage

Si, dans la civilisation chinoise, la nature précède la pensée, si la présence de la rivière, de la montagne, de la brume (paysage se nomme « montagne(s)-eau(x) ») tiennent autant de place dans le quotidien, l’Europe, elle, rêve plutôt de pierres, et cherche à contrôler et à domestiquer la nature.

Yue Dai Yun, professeur de lettres chinoises à l’université de Pékin, et Anne Sauvagnargues, philosophe, confrontent leur expérience de la nature et nous invitent à considérer autrement le monde qui nous entoure.

Le livre, encore disponible chez l’éditeur, est aussi accessible sur le site VertigO, la revue électronique des sciences de l’environnement.

Anne Sauvagnargues a publié ouvrages et articles dont la liste et les textes sont consultables sur le site Cairn.

Discovering Nature: Globalization and Environmental Culture in China and TaiwanRobert P. Weller
Cambridge University Press01/02/2006Présentation de l’ouvrage

Le livre, très documenté, décrit les transformations extraordinaires qui ont eu lieu dans les réponses chinoises et taïwanaises aux problèmes environnementaux du XXe siècle et au-delà. Il montre aussi comment la circulation mondiale des idées occidentales sur la nature a interagi avec les traditions chinoises.

Un ouvrage qu’a lu et commenté, pour le site Non-fiction, Frédéric Keck, chargé de recherches au CNRS.

À propos de l’auteur

Robert P. Weller est professeur d’anthropologie et chercheur associé de l’Institut de la culture, de la religion et des affaires mondiales à l’Université de Boston.

qióngdǐng zhī xià (Sous le dôme – enquête sur le brouillard chinois)Chai Jing
Production personnelle0/2015Présentation de l’ouvrage

Documentaire chinois sur la pollution atmosphérique des grandes agglomérations chinoises, réalisé par Chai Jing, ancienne présentatrice vedette de CCTV2, réseau télévisuel d’État.

Si Harold Thibault, correspondant du journal Le Monde, rappelait début mars que « le nouveau ministre de l’environnement, Chen Jining, un universitaire spécialiste des questions d’écologie, s’est félicité, après avoir vu le film, que Mme Chai attire l’attention de la population sur l’environnement sous l’angle de la santé publique », il n’a pas fallu longtemps aux autorités chinoises pour faire disparaître le film du web chinois comme l’explique la page du site de la Fédération internationale des journalistes.

Toujours visible par ailleurs, le documentaire en chinois a vu ses traductions s’améliorer. Il a été récemment traduit en français par Frédéric Dalléas et Jef Jaquier sur YouTube.

Le twitter chinois de Chai Jing est toujours accessible sur Weibo ainsi que son blog sur Sina.

Téléphone Mobile : Les Faces Sombres

Source : http://ddc.arte.tv

03/2015

VIDEO

Taux de pénétration de la téléphonie mobile

Taux de pénétration de la téléphonie mobile

Voici une carte qui montre le taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le monde par régions, en nombre d’abonnements pour 100 habitants en 2013. Il existe d’importantes disparités en termes d’accès à la téléphonie mobile : l’Afrique subsaharienne est loin derrière, alors que le nombre d’abonnements dans les pays de la communauté des États Indépendants excède le nombre d’habitants.
Histoire du téléphone portable

Histoire du téléphone portable

Le 3 avril 1973, Martin Cooper, ingénieur chez Motorola, passe le premier appel téléphonique depuis un portable. Dix ans plus tard, Motorola lance sur le marché le DynaTAC, premier téléphone mobile en série. En 1993, en France, est lancé le Bi-Bop, le mobile de France Télécom. Et dans le monde à la même époque, on compte alors 0,6 abonnements pour 100 habitants.
Histoire du téléphone portable

Histoire du téléphone portable

En novembre 2007, Apple lance son premier Iphone, un téléphone qui combine les fonctions d’un téléphone mobile et d’un assistant numérique personnel. En 2013, les smartphones se vendent mieux que les téléphones basiques. On compte 93 abonnements pour 100 habitants, et il s’est vendu environ 860 millions de téléphones basiques et 940 millions de smartphones cette année là.
Les éléments chimiques dans nos téléphones portables

Les éléments chimiques dans nos téléphones portables

Vous voyez ici les éléments chimiques qui composent les différentes parties de nos téléphones portables : coque, écran, parties électroniques et batterie. En tout, ce sont au total 60 éléments chimiques différents et plus de 500 pièces qui composent nos téléphones mobiles.
Matières premières critiques selon l’Union Européenne

Matières premières critiques selon l’Union Européenne

Parmi les éléments chimiques qui composent nos téléphones portables, certains ont été placés sur la liste des matières premières critiques par l’Union Européenne. Pourquoi ? Parce qu’il existe un risque de pénurie et ce pour deux raisons. D’abord parce que ces ressources sont non-renouvelables, donc épuisables. Par exemple, l’antimoine, présent dans l’électronique des téléphones, est menacé d’épuisement aux alentours de 2020. Cette estimation tient compte des conditions d’extraction et des réserves connues en 2009. Et deuxième raison : il y a en fait peu de pays producteurs.
Matières premières critiques selon l’Union Européenne

Matières premières critiques selon l’Union Européenne

Les éléments chimiques présents sur la liste des matières premières critiques de l’Union Européenne sont aussi concentrés dans quelques pays. C’est par exemple le cas de l’antimoine (Sb), de l’indium (In) et du magnésium (Mg) qui sont produits à 87 %, 58 % et 86 % en Chine.
L’exemple du tantale

L’exemple du tantale

Le tantale (Ta) est utile pour la fabrication des condensateurs. Ils permettent de stocker l’énergie et donc de conserver les données quand le téléphone est déchargé. Cette carte nous montre les principales mines dans le monde en 2011. Près de la moitié de la production mondiale vient de la République Démocratique Congo, et du Rwanda.
Groupes armés et mines en République Démocratique du Congo

Groupes armés et mines en République Démocratique du Congo

Vous voyez sur cette carte les mines de coltan et de cassitérite, dans lesquelles on trouve le tantale. Certaines de ces mines sont contrôlées ou régulièrement attaquées et pillées par divers groupes rebelles. Citons par exemple les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda, la Nduma Defence for Congo, et les Raia Mutomboki.
Le tantale, une ressource non-renouvelable

Le tantale, une ressource non-renouvelable

Il existe un risque de rupture d’approvisionnement du tantale, qui n’est évidemment pas une ressource renouvelable. Les réserves mondiales de tantale actuellement connues correspondent à 153 000 tonnes. Et si l’on prend en compte la demande actuelle, il n’y aura plus de tantale d’ici 75 ans. Or, le dynamisme de la téléphonie mobile fait que la demande en tantale devrait s’accroitre dans les années à venir, au rythme de 5,3 % par an. Alors certes, la quantité de tantale par condensateur est faible, mais en 2011 on a tout de même fabriqué 9 milliards 300 millions de condensateurs rien que pour les téléphones.
Le puzzle mondial de la fabrication des téléphones portables

Le puzzle mondial de la fabrication des téléphones portables

Prenons l’exemple de l’Iphone 3G d’Apple, qui n’est plus fabriqué aujourd’hui, mais dont les diverses étapes de production permettent de bien comprendre la complexité de l’assemblage mondial : les écrans étaient fabriqués au Japon, l’appareil photo et le GPS en Allemagne, les processeurs en Corée du Sud, le système mémoire, l’antenne à courte portée et le circuit audio aux États-Unis et enfin, le tout était assemblé en Chine.

Lectures

TIC 2013, les nouveaux temps réels – Société, entreprises, individus, comment les TIC changent notre rapport au tempsYannick Lejeune, Stefana Broadbent, Dominique Reynié, Frédéric Bardeau
FYP Éditions01/10/2012Présentation de l’éditeur

Que devient la notion de temps pour l’individu pris dans ce flux continu d’information ? Fruit d’une vingtaine de spécialistes des nouvelles technologies, de réputation mondiale, cet ouvrage apporte un éclairage essentiel sur la transformation de la notion de temps auquel nous sommes tous confrontés, tant sur le plan professionnel que personnel.

L’ouvrage est une véritable avant-garde de la pensée et des usages à venir qui donne au lecteur des clés et des savoirs pour que les formidables capacités d’innovation puissent l’être au service de tous.

À propos des auteurs

Yannick Lejeune est directeur internet du groupe IONIS et diplômé de l’EPITA et d’un master de recherche en sciences de gestion de l’IAE de Paris.

Stefana Broadbent est Docteure en sciences cognitives, elle enseigne l’anthropologie numérique à l’University College de Londres.

Dominique Reynié est Directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et professeur des universités à l’Institut d’Etudes Politiques (IEP).

Frédéric Bardeau est cofondateur de Limite, une agence spécialisée en communication responsable qui accompagne principalement des ONG et des entreprises dans leur politique de Responsabilité sociale de l’entreprise (RSE).

Frédéric Bardeau et Nicolas Danet ont mené chez FYP un ouvrage intitulé Lire, écrire, compter, coder (06/2014) qui traite de la nécessité d’apprendre le code informatique, pour toutes les générations, tant pour la vie professionnelle que citoyenne, et explique comment y parvenir, quel que soit l’âge et la motivation.

TIC, technologies émergentes et Web 2.0 – Quels impacts en éducation ?Sous la direction de Thierry Karsenti et Simon Collin
Presses de l’Université du Québec01/05/2013Présentation de l’éditeur

L’ouvrage, en 15 textes, dégage les tendances actuelles et à venir en ce qui a trait aux usages des TIC, les technologies de l’information et de la communication, et de leurs incidences sur l’enseignement, l’apprentissage et le développement de compétences, de même qu’aux innovations technologiques tels le Web 2.0, l’apprentissage mobile et les réseaux sociaux. La méthodologie de recherche en éducation en regard des TIC est également abordée.

Ces textes sont le fruit du colloque « TIC, technologies émergentes et Web 2.0 : quels impacts en éducation ? », organisé par le Groupe de recherche sur l’intégration pédagogique des TIC en 2011 dans le cadre du congrès de l’Association Francophone pour le Savoir (ACFAS).

Le site des Presses de l’Université du Québec propose une présentation étendue du livre.

À propos des auteurs

Thierry Karsenti et Simon Collin sont présentés sur le site des Presses de l’Université du Québec.

Enseignement, informatique, TIC et société – L’industrie informatique dans la société de l’informationJacques Vétois
L’harmattan – Collection Terminal01/01/2014Présentation de l’éditeur

Dans ce double numéro 113-114 de la revue Terminal, il sera question de l’informatique à l’école et de ses enjeux à l’aube du XXIe siècle. La revue Terminal dresse aussi un premier bilan de l’enseignement de l’informatique chez les jeunes. Un dossier sera également consacré à l’actualité de l’industrie informatique à travers notamement un article sur les éditeurs de l’Open Source face au Cloud computing. Le livre est aussi téléchargeable sur le site de L’Harmattan.

À propos de l’auteur

Jacques Vétois a dirigé aussi chez le même éditeur un numéro sur les libertés à l’épreuve de l’informatique.

Mythologie du portableLaurence Allard
Le Cavalier Bleu01/01/2010Présentation de l’éditeur

À la fois produit de masse et support de personnalisation, l’usage du téléphone portable invite à dépasser les discours sur la fracture numérique. Jusqu’à inverser les rapports Nord/Sud dans ce domaine. Car l’avenir de la mythologie du téléphone portable se trouve en Afrique ou en Inde, à Gaza ou en Iran, bref, dans les pays du sud, nouveaux inventeurs de la culture mobile de demain.

À propos de l’auteure

Laurence Allard est sémiologue, maître de conférences en sciences de la communication à l’université de Lille-III. Elle s’intéresse particulièrement aux relations entre culture, politique et technique (p2p, web expressif, remixes, technologies mobiles…) en mobilisant les apports des gender, cultural et post colonial studies.

Avec Laurent Creton et Roger Odin, Laurence Allard a récemment publié Téléphonie mobile et création (Armand Colin, 02/2014) qu’analyse le site Lectures revues. Le thème a fait l’objet d’un colloque ouvert par les mêmes auteurs.

Portables : attention dangerNicolas Lefebvre avec la préface de Pierre Le Ruz
L’Archipel01/01/2010Présentation de l’ouvrage

Le Sénat, suite au rapport du 04 novembre 2009, s’est prononcé pour l’interdiction des mobiles dans les écoles maternelles et primaires. Depuis la condamnation des trois opérateurs historiques au nom du principe de précaution, la polémique sur les risques de la téléphonie mobile a pris une ampleur considérable.

Note de l’éditeur

Après un an d’investigation au contact de scientifiques internationaux réputés, de victimes, de représentants des institutions sanitaires et des industriels, Nicolas Lefebvre dépeint une réalité complexe et des conflits d’intérêt multiples. Il apparaît que le lobbying industriel, l’indépendance contestée des experts et la désinformation ont engendré la suspicion autant des usagers que des investisseurs et des assureurs.

À la fois guide pratique grand public et outil de travail à l’usage des professionnels, cet ouvrage complété d’annexes et de documents constitue un dossier de référence.

À propos de l’auteur

Nicolas Lefebvre collabore à la presse économique (Défis, Le Nouvel Entrepreneur, Rebondir) depuis 2001. Ses reportages l’ont conduit à s’intéresser aux lobbies industriels et à leur influence dans l’élaboration de l’expertise sanitaire et de la réglementation. Docteur en psychologie, le Dr Pierre le Ruz est président du Criirem (Centre de recherche et d’informations indépendantes sur les rayonnements magnétiques).

Portables et antennes : mauvaises ondesRichard Forget
Le Sang de la Terre01/02/2010Présentation de l’éditeur

Des centaines d’études ont mis en évidence les risques importants pour la santé des utilisateurs de téléphone portable et celle des riverains d’antennes-relais. Dès 2000, les premiers cas de cancer sont apparus notamment chez des enfants. Chercheurs et médecins ont alerté l’opinion et demandé l’application du principe de précaution mais les pouvoirs publics traînent des pieds. Le développement inconsidéré du téléphone portable sera-t-il un scandale comme l’a été l’utilisation de l’amiante ? Une technologie qui se développe sans tenir compte des dangers. Des intérêts économiques ignorant la santé des usagers. Des vrais rapports scientifiques qui restent confidentiels. Les témoignages inquiétants des utilisateurs. Le combat des associations qui gagnent leurs procès.

À propos de l’auteur

Avocat au Barreau de Paris, Richard Forget défend avec succès Robin des toits l’une des principales associations anti-téléphone mobile, et des citoyens se plaignant de la présence d’antennes-relais sur des édifices à proximité de leur domicile.

Blood in the mobileRéalisation : Frank Piasecki Poulsen. Production : Koncern TV- og, Filmproduktion, Film Chili (Danemark) et Gebrueder Beetz
Filmakers Library2014Présentation du documentaire

Qu’y a-t-il de commun entre un téléphone portable et la guerre civile au Congo ? Le sang. Celui qui vient de la lutte pour le contrôle du coltan, un minerai extrait dans la région du Kivu, indispensable à la fabrication de nos chers mobiles.

Stephen Applebaum pour The Guardian, en fait le commentaire.

Ce documentaire, qui fut diffusé en août 2013, fait l’objet d’un dossier sur le site d’Arte. Il est possible de commander le documentaire sur le site Blood in the mobile, de le voir en streaming et en français sur le site Culture Unplugged, en attendant, sa version DVD, sur Kongo News.

« À Fukushima, la population est dans une situation inextricable »

Par Louise Lis

11/03/2015

Source : https://lejournal.cnrs.fr

Logements provisoires pour personnes déplacées à Minamisoma, Japon.

Quatre ans après l’explosion d’une centrale nucléaire à Fukushima, le sort des populations concernées est loin d’être réglé. La chercheuse Cécile Asanuma-Brice décrypte la politique qui vise à inciter ces personnes à réintégrer les zones encore contaminées.

Résidente au Japon depuis près de quinze ans, Cécile Asanuma-Brice travaille au bureau du CNRS à Tokyo et est chercheuse associée au centre de recherche de la Maison franco-japonaise de Tokyo et au Laboratoire international associé « Protection humaine et réponse au désastre » (HPDR) créé par le CNRS et d’autres institutions françaises et japonaises, à la suite de la catastrophe de Fukushima. Le 11 mars 2011, un tremblement de terre suivi d’un tsunami avait provoqué l’explosion, le lendemain, d’une centrale nucléaire dans cette région.

Combien de personnes restent déplacées ? Dans quelles conditions vivent-elles ?
Cécile Asanuma-Brice :
Le gouvernement japonais fait état de 118 812 personnes déplacées1, dont 73 077 à l’intérieur du département de Fukushima et 45 735 à l’extérieur, ce qui représente une baisse puisque les mêmes statistiques officielles affichaient 160 000 personnes déplacées en 2011, quelques mois après la catastrophe. En réalité, le nombre de personnes déplacées est bien plus élevé que cela. Car le système d’enregistrement mis en place par l’Administration est extrêmement contraignant et une partie non négligeable des habitants n’a pas voulu s’y plier. J’ai personnellement interviewé plusieurs familles regroupées au sein d’associations qui ont refusé cet enregistrement, car cela aboutissait à leur faire perdre des droits, notamment quant à la gratuité de leur suivi médical.

Dans un premier temps, le gouvernement japonais a ouvert à la gratuité le parc des logements publics vacants sur l’ensemble du territoire aux personnes qui souhaitaient s’installer ailleurs. Cette mesure était positive, même si elle ne s’est pas accompagnée de politiques d’aide à l’emploi qui auraient permis une intégration durable des nouveaux migrants dans les territoires d’accueil. En outre, cette directive a pris fin en décembre 2012. Simultanément, des logements provisoires ont été construits mais en partie sur des zones contaminées selon la carte de répartition de la contamination produite par le ministère de la Recherche du gouvernement japonais.

Dans la loi, la vie dans ces logements est limitée à deux ans en raison de l’inconfort des lieux. Mais le provisoire est en train de durer. Les réfugiés qui vivent sur ces terrains vacants aux marges des villes ont à leur charge la consommation d’électricité, de gaz et d’eau, et sont également contraints d’acheter les aliments qu’ils produisaient autrefois, la plupart d’entre eux étant fermiers. Le revenu de compensation de 100 000 yens (environ 750 euros, NDLR) par mois qui leur est versé par Tepco, l’entreprise de gestion de la centrale, est insuffisant pour couvrir ces frais. Enfin, des logiques de discrimination commencent à apparaître, pointant les réfugiés comme des « assistés », ce qui est extrêmement mal considéré dans un pays qui place très haut la valeur du travail.

A Futaba, photo d'un couple

Les populations expriment-elles le souhait de rentrer chez elles ? Quel est l’état d’esprit dominant ?
C. A.-B. : Beaucoup de familles sont installées loin de leur village d’origine tandis que les pères continuent de travailler dans le département où elles vivaient. Une majorité d’entre elles sont propriétaires de leur maison ou appartement ; elles ont emprunté pour cela et il leur est par conséquent très difficile de tout abandonner sans l’application d’un droit au refuge, soit l’assurance d’une compensation financière et d’une aide à la recherche d’emploi dans la région d’accueil. Cela serait envisageable si l’on considère les sommes faramineuses consacrées à la décontamination inefficace des territoires. Ces habitants sont mis dans une situation inextricable et cela se traduit par un taux de divorce élevé, de même que celui des suicides et des dépressions nerveuses…

Néanmoins, le gouvernement entretient soigneusement l’idée d’un retour possible et tend à rouvrir progressivement les zones qui étaient interdites à l’habitation. Ainsi, la zone de réglementation spéciale qui recouvrait les neuf collectivités locales autour de la centrale a été totalement supprimée, ce qui recouvre une population de 76 420 personnes. Un peu moins de deux tiers d’entre elles – 51 360 personnes exactement – se trouvent dans la zone de « préparation à l’annulation de la directive d’évacuation » – dont le taux de contamination est en deça de 20 millisieverts (mSv) –, ce qui signifie qu’elles peuvent se déplacer librement dans cette zone durant la journée afin d’entretenir leur habitat ou d’y travailler. L’annulation de la directive a été effective en partie en 2014. Dans la zone de restriction de résidence, qui concerne 25 % des habitants (19 230 personnes), il est permis d’entrer et de sortir librement pendant la journée mais pas de travailler.

Vous dénoncez l’abus du concept de résilience, utilisé pour, dites-vous, « assigner la population à demeure ».
C. A.-B. : Pour convaincre les gens de revenir, les pouvoirs publics s’appuient sur le concept de résilience qui fait, en l’espèce, l’objet d’un abus épistémologique : des approches concernant la résilience psychologique, écologique et urbaine sont mélangées afin de suggérer l’abandon de la fuite à ceux qui obéiraient encore à leur instinct primaire d’angoisse face aux dangers ! La communication sur le risque joue un rôle important pour faire passer ce concept de résilience. Il faut faire admettre que nous vivons désormais dans « la société du risque » pour reprendre le titre d’un ouvrage d’Ulrich Beck qui a théorisé cette idée. La société du risque, selon lui, c’est une société où l’état d’exception menace d’y devenir un état normal. Dans le cas présent, les normes de protection sont bouleversées pour limiter la surface de la zone d’évacuation et permettre l’illusion d’un retour à la normal.

Ainsi, le taux de radioactivité dans l’air comme au sol excède par endroits dix à vingt fois le taux de contamination internationalement admis comme acceptable pour la population civile, soit 1 mSv/an. Dès avril 2011, les autorités ont relevé cette norme à 20 mSv/an dans la région la plus polluée, et il est actuellement question de la relever à 100 mSv/an ! Même chose dans l’alimentation, où le taux d’acceptabilité maximal de la radioactivité a varié. Cette stratégie de communication a disposé en 2014 d’un budget de plus 2 millions d’euros qui ont permis, si j’ose dire, « d’éduquer » aux risques sanitaires pour mieux rassurer, par le biais, par exemple, de l’organisation d’ateliers sur la radioactivité et le cancer destinés aux écoliers de classes primaires de la région de Fukushima, de la distribution de manuels scolaires apprenant à gérer la vie dans un environnement contaminé, ou encore de campagnes télévisuelles pour des produits frais en provenance de la zone contaminée vantant l’efficacité de la décontamination, qui n’a toujours pas été prouvée.

Fruits et légumes en provenance de la région de Fukushima et mis en vente

Cette stratégie repose sur un programme déjà appliqué à Tchernobyl.
C. A.-B. : Les acteurs impliqués dans la gestion du désastre japonais sont en partie les mêmes que ceux qui ont « géré » la crise nucléaire de Tchernobyl. C’est le cas notamment de Jacques Lochard, directeur du CEPN (Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire), ainsi que du docteur Yamashita Shunichi, membre de la commission d’enquête sanitaire, l’un des premiers à avoir prôné le relèvement de la norme de sécurité à 100 mSv/an, ou encore du professeur Niwa de l’université médicale de Fukushima. Ce psychiatre argumente en faveur d’un retour des habitants en réponse aux taux de dépression et de suicide croissants liés à la douleur de l’éloignement de leur pays natal. De fait, les réfugiés sont privés de liberté de décision sur leur propre sort puisqu’on ne leur donne ni les moyens de pouvoir partir ni ceux de se réintégrer totalement. Autrement dit, on les contraint à devoir gérer leur quotidien dans un environnement contaminé. C’est justement l’objet du programme Ethos Fukushima, qui fait suite au programme Ethos Tchernobyl, l’un comme l’autre dirigés par Jacques Lochard et dans lesquels les docteurs Yamashita et Niwa jouent un rôle fondamental. Ce programme est basé sur le calcul du coût/bénéfice en matière de radioprotection et vise à apprendre aux habitants à gérer leur quotidien dans un environnement contaminé, la migration étant jugée trop coûteuse.

Ville de Tomioka, à quelques km de la centrale nucléaire.

Ce programme a également pour but de relancer l’économie dans les régions touchées par la catastrophe, en incitant à la consommation de produits alimentaires issus des zones contaminées. Des accords sont ainsi passés avec des chaînes de supermarchés présentes sur l’ensemble du territoire et qui orientent leur distribution vers la vente d’articles quasi exclusivement en provenance des territoires touchés.

Comment réagissent les populations concernées ?
C. A.-B. : Ce lavage de cerveau fonctionne en partie, même si la résistance est de taille compte tenu de l’enjeu sanitaire. Il est vrai que cette politique de communication va très loin dans la manipulation des esprits. C’est ainsi que sont organisés des ateliers qui consistent à faire redécouvrir aux enfants qui sont partis la culture du terroir de leur origine. Du personnel administratif de la préfecture de Fukushima, entre autres des psychologues, prend donc contact avec des familles sur leur lieu de refuge, leur expliquant qu’ils souhaitent organiser des rencontres entre les enfants du même âge des anciennes classes dissolues de la région afin qu’ils ne perdent pas contact. Là, ils les font cuisiner ensemble en leur expliquant, notamment, la provenance de chaque ingrédient (par exemple le terroir des grands-parents). Ainsi, on crée la nostalgie chez l’enfant que l’on culpabilise d’avoir abandonné ses amis et son pays natal. Tout cela est créé de toutes pièces mais fonctionne malheureusement. L’enfant, alors qu’il commençait enfin à recréer de nouveaux repères dans sa ville d’accueil, rentre dans sa famille en demandant la date à laquelle ils retourneront chez eux, à Fukushima… Certaines familles ne sont pas dupes et luttent pour l’organisation de réseaux d’accueil des réfugiés qui visent à les aider à mieux s’insérer et organisent des séances durant lesquelles on explique les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber.

Notes

  • 1. Résultats de l’enquête de la préfecture de Fukushima au 30 janvier 2015.

 

Fukushima fête son 4ème anniversaire

Source : http://www.2000watts.org

11/03/2015

Aujourd’hui, une 4ème bougie a été ajoutée sur le gâteau d’anniversaire de la Centrale nucléaire de Fukushima. La tragédie débutée le 11 mars 2011 voit une légère amélioration, mais le plus gros reste à faire pour les 6’000 employés qui s’acharnent à maintenir la situation sous contrôle.

La radioactivité est toujours présente, 350m3 d’eau sont déversées quotidiennement sur les 3 réacteurs pour les maintenir entre 20 et 50 degrés. Les barres de combustible ont été retirées de la piscine no 4 et le sol va être congelé pour diminuer les fuites dans le Pacifique. Il reste les 160’000 personnes évacuées qui sont toujours logées dans des préfabriqués provisoire.

Naoto Matsumura : Le Dernier Homme de Fukushima

Il ne reste plus que des villages fantômes dans un cercle de 20 km autour de la Centrale ainsi que des montagnes d’énormes big bags remplis de terre radioactives dont personne ne veut.

Seul Naoto Matsumura vit encore à proximité. Sans aucune protection, cet homme s’occupe des chiens, des sangliers, des chats ou des vaches abandonnés à leur propre sort. Lire: Naoto Matsumura : Le Dernier Homme de Fukushima

Autours de la centrale la décontamination progresse mais elle est trop élevée pour y vivre de manière permanente pendant que le Gouvernement de Tokyo incite les habitants à retourner dans leurs villages et espère faire retomber la radioactivé à 1 millisievert/an. 1 mSv/a d’ici à quelques années.
Les 160’000 personnes évacuées sont toujours logées dans des préfabriqués provisoires et aucune solution durable est en vue.

Fukushima: 103 enfants atteints d’un cancer

Le gouvernement a « profité de l’occasion » de cette catastrophe nucléaire pour mener une campagne grandeur nature sur plus de 300’000 enfants habitant la Province dévastée.

En août 2014, 103 enfants âgés de moins de 18 ans au moment de l’accident ont développé un cancer de la thyroïde et le nombre de cancers confirmés après une intervention chirurgicale s’établit désormais à 57.  Lire Fukushima: 103 enfants atteints d’un cancer

 

L’eau: problème principal

Un travail considérable a déjà été réalisé avec d’énormes moyens techniques et financiers.  Ainsi le combustible de la piscine No4 a été entièrement enlevé, mais les 3 autres réacteurs restent une menace.

Pour cette année 2015, la gestion des eaux contaminées serait le principal défi. Quotidiennement, 350 m³ d’eau sont utilisés pour les maintenir à une température comprise entre 20 et 50 degrés.
Au contact des réacteurs, l’eau se charge en césium, strontium ou tritium. Elle s’écoule ensuite dans les sous-sols des réacteurs 1, 2, 3 et dans la nappe phréatique ainsi que dans le Pacifique.
Tepco pompe tous les jours 600 à 700 tonnes d’eau radioactive et tente d’éliminer les substances radioactives à par le tritium qui résiste. Une partie de cette eau est réintroduite dans le circuit de refroidissement et, pour le reste, elle est stockée dans plus de 1’000 réservoirs en attendant de pouvoir traiter ces 600’000 tonnes de liquide radioactif.

Plusieurs systèmes de décontamination ont dû être inventés. Les débuts chaotiques ont fait place à l’espoir et durant le milieu 2015, jusqu’à 2’000 m3 d’eau pourraient passer dans le système tous les jours. Seul le tritium passe entre les mailles du filet, mais c’est déjà ça.

Réduire la contamination du Pacifique

Evidemment que les fuites d’eau sont courantes et Tepco n’apporte pas toujours une réponse très rapide d’où le courroux du gouvernement Abe.

Pour diminuer l’impact sur l’océan Pacifique, Tepco espère geler le terrain autours de la centrale avec un mur de glace souterrain. Un liquide refroidissant canalisé dans 1’500 tuyaux pourrait être mis en service durant cette année.

L’entreprise est également en train de terminer une barrière d’étanchéité le long de l’Océan et de pomper l’eau de la nappe phréatique.

L’Agence Internationale de l’Energie Atomique suggère de rejeter dans l’océan l’eau qui est traitée. Le peu de radioactivité sera dissolu dans la masse et deviendra invisible.

 

Le meilleur pour la fin

Les opérations les plus dangereuses ont été conservées pour la fin. Il va falloir décontaminer les 3 réacteurs qui ont fondu et qui ont formé un magma de corium extrêmement radioactif. Celui-ci a perforé les réacteurs et se trouve dans le sous-sol des bâtiments tout en dégageant des émanations radioactives mortelles pour l’homme. Il faudra encore 10-15 ans avant d’y aller. Il faudra encore 30 à 40 ans pour rendre le chantier hors d’état de nuire.

Céline Lafontaine : “La bioéconomie, c’est le stade ultime du capitalisme”

Par 

21/05/2014

Source : http://www.lesinrocks.com

Aastrom BioSciences, laboratoire américain de thérapie cellulaire (Rebecca Cook/Reuters)

 

Dans son livre “Le Corps-Marché”, la sociologue canadienne Céline Lafontaine, professeure à l’université de Montréal, dénonce la “bioéconomie”, une économie fondée sur la marchandisation du corps.

S’attachant en particulier à l’industrie biomédicale, Céline Lafontaine délivre une  enquête documentée et pragmatique sur les enjeux de la bioéconomie. Elle éclaire les règles d’un marché mondialisé du corps humain, dont les éléments (sang, ovules, cellules, tissus…) sont de plus en plus marchandisés, comme dans l’industrie de la procréation. Par-delà les clivages éthiques que tous ces débats suscitent entre les citoyens – par exemple au sujet de la gestation pour autrui –, elle consigne précisément les enjeux réels de cette bioéconomie souveraine. Un éclairage à partir duquel les positions éthiques de chacun peuvent s’ajuster en fonction de plusieurs conceptions possibles de la liberté et de l’égalité…

Le monde vivant est devenu aujourd’hui, selon vous, “une mine à exploiter”. Une mine qui définit ce que vous appelez la “bioéconomie” ? Qu’est-ce qui la caractérise ?

-1Céline Lafontaine – La bioéconomie, c’est le nouveau modèle de développement économique, promulgué par l’OCDE. La bioéconomie est au cœur du processus de globalisation. L’origine du concept se rattache à l’écologie et au modèle de la décroissance. Face à l’épuisement des ressources naturelles, la bioéconomie, dans sa première version, devait tenir compte des limites imposées par la planète, des limites du vivant. Historiquement, la bioéconomie est directement liée à la crise du pétrole du début des années 70, à l’abandon de l’étalon-or, au moment où le rapport du Club de Rome annonçait l’épuisement de l’énergie fossile.

Les Etats-Unis ont alors réagi en développant un nouveau modèle de l’économie qui place les processus vivants au centre de tout. Dès le début des années 80, le pays a investi massivement dans les biotechnologies. La bioéconomie, c’est donc un mode de production qui touche tous les secteurs économiques (agriculture, industrie, santé…), qui prend les processus vitaux, au niveau de l’ADN et des cellules, pour les transformer et leur conférer une nouvelle productivité.

Ces processus biologiques sont à la source d’une nouvelle productivité. Plutôt que d’utiliser la force de travail des ouvriers, la bioéconomie est fondée sur l’exploitation du vivant, la manipulation des gènes, des processus cellulaires et des processus vitaux. La vie elle-même est devenue la source de la productivité économique.

La bioéconomie est-elle consubstantiellement liée à l’économie financiarisée ?

Oui, c’est très clair ; il y a un lien entre le corps des femmes et la monnaie. L’abandon de l’étalon-or au début des années 70 – la dématérialisation de la monnaie, donc –, c’est la dématérialisation du rapport à la nature, au corps. L’économie informationnelle transforme le rapport au corps avec une vision décomposée du corps. On a l’impression, dans cette économie dématérialisée, que les ovules poussent dans les arbres. Il faut, je pense, revenir aux bases matérielles, biologiques, de ces corps.

Existe-t-il un marché constitué autour du corps humain ?

Le marché du corps humain existe de fait depuis les débuts de la médecine occidentale. Mais, le marché de la bioéconomie s’est internationalisé, avec notamment le développement des recherches sur les cellules souches embryonnaires. La bioéconomie, centrée sur le corps féminin se nourrit en fait de l’industrie de la procréation in vitro. Ce premier modèle d’industrialisation permet de comprendre la logique de la globalisation. Cette industrie a créé une demande, la fécondation in vitro, avec des banques d’ovules et des banques de sperme, apparues dès les années 80 aux Etats-Unis. Le phénomène s’est démocratisé de par le monde. Le travail reproductif des corps s’est exporté.

Les ovules des femmes américaines se vendent et s’exportent. Les mères porteuses se trouvent surtout en Inde : les femmes indiennes coûtent moins cher que les mères porteuses américaines. Mais on ne prend pas les ovules des femmes indiennes, car on ne veut pas du matériel génétique “racialisé” ; on en est là.

Comment comprendre le développement de ce marché du corps ? A quoi imputez-vous ce développement : aux progrès scientifiques, à la demande sociale qui évolue, aux intérêts marchands… ?

Il y a d’abord une volonté des Etats de développer la recherche biomédicale. Après la Seconde Guerre mondiale, la santé est devenue le fondement de la citoyenneté en s’inscrivant dans le corps de la nation à travers la mise en place des systèmes de santé publique ou le système du don du sang. Un système que le scandale du sang contaminé a effrité, en France comme au Canada dans les années 80.

Le modèle du don a été transposé aux ovules. Mais dans les faits, il n’y a pas de don d’ovules sans rémunération, sauf en France et au Canada où les banques sont vides. C’est une technologie invasive qui a des effets importants sur la santé, malgré la banalisation de l’in vitro, la stimulation ovarienne, la mise en production du corps… Ce sont des traitements pénibles. Pour donner, il faut qu’il y ait de l’argent en retour. Des femmes, dans le besoin, vendent leurs ovules, avec des effets catastrophiques pour leur santé, souvent. Même si c’est un échange financier, on le camoufle dans la rhétorique du don : le don de vie.

Le don vous semble donc un faux-semblant ?

Cette rhétorique du don de sang est à la base des Etats-nations. Or, j’insiste, le don camoufle aujourd’hui des logiques d’appropriation. On parle de compensation financière aux Etats-Unis, pour masquer la réalité d’une relation marchande. Les défenseurs des mères porteuses parlent du don de vie ; les femmes seraient censées se valoriser à travers ce don.

Pour moi, il faut questionner ce don qui est plus proche d’un sacrifice. Dans une société très capitaliste, la valorisation du don des femmes est problématique. Les bio-banques qui se développent dans le monde symbolisent ce travestissement du don, sous couvert du consentement éclairé. Les gens donnent pour faire avancer la recherche, mais les mécanismes de recherche mis en place font en sorte que les retombées de ces recherches sont privatisées et reviennent dans le corps social sous forme d’une médecine privatisée, tellement chère qu’elle met en péril le système de santé publique. On naturalise le don des femmes aujourd’hui ; or, l’économie du don se nourrit du corps de la population et privatise les retombées.

Tous les éléments du corps humain, qui font l’objet d’un trafic marchand – les organes, le sperme, le sang, les cellules… doivent-ils être mis sur le même plan, d’un point de vue moral ?

Avec les organes, on est aux limites de l’illicite. On est là dans une forme de “cannibalisme”, dans une forme d’appropriation de l’autre. Le don d’organes a donné lieu à une rhétorique de la pénurie qui a nourri ainsi le “tourisme médical”. Les femmes donnent par exemple leur rein, plus que les hommes. Il y a une survalorisation du don des femmes dans une société qui proclame l’autonomie.

Je ne me situe pas sur un plan moral s’agissant des mères lesbiennes désirant un enfant. Mais le sperme n’est pas l’équivalent biologique de l’ovule ; il y en a un qu’on doit récolter, c’est une ressource renouvelable ; l’autre est une ressource rare, puisque le nombre d’ovocytes est limité à la naissance. Donner du sperme ou des ovules, ce n’est pas pareil ; cela n’a pas les mêmes répercussions ; il y a une intrusion dans le corps qui n’est pas du même ordre.

Comment définissez-vous votre approche sociologique dans le cadre de ces questions complexes, où les positions morales et éthiques s’opposent souvent violemment ?

Ma perspective est celle d’un féminisme matérialiste, qui consiste à prendre au sérieux la matière du corps. L’un des problèmes des “gender studies” est selon moi d’avoir oublié la matérialité des corps. Faire croire à un équivalent du masculin et du féminin nous fait oublier que dans les faits, un ovule, ce n’est pas du sperme. L’enjeu de la bioéconomie, c’est précisément la valeur de ces produits reproductifs.

Vous parlez d’un renversement entre le “zoe” et le “bios” ; c’est-à-dire ?

Selon la thèse du philosophe Giorgio Agamben, il y a une distinction entre la vie nue, purement biologique, zoe, et bios, la vie sociale, politique. Dans l’époque contemporaine, il y a ce renversement car les processus biologiques deviennent la valeur politique. Le projet du politique devient le projet du bios, du prolongement de la vie. L’individu investit maintenant dans son capital biologique, porté par une vision “biologisante” du rapport à soi. C’est cette distinction que je fais entre le corps-objet et le corps-sujet.

L’idée du post-humain, l’idée de faire de son corps un projet de vie se sont imposées : plus on subjectivise le corps, plus on l’objectivise à travers ses différents produits. On reprend les mêmes logiques d’exploitation que l’industrie manufacturière. C’est pire encore car on s’appuie sur des logiques de domination des femmes.

Vous parlez même d’un “cannibalisme technoscientifique”.

Oui, dans le sens où le corps des plus pauvres nourrit le corps des plus riches. Le corps des femmes les plus jeunes et pauvres nourrit le corps des femmes ménopausées. La médecine régénératrice vise à contourner la pénurie d’organes à partir de traitements à base de cellules. La cellule ne sert plus exclusivement d’expérimentation : elle devient un produit thérapeutique. Avec les cellules souches embryonnaires, issues de l’industrie de la procréation in vitro, on est dans une économie de la promesse, de spéculation.

L’idée de régénérer le corps est née avec l’annonce de la Banque mondiale d’un rapport sur le lien entre la décroissance et le vieillissement de la population. On a alors investi dans cette médecine régénératrice, avec cette idée de vaincre le vieillissement en tant que tel. Les logiques de marché sont liées à des politiques gouvernementales. On investit donc publiquement dans une médecine qui ne concerne que les riches.

Même en France ?

Il n’y a pas d’exception française sur ce point. Certes, il y a en France une bioéthique développée, mais les biobanques et le modèle de recherche et la médecine régénératrice se développent tout autant, c’est le même modèle que dans les pays anglo-saxons. On observe la même logique de privatisation ; on présuppose que les prélèvements sont opérés pour le corps de la nation ; or, ce n’est pas le cas ; le modèle du don, très politique, n’est qu’apparent. On est passé d’un don de corps à corps, comme dans le cas de la greffe d’organes, au corps pour la recherche, comme si c’était la même logique, comme si le corps politique faisait corps avec la recherche biomédicale. Je ne veux pas critiquer la recherche en tant que telle, mais discuter de la place qu’a prise la médecine dans nos vies. La bioéconomie, c’est le stade ultime du capitalisme ; on est dans la promesse d’une régénération infinie des processus vitaux.

Où placez-vous l’éthique dans votre travail ? L’argument de la marchandisation ne vous semble-t-il pas parfois détourné par tous ceux qui, au nom de normes morales conservatrices contestent, le droit pour ceux qui le désirent à la procréation médicale assistée ou à la gestation pour autrui ?

Il n’y a pas, selon moi, d’ambiguïté, on est vraiment dans une marchandisation au sens de mise en marché. Là où il y a un glissement possible, c’est quand le débat dérive vers un point de vue moral ou religieux. Mais mon point de vue est celui d’une sociologue attentive aux inégalités que cela engendre. La distinction faite entre conservateurs de droite et libéraux de gauche me semble erronée. Pour moi, être de gauche, ce n’est pas militer pour le in vitro, qui reste une industrie. C’est du libéralisme pur. Ceux qui manifestent pour le droit à la PMA ne questionnent pas la pression faite sur les femmes, le modèle de la maternité…

L’accès aux nouvelles technologies, c’est réclamer l’accès à d’autres corps. Qu’on le veuille ou non, cela repose sur un marché. Est-ce conservateur de rappeler qu’il existe du masculin et du féminin ? Les mères porteuses, c’est une pratique d’exploitation. C’est du même ordre que le travail des enfants en Chine. Les mères porteuses sont toujours des femmes dominées, pauvres, qui le font toujours en échange d’argent. Le don de soi se rapproche d’un sacrifice.

Ma perspective, c’est de réfléchir au maintien des systèmes de santé publique, à la réduction des inégalités. Et surtout, je pense que les corps sont reliés les uns aux autres. Il y a un corps social, il faut réfléchir à une nouvelle politique de la vie  et penser le corps social dans sa finitude.

Céline Lafontaine, Le corps-marché. La marchandisation de la vie humaine à l’ère de la bioéconomie (Seuil, 288 p, 21,50 €)

La principale cause de mortalité dans les pays en voie de développement risque de vous surprendre

Ecrit parEnsia
Traduit par Marie Andre
23/01/2015

A landfill fire in Fada-Ngourma, Gourma Province, Burkina Faso. Photo by Flickr user lepetitNicolas. CC-BY-NC-SA 2.0

Ce post de Richard Fuller est publié par Ensia.com, magazine qui met en lumière des solutions environnementales internationales en action. Nous le reprennons ici conformément à un accord de partage de contenus.

Quelle est la cause de mortalité la plus importante dans les pays à faible et moyen revenus ?

A.  malnutrition et dénutrition
B.  tuberculose, malaria et sida
C.  pollution

Si vous avez répondu “C”, c’est la bonne réponse. Les expositions à la pollution des sols, de l’eau et de l’air (domestique et ambiante) ont tué 8,4 millions de personnes dans ces pays en 2012.

Une autre statistique vaut la peine d’être mentionnée: 9 millions de personnes dans le monde sont mortes à cause de la pollution en 2012, dont 8,4 millions dans les pays les plus pauvres. Ce n’est donc pas un problème de “pays riche”. C’est un problème qui touche les pays en voie de développement.

Pour illustrer ces chiffres, les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé font état de 56 millions de personnes mortes en 2012 — il s’agit de toutes les personnes décédées sur la planète, que ce soit des suites d’accidents de voitures, de suicides, de vieillesse, de cancer, d’erreurs médicales, par la foudre, de maladies infectieuses, en parachute, à cause des guerres, ou pour toute autre raison. Ce qui signifie que la pollution a tué près d’1 personne sur 7.

La pollution de l’air extérieur a fait 3,7 millions de morts. 4,2 millions de personnes sont mortes des suites d’exposition à des particules, en intérieur, provenant de cuisinières. Environ 1 million de personnes sont mortes en raison de sols et d’eaux contaminées par des produits chimiques. Et 840.00 sont mortes des suites d’un manque d’hygiène. Tous ces chiffres proviennent des sites et bases de données de l’Organisation Mondiale de la Santé, sauf les statistiques concernant les sols, qui sont plus récentes (et vraisemblablement sous-estimées) et sont données par l’Alliance Globale pour la Santé et la Pollution.

Cette même année 2012, 625.000 personnes sont mortes de la malaria, 1,5 million du sida et 930.000 de la tuberculose. Ceci représente un tiers des morts dues à la pollution, et pourtant ce trio de maladies terribles draine 20 milliards de $ par an provenant des dons internationaux et des états.

Lent et insidieux

Il est important de faire remarquer que la pollution tue rarement directement et rapidement. Au contraire, elle provoque des des maladies cardiaques, des infections pulmonaires, des cancers, des maladies respiratoires ou des diarrhées. La pollution agit comme un catalyseur et fait augmenter le taux de ces maladies au-dessus de la normale. Pour cette raison, l’Organisation Mondiale de la Santé considère la pollution comme un facteur de risque – une menace pour la santé de l’homme similaire l’obésité, le tabac, la malnutrition ou le manque d’exercice. Mais la pollution est la championne des facteurs de risque. Au niveau mondial, ses prognostiques mortels dépassent de beaucoup ceux des autres facteurs de risque, quel que soit le contexte.

On a du mal à imaginer ce que cela représente. Essayez cependant d’imaginer ce scénario:

Chaque matin vous vous réveillez sur le sol sale d’une case que votre famille et vous même avez nettoyé avec force à l’aide de vieux tissus récupérés sur le site voisin d’un hôtel 5 étoiles en construction. Votre mari travaille 70 heures par semaine à trier des produits chimiques dans une usine de pesticides mal gérée. Récemment il est rentré à la maison en toussant et crachant du sang. Il maigrit et est de plus en plus fatigué, et vous voulez lui conseiller d’arrêter, mais comment faire? Le peu qu’il gagne sert à nourrir la famille.

Alors vous vous dirigez vers le point d’eau local avec votre seau en plastique. L’eau que vous puisez dans la mare est marron et sent les excréments, mais vous n’avez rien d’autre à boire. Vous essayez de la filtrer avec une étamine mais cela ne fait pas grand-chose. En même temps, l’usine qui se trouve à côté de votre bidonville, celle que l’administration avait fait fermer il y a peu, s’est remise en route – mais seulement la nuit. Ses cheminées crachent des colonnes d’une épaisse fumée, mais pas moyen de savoir ce qui brûle. La semaine dernière, l’aîné de vos enfants a toussé toute la nuit. Vos autres enfants sont maladifs et ont des difficultés à apprendre, même les concepts de base. Ni vos amis, ni votre famille ne peut vous aider, car, bizarrement, presque tout le monde dans le voisinage a les mêmes problèmes.

Notre économie est globale et il en va de même des polluants qu’elle génère.

Vous êtes l’un de ces pauvres empoisonnés, sans voix et sans espoir. Les lois qui pourraient exister pour combattre ces conditions de vie ne sont jamais appliquées. Vous ne pouvez pas simplement déménager pour une autre ville – il vous a fallu des années pour vous installer là où vous habitez. Et de tout façon, où iriez-vous exactement? Toutes les villes sont dans la même situation. Comme tous les défavorisés du monde, vous êtes devenu de la chair à canon dans la guerre actuelle pour la croissance.

Comment régler ce problème?

Notre économie est globale et il en va de même des polluants qu’elle génère. On peut maintenant mesurer dans d’autres pays l’air contaminé en Chine. On retrouve dans le poisson le mercure qui provient de mines d’or et de mines de charbon et on a trouvé de l’arsenic dans le riz.

Our economy is global and so are the pollutants it generates. Contaminated air from China can now be measured in other countries. Mercury from gold mining and coal plants can be found in fish, and arsenic has been found in rice.

De nombreuses industries hautement polluantes ont été transférées des pays développés vers les pays pauvres qui ont des lois environnementales moins contraignantes et une technologie moins avancée pour la gestion et le maniement des produits chimiques. Les technologies propres et la croissance verte sont possibles dans les économies émergentes et peuvent prévenir des dizaines d’années d’une prochaine contamination qui va nous atteindre tous. Les nations occidentales ont trouvé comment nettoyer la pollution et peuvent transférer leur technologie et financer les pays à faible et moyen revenu.

Inscrire prioritairement la prévention et la suppression des dégâts de la pollution ne sauvera pas seulement des vies, mais atténuera les changements climatiques et réduira les menaces contre la biodiversité. Quand on considère les priorités des programmes des principales organisations internationales, la faible importance donnée à la pollution fait peur, étant donné son impact. On peut en attribuer la raison au manque de prise de conscience ainsi qu’au fait de ne pas savoir par où commencer pour venir à bout de ces problèmes.

Il est primordial de s’assurer que la lutte contre la pollution fait partie des Objectifs de Développement Durable des Nations Unies, qui décrivent les modalités à venir pour un développement durable après l’expiration, cette année, des Objectifs du Millénaire pour le Développement, qui comporte des sujets comme la fin de la pauvreté grâce à une agriculture durable, la mise en place d’une éducation pour tous équitable et bien d’autres sujets. Le projet actuel ne prend pas en compte la pollution en tant que telle, bien que la pollution soit comprise dans les objectifs de santé. Le texte -sous-objectif 3.9- parle de réduire les décès et les handicaps dûs à tous les types de pollution. Il faut que cette phrase soit conservée dans le texte définitif, car les Objectifs de Développement Durable vont déterminer les efforts nationaux et internationaux des prochaines années.

L’Alliance Globale sur la Santé et la Pollution fait levier sur les ressources qui peuvent aider les pays à faible et moyen revenu à régler les problèmes prioritaires en terme de pollution. Outre l’éducation à toutes les formes de pollution, l’Alliance Globale sur la Santé et la Pollution aide les pays à:

  • identifier et évaluer les menaces des polluants toxiques, particulièrement sur les sites contaminés
  • créer un planning d’actions prioritaires pour les problèmes qui présentent un risque maximum pour la santé humaine
  • mettre en place des solutions pour sauver des vies

La technologie et les connaissances existent dans les pays riches pour répondre à cette menace sur la santé et l’économie. Des solutions peuvent être mises en place dans les pays à bas et moyen revenu pour un coût bien inférieur à ce qui est dépensé dans les pays occidentaux pour régler les séquelles des polluants toxiques provoqués par l’industrialisation.

Ceci veut dire que la pollution n’est pas inévitable. Le problème peut être résolu de notre vivant.

Richard Fuller est président de Pure Earth (anciennement Blacksmith Institute) et membre fondateur de Alliance Globale sur la Santé et la Pollution. Retrouvez-le sur Twitter @BlacksmithInst.

Le cerveau ne pense pas tout seul

Par Evelyne Clément, Fabrice Guillaume, Guy Tiberghien et Bruno Vivicorsi

09/2014

Source : http://www.monde-diplomatique.fr

Les progrès de l’imagerie cérébrale ont réactivé un vieux fantasme : celui de pouvoir tout expliquer par l’observation du cerveau — la pauvreté, la délinquance, l’échec scolaire… Lourde de dérives potentielles, cette illusion repose sur de fausses évidences.

A la fin des années 1980, la convergence des progrès en physique nucléaire et en informatique a permis l’avènement de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et le développement spectaculaire des neurosciences cognitives, c’est-à-dire l’étude des mécanismes neurobiologiques de la cognition et de ses dysfonctionnements, le terme de cognition étant ici entendu comme quasi synonyme de pensée. Entre cinq et huit articles se référant à l’IRMf paraissent désormais chaque jour dans les revues scientifiques internationales. Certains auteurs bénéficiant de relais médiatiques importants laissent entendre que l’imagerie cérébrale permettrait de lire dans nos pensées, de deviner nos préférences politiques, de prédire nos compétences sociales et de dévoiler notre personnalité (1).

Près de trois siècles après que le célèbre anatomiste de la Renaissance André Vésale eut situé l’esprit dans le cerveau, Franz Joseph Gall (1758-1828) proposa de le décomposer en facultés localisées dans des régions cérébrales spécifiques. Cette doctrine, la phrénologie, se propagea en Europe et aux Etats-Unis tout au long du XIXe siècle. Elle joua un rôle déterminant dans la psychotechnique, la science de l’application pratique de la psychologie, dans les débuts de la criminologie et de la police scientifique. Cesare Lombroso (1835-1909), fondateur de l’école italienne de criminologie, défendra ainsi sa thèse du « criminel né » (1876), et Alphonse Bertillon (1853-1914) inventera l’anthropométrie judiciaire.

La croyance en l’association d’une région cérébrale propre à chaque faculté psychologique et d’une « bosse » correspondante sur la boîte crânienne (dont la célèbre « bosse des maths ») a bien été invalidée. En revanche, l’hypothèse d’une dissociation possible de l’esprit en composants élémentaires correspondant à des substrats cérébraux spécifiques persiste. Là où l’indispensable neuro-imagerie médicale identifie les anomalies anatomiques du cerveau, permettant de diagnostiquer une lésion ou une tumeur, la neuro-imagerie cognitive, née de la rencontre avec la psychologie cognitive, s’efforce d’associer l’activité des régions cérébrales aux processus mentaux. Au lieu de palper les crânes, on localise maintenant les variations d’activité métabolique — généralement, la consommation d’oxygène — dans les diverses régions du cerveau.

Si à toute activité humaine correspond une activité cérébrale, alors toutes les disciplines pourront bénéficier des images du cerveau, grâce à la « neuro-quelque chose » : neurosciences sociales, neuro-économie, neuromarketing, neurodroit, neuroéthique, neuroéducation, etc. Scanner les cerveaux permettrait d’évaluer les risques, de mieux comprendre les choix du citoyen, la personnalité du délinquant, les difficultés de l’élève et les décisions de l’agent économique, perspective qui ne manque pas d’inspirer chefs d’entreprise et pouvoirs publics.

Le débat scientifique est loin d’être clos sur ce que l’on peut faire dire, ou non, à une neuro-image. Pourtant, les recherches mettant directement en relation les compétences ou les catégories sociales et l’activité du cerveau se multiplient. Certaines montrent par exemple, chez des sujets issus de milieux défavorisés, une activité cérébrale similaire à celle observée chez des patients souffrant de lésions localisées dans le lobe frontal (2). D’autres soutiennent que le fonctionnement cérébral à l’âge adulte varie selon le type d’éducation parentale reçu pendant l’enfance (3). On lit aussi que l’activité de l’amygdale, une région impliquée dans la reconnaissance et l’expression des émotions, est plus importante chez les enfants ayant grandi dans un milieu défavorisé que chez les autres (4). Même la géopolitique pourrait se lire dans les scanners. Une équipe de Haïfa, en Israël, a ainsi étudié les différences d’activité cérébrale entre les membres des communautés juive et arabe face à des images évoquant la douleur (5). L’imagerie peut ainsi naturaliser les causes et l’interprétation du conflit israélo-palestinien en évitant l’analyse politique…

La fréquence des applications de l’imagerie cérébrale, « preuves scientifiques » d’un nouveau genre, a également connu une forte augmentation dans le domaine de la justice au cours de ces dix dernières années. La création de la Fondation MacArthur, porteuse du projet de recherche américain Loi et neurosciences (2007), ou encore l’initiative de la London School of Economics and Social Research, financée par l’Economic and Social Research Council (ESRC) au Royaume-Uni, en témoignent. Neuroscientifiques, philosophes et juristes examinent l’adéquation entre le droit et les connaissances obtenues à l’aide de ces techniques. Le libre arbitre ne serait donc qu’une croyance populaire archaïque déconnectée des progrès de la science… En France, la loi de bioéthique du 7 juillet 2011 autorise la production de neuro-images devant les tribunaux, déjà utilisée dans de nombreux procès à travers le monde. Il serait même envisagé de détecter les récidivistes potentiels (6).

Les investissements financiers dont bénéficie la neuro-imagerie n’ont cessé de progresser depuis les années 1990, déclarées « décennie du cerveau » par le Congrès des Etats-Unis. Lors du récent lancement du projet BRAIN (Brain Research Through Advancing Innovative Neurotechnologies), M. Barack Obama annonçait que l’on pouvait attendre un retour sur investissement conséquent pour le « décryptage du cerveau », du même ordre de grandeur que pour la cartographie du génome humain. Le programme Human Brain Project, doté de 1 milliard d’euros de budget entre 2010 et 2020, peut être considéré comme la réponse européenne à cette course hautement compétitive.

Plusieurs raisons expliquent cet engouement. L’intérêt intellectuel et scientifique est évident pour la compréhension du rapport entre le corps et l’esprit, vieil objet de questionnement philosophique. L’apparente évidence de la preuve fournie concourt d’ailleurs au succès. Pourtant, une neuro-image n’est qu’une représentation visuelle d’un ensemble de mesures complexes issues de nombreuses transformations mathématiques et reposant sur des postulats qui font encore débat parmi les spécialistes.

La neuro-imagerie repose sur un marché mondial que se partagent trois constructeurs : General Electric (Etats-Unis), Philips (Pays-Bas) et Siemens (Allemagne). Le prix moyen d’un système IRM s’établit autour de 1,5 million d’euros, et le chiffre d’affaires global à l’horizon 2015, autour de 7 milliards. Une part croissante des fonds alloués à la recherche fondamentale dans le domaine des sciences de la cognition échoit à la neuro-imagerie. En 2006, le centre d’imagerie cognitive NeuroSpin, qui a coûté 200 millions d’euros, a été inauguré à Saclay, près de Paris.

Bien que le sujet soit tabou, un tel contexte augmente le risque de petits arrangements avec la rigueur scientifique, de sélection des données, de soumission à la science-spectacle, voire de tricherie (7). Proposer des solutions simples fondées sur ces technologies complexes permet de trouver une oreille attentive auprès des pouvoirs publics ; mais affirmer que les images du cerveau démontrent la validité d’une méthode pédagogique (8), d’un modèle économique ou d’une décision de justice présente un risque de dérives idéologiques, scientifiques, politiques et sociétales. Si la délinquance, l’échec scolaire ou la pauvreté peuvent se diagnostiquer à partir de neuro-images, à quoi bon continuer, par exemple, à investir dans de coûteuses politiques d’éducation, de prévention et d’insertion sociale ?

La « preuve par le cerveau » reproduit l’illusion individualiste, c’est-à-dire la croyance selon laquelle les individus ont d’abord une existence biologiquement déterminée sur laquelle vient se greffer un historique relativement accessoire. Elle naturalise l’esprit, le faisant apparaître comme une donnée intangible sur un écran plutôt que comme le produit d’une histoire et de circonstances ; elle gomme ainsi la contribution du contexte culturel et socio-historique au développement de la pensée et des sociétés. Elle neutralise enfin la dimension subjective et autonome de la construction de l’expérience humaine, reformulée dans les termes des sciences naturelles.

Car le cerveau est le substrat matériel de notre activité mentale, mais il ne pense pas ; seule la personne pense. Et le contenu de ses pensées trouve son origine à l’extérieur du cerveau, dans son environnement interne et externe. L’image ne donne pas à voir des pensées, mais des corrélats biologiques de ce que fait un être humain quand nous disons qu’il pense : activité électrique, variation du flux sanguin, etc. Le cerveau est la condition objective de la réalité mentale, mais c’est cette réalité mentale qui le façonne. Oublier ces deux faits relève de la neuromythologie scientiste.

Evelyne Clément, Fabrice Guillaume, Guy Tiberghien et Bruno Vivicorsi

Respectivement maître de conférences à l’université de Rouen, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille (Laboratoire de psychologie cognitive), professeur honoraire à l’Institut universitaire de France et à l’université de Grenoble, maître de conférences à l’université de Rouen. Fabrice Guillaume et Guy Tiberghien ont publié, avec Jean-Yves Baudouin, Le cerveau n’est pas ce que vous pensez. Images et mirages du cerveau, Presses universitaires de Grenoble, 2013.

(1) Cf. par exemple Michel Alberganti, « Les neurosciences viennent à la rencontre de la psychiatrie », Le Monde, 19 septembre 2003.

(2) Rajeev D. S. Raizada et Mark M. Kishiyama, « Effects of socioeconomic status on brain development, and how cognitive neuroscience may contribute to levelling the playing field » (PDF), Frontiers in Human Neuroscience, vol. 4, no 3, Lausanne, 2010.

(3) Peter J. Gianaros (sous la dir. de), « Parental education predicts corticostriatal functionality in adulthood » (PDF), Cerebral Cortex, vol. 21, no 4, New York, 2011.

(4) Pilyoung Kim (sous la dir. de), « Effects of childhood poverty and chronic stress on emotion regulatory brain function in adulthood » (PDF), Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, vol. 110, no 46, Washington, DC, 2013.

(5) David Brooks, « The young and the neuro », The New York Times, 9 octobre 2009.

(6) Eyal Aharoni (sous la dir. de), « Neuroprediction of future rearrest » (PDF), Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, vol. 110, no 15, 2013.

(7) Cf. Pierre Barthélémy, « Doutes sur la fiabilité des neurosciences », 14 avril 2013, http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr

(8) Gilles de Robien, « Conférence de presse sur la lecture », 5 janvier 2006, www.education.gouv.fr

 

Nanotechnologies : ces redoutables particules toxiques qui envahissent notre quotidien

Par Sophie Chapelle

17/12/2014

Source : http://www.bastamag.net

Invisibles à l’œil nu, les nanoparticules envahissent le quotidien, depuis nos vêtements jusqu’à nos assiettes, sans aucun étiquetage ni traçabilité. Malgré les nombreuses études attestant de la toxicité de certaines de ces particules, les gouvernements refusent d’appliquer le principe de précaution et investissent des milliards d’euros en recherche et développement dans les nanotechnologies. Comment repérer et se protéger de ces nouvelles molécules high-tech ? Entretien avec le journaliste Roger Lenglet, qui décrypte dans son ouvrage Nanotoxiques les dessous de cette menace pour la santé publique.

Basta ! : Les nanomatériaux sont entrés en catimini dans nos vies, dans les objets du quotidien ou de consommation courante. Pourquoi dites-vous qu’il s’agit d’une « bombe sanitaire » ?

Roger Lenglet [1] : Ces particules de dimension nanométrique posent des problèmes toxicologiques. Leur taille minuscule permet à une grande partie d’entre elles de traverser l’organisme, de se loger dans les cellules et de pénétrer dans les noyaux cellulaires contenant l’ADN. Elles peuvent avoir des effets mutagènes, cytotoxiques, cancérigènes… Certaines sont même neurotoxiques : elles traversent la barrière encéphalique qui protège le cerveau et s’attaquent aux neurones, contribuant au développement de pathologies neurologiques comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Notre organisme n’est pas fait pour résister à ces nouvelles particules aux propriétés stupéfiantes.

Certaines d’entre elles, les nanotubes de carbone, qui comptent parmi les plus utilisées (dans les textiles, le BTP), entraînent chez les animaux, en laboratoire, le même type de pathologies que l’amiante – des cancers broncho-pulmonaires et des cancers de la plèvre. Et la réaction des nanos au contact de notre organisme est beaucoup plus grande que les particules classiques. Pour couronner le tout, leur toxicité change avec le temps, selon les milieux qu’elles traversent, ce qui ne permet même pas de se rassurer sur les types de nanos qui pourraient actuellement être jugés acceptables.

De quelles manières ces particules envahissent-elles le quotidien ?

Tous les secteurs industriels en utilisent aujourd’hui : agroalimentaire, cosmétiques, textiles, produits d’entretien, médicaments, pesticides, métallurgie, plasturgie, informatique, construction… En 2013, la France a été le premier pays à mettre en place une obligation de déclaration de production et d’importation de nanos. Mais cette déclaration exclut un certain nombre de nanos parmi les plus diffusées. Et beaucoup d’industriels se disent incapables d’identifier si leurs matières premières contiennent ou non des nanos.

Cette opacité et l’absence d’étiquetage des produits conduit à une absence de traçabilité redoutable. L’exposition de la population aux nanos est très supérieure à celle de l’amiante [2], et il est encore plus difficile de les identifier. Depuis 2008, en France, des centaines de milliers de tonnes de chaque grand type de nanos sont mises sur le marché annuellement. Et cela n’a fait qu’empirer. Avec une traçabilité proche de zéro !

Est-il possible de repérer les aliments qui contiennent des nanos dans les magasins ?

Non, pas de façon certaine, car dans les grandes surfaces, de nombreux produits contiennent des nanos sans qu’on puisse les distinguer. Mais il est possible de réduire le risque d’en manger. Par exemple en privilégiant les circuits courts, les produits bio. Car les nanos concernent avant tout les produits industrialisés : les industriels cherchent à donner à leurs aliments des saveurs et des textures nouvelles, des blancheurs plus accentuées, des effets plus colorés… Les nanotechnologies permettent d’accroître toutes sortes de propriétés, comme la fluidité des yaourts ou les anti-agglomérants dans les poudres de chocolat, de sucre ou de lait, dans les sels de table… Il faut se méfier des conservateurs alimentaires qui contiennent souvent des nanos, ainsi que des emballages. Quand vous achetez par exemple un steak ou un poulet en grande surface, il y a souvent une lingette blanche un peu cotonneuse entre la barquette et la viande. Celle-ci est imbibée de nano-argent pour éviter à la viande de devenir grisâtre et pour lui conserver une apparence de fraîcheur.

Plus on s’éloigne des produits industriels, moins on a de nanos. Mais quelques produits contenant des nanos sont déjà inclus depuis longtemps dans les circuits bio. C’est le cas notamment d’un « médicament », l’argent colloïdal, qui n’est rien d’autre que du nano-argent, généralement vendu en solution liquide. Comme c’est un bactéricide puissant, les gens sont épatés par ses effets cicatrisants quand ils en mettent sur une plaie. Certains pensent se faire du bien en buvant ces solutions. Mais la flore bactérienne est nécessaire pour notre santé, il ne faut surtout pas la détruire ! Les consommateurs doivent être plus vigilants.

Vous montrez aussi dans votre ouvrage le poids des lobbies industriels qui veulent limiter le plus possible la définition des nanoparticules…

Plus la définition sera restrictive ou tronquée, plus l’encadrement réglementaire et législatif sera limité. Et plus de nanos échapperont à tout contrôle. Au niveau européen, selon les secteurs et les rapports de force, la définition n’est pas la même. Aujourd’hui, de façon générale, ces lobbies ont réussi à obtenir que les nanos soient définies comme « toute particule de 1 à 100 nanomètres produite intentionnellement » [3]. C’est scandaleux, car la dimension nano va de 1 à 999 nanomètres. Les lobbies dans les commissions ont donc réussi à exclure 90 % des nanos, alors que certaines particules très toxiques mesurent plus de 100 nanomètres !

Mais personne ne vient contester cette définition, sauf quelques associations. Des commissions ont par ailleurs décidé de ne considérer que les nanomatériaux contenant au moins 50 % de nanoparticules. Autrement dit, les produits doivent être au moins composés pour moitié de nanos pour entrer dans le champ réglementaire. Comme s’il n’y avait pas de problème en dessous de ce seuil ! Cela est totalement absurde d’un point de vue toxicologique. Les lobbies manipulent complètement le débat pour exclure du contrôle un maximum de nanos.

Où en est-on dans la bataille de l’étiquetage ?

Sur les cosmétiques, l’obligation d’étiquetage est officielle depuis 2013. Dans les faits, il suffit d’aller dans les magasins pour constater que ce n’est pas du tout respecté. Dans l’alimentation, il devrait y avoir un étiquetage depuis des années. La promesse a été faite de le rendre obligatoire ce mois-ci, en décembre 2014. J’ai bien peur que le lobby agroalimentaire parvienne encore à repousser l’échéance. Toute la question est de savoir ce qu’il y aura sur cet étiquetage. Les politiques, français et européens, avancent que les protagonistes ne sont pas tombés d’accord et qu’ils ne peuvent donc pas légiférer. Les industriels continuent de gagner du temps. Le lobby agro-alimentaire demande même que les nanos mises sur le marché depuis plus de dix ans ne soient pas inclues dans l’étiquetage obligatoire, au prétexte de « ne pas inquiéter inutilement les personnes qui en ont consommés »

L’enjeu sur l’étiquetage est d’exiger que soit également indiquée la toxicité des nanos. Que le consommateur sache si le produit risque de réduire la fertilité, d’entraîner des cancers, des mutations génétiques… Comme sur les paquets de tabac et les pesticides. Sans cette indication-là, les gens s’en fichent. Le danger doit être annoncé.

Comment réagissez-vous à l’annonce de la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, de demander à l’Union européenne le 17 décembre une stratégie d’étiquetage des produits de consommation courante contenant des nanomatériaux ?

Le gouvernement français, depuis l’arrivée massive des nanos sur le marché, se positionne avant tout en soutien des nanos. Les budgets publics accordés en témoignent : plus d’un milliard d’euros par an de soutien aux producteurs, rien qu’en France… Alors même que la recherche sur la toxicité des nanos représente à peine 1 à 2 % du budget, et que les connaissances toxicologiques acquises ne sont même pas prises en compte !

Malgré la multiplication des rapports alarmants sur les dangers des nanos, rien ne se passe en matière de prévention, et les gouvernements continuent de subventionner massivement les nanos. Comment expliquez-vous ce décalage ?

Chaque gouvernement prend prétexte de la crainte d’être dépassé par les pays concurrents. Le même argument que sur le nucléaire à une époque, ou sur les pesticides dont on voulait nous persuader qu’ils rendaient notre agriculture plus performante ! Tous les pays sont aujourd’hui lancés dans la course aux nanotechnologies, présentées comme un progrès scientifique incontournable. L’enjeu financier est dément. L’important retour sur investissement des nanos sur les marchés est doublé d’un effet d’aubaine lié aux généreuses subventions publiques. Tout cela en pleine période de restriction budgétaire…

In fine ce sont les plus grandes multinationales qui bénéficient de cet argent public, par le jeu de leurs filiales et des laboratoires de recherche avec lesquelles elles travaillent. Mc Donalds, Danone, Kellog’s, Nestlé, Mars, pour ne citer que les groupes les plus connus, profitent de cette course folle dans laquelle les États et les collectivités locales sont devenus eux-mêmes investisseurs. Les lobbies industriels obtiennent ce qu’ils veulent en faisant croire que ce sont les nanotechnologies qui vont assurer notre compétitivité internationale et les emplois de demain.

Les décideurs politiques décident très vite avec très peu de recul sur les dossiers. Leur ignorance en santé publique leur fait négliger toute prévention. Lorsque vous leur parlez d’épidémiologie ou de toxicologie, ils sont largués. Le principe de précaution, mis à part chez certains élus écologistes, n’est absolument pas intégré dans leur culture. Ils sont sous l’effet permanent de lobbyistes et de think tanks qui leur font croire que si l’on applique le principe de précaution, l’économie française sera paralysée… Les décideurs politiques croient que les craintes sanitaires relèvent du domaine de l’irrationnel et des émotions populaires. Le niveau de culture en santé publique de la plupart d’entre eux est nul et ils ne voient donc dans la prévention qu’une source de dépenses inutiles.

La course aux nanos recèle un aspect moins connu : les enjeux militaires… Avec quelles visées ?

Je le décris précisément dans mon ouvrage : tous les pays riches – États-Unis, Japon, Chine, Europe, y compris la France… – sont impliqués dans la course aux nano-armements. Outre l’exemple de la nano-libellule, dont l’armée française veut équiper les fantassins pour pister les ennemis, les nanotechnologies permettent de perfectionner les armes, d’accroitre leur légèreté, leur robustesse, leur puissance de destruction, etc. L’armée renforce aussi les alliages des avions, des tanks, les vêtements des soldats.

Les armes chimiques désormais interdites par un traité international sont en passe d’être remplacées par les diffuseurs de nanotoxiques. C’est de la chimie sauf qu’ils ont changé le mot… C’est d’une hypocrisie totale ! D’autant que ces armes, tels que les brouillards nano-chimiques, sont infiniment plus redoutables que les armes chimiques « conventionnelles ». Elles sont déjà expérimentées en laboratoire mais il est très difficile de savoir si l’on en est au stade de la production massive. L’opacité est complète sur les stocks. Les spécialistes militaires que j’ai interrogés sont eux-mêmes très inquiets, notamment sur les usages que des terroristes pourront en faire. Les nanos mettent à la portée de n’importe quel groupe des armes redoutables avec des possibilités de contamination inouïes. Le contenu d’une cuillère à café peut suffire à empoisonner des millions de gens d’un coup.

Que retirez-vous de cette enquête ?

Au début, de la sidération. Puis la certitude que nous devons tous agir pour stopper cette folie. Nous allons laisser à nos enfants ce que l’on peut imaginer de pire. Je n’ai jamais vu un tel abandon devant des produits aussi documentés sur le plan toxicologique. Ce que l’on connaissait dans les années 90 en toxicologie des nanoparticules non produites intentionnellement – les nanoparticules de diesel ou des fumées industrielles par exemple – aurait dû entrainer l’interdiction de la mise sur le marché de nanos non testées. On ne l’a pas fait. Les producteurs affirment que si la substance classique équivalente (non nano) est autorisée, il n’y a pas de raison de refaire des tests. Or, la dimension nano change tout. Nous sommes revenus à la préhistoire de la prévention. Jamais on aurait pu imaginer un tel retour en arrière.

La politique d’évaluation est paralysée face aux nouvelles particules qui continuent d’arriver chaque semaine sur le marché. On voit à quel point les lobbyistes industriels sont capables de neutraliser l’action politique. Ils continuent à dire qu’il n’y a aucune certitude que ce qui se passe en laboratoire se passera dans la réalité. Or, la réalité est plus redoutable : il y a une accumulation d’expositions, de synergies entre les produits, d’effets des petites doses à moyen et long terme. Les gouvernements n’ont tiré aucune leçon des scandales sanitaires précédents, ils n’ont fait qu’apprendre à mieux fuir leur responsabilité au nom de la mondialisation et de la performance.

Comment agir pour que la santé publique ne soit plus une variable d’ajustement ?

Ce qui a été possible pour d’autres substances l’est aussi pour les nanos. Il serait stupide de partir perdant. Parmi les armes à notre disposition, il y a le choix de ce que nous consommons. Si une petite partie seulement des consommateurs refuse des produits contenant des nanos, vous verrez tous les industriels reculer. Il suffit de 5 à 10 % de consommateurs qui évitent des produits pour réduire assez la marge sur laquelle les grands groupes réalisent leurs profits. Au point de rendre les nanos moins rentables que d’autres investissements. Le pouvoir du consommateur est énorme.

Et puisqu’il s’agit d’une compétition internationale, il faut une convention internationale. Nous l’avons obtenue sur le mercure en 2013 grâce à la mobilisation des ONG : environ 150 pays ont signé la convention de Minamata interdisant tous les usages du mercure d’ici 2020. Ce rapport de force sur une substance aussi utilisée était inimaginable il y a quelques années. On peut obtenir une convention sur les nanos et interdire les plus dangereuses. Il faut agir vite. Comme l’a dit récemment le directeur de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), « dans dix ans il sera trop tard ». Réveillons-nous ! Plus je prends conscience de l’énormité du problème, plus je vois la nécessité de refuser ces nanos en bloc. C’est ce que préconise d’ailleurs l’association Pièces et Main d’œuvre, qui rappelle que les nanos sont un marché imposé par des géants économiques au mépris de la démocratie et du vivant.

Propos recueillis par Sophie Chapelle
@Sophie_Chapelle sur twitter

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Roger Lenglet, Nanotoxiques, Éditions Actes Sud, 2014. Pour le commander dans la librairie la plus proche de chez vous, rendez-vous sur lalibrairie.com


Photo de une : laboratoire stérile du Centre pour les nanotechnologies à Londres / CC UCL Mathematical and Physical Sciences

Photo de spirales de nanofibres de dioxyde de titane : CC / Kunal Mukherjee

Photo d’un drone papillon. Source

Notes

[1Roger Lenglet, philosophe et journaliste d’investigation, est l’auteur de nombreux livres d’enquête sur la santé, l’environnement, la corruption et le lobbying. Il est notamment auteur avec Marie Grosman de Menaces sur nos neurones. Alzheimer, Parkinson… et ceux qui en profitent (lire notre entretien). Il est membre de la Société française d’histoire de la médecine.

[2L’amiante était surtout placée dans des matériaux de construction et de protection anti-incendie, certains textiles, des joints de fours, les freins des véhicules et des systèmes de chauffage.

[3La production intentionnelle relève de l’ingénierie industrielle.

Petits arrangements bruxellois entre amis du bisphénol A

Par Stéphane Horel

25/09/2014

Source : http://www.terraeco.net

 

Petits arrangements bruxellois entre amis du bisphénol A
(Crédit photo : stéphane horel)
Exclusif – Qui veut la peau des perturbateurs endocriniens ? Certainement pas le lobby de la chimie, qui tente par tous les moyens de ralentir les travaux de la Commission européenne, chargée de régler leur sort. Plongée dans les coulisses d’un thriller belge, où les héros portent un costume-cravate et une mallette en cuir.

Bye-bye, bisphénol A. D’abord interdit dans les biberons, bientôt retiré des contenants alimentaires, le produit chimique le plus célèbre des années 2000 semble en voie de disparition. Mais quid du bisphénol A dans les lunettes ou la coque des smartphones ? Et des phtalates, des PBDE et des PFOA, ces substances dont le nom fait postillonner ? Tapis dans les objets de consommation, embusqués dans votre goûter, aspergés sur les cultures, ils sont nombreux, dans la grande famille des perturbateurs endocriniens : environ 800. Sans doute plus. Aucune loi globale, pourtant, ne les encadre. Mais en 2009, les députés européens décident de combler ce vide. Ils donnent quatre ans à la Commission européenne pour s’équiper d’une réglementation spécifique et s’entendre sur les mots : qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ? Objectif : rédiger une définition. Deadline : décembre 2013. C’est le top départ d’une longue bataille d’influence dans les couloirs de la Commission.

Portrait-robot des suspects

A Bruxelles, où les ministères s’appellent « directions générales », la DG Environnement doit établir une liste de critères scientifiques qui permettront de dresser le portrait-robot des suspects. Pour Bjorn Hansen, chef de l’unité « produits chimiques, biocides et nanomatériaux », il s’agit « d’extraire des connaissances scientifiques les éléments nécessaires à la mise au point de ces critères ». En 2010, un rapport est commandée à une équipe de l’université anglaise de Brunel, dirigée par Andreas Kortenkamp, professeur de toxicologie, une sommité dans le domaine. Publié au début de l’année 2012, le rapport Kortenkamp explore les impacts démontrés sur les animaux sauvages et les effets soupçonnés chez l’homme.Parce que les perturbateurs endocriniens interagissent avec le système hormonal, les plus vulnérables sont les fœtus humains, façonnés par le jeu des hormones lors des neuf mois de grossesse. Des variations imprévues peuvent semer la mauvaise graine d’affections qui se manifesteront à la naissance – des malformations du pénis, par exemple – ou des décennies plus tard. Infertilité, cancer du sein ou de la prostate, obésité, diabète, troubles du développement : la liste est longue, très longue. « Il existe vraiment un très large consensus sur le fait que ces produits chimiques sont dangereux et nécessitent une approche spécifique en matière de réglementation », conclut Andreas Kortenkamp. Pour Bjorn Hansen, les bases scientifiques sont donc « suffisamment solides pour pouvoir élaborer des politiques publiques ». Mais elles ont le tort de menacer des intérêts colossaux.

Un vieux goût de tabac

Très vite, une première attaque paraît dans une revue scientifique. Elle reproche au rapport Kortenkamp son manque d’exhaustivité et des faiblesses méthodologiques. Elle est en fait financée par l’American Chemistry Council, le lobby américain de la chimie. L’industrie européenne a commandité une autre critique du rapport à Exponent, un cabinet de lobbying scientifique connu pour avoir défendu l’industrie du tabac contre les mesures de santé publique. Ce choix n’est pas un hasard. Créer une pseudo-controverse et attaquer la science indépendante quand elle risque de nuire au libre commerce, David Gee reconnaît ce script de très loin. « Des mémos explicites de l’industrie du tabac dans les années 1950 disaient : “ Si nous semons le doute dans l’esprit du public et des décideurs, nous pourrons protéger notre produit, la cigarette, pendant deux ou trois décennies ” », raconte cet ancien conseiller à l’Agence européenne pour l’environnement. Boîte à outils pour empêcher, retarder ou diluer la réglementation, cette stratégie de « manufacture du doute » est aujourd’hui bien documentée. Pourtant, elle fonctionne toujours. Ou presque.

Pressions et mauvais coups

Car la DG Environnement maintient son cap. Résolue à respecter le principe de précaution inscrit dans les textes européens, elle esquive les tentatives d’influence de l’industrie et les mauvais coups joués par ses collègues dans les autres services de la Commission. Sans parler de la pression de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, qui défendent les mêmes critères que l’industrie.Les mois passent et elle ne plie toujours pas. L’industrie fulmine. La Commission l’a habituée à plus de complaisance. De rendez-vous formels en pince-fesses sponsorisés, entre 20 000 et 30 000 lobbyistes tissent leur influence dans la « bulle bruxelloise ». Avec sa petite armée de 150 employés, le Conseil européen de l’industrie chimique (Cefic) dépense près de 6 millions d’euros par an en lobbying. « L’industrie chimique a cette chance d’avoir suffisamment de moyens pour pouvoir démarcher absolument tout le monde : leurs ennemis, leurs alliés, et les indécis. Alors que les ONG, elles, n’ont les moyens que de se focaliser sur les indécis », décrypte Martin Pigeon, chercheur et militant à Corporate Europe Observatory (CEO), une association spécialisée dans l’influence des lobbys.

Le Cefic peut aussi compter sur ses camarades des pesticides – dont le lobby s’appelle l’Association européenne pour la protection des cultures (ECPA) –, qui seront particulièrement touchés par les critères. Côté ONG, une douzaine de personnes à tout casser suivent le dossier, selon Lisette van Vliet, conseillère en politiques publiques à l’ONG Health and Environment Alliance (Heal). « On est dans un rapport de forces où les intérêts publics et l’intérêt général sont en minorité. Et donc perdent, en général », précise Martin Pigeon.

A la fin du mois de mai 2013, la proposition de la DG Environnement est prête. Elle ne contient aucun des desiderata de l’industrie. Le 7 juin à 9 h 30, une matinée de réunion commence : toutes les DG de la Commission sont invitées à commenter le texte. A l’heure du déjeuner, la réunion se clôt sur un âpre désaccord. A 14 h 04, un e-mail fait tinter l’ordinateur de Marianne Klingbeil (ce courrier est reproduit pour la première fois à la fin de cet article). Cette fonctionnaire inconnue du grand public est l’une des secrétaires générales adjointes de la Commission. Or, le secrétariat général, c’est le sommet de la hiérarchie, celui qui détermine les priorités, qui tranche, qui décide de l’agenda. De tout. Ce message électronique est écrit par Bayer, multinationale allemande du médicament, des pesticides et des produits chimiques – dont le bisphénol A. 53 600 employés en Europe. Marianne Klingbeil est allemande. Bayer a écrit en allemand : « Nous vous demandons de vous prononcer en faveur de la mise en œuvre d’une étude d’impact. »

Déluge d’e-mails

D’une étude d’impact, il n’en a pourtant jamais été question. Ce type de travail consiste à évaluer les conséquences, positives ou négatives, d’une réglementation. Sauf qu’« il est beaucoup plus facile de chiffrer les coûts d’une réglementation que de chiffrer le bénéfice que cela représente pour la société de ne pas avoir de problèmes de fertilité pendant quarante ou cinquante ans », ironise David Gee. Pour Lisette van Vliet, « si on voulait retarder ou saboter l’impact des critères, ce serait une bonne manière de s’y prendre… ». Souvent favorables à l’économie, les études d’impact prennent un an. Au bas mot.Avec un déluge d’e-mails, l’industrie se déploie sur les fronts où les interlocuteurs sont plus attentifs à ses récriminations. En particulier à la DG Santé et Consommateurs, qui porte moins bien son nom que la DG Entreprises ou la DG Agriculture. Si la chimie joue dans le registre classique du chantage économique, l’industrie des pesticides agite, elle, la menace d’un effondrement des rendements agricoles. Partout, les deux chantent le couplet de l’étude d’impact. Car bien souvent, le lobbying consiste à asséner le même discours.

Le 4 juillet, au beau milieu de cette offensive, une revue scientifique de toxicologie publie un éditorial qui attaque la DG Environnement et son approche de précaution, « sans base scientifique ». Il reflète une position proche de celle de l’industrie. En pièce jointe au texte, une lettre envoyée à Anne Glover, la conseillère scientifique principale du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Si l’article est signé par 18 scientifiques, la lettre, elle, a recueilli 56 signatures. Elle date du 17 juin. La coïncidence est trop grosse pour en être une. Anne Glover réagit au quart de tour. Elle écrit au directeur de la DG Environnement (ce courrier est reproduit pour la première fois à la fin de cet article). Réclame des explications. Insinue que le travail a été bâclé. Fait remonter l’information. La deadline de décembre 2013 n’est pas respectée.

Le b.a.-ba du lobbying, dit-on, c’est de s’adresser à la bonne personne, au bon moment et avec le bon message. « J’ignore si elle a été orchestrée par l’industrie, dit Axel Singhofen, conseiller santé et environnement pour le Groupe des Verts / Alliance Libre au Parlement européen, mais cette initiative est si inhabituelle qu’on ne peut que s’interroger sur la crédibilité de ces scientifiques. »

Festival de conflits d’intérêt

Personne ou presque, dans ce curieux bataillon, ne travaille sur les perturbateurs endocriniens. Sur les 18 éditorialistes, 17 sont liés à l’industrie par des contrats de consultant ou de financement de recherches. Chimie, pesticides, biotechnologies, cosmétiques : à l’exception, remarquable, d’une poignée de vétérans de l’industrie du tabac, des secteurs touchés par la future réglementation. Du côté des signataires de la lettre à Anne Glover, ce sont 33 des 56 scientifiques qui ont des liens avec l’industrie. Un joli festival de conflits d’intérêts révélé par une enquête du site Internet d’information américain Environmental Health News.« A ce que je sache, l’ECPA n’a rien à voir avec cet éditorial », jure Jean-Charles Bocquet, directeur général du lobby européen des pesticides. Téléguidée ou pas, l’opération « éditorial + lettre » pèse d’un poids certain dans la balance. Et fournit même une excuse en or à la Commission. Car sa numéro 2, la secrétaire générale Catherine Day, a déjà tranché en faveur d’une étude d’impact, d’après une note interne datée du 2 juillet (cette note est reproduite pour la première fois à la fin de cet article). Restait à légitimer auprès du Parlement ce revirement brutal. Ce sera chose faite au mois de mars 2014. Alors que le processus est ensablé depuis plus de neuf mois, les services de la Commission se servent du « vif débat » qui a « pris de l’ampleur l’été dernier au sein de la communauté scientifique » pour justifier le retard. Générations futures, merci de bien vouloir patienter. —


La Suède met la commission sous pression

Le 17 juin 2014, la Commission européenne a fini par publier sa « feuille de route » sur les perturbateurs endocriniens. Au programme : lancement d’une consultation publique, puis étude d’impact. Quelques jours auparavant, la France avait fait pression pour que la question soit inscrite à l’agenda. Elle a pu bénéficier du soutien du Danemark, de l’Autriche, de la Belgique et de la Pologne, mais aussi et surtout de la Suède. Très remonté sur la question, le pays a initié des poursuites contre la Commission pour son retard et son inaction. —


DOCUMENTS EXCLUSIFS

2013.06.20 Note Anne Glover to Karl Falkenberg by Terra_eco

2013.06.20 Note Anne Glover to Karl Falkenberg

https://www.scribd.com/embeds/240967528/content?start_page=1&view_mode=scroll&show_recommendations=true

Note de Anne Glover, conseillère scientifique principale du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, à Karl Falkenberg, directeur de la DG Environnement.

Traduction des passages surlignés

« Sujet : Perturbateurs endocriniens »

« – Quelles données scientifiques ont été utilisées – ou pas – dans le processus en cours de réglementation des perturbateurs endocriniens ?

– Comment ces données ont-elles été obtenues et évaluées ?

– Est-il exact que l’avis reçu de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a été ignoré, et si c’est le cas, pourquoi ? »

« – L’impact de la réglementation à venir a-t-il été évalué et quel en a été le résultat ? »

« Je vous demande de bien vouloir impliquer la conseillère scientifique principale à un stade précoce dans des dossiers scientifiques d’une nature aussi sensible et controversée. »

« En copie Johannes LAITENBERGER – chef de cabinet du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Kurt VANDENBERGHE – chef de cabinet du commissaire pour l’Environnement, Janez Potocnik. John BELL – chef de cabinet de la commissaire pour la Recherche, l’Innovation et la Science, Máire Geoghegan-Quinn. Catherine DAY – Secrétaire générale de la Commission. Paola TESTORI- COGGI – Directrice de la Direction générale Santé et Consommateurs (DG SANCO) Daniel CALLEJA CRESPO – Directeur de la Direction générale Entreprise (DG Entreprise) Dominique RISTORI – Directeur de la Direction générale Centre commun de recherche (DG JRC)

Bayer by Terra_eco

Bayer

https://www.scribd.com/embeds/240837970/content?start_page=1&view_mode=scroll&show_recommendations=true

Mail de Bayer à Marianne Klingbeil, une des secrétaires générales adjointes de la Commission européenne, en charge des études d’impact

Traduction des passages surlignés

« Objet : Nécessité d’une étude d’impact – Proposition de la Commission sur les perturbateurs endocriniens »

« Une application de la proposition de la DG ENV[ironnement] dans sa forme actuelle aurait un impact énorme sur l’ensemble des firmes de l’industrie chimique basées dans l’UE et nuirait de façon significative à la compétitivité des entreprises. »

« Nous vous demandons de vous prononcer en faveur de la mise en œuvre d’une étude d’impact. »

Catherine Day by Terra_eco

Catherine Day

https://www.scribd.com/embeds/240871365/content?start_page=1&view_mode=scroll&show_recommendations=true

Note de Catherine Day, secrétaire générale de la Commission européenne, à Karl Falkenberg, directeur de la Direction générale Environnement et Paola Testori-Coggi, directrice de la Direction générale Santé et Consommateurs

Traduction des passages surlignés

« Sujet : Perturbateurs endocriniens – Prochaines étapes »« L’élaboration de ces critères est sensible en raison de la divergence de vues au sein de la communauté des parties prenantes et des impacts potentiels sur certains secteurs de l’industrie chimique et le commerce international. En conséquence, il est important que la Commission puisse démontrer qu’elle a suivi un processus solide […] »

« Les deux propositions devraient être soutenues par une étude d’impact incluant une consultation publique sur les différentes options pour les critères et leur impact dans le contexte des règlements biocides et protection des plantes. Nous suggérons que vous considériez, comme d’autres DG l’ont fait, de réaliser une étude d’impact conjointe et unique pour couvrir toutes les propositions. »

Sources de cet article